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Philosophie
Psychologie
• La sensibilité
Le plaisir et la douleur
Les émotions
Les sensations
Les sentiments
L-
• Les inclinations
Les passions
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• L'intelligence
L'attention
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• Acquisition de la connaissance
Les sens et la perception extérieure
Les sens
La perception
• La conscience et l'idée du moi
La conscience
L'idée du moi
Le sujet, l'esprit, l'âme et le corps, autrui
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L---
• Conservation de la connaissance
La mémoire
L'association des idées
L'imagination
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• Volonté. - Instinct, liberté, habitude
Les modes de l'activité.
L'instinct
La volonté
La liberté
L'habitude
La psychologie (du grec psychè, âme, et logos, discours) est une discipline scientifique consacrée à l'étude des comportements et des processus mentaux. Elle s'intéresse à ce que les individus font, pensent, ressentent et perçoivent, ainsi qu'aux mécanismes sous-jacents qui expliquent ces phénomènes. À la croisée de plusieurs champs comme la biologie, la philosophie et les sciences sociales, elle repose sur une double ambition : décrire et expliquer le fonctionnement psychique, tout en permettant, dans certains cas, d'agir sur celui-ci.

La psychologie s'est structurée à la fin du XIXe siècle comme science expérimentale, notamment avec Wilhelm Wundt, qui a établi les premières méthodes de laboratoire pour étudier les phénomènes mentaux. Depuis, elle fait reposer ses bases sur des méthodes scientifiques rigoureuses. L'observation systématique, l'expérimentation contrôlée, les enquêtes et les études de cas permettent de produire des données fiables. L'objectif est d'identifier des relations causales ou corrélationnelles entre variables, tout en contrôlant les biais. Les statistiques jouent un rôle essentiel pour analyser les résultats et évaluer leur validité. La reproductibilité des expériences constitue également un critère fondamental de scientificité.

Les bases conceptuelles de la psychologie.
Parmi les concepts clés de la psychologie, la notion de comportement désigne toute réponse observable d'un organisme face à son environnement. Elle peut être innée ou acquise, volontaire ou automatique. Les processus mentaux, quant à eux, englobent des fonctions comme la perception (interprétation des stimuli sensoriels), la mémoire (stockage et récupération de l'information), et la cognition (traitement de l'information). L'apprentissage est un concept central qui décrit les modifications durables du comportement à la suite de l'expérience. Il peut prendre différentes formes, comme le conditionnement classique ou opérant, ou encore l'apprentissage par observation.

La notion d'émotion occupe également une place importante. Les émotions sont des états affectifs complexes impliquant des composantes physiologiques, cognitives et comportementales. Elles influencent la prise de décision, les interactions sociales et la santé mentale. La motivation, étroitement liée, désigne les forces internes ou externes qui orientent et maintiennent l'action. Elle peut être intrinsèque (liée au plaisir de l'activité elle-même) ou extrinsèque (liée à une récompense ou une contrainte).

La personnalité correspond à l'ensemble relativement stable des traits psychologiques qui caractérisent un individu. Elle est souvent étudiée à travers des modèles comme les big five, qui décrivent cinq grandes dimensions (ouverture, conscience, extraversion, agréabilité, neuroticisme). Le développement psychologique, quant à lui, examine les transformations cognitives, affectives et sociales tout au long de la vie, de l'enfance à la vieillesse.

Un autre concept fondamental est celui d'inconscient, particulièrement développé en psychanalyse. Il désigne l'ensemble des processus mentaux qui échappent à la conscience mais influencent néanmoins les pensées et les comportements. Même en dehors de la psychanalyse, la psychologie contemporaine reconnaît l'existence de traitements automatiques et implicites.

Enfin, la psychologie s'intéresse aux interactions entre l'individu et son environnement social. Les phénomènes d'influence sociale, de conformisme, de stéréotypes ou encore d'identité sociale sont étudiés pour comprendre comment les individus se situent dans les groupes et les sociétés. La psychologie sociale montre que les comportements individuels ne peuvent être pleinement compris sans prendre en compte le contexte social et culturel.

Dans l'ensemble, la psychologie constitue ainsi un champ vaste et multidimensionnel, qui mobilise des concepts variés pour expliquer la complexité du comportement humain et du fonctionnement mental. Elle évolue dans un contexte de forte interdisciplinarité, dialoguant avec les neurosciences, l'intelligence artificielle, l'économie comportementale ou les sciences sociales, tout en faisant face à des défis majeurs : renforcer la reproductibilité des recherches, développer des interventions fondées sur des preuves, respecter la diversité culturelle et linguistique, et maintenir un équilibre entre rigueur scientifique et sensibilité clinique. C'est cette tension créative entre spécialisation et intégration, entre mesure et compréhension, qui continue de faire de la psychologie un champ dynamique, indispensable pour appréhender les multiples facettes de l'expérience humaine.

Les branches de la psychologie.
Le XXe siècle a vu la psychologie se diffĂ©rencier en de multiples branches spĂ©cialisĂ©es, chacune dĂ©veloppant des objets d'Ă©tude, des mĂ©thodes et des applications distincts tout en partageant un socle commun de concepts et de dĂ©marches empiriques. 

• La psychologie clinique et la psychopathologie s'intĂ©ressent aux troubles mentaux, aux souffrances psychiques et aux processus d'adaptation, en mobilisant des approches variĂ©es (psychodynamiques, cognitivo-comportementales, systĂ©miques ou humanistes) pour Ă©valuer, comprendre et accompagner les personnes en difficultĂ©, que ce soit en cabinet libĂ©ral, en institution hospitalière ou dans des dispositifs de prĂ©vention. 

• La psychologie cognitive, nĂ©e de la rĂ©volution cognitive des annĂ©es 1950, Ă©tudie les processus mentaux tels que la perception, l'attention, la mĂ©moire, le langage, le raisonnement et la prise de dĂ©cision, en s'appuyant sur des paradigmes expĂ©rimentaux rigoureux, des modèles computationnels et, de plus en plus, sur les techniques d'imagerie cĂ©rĂ©brale pour articuler fonctionnement mental et bases neurales. 

• La psychologie biologique, Ă©troitement liĂ©e aux neurosciences, cherche Ă  comprendre les mĂ©canismes physiologiques, gĂ©nĂ©tiques et neurochimiques sous-jacents aux comportements et aux processus mentaux, en mobilisant des mĂ©thodes allant de l'Ă©tude des lĂ©sions cĂ©rĂ©brales Ă  l'Ă©lectrophysiologie, en passant par la gĂ©nĂ©tique comportementale et la pharmacologie, afin d'Ă©clairer des questions comme les bases de la motivation, du stress, des Ă©motions ou des troubles psychiatriques. 

• La psychologie évolutive se fonde sur les principes de l'évolution pour expliquer les comportements, les émotions et les pensées humaines. Elle considère que les mécanismes psychologiques observés aujourd'hui sont le résultat d'une sélection naturelle agissant sur nos ancêtres à travers des milliers de générations. Cette perspective examine comment les adaptations psychologiques ont permis aux individus de mieux s'adapter à leur environnement ancestral, augmentant ainsi leurs chances de survie et de reproduction.

• La psychologie de la santĂ© s'intĂ©resse aux facteurs psychologiques influençant la santĂ©, la maladie et les soins, en examinant comment les croyances, le stress, les Ă©motions ou les comportements de santĂ© interagissent avec les processus biologiques, afin de dĂ©velopper des interventions de prĂ©vention, d'accompagnement des patients chroniques ou d'amĂ©lioration de l'observance thĂ©rapeutique. 

• La neuropsychologie, Ă  l'interface entre neurologie et psychologie, Ă©value et rééduque les fonctions cognitives altĂ©rĂ©es par des lĂ©sions cĂ©rĂ©brales acquises ou dĂ©veloppementales, en utilisant des batteries de tests sensibles pour Ă©tablir des profils cognitifs et guider la prise en charge rééducative. 

• La psychologie du développement étudie les transformations psychologiques tout au long de la vie, de la petite enfance au grand âge, en analysant comment interagissent facteurs biologiques, expérienciels et socioculturels dans la construction des compétences cognitives, émotionnelles et sociales, avec des implications majeures pour l'éducation, la parentalité et les politiques sociales.

• La psychologie de l'éducation et scolaire étudie les processus d'apprentissage, les facteurs de réussite ou d'échec scolaire, les interactions enseignant-élève et les dynamiques de classe, afin de concevoir des dispositifs pédagogiques adaptés, de lutter contre les inégalités et de favoriser le développement global de l'enfant et de l'adolescent en contexte éducatif.

• La psychologie de la personnalité vise à décrire, expliquer et prédire les différences individuelles stables dans les façons de penser, de ressentir et d'agir, en développant des modèles théoriques (trait, psychodynamique, humaniste) et des outils d'évaluation validés, utiles tant pour la recherche que pour l'orientation professionnelle ou l'intervention clinique.

• La psychologie sociale examine comment les pensĂ©es, Ă©motions et comportements des individus sont influencĂ©s par la prĂ©sence rĂ©elle, imaginĂ©e ou implicite d'autrui, en Ă©tudiant des phĂ©nomènes tels que les attitudes, la persuasion, les prĂ©jugĂ©s, la conformitĂ©, l'agression, l'altruisme ou encore les dynamiques de groupe, avec des applications en communication, en management, en santĂ© publique ou en rĂ©solution de conflits. 

• La psychologie industrielle et organisationnelle applique les connaissances psychologiques au monde du travail, en intervenant sur la sĂ©lection et la formation des personnels, l'ergonomie, la motivation, le leadership, la qualitĂ© de vie au travail ou la gestion du changement, dans une visĂ©e Ă  la fois d'efficacitĂ© organisationnelle et de bien-ĂŞtre des salariĂ©s. 

• La psychologie interculturelle et transculturelle examine comment les contextes culturels façonnent les processus psychologiques, en questionnant l'universalité supposée de certains concepts et en développant des approches sensibles aux diversités, essentielles dans des sociétés de plus en plus globalisées.

• La psychologie du sport étudie les facteurs psychologiques influençant la performance, la motivation, la gestion du stress ou la cohésion d'équipe, en accompagnant les athlètes et les entraîneurs par des techniques de préparation mentale, de visualisation ou de régulation émotionnelle.

• La psychologie environnementale étudie les relations transactionnelles entre les individus et leurs cadres de vie, en analysant l'impact de l'architecture, du bruit, de la densité urbaine ou des espaces naturels sur le bien-être, les comportements pro-environnementaux ou la cognition spatiale, avec des retombées en urbanisme et en écologie comportementale.

• La psychologie légale ou forensique met les compétences psychologiques au service du système judiciaire, en réalisant des expertises psychiatriques ou psychologiques, en évaluant la crédibilité des témoignages, en intervenant auprès des auteurs ou des victimes d'infractions, ou encore en conseillant sur les politiques pénales.

• La psychologie expĂ©rimentale constitue le socle mĂ©thodologique de nombreuses sous-disciplines, en concevant des protocoles contrĂ´lĂ©s pour tester des hypothèses causales sur le fonctionnement psychologique, avec une exigence de reproductibilitĂ©, de validitĂ© interne et de rigueur statistique qui irrigue l'ensemble de la discipline. 

Enfin, des courants plus intĂ©gratifs ou critiques, comme la psychologie humaniste-existentielle, la psychanalyse contemporaine ou les approches systĂ©miques et constructivistes, rappellent que la psychologie ne se rĂ©duit pas Ă  une accumulation de spĂ©cialitĂ©s techniques, mais demeure une discipline rĂ©flexive, attentive Ă  la singularitĂ© des sujets, Ă  la complexitĂ© des significations et aux enjeux Ă©thiques de toute intervention sur l'humain. 

La psychologie dans la tradition philosophique.
Pour la philosophie classique, conformément à l'étymologie, il s'agit de la science de l'âme. La chose est presque aussi ancienne que la philosophie; mais le nom ne date guère que du XVIIe siècle. Wolf, s'il n'est pas absolument le premier qui s'en soit servi, est du moins le premier écrivain de quelque célébrité qui ait spécialement désigné par là une des divisions de la philosophie. Il faut ajouter que, si la science de l'âme est restée longtemps innommée, cela tient à ce qu'elle n'était point traitée comme une science distincte, mais demeurait pour ainsi dire incorporée aux autres parties de la philosophie, dont elle était considérée comme le soutien et le point de départ. Que, d'ailleurs, l'étude de l'âme humaine ait attiré presque dès l'origine l'attention des philosophes; que Socrate, Platon, Aristote, les Stoïciens, les Pères de l'Église, les scolastiques, aient amassé sur ce sujet, pour le transmettre à la philosophie moderne,un véritable trésor d'observations, qui n'a fait que s'accroître et se coordonner depuis que Descartes a établi plus scientifiquement, plus méthodiquement qu'on ne l'avait fait jusqu'alors, l'existence distincte du principe pensant: il ne pouvait en être autrement, suivant l'idée que l'on se fait ordianirement de la philosophie.

Si l'on se place dans la perspective qui fait de l'âme humaine (c'est-Ă -dire de sa nature intime,  deses attributs essentiels, de ses diffĂ©rentes fonctions, des lois auxquelles elle est soumise) l'objet de la psychologie, dès le premier pas, elle se trouve en prĂ©sence d'objections plus ou moins spĂ©cieuses, bien vieilles au fond, mais sans cesse renouvelĂ©es, qui ne vont Ă  rien de moins qu'Ă  nier sa lĂ©gitimitĂ©, son droit Ă  exister comme science distincte. L'âme, disaient les Épicuriens, est une partie de l'humain au mĂŞme titre que les mains, les pieds et les yeux (Lucrèce, de Natura rerum, Ill, v. 95 et suiv.), et ils en concluraient que c'est Ă  la physique qu'appartient l'Ă©tude de l'humain tout entier. Avec plus de science et moins de dĂ©cision, le matĂ©rialisme moderne dit, au fond, la mĂŞme chose, lorsqu'il proclame que le moral n'est que le physique retournĂ© (Cabanis), que toutes les facultĂ©s de l'humain sont attachĂ©es Ă  son encĂ©phale, que la pensĂ©e n'est qu'une sĂ©crĂ©tion du cerveau (Broussais), et qu'il revendique Ă  ce titre, pour la physiologie, l'analyse des fonctions du moral humain, que la mĂ©taphysique et l'idĂ©ologie ont dĂ©clarĂ© devoir ĂŞtre de leur domaine exclusif.

Jouffroy, dans une polémique spécialement dirigée contre Broussais, a vivement combattu cette prétention, et établi par les raisons, les plus fortes la légitimité de la distinction de la psychologie et de la physiologie : c'est le titre de son Mémoire sur ce sujet. Voici le résumé de son argumentation : Il ne suffit pas, pour prouver que la psychologie a un objet qui lui est propre, de s'appuyer, comme on le fait ordinairement, sur la différence des phénomènes de la vie morale et de la vie animale, et de conclure de cette diférence celle des principes de l'une et de l'autre vie. La différence des effets ne crée, en effet, qu'une présomption et nullement une certitude en faveur de la différence des causes. C'est à celles-ci qu'il faut remonter. Or, si l'on recherche la cause des phénomèns de la vie animale, on en est réduit aux hypothèses, comme lorsqu'il s'agit des forces purement physiques. La respiration, la digestion, etc., ont une cause; mais cette cause, qu'est-elle en soi? Est-elle une ou multiple? etc.

Le problème se pose différemment à propos de la cause des pensées, et surtout de la cause des volitions. L'enfant lui-même, interrogé sur ce sujet, répondrait : C'est moi qui pense, c'est moi qui veux. Nous ignorons la cause des phénomènes de la vie animale : nous avons conscience d'être cause des phénomènes de la vie morale, et cette perception du sens intime embrasse à la fois la cause, l'effet, et l'opération par laquelle la cause produit son effet. En même temps, la conscience de l'activité personnelle est un fait permanent et non interrompu. D'où il suit qu'il y aurait contradiction à croire que la même cause tantôt eût conscience d'elle-même dans quelques-uns de ses actes, tantôt s'ignorât dans d'autres actes. Donc la cause des phénomènes physiologiques n'est pas identique à la cause des phénomènes moraux : donc, réciproquement, celle-ci ne se confond pas avec celle-là; elle est un principe, un être distinct, sinon absolument indépendant, ayant ses fonctions et son activité propre, et, à ce titre, elle est et doit être l'objet d'une science distincte. Ainsi, expliquera-t-on, se trouve établie :

1° la lĂ©gitimitĂ© de la psychologie, et, tout Ă  la fois; 

2° la portée et la nature intime du principe qui en est l'objet, l'âme ou le moi.

La psychologie n'embrasse pas seulement, comme on l'a cru et répété à satiété, l'étude des phénomènes, à l'exclusion du sujet de ces phénomènes : elle pénètre ce sujet jusque dans sa nature intime. Dire que l'âme a conscience de ses pensées et n'a pas conscience d'elle-même, ou que, si elle en a quelque idée, ce n'est qu'une idée indirecte comme celle que nous avons de la substance matérielle à propos de ses qualités perçues, c'est jouer à plaisir sur les mots pour arriver à une conclusion radicalement fausse. L'âme, en réalité, se connaît mieux qu'elle ne connaît quelque autre chose que ce soit : elle se connaît comme une force. Toute la difficulté vient de notre penchant, naturel ou acquis, à vouloir nous représenter par l'imagination ce qui n'est pas susceptible de représentation. Ces différents points fixés, il n'est bien difficile de déterminer ni les limites ni la méthode de la psychologie, ni ses rapports avec les autres sciences philosophiques. C'est un fait que l'âme et ses modifications, passives ou actives, sont l'objet d'une perception sui generis, que nous appelons conscience ou sens intime. La conscience dirigée et concentrée par la volonté prend le nom de réflexion : la réflexion est essentiellement la méthode de la psychologie. Quant à ses limites, elles sont tracées par cela même. Où s'arrête la conscience, là devra s'arrêter la psychologie.
" Le monde interne, dit encore Jouffroy est de toutes parts délimité par la conscience, et avec lui la psychologie, car l'objet de la psychologie est d'éclaircir ce que la conscience sait de nous-mêmes, et là où la conscience ne pénètre pas, il n'y a rien à éclaircir." (Mélanges. De la science psychologique.)
La psychologie, dans cette perspective, est évidemment, non pas toute la philosophie, mais celle des parties de la philosophie à laquelle toutes les autres viennent se rattacher; la logique et la morale, "dont l'une nous enseigne à bien raisonner, et l'autre à bien vouloir," supposent la connaissance théorique de l'intelligence, des passions, et de la volonté. Il en est de même de la théodicée : ce n'est que par la connaissance de nous-mêmes que nous pouvons nous élever à la connaissance de Dieu. L'âme humaine est, d'ailleurs, le centre commun ou naissent toutes les idées, où viennent se réfléchir toutes les connaissances. Elle ne peut être sûre de rien, si elle n'est sûre d'elle-même. Ce ne sont donc pas seulement les sciences philosophiques proprement dites, mais toutes les sciences, qui sont en rapport plus ou moins direct avec la psychologie. Partout où un système psychologique, c'est-à-dire une certaine solution des questions psychologiques, a prévalu, les caractères de ces systèmes se sont reflétés dans les autres sciences. Le Cartésianisme, la philosophie de la sensationSensualisme; Locke et Condillac;), le Kantisme (Criticisme, Philosophie transcendantale), en offriraient les exemples les plus remarquables. (B-e.).

Au cours des vingt dernières annĂ©es du XIXe siècle (disons avec les travaux de Wilhelm Wundt  et de Sigmund Freud), la psychologie a quittĂ© le giron de la philosophie pour s'engager sur la voie des sciences expĂ©rimentales et mĂ©dicales. L'Ă©tude de l'âme, concept bien peu opĂ©rationnel d'un point de vue scientifique, a cessĂ© d'ĂŞtre son propos. DĂ©sormais, elle se dĂ©finira, selon les Ă©poques, les leiux et les auteurs, principalement comme la discipline qui Ă©tudie les phĂ©nomènes cognitifs (chez les humains et les autres animaux), ainsi que leurs attitudes, conduites et comportements. (A19).
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Distinction de la psychologie et de la physiologie

« Une pierre tombe, voilà un phénomène; donc il a une cause, voilà la conséquence que l'intelligence en tire. Quelle est cette cause? Nous la nommons, mais nous ne la connaissons pas. L'arbre végète, voilà un autre phénomène. Que ce phénomène ait une cause, cela est incontestable, et nous appelons cette cause "force végétative". Mais je n'entends exprimer par là que ce que je sais, c'est-à-dire que le phénomène a une cause. Je remue le bras, voilà un troisième phénomène; ce phénomène a une cause, nul doute; quelle est cette cause? L'enfant même répond que cette cause c'est moi. Le mot moi n'est-il, comme le mot gravitation, qu'un signe représentant une cause inconnue? Examinons.

Quand une pierre tombe, je vois le phénomène; puis ma raison me force de croire qu'il a une cause; puis je donne un nom à cette cause, qui m'échappe : voilà tout. Quand je remue le bras, j'ai pareillement connaissance du mouvement de mon bras; ma raison m'avertit pareillement que ce mouvement doit avoir une cause; je puis pareillement donner un nom à cette cause. Mais est-ce là tout? et ne se passe-t-il rien de plus? Il se passe autre chose assurément, et si vous voulez vous en convaincre, répétez l'expérience, et examinez attentivement ce qui se passe en vous. Vous trouverez qu'avant la production du mouvement vous aviez conscience d'une cause que vous appeliez moi, et que vous saviez capable de produire ce phénomène; vous trouverez qu'au moment où le phénomène s'est produit, vous avez eu conscience de l'action de cette cause, et de l'énergie par laquelle elle l'a produit; vous trouverez enfin qu'après la production du phénomène, vous continuez d'avoir conscience de cette cause et de sa capacité à le reproduire encore, s'il le fallait. Cette troisième expérience contient donc d'autres faits que les deux premières : dans celles-ci je ne connaissais que le phénomène, la cause m'échappait; dans le mouvement du bras, je connais également le phénomène, mais avant sa production je connaissais, pendant sa production j'ai connu, après sa production je continue de connaître la cause qui l'a mis au monde. Les cas ne sont pas identiques. Là je ne saisis qu'un des termes du rapport, l'effet; quant à la cause, elle me demeure inconnue; seulement l'effet me l'annonce, et je crée un mot pour la représenter. Ici les deux termes m'apparaissent; je ne conclus pas la cause de l'effet; je saisis l'un et l'autre, la cause d'abord, l'effet ensuite; et non seulement l'un et l'autre, mais la production de l'un par l'autre. L'effet est passager, il disparaît; la cause est permanente, elle reste; aussi je continue de sentir la cause après que l'effet s'est évanoui, comme j'avais commencé par la sentir avant que l'effet fût produit. La double perception des deux termes est amplement témoignée par toutes ces circonstances; il est bien constant que ce n'est pas une illusion, et que, tandis que toutes les autres causes naturelles m'échappent, en voici une dont l'existence individuelle n'est pas comme la leur une hypothèse, mais un fait.

[...] Les phénomènes psychologiques sont saisis en nous immédiatement par la conscience, tandis que, pour saisir les autres, il faut que nous sortions de nous, et que, par des expériences détournées et difficiles sur le corps humain ou sur celui des animaux, nous rendions visible à nos sens cette vie qui n'est pas la nôtre, et dont notre conscience ne nous dit rien. Cette double diversité achève de jeter entre les deux sciences une séparation profonde; il est impossible que deux études qui ont des objets si différents, qui exigent des aptitudes et procèdent par des moyens si divers, s'identifient jamais. Leur essentielle diversité ne se fait jamais mieux sentir que dans les excursions obligées de chacune de ces sciences dans le domaine de l'autre. Quand il arrive à un physiologiste d'introduire sur la scène de la vie animale un phénomène psychologique, ou réciproquement, à un psychologue sur la scène de la vie intellectuelle et morale, un phénomène physiologique, dans ces deux cas ce phénomène a l'air d'un étranger qu'on appelle d'un pays dont on ne connaît ni la langue, ni les moeurs, et qu'on traite avec embarras. »
 

(Jouffroy, Nouveaux mélanges).


Collectif, Les grands courants de la psychologie moderne et contemporaine, De Boeck, 2009.
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