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Spratly Islands |
8 38 N, 111 55 E ![]() |
Les
îles Spratly forment un vaste archipel disputé situé en mer
de Chine méridionale, entre les côtes méridionales du Vietnam, les
Philippines, la Malaisie et Brunei. Ce groupe d'îles, de récifs, d'atolls,
de bancs de sable et de lagons peu profonds s'étend sur environ 400 000
km² de surface maritime, mais la superficie émergée cumulée des terres
est infime, estimée à moins de 5 km². Ces îles sont entourées d'eaux
très poissonneuses et sont placées au coeur d'une zone potentiellement
riche en gaz et en pétrole,
mais encore inexplorée. L'ensemble comprend plus d'une centaine d'entités
géographiques, dont beaucoup sont submergées à marée haute, rendant
la définition même d'« île » juridiquement contestée selon la Convention
des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM).
D'un point de vue géopolitique, les Spratly sont au coeur de tensions entre plusieurs États riverains. La Chine, Taiwan et le Vietnam les revendiquent dans leur totalité, tandis que certaines parties sont revendiquées par la Malaisie et les Philippines. Environ 45 îles sont occupées par des militaires (chinois, malaisiens, vietnamiens ou taïwanais, selon les cas). Brunei a, pour sa part établi une zone de pêche qui déborde sur la partie méridionale de l'archipel, mais n'a pas formulé officiellement de revendication territoriale. A ce jour, l'activité économique se limite à la pêche commerciale.
La géographie physique des Spratly est dominée par des structures récifales coralliennes : atolls fermés, récifs-barrières, lagons, et formations sablonneuses. Ces entités sont regroupées sur les cartes sans logique géomorphologique stricte mais sont souvent selon la proximité ou selon les zones d'occupation militaire. Le climat y est tropical humide, influencé par les moussons, avec une saison sèche hivernale (mousson du nord-est) et une saison humide estivale (mousson du sud-ouest). Les typhons et les fortes tempêtes y sont fréquents, affectant la stabilité des infrastructures et la géomorphologie des îles. La mer entourant les Spratly est relativement peu profonde (généralement entre 15 et 200 mètres de profondeur), car elle repose sur le plateau continental de la mer de Chine méridionale. Elle abrite des récifs frangeants, des herbiers marins et une biodiversité exceptionnelle, notamment des poissons pélagiques, des coraux durs et mous, des mollusques, des tortues et des mammifères marins. Plusieurs bancs, comme le Mischief Reef ou le Subi Reef, sont situés en position stratégique pour le contrôle maritime et ont été artificiellement élargis par remblaiement dans le cadre de projets de poldérisation. Les îles habitées sont rares et souvent constituées de garnisons ou de stations météorologiques. Les conditions de vie y sont rudes en raison de l'isolement, de la rareté en eau douce, de la salinité élevée et de la faible productivité agricole. La végétation naturelle est quasi inexistante, à l'exception de quelques arbustes halophiles et cocotiers plantés manuellement. L'écologie locale est fragile, menacée par les constructions humaines, les extractions de sable et de coraux, la surpêche et les pollutions pétrolières et plastiques. Histoire.
L'époque coloniale, à partir du XIXe siècle, introduit une nouvelle dimension juridique et stratégique. L'Empire colonial français, maître de l'Indochine, revendique les îles en 1933 et les intègre à la Cochinchine. La France y installe quelques postes météorologiques et postes militaires, mais ces installations restent très limitées. Simultanément, le Japon montre un intérêt croissant pour la mer de Chine méridionale dans le contexte de son expansion impérialiste. En 1939, l'armée japonaise occupe les îles Spratly et Paracel, les intégrant à son dispositif stratégique pendant la Seconde Guerre mondiale. Le Japon y établit des infrastructures, en particulier sur Itu Aba (Taiping), et les utilise comme base aéronavale. Après la capitulation japonaise en 1945, les îles sont officiellement abandonnées, mais les rivalités reprennent rapidement entre les puissances de la région. En 1947, la Chine nationaliste (République de Chine) publie une carte célèbre avec une ligne en « U » à neuf traits englobant les Spratly et les Paracel, qui exprime sa revendication d'une souveraineté historique fondée sur des droits traditionnels. Cette carte sera ultérieurement reprise par la République populaire de Chine après 1949. Le Vietnam, nouvellement indépendant, réaffirme la souveraineté que la France aurait exercée en son nom, tandis que les Philippines et la Malaisie commencent également à énoncer leurs propres revendications territoriales, en se basant sur des critères géographiques, économiques ou de proximité. Pendant la guerre du Vietnam, les États-Unis et l'URSS surveillent de près la région, mais sans intervention directe. À partir des années 1970, l'intérêt stratégique et économique pour les îles s'intensifie. Les premières études géologiques suggèrent la présence de ressources en hydrocarbures dans les fonds marins avoisinants. En 1974, la Chine populaire s'empare militairement des îles Paracel aux dépens du Sud-Vietnam. Puis, en 1988, un affrontement naval oppose la Chine et le Vietnam près du récif Johnson South. Ce conflit entraîne la mort de 64 marins vietnamiens et l'occupation de nouveaux récifs par Pékin. C'est le début d'une militarisation plus agressive des récifs, avec la construction d'avant-postes sur des structures semi-submergées. Dans les années 1990, les tensions se multiplient : les Philippines occupent Thitu (Pag-asa), la Malaisie s'installe sur Layang-Layang, et le Vietnam renforce ses positions. Taïwan, qui administre Itu Aba, maintient également une présence militaire et logistique constante. En 2002, les pays de l'ASEAN et la Chine signent une Déclaration sur la conduite des parties en mer de Chine méridionale (DOC), qui appelle à la retenue et au règlement pacifique des différends. Toutefois, cette déclaration n'a pas de force juridique contraignante. Au cours des années 2010, la situation change radicalement avec l'amorce de grands travaux de poldérisation par la Chine. Des récifs tels que Fiery Cross, Subi et Mischief sont transformés en îles artificielles, équipées de pistes d'atterrissage, radars, batteries de missiles et ports militaires. Ces aménagements sont dénoncés par plusieurs pays, notamment les États-Unis, qui affirment leur liberté de navigation dans la zone. En 2016, un arbitrage international rendu par la Cour permanente d'arbitrage de La Haye, saisi par les Philippines, conclut que les revendications maritimes chinoises fondées sur la ligne en neuf traits sont sans base juridique. La Chine rejette ce verdict. Depuis lors, la situation reste tendue, avec une forte présence militaire, une multiplication d'incidents entre navires civils et militaires, et des efforts diplomatiques infructueux pour codifier une conduite régionale. Les Spratly représentent désormais un théâtre géopolitique de premier plan, où s'expriment les rivalités sino-américaines, les ambitions maritimes des pays d'Asie du Sud-Est et les enjeux du droit international maritime. |
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