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Chaire

Une chaire est une sorte de petite tribune, élevée au dessus du sol des églises, des cloîtres ou des réfectoires de monastère et destinée à recevoir un lecteur ou un prédicateur. Dans les églises primitives, il n'y a pas à proprement parler de chaires à prêcher, mais deux ambons placés des deux côtés du choeur pour la lecture de l'épître et de l'Evangile. Dès le XIIe siècle pourtant, il semble qu'il y eut, en outre, dans l'église un pupitre destiné à la prédication. Les églises italiennes, en tout cas, conservent de belles chaires en pierre ou en marbre du XIIIe et du XIVe siècle : celles de Sienne, de Pistoia, de Pise, dues à Nicolas et à Jean de Pise, sont particulièrement remarquables. En France, on ne trouve pas de chaires antérieures au XVe siècle dans les églises. Jusqu'au XIIIe siècle on disposait, pour la prédication, une chaire mobile, placée en quelque endroit de l'église; quand l'institution des ordres prêcheurs fit de la prédication un usage constant, les chaires devinrent fixes dans les églises monastiques, et généralement formèrent comme un balcon saillant à l'intérieur de l'église, porté en encorbellement, et auquel on montait par un escalier pratiqué dans l'intérieur de la construction. Toutefois, jusqu'au XVIe siècle, les prédications en plein air étaient fréquentes; de là l'usage des chaires élevées sur la voie publique tenant à l'église (chaires de Prato, de Saint-Lô). C'est au moment de la Réforme qu'on établit des chaires dans toutes les églises, pour combattre le dogme nouveau et empêcher par le respect dû au saint lieu toute contradiction et tout scandale; on plaça ces chaires dans les nefs, pour mettre le prédicateur à portée de l'assistance, et on les appuya contre l'un des piliers, les couvrant en outre d'un abat-voix ou plafond suspendu au-dessus de la chaire, pour empêcher la voix de se perdre. Ces chaires, d'abord en marbre ou en pierre, et bientôt en bois, sont parfois d'une richesse extrême; on en trouve des exemples à la cathédrale de Strasbourg (XVIe siècle), à Sainte-Gudule de Bruxelles (XVIIe siècle), où le luxe des détails fait souvent tort au bon goût.

Le mot chaire désigne également le siège épiscopal placé dans les églises primitives au fond de l'abside, derrière l'autel. Ces chaires étaient en pierre, en marbre, en métal, parfois, comme la célèbre chaire de l'évêque Maximien de Ravenne, en ivoire sculpté; généralement elles étaient fixes et se reliaient à des stalles disposées de chaque côté le long des murs de l'abside. Au-dessus de la chaire était suspendu un dais en étoffe; aux XIVee et XVe siècles, ce dais entra dans la composition même du monument, et fut fait en pierre ou en bois. A partir de la fin du XVe siècle, on établit plus volontiers les chaires épiscopales à la tête des stalles du choeur, à gauche de l'autel. On appelle aussi chaire le siège du président du chapitre dans les salles capitulaires. 
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Chaire.
Chaire de l'église saint-Jacques, à Dieppe.
. © Photo : Serge Jodra, 2010.

La chaire épiscopale dont il s'agit ici est presque inséparable de l'office de l'évêque. C'est le siège où il s'assied pour accomplir ses fonctions les plus importante. La vénération des reliques eut pour conséquence la vénération des chaires de ce genre réputées comme ayant servi à des saints. Eusèbe (Hist. éccl., VII, 19, 32) dit que, de son temps, la chaire de saint Jacques, premier évêque de Jérusalem, était l'objet d'un culte. D'après les Actes de saint Marc, la chaire de ce saint était conservée à Alexandrie; elle se trouve maintenant en l'église de Saint-Marc, à Venise. D'un passage de Tertullien, très élastiquement interprété (Praescr., XXXVI), on a conclu que les chaires de tous les apôtres étaient religieusement conservées dans les églises fondées par eux. Rome naturellement possède la chaire de saint Pierre, celle où il siégeait dans la maison du sénateur Pudens.

C'est une chaise curule en bois, ornée de marqueteries d'ivoire représentant les douze travaux d'Hercule. On la voit au fond de l'abside de Saint-Pierre, au Vatican, au-dessus du trône du pape. Elle est l'objet d'une fête (chaire de Saint-Pierre à Rome) célébrée le 17 janvier. Une autre fête est célébrée le 22 février pour la chaire de Saint-Pierre à Antioche. Cette chaire d'Antioche paraît gêner les ultramontains de nos jours, parce qu'il est difficile de nier qu'elle a dû servir à saint Pierre avant celle de Rome, et qu'ainsi elle a pu communiquer à l'église d'Antioche la primauté attachée à la personne de cet apôtre. C'est pourquoi les modernes archéologues de Rome démontrent que le pape Paul V, assignant les jours de ces deux fêtes, s'est trompé en leur dénomination. Suivant eux, les deux fêtes concernent deux sièges différents, mais appartenant tous deux à Rome; saint Pierre s'y est assis pendant deux séjours différents en cette ville, l'un sous Claude, l'autre sous Néron. 

Autrefois, dans plusieurs églises, on ensevelissait l'évêque sur sa chaire; quelques jours après, on la retirait de son tombeau, et elle servait pour l'intronisation de son successeur. (Ch. Diehl / E.-H. Vollet).

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Dictionnaire Architecture, arts plastiques et arts divers
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