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Tertullien
(Quintus Septimius Florens Tertullianus ou simplement Septimius
Tertullianus), apologiste chrétien. On sait qu'il naquit à
Carthage ,
de famille païenne. Son père, qu'il perdit étant enfant,
était centurion dans une légion proconsulaire; sa mère
lui fut un guide dévoué et éclairé. La date
de sa naissance n'est pas connue avec certitude, ni celle de sa mort. La
première peut être placée entre 150 et 160; la seconde,
entre 220 et 240; vraisemblablement, vers 240. Ses études furent
dirigées vers la pratique de la rhétorique et de la jurisprudence;
il y joignit ce qui constituait alors la plus haute culture : philosophie,
histoire,
science,
antiquité, poésie. Il parlait et écrivait le grec;
mais ses écrits en cette langue sont perdus. Il résulte de
son propre aveu que, avant sa conversion, il se livrait, sans retenue,
à tous les plaisirs et à tous les désordres que se
permettait la jeunesse païenne.
Parmi les motifs de sa conversion, les
principaux paraissent avoir été : la constance des chrétiens
devant la persécution; la sainteté et l'humilité de
leur vie; la supériorité de la doctrine
évangélique sur les systèmes
philosophiques; les déclarations
des démons
confessant et proclamant la divinité du christianisme ;
la puissance de la prière et des exorcismes pour la guérison
des maladies et l'expulsion des démons. Comme la plupart de ses
contemporains, Tertullien croyait aux démons et en trouvait presque
partout. Sa conversion eut lieu en 192 : à Rome, suivant quelques
auteurs; à Carthage ,
suivant la plupart des autres et avec plus de vraisemblance. En fait, il
résidait habituellement à Carthage, et il y devint prêtre
(ancien presbytre) de l'Église.
Il avait épousé une chrétienne,
mais il n'eut pas d'enfants. Deux de ses traités, d'une date très
postérieure à sa conversion, sont adressés à
sa femme, en forme de testament. Il l'engage, au cas où il mourrait
le premier (L. l, 7), à observer la continence et « à
faire dans la viduité ce qu'il ne lui était pas possible
de faire dans le mariage-». Ces
paroles sont assez claires pour n'avoir pas besoin d'explications. Elles
démontrent que Tertullien vécut toujours avec sa femme, dans
la régularité maritale, contrairement aux assertions de ceux
qui prétendent que déjà de son temps la continence
cléricale était prescrite.
A cette première partie de la vie
de Tertullien appartiennent les ouvrages suivants : Ad Martyres, - Apologeticum,
- De Testimonio animae, - Ad Nationes, - Adversus Judaeos, - De Oratione,
- De Raptismo, - De Paenitentia, - De Spectaculis, De Cultu faeminarum,
I, - De Idolatria, - De Cultu faeminarum, II, - De Paenitentia, - Ad Uxorem,
I et II, - De Praescriptione hoereticorum. - Adversus Marcionem.
En se convertissant à la religion
chrétienne, Tertullien l'avait identifiée : avec la vaillance
qui ose affronter tous les périls offrant au croyant l'occasion
de confesser sa foi; avec l'austère spiritualité qui dédaigne
les richesses, les plaisirs et les honneurs de la terre ; avec les sublimités
de la sagesse, avec la droiture intransigeante, qui ne s'accommode d'aucune
erreur, d'aucun abus, d'aucune défaillance; avec la justice qui
laisse à Dieu
ce qui appartient à Dieu, et qui interdit aux humains de pardonner
les péchés mortels. Or, l'expérience des réalités
lui montra chez les chrétiens, notamment dans l'Église
de Rome, les désordres du paganisme remplacés par les corruptions
que fomente le développement du cléricalisme; des évêques
qu'une partie des fidèles, la plus honnête, accusaient d'ignorance,
de vénalité et de rapacité; à côté
d'eux, un clergé complice, élevant sa puissance et son opulence
aux dépens de la foi, de la discipline et des mœurs. Tertullien
prit part à ces débats avec l'ardeur violente qui le caractérisait.
Les adversaires, que sa supériorité humiliait, répondirent
par des injures. Jérôme (De viris illustribus, 53)
attribue à cette envie et à ces injures l'accession de Tertullien
au montanisme :
Invidiis et contumeliis clericorum romanae Ecclesiae ad Montani dogma delapsus.
Cette accession, qui nous paraît devoir être attribuée
moins aux ressentiments de Tertullien qu'aux déceptions de ses premières
illusions, eut lieu à une date qu'il est difficile de préciser,
mais qui peut être placée avec vraisemblance entre l'an 199
et l'an 203.
Conformément à l'usage orthodoxe,
qui convertit avant leur mort les hérétiques célèbres,
lorsqu'il ne les fait pas mourir dans les tourments du remords, on a prétendu
qu'il avait fini par rentrer dans le sein de l'Église catholique.
Cette assertion n'est confirmée par aucun témoignage précis,
ni par aucune vraisemblance; elle paraît, au contraire, démentie
formellement par la survivance en Afrique d'une secte portant son nom :
Tertullianistes
(Augustin, De haeres., 86).
Tout en réprouvant avec une indomptable
véhémence les infidélités, les défaillances
et les corruptions que l'ambition, la cupidité et les complaisances
du clergé lui semblaient introduire dans la doctrine et la discipline
de l'Église et dans les moeurs des chrétiens, Tertullien
ne cessa jamais de défendre avec la moine vigilance et la même
énergie, ce qui appartenait au fonds commun de la religion chrétienne.
Ce fut dans les années où il appartenait au montanisme qu'il
composa ses écrits les plus importants contre les gnostiques et
les monarchiens. Saint Cyprien (200-258) le tint
constamment en haute vénération. Saint Jérôme
dit que cet évêque de Carthage
ne laissait pas passer une journée sans lire quelque partie de son
oeuvre; et lorsqu'il demandait ses traités, il disait :
«
Donnez-moi le maître, Da mihi magistrum ».
En fait, il est impossible de lire ce qui
nous reste des ouvrages de Cyprien, sans y retrouver beaucoup des pensées
de Tertullien. (E.-H. Vollet).
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Éditions
anciennes - L'édition la plus
ancienne des Oeuvres de Tertullien est celle de Froben, avec préface
et notes (Mâle, 1521). La plus estimée est celle de Oehler
(Leipzig, 1855). La préface contient une relation complète
des manuscrits et des éditions connues et une indication des traités
perdus. Le Panthéon littéraire (Paris, 1837, gr. in-8)
a publié la traduction en français de vingt-trois traités
: Du Baptême, - De la Pénitence, - De l'Oraison, - Contre
les spectacles, - De l'Idolâtrie, - De l'Ornement des femmes, - A
sa femme, - Des Habillements des femmes, - Du Voile des vierges, - Exhortation
à la chasteté, - De la Couronne du Soldat, - Du Manteau,
- Contre Marcion, - De la Chair de Jésus-Christ, - De la Résurrection
de la chair, - Prescriptions, - De la fuite dans la persécution,
- Apologétique, - Témoignage de l'âme, - A Scapula,
- Aux Nations, - Exhortation au martyre, - De la Patience. |
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