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Ajaccio

Ajaccio  (Adjacium, Aiazzo en génois) est le chef-lieu du département de la Corse-du-Sud, située sur la côte Ouest de la Corse. Population : 65 263 habitants (janvier 2010). Il n'existe à Ajaccio que peu de monuments dignes d'être cité: les anciennes cathédrales, Saint-Euphrase, Saint-Jean, Sainte-Croix, ont complètement disparu. La cathédrale actuelle, achevée en 1593, appartient à l'époque de la Renaissance; elle ne mérite pas une description. Le palais Fesch renferme le  musée de peinture et bibliothèque. La bibliothèque, riche de 50 000 volumes, a été fondée en 1800 par Lucien Bonaparte, alors ministre de l'intérieur.

Ajaccio n'existe sur son emplacement actuel que depuis 1492. Antérieurement, la ville s'étendait à environ deux kilomètres au nord de la vallée occupée aujourd'hui par les vignobles et les olivettes de Saint-Jean, entre l'oratoire de Sainte-Lucie et la route qui conduisait à l'ancien pénitencier de Castelluccio au Sud-Ouest, la colline de Notre-Dame-de-Lorette au Nord-Ouest, Castel-Vecchio et la Sciarabola au Nord-Est, et la route nationale qui longe la mer au Sud-Est. A différentes reprises on a découvert dans les vignes de Saint-Jean et tout près du mamelon de Castel-Vecchio des vases contenant des bracelets en cuivre et des résilles en or, ainsi que de nombreuses monnaies et médailles romaines. Mais l'ancien Ajaccio est-il l'Ourkinion polis (Urcinium civitas) de Ptolémée? Les archéologues et les géographes sont aujourd'hui d'accord pour répondre non; la plupart pensent que ces mots désignent les populations éparpillées sur le territoire qui porta au Moyen âge le nom de pieve d'Orcino (actuellement canton de Sari d'Orcino). 

Le document irrécusable le plus ancien où il soit fait mention d'Ajaccio (Adjacium) est une lettre adressée en l'an 600 par le pape saint Grégoire le Grand, à Boniface, défenseur en Corse, pour lui prescrire de faire procéder par le clergé et par le peuple à l'élection des évêques d'Ajaccio et d'Aléria. Ensuite, l'histoire d'Ajaccio se confond longtemps avec l'histoire de la Corse; on sait seulement qu'au Xe siècle les Sarrasins brûlèrent la ville. Victorieuse des Pisans à la bataille de la Meloria, la République de Gênes prit possession de l'île en 1347. A la fin du XIVe siècle, la Maona, société de cinq gentilshommes génois à laquelle la République avait cédé ses droits, envoya un de ses membres, Cristoforo Maroffo, combattre le comte Arrigo dalla Rocca et ses partisans de la Cinarca. Les Génois fortifièrent Ajaccio, puis allèrent saccager le territoire de la Cinarca; mais assaillis par le comte et poursuivis jusque dans Ajaccio, ils furent contraints par la famine à rendre cette place qui fut rasée. En 1420, le roi d'Aragon, Alphonse V, s'empare sans combat de la ville. En 1453, par une convention conclue à Saint-Florent, Guglielmo et Raffaële Doria, seigneurs de Leca, fils de Rinuccio de Leca, transfèrent leurs droits sur la Corse à Pietro-Battista Doria, délégué de la Banque de Saint-Georges. P.-B. Doria garantit aux Leca l'intégrité de leur seigneurie et leur donne le château de Cinarca ainsi que le territoire appelé Fiuminale di Celavo, y compris Ajaccio avec sa forteresse et ses dépendances. Mais cette convention ne fut pas longtemps respectée : en 1457, à la suite d'une guerre contre les Génois, les Leca furent pris et exécutés; Ajaccio retomba alors aux mains de la Banque. 
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Ajaccio.
Ajaccio au début du XXe siècle. La ville se situe sur la rive septentrionale de son superbe golfe, garanti des vents du Nord par une montagne de 790 m.

En 1492, Ajaccio fut transféré, avec son siège épiscopal, à l'endroit où il se trouve aujourd'hui; ce fut pour des raisons de salubrité, paraît-il, que les habitants transportèrent leurs demeures sur la pointe sud du port; la ville ancienne ne tarda pas à disparaître. Lors de la guerre des Trois-Evéchés, le roi de France, Henri II, à l'instigation de Sampiero de Bastelica, envoya en Corse une armée commandée par le général de Thermes. Ce général ordonna à Sampiero de marcher sur Ajaccio. Traversant l'île avec une merveilleuse diligence, Sampiero, suivi d'une foule de paysans avides de rapine, vint s'emparer de la ville qui ouvrit ses portes sans résistance (1553). Ajaccio fut mis à sac; ses habitants, Génois pour la plupart, s'enfuirent dans les villages voisins où on leur accorda, dit Filippini, une généreuse hospitalité. De 1553 à 1559, les troupes françaises occupèrent la ville; c'est alors que le général de Thermes fit construire la citadelle qui existe encore aujourd'hui. Le successeur du général de Thermes, Giordano Orsino, lieutenant-général en l'île de Corse pour le roi de France, autorisa les habitants d'Ajaccio « nés partie de pères et les autres de mères génois, à rester dans la ville, nonobstant toute ordonnance contraire, et à jouir des mêmes privilèges, franchises et libertés accordés aux autres naturels corses ». A la suite du traité de Cateau-Cambrésis, le roi de France, François Il, rendit la Corse à la République de Gênes le 5 septembre 1559. Les Génois, redevenus maîtres d'Ajaccio, en augmentèrent les fortifications; la possession de cette place leur fut d'un grand secours dans leur lutte contre Sampiero Corso. 

C'est aux environs d'Ajaccio que succomba le chef des patriotes corses; à cette occasion les Anciens de la Cité envoyèrent au Sénat de Gênes des lettres où ils protestaient de leur dévouement. Pendant le XVIe siècle la ville eut à souffrir des incursions des Barbaresques. En 1723, la République partagea la Corse en deux gouvernements : Ajaccio devint la capitale de l'au-delà des Monts. Pendant la guerre de Quarante Ans les nationaux essayèrent vainement de s'emparer du préside génois; le roi Théodore (Nehof) fit, lui aussi, une tentative inutile en 1739. En vertu des traités de Compiègne (14 août 1756 et 8 août 1764). conclus entre Gênes et le gouvernement de Louis XV, les troupes françaises occupèrent par deux fois Ajaccio; enfin, à la suite du traité de Versailles (15 mai 1768) elles plantèrent définitivement le drapeau de la France sur les murs de la ville. (En 1763, la complot formé par les paolistes pour s'emparer de la citadelle avait échoué, les Masseria avaient été tués, et Charles Bonaparte obligé de se réfugier auprès de Pascal Paoli). Ajaccio devint le siège d'une subdélégation. Chef-lieu du département de la Corse en 1790, du département du Liamone en 1793, Ajaccio redevint le chef-lieu de tout le département en 1811, puis, lorsque l'île fut de nouveau partagée en deux départements, en 1975, la ville accueillit la préfecture du plus méridional.
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Ajaccio : la maison des Bonaparte.
La maison des Bonaparte.
Ajaccio : la citadelle.
La citadelle d'Ajaccio. Elle remonte à 1554.

Lorsque éclata la Révolution, Ajaccio s'était partagée en plusieurs camps; les soutiens de l'autorité royale, officiers, fonctionnaires, moines, la plupart de vieilles familles génoises, et leurs partisans, eurent à lutter contre les Paolistes et les représentants des idées nouvelles dirigés par les Bonaparte, Filippo Masseria, Peraldi, Pozzo di Borgo. On organisa la garde nationale; on fonda un club patriotique. Paoli, revenu de l'exil, fut nommé président du directoire du département et commandant en chef des gardes nationales. Mais, la Révolution avançant, Paoli devint le chef des contre-révolutionnaires et livra la Corse au roi d'Angleterre, Georges III. De 1794 à 1796, les Anglais restèrent maîtres du pays. En 1796, les généraux Gentile et Casalta, à la tête d'un détachement de troupes de l'armée d'Italie, arborèrent de nouveau en Corse le drapeau tricolore. En 1814, Ajaccio refusa de se soumettre aux Anglais, qui avaient de nouveau occupé l'île, mais accueillit avec enthousiasme l'autorité de Louis XVIII. Pendant les Cent jours les habitants des environs accourus en armes forcèrent les Ajacciens à reconnaître le gouvernement impérial. Ce fut le dernier siège que la ville eut à soutenir. 

C'est d'Ajaccio, dans la nuit du 28 septembre 1815, que Murat partit pour son expédition de Calabre où il trouva la mort.

Un historien du XVIe siècle, Agostino Giustiniani, évêque de Nebbio, et un historien du commencement du XVIIe, Aurelio d'Istria Sorba, nous ont laissé des descriptions de l'Ajaccio du Moyen âge. C'était alors une ville plane, ayant environ mille pas de circonférence; elle était protégée de toutes parts par de fortes murailles entourées de fossés profonds. Pour construire la citadelle, la Sérénissime République n'avait pas hésité à jeter bas les plus belles maisons et même l'église paroissiale. C'est que cette citadelle était destinée à défendre le préside génois aussi bien contre l'ennemi de l'intérieur que contre l'invasion étrangère. Ajaccio est plein de femmes et d'enfants; les hommes y sont rares parce que la plupart vont exercer le métier militaire dans les pays étrangers; les riches y sont peu nombreux, les pauvres en grande quantité. Les habitants n'aiment guère le travail; ils détestent les arts, et ont en horreur la culture des champs; quoique religieux, ils sont très portés à la vendetta. Les environs sont fertiles et giboyeux; le port est commode; le golfe abonde en poissons de toute espèce.

Ajaccio jusqu'à l'occupation française fut une ville purement génoise. Lors de la lutte de la SS. République avec Gio. Paolo de Leca, les Génois seuls pouvaient habiter la cité; à cette époque on y fit venir cent familles de la Riviera di Ponente, ainsi que quelques nobles citoyens de Gênes; on y envoya en garnison de nombreux soldats qui, les troubles apaisés, restèrent dans le pays, s'y marièrent et y firent souche. Dans tous les actes officiels Ajaccio est appelé « colonie » par le gouvernement génois. La garnison d'Ajaccio ne devait pas comprendre de Corses ni de natifs, même Génois ou fils de Génois. Quiconque était né soit dans la cité, soit dans la juridiction ne pouvait être élu capitaine, lieutenant, caporal des cohortes à pied. Aucun Corse ou fils de Corse ne pouvait être employé dans la chancellerie. Toutefois, dès la fin du XVIe siècle, nous voyons les Anciens adresser une supplique au Sénat de Gênes pour le prier d'accorder : que tous ceux qui habitent la ville depuis son édification jusqu'à l'année 1553 soient réputés citoyens d'Ajaccio de quelque nation qu'ils puissent être, que tous participent aux mêmes charges et jouissent des mêmes droits. 
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Golfe d'Ajaccio : la tour de Capitello.
Sur le golfe d'Ajaccio : la tour de Capitello.

Le gouvernement de la métropole était représenté par le commissaire (commissario), qui remplissait en même temps la charge de podestat de la ville. Le commissaire, nommé pour dix-huit mois, présidait les réunions des Anciens et du Conseil; il avait droit à une garde d'arbalétriers à cheval. Dans toute cause civile il pouvait faire procéder à l'exécution de ses sentences; dans les affaires criminelles il fallait, pour toute peine afflictive, l'approbation du gouverneur général. Il jugeait les contestations entre seigneurs et vassaux. L'appel des sentences du commissaire était porté devant les syndics envoyés par le Sénat de Gênes

En 1572, la ville était administrée par le Conseil (Consiglio) et les Anciens (Antiani). Les Anciens étaient au nombre de six, quatre Génois et deux Corses. Au commencement de chaque année, en présence du commissaire et des Anciens, on mettait dans une boîte le nom de tous les hommes d'Ajaccio âgés de vingt ans, puis on tirait au sort soixante noms, trente-six de Génois et vingt-quatre de natifs; ces soixante personnes réunies aux Anciens formaient le Conseil de la ville pour une année. En 1577, on réduisit le nombre des membres du Conseil à vingt-sept; dans ce nombre étaient compris les six Anciens nouvellement élus ainsi que les six Anciens sortants. Nouvelle réforme en 1658 : on mettra dans l'urne les noms de trente citoyens ayant trente ans accomplis et sachant lire et écrire : les six premiers noms sortis sont ceux des Anciens; le tirage aura lieu tous les deux ans. Vu l'accroissement de la population, le nombre des membres du Conseil est porté de vingt-sept à quarante. Personne ne peut être nommé à un office quelconque s'il n'habite dans la cité depuis dix ans, et s'il ne possède maison, vigne, champ sur le territoire; à l'exception des citoyens génois qui peuvent participer à tous les honneurs aussitôt qu'ils viennent habiter la ville. Les Anciens nomment : le capitaine de la ville pour le maintien de la paix publique, le syndic de la commune, le capitaine de la tour et ses officiers, le médecin de la cité, les conservateurs de la santé, les membres du magistrat dell' Abondanza, della Pietà, delle Piante, etc.

Pendant la période française, en vertu d'un édit du roi (mai 1771), la communauté devait élire chaque année à la pluralité des voix de ses habitants chefs de famille, âgés de vingt-cinq ans : un podestat et deux pères du commun, choisis parmi les plus distingués et devant savoir lire et écrire, etc. Ces élections devaient être confirmées par l'intendant. Le podestat était chargé de la police. Au civil il pouvait juger les affaires n'excédant pas douze livres; au criminel il pouvait condamner même à l'emprisonnement pour vingt-quatre heures, sauf à en référer au juge royal de la province. Tous les actes de la municipalité devaient être approuvés par le subdélégué. On établit à Ajaccio un siège de maréchaussée et un siège d'amirauté. 

Les armoiries accordées à la ville par le gouvernement génois le 28 janvier 1575 étaient : d'azur, à une colonne d'argent surmontée d'un écu d'azur à la croix de gueules, et soutenue par deux chiens d'argent contre-rampants; le tout terrassé de sinople. Pour devise : Sic Adjacenses in rempublicam Januensem.

Jusqu'à la fin du XVIe siècle Ajaccio ne posséda qu'une paroisse et ne renferma que le couvent des servites. Par la suite on construisit les églises de Saint-Jérôme, de Saint Jean-Baptiste, des Jésuites, de Saint-François, de Saint-Roch dans le bourg; on y érigea le collège des jésuites, le couvent des clarisses, les couvents des capucins et des FF. mineurs de l'Observance.

Pour l'entretien de l'hôpital le gouvernement génois avait décidé que tout habitant de ce côté des Monts (les Bonifaciens exceptés), qui ferait un testament, devrait léguer cinq sous de Gênes audit hôpital; si cette clause était omise, les cinq sous devaient être prélevés sur la succession. De plus, l'abattoir était affermé au bénéfice de l'hôpital. Dès le XVIIe siècle la ville fut dotée d'un mont-de-piété.

Malgré sa magnifique situation au fond d'un golfe de douze milles de large, Ajaccio n'a jamais été une ville commerçante; au Moyen âge c'est un entrepôt pour les marchandises que les Génois écoulent dans l'intérieur de l'île; c'est un port de relâche pour les galères. La pêche du corail est la seule industrie un peu florissante.

La ville renfermait plus de cent feux en 1531, environ trois cents feux en 1586, deux mille habitants en 1602, deux mille cinq cent quatre-vingt-treize en 1746 ; dix-huit mille en 1881; plus de 65 000 aujourd'hui. 

Parmi les personnages nés à Ajaccio, nous citerons : Napoléon, Lucien, Louis, et Jérôme Bonaparte, le cardinal Fesch, l'évêque André Giustiniani ; Giustiniani Pompée, général au service de Venise et historien; les frères Rossi, généraux sous Louis XVI; le dernier maréchal d'Ornano, et les généraux Cataneo, Fiorella, etc.  (Ch. Dufourmantelle).
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Ajaccio.
Une ancienne vue d'Ajaccio.
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Dictionnaire Villes et monuments
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