.
-

Numismatique
Les médailles
Une médaille, c'est, proprement, une pièce métallique et commémorative, destinée à conserver et à transmettre le souvenir soit d'un événement, soit d'un homme. Chez les Anciens, la médaille n'était pas distincte de la monnaie, parce que la monnaie portait le plus souvent le témoignage du temps où elle était frappée, ou même parce qu'elle était émise à l'occasion d'un fait important, comme le serait une médaille aujourd'hui. Une monnaie antique a donc généralement eu un double caractère : moyen d'échange, elle a circulé avec une valeur déterminée; monument historique, elle a conservé sa signification commémorative, nous apportant les noms des magistrats, la mention des événements, l'image des temples, statues, édifices publics ou sacrés qu'elle devait faire connaître. De là sa double dénomination de monnaie et de médaille; de là aussi les secours qu'elle apporte à l'histoire, les lumières qu'elle lui fournit dans l'absence de tout autre témoignage. Cependant, il paraît impossible de rattacher à un système monétaire quelconque quelques-unes des pièces que nous a transmises l'Antiquité : dans ce nombre, nous signalerons les grandes pièces d'argent de Syracuse à la tête de Cérès ou de Proserpine, et les médaillons de bronze de l'Empire romain. La rareté de ces pièces, qu'on a trouvées quelquefois montées comme des bijoux, porte à croire qu'elles ont été émises à petit nombre, pour être distribuées à des fonctionnaires, et non livrées au commerce. Les auteurs anciens ne nous fournissent à cet égard aucun renseignement.
-
Médaillon de Syracuse.
Médaillon de Syracuse.

Au Moyen âge, la monnaie a perdu le caractère essentiellement mobile, actuel, commémoratif, qu'elle avait eu dans l'Antiquité; les types ont tendu à l'immutabilité; le nom du souverain a seul changé. Aussi le retour à l'étude de l'Antiquité a-t-il fait inventer la médaille. En France, les plus anciennes médailles sont de très grandes pièces en or, d'une extrême rareté, frappées par le roi Charles VII; elles sont couvertes de longues légendes où l'on célèbre la défaite des Anglais et la délivrance du sol français par le roi Charles VII. 

En Italie, l'art joue un plus grand rôle dans la médaille; il s'y manifeste, du premier coup, avec une puissance et une originalité très remarquables : mais, dans les imitations des Anciens, on employa pendant longtemps les moyens matériels que ceux-ci avaient mis en oeuvre, c.-à-d. le moule qui donne des épreuves souvent inégales, remplies de soufflures; les artistes étaient obligés de les retoucher eux-mêmes, ou de les faire ciseler par leurs élèves. Au commencement da XVIe siècle, Victor Camelo inventa l'art d'enfoncer les coins dans l'acier, et on commença à préférer les épreuves dues à ce procédé aux épreuves fondues. Cependant, tandis qu'en Italie on abandonnait le moulage, en France, il continua d'être en usage sous Dupré et sous Varin, et l'Allemagne, qui le conserva, produisit également de très belles pièces. 

L'invention du balancier ou du moulin, au milieu du XVIe siècle, permit d'obtenir des épreuves parfaitement nettes de médailles d'une grande dimension, et dispensa l'artiste de les retoucher. Aujourd'hui encore, après l'invention de la machine Thonnelier, qui frappe les monnaies sans le secours de la main de l'homme, on se sert du balancier pour frapper les médailles : c'est le seul engin dont on puisse obtenir la force nécessaire, en lui faisant donner autant de coups qu'il est besoin.

Les graveurs en médailles dont les oeuvres sont le plus recherchées sont : à l'étranger, Victor Pisanello, le grand artiste du XVe siècle, fondateur de l'école de Vérone, qui compte Mathieu de Pasti, Jules Terra, Torre et tant d'antres; en France, Dupré, le plus habile graveur français contemporain de Henri IV et de la régente Marie de Médicis; Varin, graveur des principales médailles de Louis XIV; Duvivier, contemporain de Louis XV, etc. 

La gravure en médailles a connu un important déclin depuis le XIXe siècle : il est vrai que cet art était autrefois l'objet d'une protection spéciale; les rois faisaient frapper des médailles à l'occasion de tous les événements de leur règne. Le nombre en fut assez considérable pour fournir la matière de grandes publications, telles que l'Histoire du règne de Louis XIV par les médailles, l'Histoire du règne de Louis XV, etc. Ces pièces forment de belles suites d'un module uniforme, et dont on peut voir les exemplaires en or, destinés au roi, dans les collections du Cabinet de la Bibliothèque nationale de Paris. D'autres ouvrages, faits sur le plan des précédents, ont pris les monuments monétaires comme témoignages de l'histoire, ainsi l'Histoire métallique de la Révolution par  Hennin, l'Histoire métallique de Napoléon le Grand par Millingen, etc. On peut encore citer l'Histoire métallique de la Révolution de 1848, publiée par F. de Saulcy. (D.).

.


Dictionnaire Architecture, arts plastiques et arts divers
A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z

[Pages pratiques][Aide][Recherche sur Internet]

© Serge Jodra, 2008. - Reproduction interdite.