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Littérature française au XVIIIe siècle 
L'éloquence révolutionnaire
et le journalisme sous la Révolution et l'Empire
La crise douloureuse que traversa la France pour l'enfantement d'une société nouvelle n'a pas interrompu le mouvement littéraire. Le XVIIIe siècle achève de mourir sous la Révolution et l'Empire, pour laisser la place libre à une littérature différente, en accord avec les conditions sociales transformées.

Médiocrité de cette littérature. 
Si l'on met à part les orateurs, ainsi que Chateaubriand et Mme de Staël qui durent à l'hostilité de Napoléon de sauvegarder leur indépendance, toute la production de cette époque est médiocre. Ce n'est pas seulement un hasard. Sous la Révolution, en pleine tourmente, quel moyen pour les auteurs, comme pour le public, de mettre l'art au premier plan de leurs préoccupations? L'heure était avant tout à l'action. Sous l'Empire, une censure rigoureuse et tracassière, le désir de l'empereur de régenter les lettres comme le reste, son goût classique persistant, contribuèrent à étioler les talents.

Survivance de l'influence classique.
D'autre part, la forme nouvelle correspondant au changement des idées n'était pas encore trouvée. La société, mais non la littérature, a rompu avec la tradition. On garde les cadres classiques; on a autant que jamais les yeux fixés sur l'Antiquité, d'abord parce qu'on se plaît à rappeler les souvenirs des républiques grecques ou de Rome, ensuite parce que l'érudition et les découvertes archéologiques l'ont mise à la mode. Aussi, non seulement le théâtre reste fidèle aux modèles habituels, mais les orateurs révolutionnaires sont pleins de réminiscences des Anciens, et l'art affecte la sévérité gréco-romaine. Le Panthéon de Soufflot, l'Arc de triomphe du Carrousel, la colonne Vendôme, la peinture de David (1748-1825, le Serment des Horaces 1785, l'Enlèvement des Sabines 1799, le Serment du Jeu de Paume 1789, le Couronnenment de Napoléon) en sont les principaux exemples.

Constitution de genres nouveaux.
Néanmoins, la Révolution eut son influence sur les lettres. Elle détruisit la société mondaine de l'Ancien régime qui, pendant deux siècles, avait formé presque exclusivement le public auquel s'adressaient les écrivains. Le peuple maintenant entre en scène. On écrira pour lui parce qu'il s'instruit peu à peu et parce qu'il peut tout. Ainsi d'un côté, va naître une littérature plus spécialement populaire, de l'autre, les conventions aristocratiques auxquelles l'art obéissait vont disparaître. Mais les effets de ce bouleversement ne se feront sentir qu'un peu plus tard. La conséquence immédiate, c'est le développement de l'éloquence politique et du journalisme, deux genres que seule la liberté pouvait créer.

L'Éloquence révolutionnaire

Sous un régime d'absolutisme, l'éloquence n'avait été possible que dans la chaire. La Révolution lui donne une tribune et en même temps offre à l'orateur les vastes sujets qui le soulèvent et font valoir son talent.

Les principaux orateurs. 
La plupart des grands révolutionnaires furent éloquents, presque par nécessité, puisqu'il leur fallait chaque jour convaincre l'assemblée ou se défendre contre les attaques de leurs adversaires. Ce furent parmi les royalistes l'abbé Maury (1746-1817), parmi les Girondins lsnard (1751-1836, Discours sur l'émigration, 29 novembre 1791), Vergniaud (1753-1793) dont on cite surtout le Discours sur la Patrie en danger (3 juillet 1792), l'Appel aux armes (16 septembre 1792), et la Défense contre Robespierre (10 avril 1793). Les Montagnards avaient le fougueux Danton (1759-1794), dont la harangue sur la Patrie en armes (2 septembre 1792) est célèbre ainsi que celle où il fit décréter l'institution du Tribunal révolutionnaire (10 mars 1793). Robespierre (1759-1794) mettait au service de ses idées une éloquence très travaillée dont l'ordonnance un peu froide contrastait avec l'impétuosité de Danton (Discours sur l'Etre Suprême, 7 mai 1794). Il avait pour second l'austère Saint-Just (1767-1794).

Orateurs sous l'assemblée constituante et sous la Législative.
Mirabeau (ci-dessous) est le principal orateur de cette époque. Les autres se définissent souvent par rapport à lui.

• L'Abbé Maury (1746-1817) fut un des principaux adversaires de Mirabeau. Il avait un talent impétueux, un style ardent et emporté, l'art de répliquer, et aussi de développer brillamment des lieux communs. Mais c'est plutôt un rhéteur qu'un véritable orateur.

Barnave (1761-1793) combattit également Mirabeau, mais avec plus de, méthode et de sang-froid. C'était un modéré, d'idées et de talent. Ses discours, en particulier sa réplique à Mirabeau sur le droit de paix et de guerre, sont puissants par le raisonnement et par la netteté.

Sieyès (1748-1836) restera célèbre par sa brochure sur le Tiers-État (Qu'est-ce que le tiers état? tout; qu'a-t-il été jusqu'à présent? rien; que demande-t-il? à devenir quelque chose). Mais ce titre lui fut donné par Chamfort. Député à la Constituante et à la Convention, il y parla peu, et fit surtout des mots.

Isnard (1751-1836) eut son jour de génie. Il prononça, dans la séance du 29 novembre 1791, un Discours sur l'émigration, qui, pour être trop exalté et trop abondant en images aujourd'hui démodées, n'en respire pas moins le plus sincère enthousiasme, et pourrait encore, par son rythme et par son éclat, soulever les applaudissements. 

On sent avec Isnard, et avec les principaux Girondins (que nous allons surtout voir à l'oeuvre pendant la Convention), que l'éloquence, trop souvent théorique et abstraite à la Constituante, est déjà devenue, à la Législative, plus passionnée. Les événements politiques se pressent, à l'intérieur comme à l'extérieur. La fuite du roi à Varennes, l'émigration, la guerre, l'ambition croissante des hommes nouveaux, tout excite à la fois l'activité et l'éloquence.

Orateurs sous la Convention.
Déjà, à la Législative, les Girondins s'étaient distingués avec Isnard et surtout avec Vergniaud.

Vergniaud (1753-1793) fut presque le Mirabeau de la Législative et de la Convention. Il avait une forte instruction, des idées générales, du patriotisme, et, dans la forme, un mélange heureux de logique et d'imagination. Le 3 juillet 1792, sur la Patrie en danger, il prononce un de ses plus beaux discour», le 16 septembre de la même année, il dénonce la Commune de Paris et fait de nouveau appel à la concorde des citoyens pour sauver la France. A la Convention, Vergniaud combat Robespierre; il soutient que l'on doit faire appel au peuple pour juger Louis XVI (31 décembre 1792). Mais le plus beau discours de Vergniaud est sa réponse aux accusations que Robespierre avait formulées contre le parti girondin. La dernière partie, celle où il se glorifie d'être un modéré, est remarquable par la chaleur et la précision du style (10 avril 1793).
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Réponse à Robespierre (1793)

[Robespierre avait, dans la séance du 10 avril 1793, lancé de perfides accusations contre le parti girondin, dont Vergniaud était le chef. Accuser quelqu'un de modérantisme, c'était alors le vouer aux passions furieuses de l'Assemblée et du peuple; aussi Vergniaud s'explique-t-il très vivement sur cette qualité de modéré, mais avec autant de fierté courageuse que d'éloquence.]

« Robespierre nous accuse d'être devenus tout à coup des
modérés, des feuillants.

Nous, modérés! Je ne l'étais pas le 10 août, Robespierre, quand tu étais caché dans ta cave. Des modérés! Non, je ne le suis pas dans ce sens que je veuille éteindre l'énergie nationale. Je sais que la liberté est active comme la flamme, qu'elle est inconciliable avec ce calme parfait qui ne convient qu'à des esclaves. Je sais aussi que, dans les temps révolutionnaires, il y aurait autant de folie à prétendre calmer à volonté l'effervescence du peuple qu'à commander aux flots de la mer d'être tranquilles quand ils sont battus par les vents. Mais c'est au législateur à prévenir, autant qu'il peut, les désastres de la tempête par de sages conseils; et si, sous prétexte de révolution, il faut, pour être patriote, se déclarer le protecteur du meurtre et du brigandage, je suis modéré.

Depuis l'abolition de la royauté, j'ai beaucoup entendu parler de révolution. Je me suis dit : il n'y en a que deux possibles, celle des propriétés ou la loi agraire, et celle qui nous ramènerait au despotisme. J'ai pris la ferme résolution de combattre l'une et l'autre, et tous les moyens indirects qui pourraient nous y conduire. Si c'est là être modéré, nous le sommes tous; car tous, nous avons voté la peine de mort contre tout citoyen qui proposerait l'une ou l'autre.

J'ai aussi beaucoup entendu parler d'insurrection, et, je l'avoue, j'en ai gémi. Ou l'insurrection a un objet déterminé, ou elle n'en a pas. Au dernier cas, c'est une convulsion pour le corps politique, qui, ne pouvant lui produire aucun bien, doit nécessairement lui faire beaucoup de mal; la volonté de la faire naître ne peut entrer que dans le coeur d'un mauvais citoyen. Si l'insurrection a un objet déterminé, que peut-il être? De transporter l'exercice de la souveraineté dans la république? L'exercice de la souveraineté est confié à la représentation nationale; donc ceux qui parlent d'insurrection veulent détruire la représentation nationale; donc ils veulent remettre l'exercice de la souveraineté à un petit nombre d'hommes, ou la transporter sur la tête d'un seul citoyen, donc ils veulent fonder un gouvernement aristocratique, ou rétablir la royauté. Dans les deux cas, ils conspirent contre la république et la liberté; et, s'il faut les approuver pour être patriote, ou être modéré en les combattant, je suis modéré.

Nous sommes des modérés! Mais au profit de qui avons-nous montré cette grande modération? Au profit des émigrés? Nous avons adopté contre eux toutes les mesures de rigueur que commandaient également et la justice et l'intérêt national. Au profit des conspirateurs du dedans? Nous n'avons cessé d'appeler sur leur tête le glaive de la loi. Mais j'ai repoussé la loi qui menaçait de proscrire l'innocent comme le coupable. On parlait sans cesse de mesures terribles, de mesures révolutionnaires... Je les voulais aussi, ces mesures terribles, mais contre les seuls ennemis de la patrie; je ne voulais pas qu'elles compromissent la sûreté des bons citoyens, parce que quelques scélérats avaient intérêt à les perdre; je voulais des punitions, non des proscriptions. Quelques hommes ont paru faire consister leur patriotisme à tourmenter, à faire verser des larmes; j'aurais voulu qu'il ne fit que des heureux. La Convention est le centre autour duquel doivent se rallier tous les citoyens : peut-être que leurs regards ne se fixent pas toujours sur elle sans inquiétude et sans effroi; j'aurais voulu qu'elle fût le centre de toutes les affections et de toutes les espérances. On a cherché à consommer la révolution par la terreur; j'aurais voulu la consommer par l'amour. Enfin, je n'ai pas pensé que, semblables aux farouches ministres de l'inquisition, qui ne parlent de leur dieu de miséricorde qu'au milieu des bûchers, nous dussions parler de liberté au milieu des poignards et des bourreaux.

Nous, des modérés! Ah! qu'on nous rende grâce de cette modération dont on nous fait un crime. Si, lorsque dans cette tribune on est venu secouer les torches de la discorde et outrager avec la plus insolente audace la majorité des représentants du peuple; si, lorsqu'on s'est écrié avec autant de fureur que d'imprudence : Plus de trêve, plus de paix entre nous! nous eussions cédé aux mouvements de la plus juste indignation, si nous eussions accepté le cartel contre-révolutionnaire qu'on nous présentait, je le déclare à mes accusateurs, de quelques calomnies dont on veuille nous flétrir, nos noms sont encore plus estimés que les leurs; on aurait vu accourir de tous les départements pour combattre les hommes de septembre, des hommes également redoutables à l'anarchie et aux tyrans. Nos accusateurs et nous, nous serions peut-être déjà consumés par le feu de la guerre civile. Notre modération a sauvé la république de ce fléau terrible, et, par notre silence, nous avons bien mérité de la patrie. »
 

(Vergniaud, 1793).

Parmi les Girondins, il faut encore signaler Guadet, Gensonné, Buzot, Brisset.

Danton (1759-1794) fit partie de la Législative et de la Convention. Il faut beaucoup lui pardonner, pour avoir été un des patriotes les plus courageux, et pour avoir payé de sa tête son opposition à Robespierre. Physiquement, il n'est pas sans rapport avec Mirabeau; comme lui, il en imposait par sa carrure et par son aplomb. Mais il était tribun populaire, plutôt qu'orateur. - Le 2 septembre 1792, à la nouvelle du siège de Verdun par les Prussiens, l'assemblée est frémissante; c'est ce jour-là que Danton prononce la harangue qui se termine par la phrase célèbre, souvent mal comprise :
« Le tocsin qu'on va sonner n'est point un signal d'alarme, c'est la charge sur les ennemis de la patrie. Pour les vaincre, Messieurs, il nous faut de l'audace, encore de l'audace, toujours de l'audace, et la France est sauvée. »
Il prononce encore un discours impétueux, le 7 mars 1793, pour arracher à la Convention, au soir d'une séance longue et incertaine, l'organisation du tribunal révolutionnaire. Il voulait, à l'en croire, n'en faire qu'un instrument de victoire contre les ennemis de la France; on sait ce qu'il advint, et qu'il en fut lui-même la victime.

Robespierre (1759-1794). - L'éloquence de Robespierre est très difficile à définir. Ses discours sont souvent gâtés par la rhétorique la plus artificielle, un goût d'antiquité qui sent moins l'humaniste que le pédant, de l'emphase à froid, un jargon sentimental qui lui vient de Jean-Jacques Rousseau, et surtout je ne sais quoi de fuyant et de faux qui caractérise son hypocrisie jacobine. Mais les qualités sont remarquables. Robespierre sait composer, placer et enchaîner ses arguments; il sait aussi développer un lieu commun, en le rajeunissant par l'adaptation aux circonstances; il enveloppe ses adversaires et ses auditeurs dans un réseau de plus eu plus serré, et finit par convaincre, sans persuader; il est souvent vif et nerveux, âpre, jusqu'à faire frissonner. Parmi ses discours les plus célèbres, rappelons son accusation contre les Girondins, le 31 mai 1793, et sa défense personnelle, dans la séance du 26 juillet 1794.

Nommons encore Saint-Just et Barère, Tallien, Carnot. Il ne faut pas oublier non plus-
Malesherbes (1721-1794), qui, après s'être distingué par son intelligente tolérance comme directeur de la librairie, devint ministre, suivit Turgot dans sa retraite, et réclama de la Convention le périlleux honneur de défendre le roi accusé; 

• De Sèze (1748-1828), qui, déjà célèbre comme avocat, plaida également pour Louis XVI. On a retenu de son plaidoyer ces mots : 

« Je cherche parmi vous des juges, et je n'y trouve que des accusateurs. »
Caractères dominants. 
On ne saurait dire qu'aucun d'eux ait laissé de véritables chefs-d'oeuvre. Il leur manqua un apprentissage plus long de la parole.

Les souvenirs classiques.
Très peu s'abandonnent comme Mirabeau ou Danton à l'inspiration. Le plus grand nombre écrivent leurs discours et s'appliquent à les embellir de leurs souvenirs classiques et d'allusions à l'Antiquité. Ainsi Vergniaud appelant ses concitoyens aux armes évoque Athènes et les Philippiques de Démosthène (16 septembre 1792). Robespierre, tout en balançant des oppositions, rappelle Rome et Sparte :

La nature nous dit que l'homme est né pour la liberté, et l'expérience des siècles nous montre l'homme esclave; ses droits sont écrits dans son coeur et son humiliation dans l'histoire : le genre humain respecte la vertu de Caton et se courbe sous le joug de César; la postérité honore la vertu de Brutus, mais elle ne la permet que dans l'histoire ancienne. Sparte brille comme un éclair dans une nuit éternelle. (Sur l'Être suprême, 7 mai 1794).
De pareils ornements sont la marque du goût du temps. On n'en était pas encore arrivé à concevoir l'éloquence politique uniquement comme un acte.

La passion. 
Malgré tout, ces discours sont encore vibrants de l'émotion qui secouait leurs auteurs. De là, des mouvements vigoureux comme celui-ci où frémit le patriotisme de Danton :

Dans des circonstances plus difficiles, quand l'ennemi était aux portes de Paris, j'ai dit à ceux qui gouvernaient alors : « Vos discussions sont misérables, je ne connais que l'ennemi, battons l'ennemi. Vous qui me fatiguez de vos contestations particulières, au lieu de vous occuper du salut de la République, je vous répudie tous comme traîtres à la Patrie. Je vous mets tous sur la même ligne ». Je leur disais : « Eh! que m'importe ma réputation. Que la France soit libre, et que mon nom soit flétri! Que m'importe d'être appelé buveur de sang! Eh bien buvons le sang des ennemis de l'humanité, s'il le faut; combattons, conquérons la liberté!  » (20 mars 1793).
Malheureusement cette ardeur, grande au service d'un sentiment généreux, est misérable quand on l'emploie dans l'attaque d'adversaires personnels, douloureuse quand elle est nécessaire pour se défendre. Trop de discours sont des réquisitoires ou des plaidoyers. Mais des Girondins comme Vergniaud surent apporter à se disculper une douceur mélancolique et une hauteur de vues remarquables :
Quelques hommes ont pu faire consister leur patriotisme à tourmenter, à faire verser des larmes. J'aurais voulu qu'il ne fît que des heureux. La Convention est le centre autour duquel doivent se rallier tous les citoyens... J'aurais voulu qu'elle fût le centre (le toutes les affections et de toutes les espérances. On cherche à consommer la Révolution par la terreur, j'aurais voulu la commencer par l'amour. (Réponse à Robespierre, 31 mai 1793).

Mirabeau

De tous ces orateurs, le plus illustre, par son éloquence comme par ses qualités d'homme d'État, fut Mirabeau (1749-1791).

Ses oeuvres.
Malgré une puissance extraordinaire de travail, Mirabeau, dans une existence si agitée, n'eût pu suffire à toutes les tâches que lui imposait la nécessité de vivre. Il eut de nombreux secrétaires et collaborateurs dont il se contentait de revoir le travail en y mettant sa marque. On a de lui de nombreux ouvrages, entre autres l'Histoire secrète de la cour de Berlin, un Essai sur la Monarchie prussienne, des volumes de Correspondance avec Cerutti, avec La Marck, et surtout ses Lettres à Sophie écrites pendant sa captivité à Vincennes, et ses discours dont les principaux sont sur le Veto (1er septembre 1789), sur la Contribution du Quart (26 septembre 1789), sur le Droit de paix et de guerre (20 et 22 mai 1790), sur le Drapeau tricolore (21 octobre 1790), sur la Constitution civile du clergé (novembre 1790 et janvier 1791), sur l'Emigration (février 1791).

Son éloquence. 
On retrouve dans les discours de Mirabeau quelques-uns des caractères déjà signalés chez les autres orateurs. Mais il avait d'abord la faculté d'improviser, grâce à un sang-froid imperturbable dans la discussion.

La solidité. 
Ensuite son immense lecture lui fournissait des matériaux abondants qui donnent à son éloquence une grande solidité. Il sait exposer avec netteté les questions théoriques qui se posent chaque jour et par un raisonnement habile montrer qu'il convient d'accorder au roi le droit de veto :

C'est à vingt-cinq millions d'hommes qu'il doit commander; c'est sur tous les points d'une étendue de trente mille lieues carrées que son pouvoir doit être prêt à se montrer pour protéger ou défendre : et l'on prétendrait que le chef, dépositaire légitime des moyens que ce pouvoir exige, pourrait être contraint de faire exécuter des lois qu'il n'aurait pas consenties! Mais par quels troubles affreux, par quelles insurrections convulsives et sanguinaires voudrait-on donc nous faire passer pour combattre sa résistance? (Sur le droit de veto, 1er septembre 1789).
Le pathétique.
Son autorité venait surtout de son action oratoire. lmmobile à la tribune, mais servi par une voix habilement conduite, par son masque d'une laideur sublime, par son regard dominateur (voir par exemple Mme de Staël, Considérations sur la Révolution française, 1re partie, ch. XVI, et Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe, 1re partie, ch. V), il avait le secret des répliques vigoureuses et des mouvements pathétiques sous lesquels l'Assemblée frissonnait, comme lorsqu'il lui reprochait de vouloir faire banqueroute :
Contemplateurs stoïques des maux incalculables que cette catastrophe vomira sur la France, impassibles égoïstes qui pensez que ces convulsions du désespoir et de la misère passeront comme tant d'autres, et d'autant plus rapidement qu'elles seront plus violentes, êtes-vous bien sûrs que tant d'hommes sans pain vous laisseront tranquillement savourer les mets dont vous n'aurez voulu diminuer ni le nombre ni la délicatesse? Non, vous périrez, et dans la conflagration universelle que vous ne frémissez pas d'allumer, la perte de votre honneur ne sauvera pas une seule de vos détestables jouissances. (Sur la contribution du quart, 24 septembre 1789).
Le 18-Brumaire interrompit brutalement l'éloquence à peine naissante. Elle n'est représentée jusqu'à la Restauration que par les Proclamations de Bonaparte à ses soldats.
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A ses accusateurs

[Mirabeau, pour avoir prononcé un discours modéré sur la question de savoir si le roi pouvait, d'après la Constitution à l'étude, décider de la paix et de la guerre, fut accusé violemment par ses nombreux ennemis. On lança contre lui un pamphlet intitulé : Grande Trahison du comte de Mirabeau, et, le 22 mai 1790, Barnave déposa contre lui, à la tribune, une accusation formelle. Mirabeau répliqua par cette déclaration.]

« On répand depuis huit jours que la section de l'Assemblée nationale qui veut le concours de la volonté royale dans l'exercice du droit de la paix et de la guerre, est parricide de la liberté publique; on répand les bruits de perfidie, de corruption; on invoque les vengeances populaires pour soutenir la tyrannie des opinions. On dirait qu'on ne peut, sans crime, avoir deux avis dans une des questions les plus délicates et les plus difficiles de l'organisation sociale. C'est une étrange manie, c'est un déplorable aveuglement dite celui qui anime ainsi les uns contre les autres des hommes qu'un même but, un sentiment indestructible devraient, an milieu des débats les plus acharnés, toujours rapprocher, toujours réunir; des hommes qui substituent ainsi l'irascibilité de l'amour-propre au culte de la patrie, et se livrent les uns les autres aux préventions populaires! Et moi aussi, on voulait, il y a peu de jours, me porter en triomphe, et maintenant on crie dans les rues : La grande trahison du comte de Mirabeau! Je n'avais pas besoin de cette Ieçon pour savoir qu'il y a peu de distance du Capitole à la roche Tarpéienne. Mais l'homme qui combat pour la raison, pour la patrie, ne se tient pas si aisément pour vaincu. Celui qui a la conscience d'avoir bien mérité de son pays, et surtout de lui être encore utile; celui que ne rassasie pas une vaine célébrité, et qui dédaigne les succès d'un jour pour la véritable gloire; celui qui veut dire la vérité, qui veut faire le bien public, indépendamment des mobiles mouvements de l'opinion populaire cet homme porte avec lui la récompense de ses services, le charme de ses peines et le prix de ses dangers. Il ne doit attendre sa moisson, sa destinée, la seule qui l'intéresse, la destinée de son nom, que du temps, ce juge incorruptible qui fait justice à tous. Que ceux qui prophétisaient depuis huit jours mon opinion sans la connaître, qui calomnient en ce moment mon discours sans l'avoir compris, m'accusent d'encenser des idoles impuissantes au moment où elles sont renversées, ou d'être le vil stipendié des hommes que je n'ai cessé de combattre; qu'ils dénoncent comme un ennemi de la révolution celui qui peut-être n'y a pas été inutile, et qui, cette révolution fût-elle étrangère à sa gloire, pourrait là seulement trouver sa sûreté; qu'ils livrent aux fureurs du peuple celui qui, depuis vingt ans, combat toutes les oppressions, et qui parlait aux Français de liberté, de constitution, de résistance, lorsque ses vils calomniateurs suçaient le lait des cours et vivaient de tous les préjugés dominants. Que m'importe! ces coups de bas en haut ne m'arrêteront pas dans ma carrière. Je leur dirai : « Répondez, si vous pouvez; calomniez ensuite tant que vous voudrez. »
 

(Mirabeau, 1790).

Le journalisme

La liberté de la presse était inscrite dans la Déclaration des Droits de l'homme. Elle fut entière sous la Constituante et la Législative et au début de la Convention.

Journaux anciens, journaux nouveaux. 
Sous l'Ancien régime les journaux étaient plutôt des revues, d'un caractère littéraire ou scientifique. C'étaient la Gazette de France, le Mercure de France, le Journal des Savants, le Journal de Trévoux, l'Année littéraire de Fréron. La Révolution fit naître le journal quotidien et politique. Les contre-révolutionnaires eurent les Actes des apôtres où collabora Rivarol; Mirabeau eut son Courrier de Provence. Les démocrates lisaient l'Ami du peuple de Marat ou les Révolutions de Paris de Loustalot. Les Sans-culottes retrouvaient leur langage dans le Père Duchesne de Hébert. Ces publications disparurent avec la Révolution. Mais le Moniteur créé par Panckouke, qui devint à partir de 1803 le Journal officiel, la Décade philosophique, et surtout le Journal des Débats fondé en 1789 lui survécurent. Ce dernier, augmenté d'une partie littéraire, fut pendant longtemps le type de la presse nouvelle.

Camille Desmoulins.
Le plus distingué des journalistes fut Camille Desmoulins (1760-1793), qui, après avoir soulevé le peuple le 12 juillet 1789, fut député de Paris à la Convention, secrétaire de Danton, ministre de la justice et guillotiné avec lui. Son crime, c'était d'avoir exercé sa verve aux dépens de certains de ses collègues et d'avoir éloquemment combattu la Terreur dans le Vieux Cordelier. En dehors de la caricature spirituelle, ses procédés sont ceux des orateurs révolutionnaires. Il est rempli de citations, il compare le régime des suspects avec la loi de lèse-majesté de l'Empire romain (le Vieux Cordelier n° 3), et souvent il trouve des images d'une énergie brutale pour clore une période bien
menée comme celle-ci !

Et quand même, ce qui est impossible, la calomnie et le crime pourraient avoir sur la vertu un moment de triomphe, croit-ou que, même sur l'échafaud, soutenu de ce sentiment intime que j'ai aimé avec passion ma patrie et la république, couronné de l'estime et des regrets de tous les républicains, je voulusse changer mon supplice contre la fortune de ce misérable Hébert, qui, dans sa feuille, pousse au désespoir et à la révolte vingt classes de citoyens; qui, pour s'étourdir sur ses remords et ses calomnies, a besoin de se procurer une ivresse plus forte que celle du vin et de lécher sans cesse le sang au pied de la guillotine? (Le Vieux Cordelier, n° 5).
Sa voix fut une des dernières qui pût se faire entendre dans un journal. La Terreur, puis Bonaparte qui réduisit le nombre des journaux à treize, puis sous l'Empire à cinq en les soumettant à une censure très sévère, supprimèrent en fait la liberté de la presse.

Les autres voix importantes.
Signalons encore quelques-uns de ceux qui, en même temps que les orateurs cités plus haut luttaient à la tribune, contribuèrent par la plume à l'attaque ou la défense :

• Mallet du Pan (1749-1800) écrivait au Mercure de France et au Mercure britannique. Il combattit la Révolution, ainsi que le faisait Rivarol au Journal politique national et aux Actes des Apôtres; André Chénier, au Journal de Paris, fut un des plus courageux et des plus clairvoyants adversaires des excès jacobins. Marat (1744-1793) soutint le jacobinisme dans l'Ami du Peuple, comme Hébert (1755-1794) dans le Père Duchesne.
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Chénier journaliste : Les flatteurs du peuple

« Les hommes qui, sous un masque imposant de rigidité patriotique, ne veulent qu'asservir les suffrages, maîtriser les jugements et égarer les opinions de leurs contemporains, ont et doivent naturellement avoir beaucoup plus d'activité, de vigilance, de rapidité dans les résolutions, que les vrais citoyens qui ne veulent que maintenir leurs droits et les droits de tous, et qui ne veulent point faire de la chose publique leur chose privée.

En effet, les premiers, ne voyant rien que le but de leur ambition, ne ménagent rien pour y parvenir : toute arme, tout moyen leur est bon, pourvu que les obstacles soient levés. Ils savent d'ailleurs qu'ils n'ont qu'un moment, et que s'ils laissent aux humeurs populaires le temps de s'apaiser, ils sont perdus. ainsi tout yeux, tout oreilles, hardis, entreprenants, avertis à temps, préparés à tout, ils pressent, ils reculent, ils s'élancent à propos;
ils se tiennent, ils se partagent; leur doctrine est versatile parce qu'il faut suivre les circonstances, et qu'avec un peu d'effronterie les mêmes mots s'adaptent facilement à des choses diverses; ils saisissent l'occasion ; ils la font naître, et finissent quelquefois par être vainqueurs, quittes ensuite, lorsque l'effervescence est calmée, mais que le mal est fait, à retomber dans un précipice aussi profond que leur élévation avait été effrayante et rapide : tandis que souvent les fidèles sectateurs de la vérité et de la vertu, craignant de les compromettre elles-mêmes par tout ce qui peut avoir l'air de violence; se reposant sur la bonté de leur cause; espérant trop des hommes, parce qu'ils savent que, tôt ou tard, il reviennent à la raison; espérant trop du temps, parce qu'ils savent que, tôt ou tard, il leur fait justice, perdent les moments favorables, laissent dégénérer leur prudence en timidité, se découragent, composent avec l'avenir, et, enveloppés de leur conscience, finissent par s'endormir dans une bonne volonté immobile, et dans une sorte d'innocence léthargique. »
 

(A. Chénier, Extrait de l'Avis aux Français, 1790).
Mme Roland.
Enfin, on peut rattacher à la littérature révolutionnaire les Mémoires de Mme Roland (1754-1793), écrits par elle dans sa prison. Cet ouvrage est intéressant à la fois pour l'histoire politique du parti girondin, et pour la connaissance de la plus grande personnalité qu'ait jamais enflammée jusqu'au martyre l'amour de la liberté. (E. Abry / Ch.-M. Des Granges).
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