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La Révolution française
Le coup d'Etat du 18 brumaire an VIII
9 novembre 1799
Aperçu Causes Constituante Législative Convention Directoire
Le coup d'Etat du 18 brumaire an VII (9 novembre 1799) est l'événement qui mit fin au Directoire et le remplaça par le Consulat.

Vers la fin de 1799, le Directoire était devenu fort impopulaire. On se plaignait du désordre des finances, des irrégularités de la comptabilité publique, du brigandage qui sévissait dans les provinces, des ruines accumulées par les guerres et les troubles intérieurs, de la situation déplorable de l'instruction publique. Le Parlement n'était pas moins décrié. Le Conseil des Anciens et le Conseil des Cinq-Cents étaient divisés et impuissants. On leur reprochait les décrets contre les conscrits, la loi sur les otages, l'emprunt forcé, et bien d'autres mesures désastreuses. Trois partis étaient en présence qui, chacun pour son compte, conspiraient pour s'emparer du pouvoir qui manifestement échappait aux directeurs. Les républicains, que leurs adversaires désignaient sous le nom de Jacobins, les modérés, les royalistes, tour à tour, essayaient des combinaisons, recrutaient des adhérents, cherchaient à gagner l'appui du général Bonaparte, qui, brusquement revenu d'Egypte, à la nouvelle d'un bouleversement possible, accueillait tout le monde, recevait toutes les confidences sans prendre d'engagements, étudiant le plan le plus avantageux pour lui-même. Il eut bientôt ourdi, avec Sieyès, Talleyrand et Fouché, une conspiration dont le succès fut assuré par la rapidité de l'exécution. Il s'agissait de transférer à Saint- Cloud, sous prétexte de menées jacobines, le siège des séances des deux conseils et de faire décréter en même temps par le Conseil des Anciens (ce qui était en dehors de ses attributions) la remise à Bonaparte du commandement en chef des forces de Paris. On gagna la majorité de la haute assemblée, et comme les républicains, mis en éveil par ces marchandages, s'agitaient fort, on résolut de les surprendre

Le 18 brumaire, à six heures du matin, rendez-vous fut donné aux généraux et officiers chez Bonaparte, 6, rue de la Victoire. Le décret de translation, présenté de bonne heure eux Anciens par Cornudet, fut adopté presque sans discussion, et le gouvernement de Paris confié à Bonaparte. Cornet, aussitôt, porta les actes rue de la Victoire où on les attendait avec impatience (huit heures du matin). Le général donna l'ordre de monter à cheval, lança des proclamations et, avec un brillant cortège, se rendit au Conseil des Anciens pour prêter serment à la Constitution. A onze heures le décret fut transmis au Conseil des Cinq-Cents. Lucien Bonaparte, qui présidait, interdit toute discussion en levant la séance. Deux directeurs, Gohier et Moulins, qui manifestaient quelques velléités de résistance, furent gardés au Luxembourg par le général Moreau. Barras écrivit une sorte de lettre de démission et fut gardé à vue dans sa propriété de Grosbois. Sieyès et Roger Ducos étaient d'accord avec Bonaparte. 
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Bouchot : le 18 brumaire.
Le Dix-huit Brumaire ou Bonaparte au Conseil des Cinq-Cents, tableau de François Bouchot ( musée du Louvre). Bonaparte, debout, la tête découverte, occupe le centre. Deux grenadiers écartent les membres du conseil qui l'entourent et le menacent. A droite, Lucien Bonaparte assis au fauteuil de la présidence.

Le lendemain (19 brumaire) Bonaparte envoya à Saint-Cloud plusieurs régiments sous les ordres de Serurier. Les soldats avaient reçu 12 F par tête, ils étaient habillés de neuf et on les avait copieusement fait boire (le 18 Brumaire coûta à Napoléon 1.500.000 F). Les deux conseils entrèrent en séance un peu après midi. Les Cinq-Cents délibérèrent orageusement, perdirent du temps à une cérémonie théâtrale : le serment nominal à la défense de la constitution.

Les Anciens ne se décidaient pas. Bonaparte impatienté voulut brusquer les choses. Il se présenta dans la conseil et s'y répandit en déclamations sans suite qui produisirent la plus mauvaise impression sur cette assemblée, ou il était assuré pourtant de la presque unanimité des voix. Il entra ensuite dans l'Orangerie, où siégeaient les Cinq-Cents. Il y fut accueilli par les cris : 

« A bas le tyran ! A bas le dictateur! Hors la loi! Tue! Tue! »
On se précipita sur lui, on le prit au collet. Quelques représentants firent mine, dit-on, de le poignarder. Mais le fait est fort contesté et fut probablement inventé par Lucien pour déterminer l'intervention des troupes. Bonaparte pâlit, s'évanouit presque et fut emporté par quelques grenadiers qui l'avaient accompagné. On réclama furieusement sa mise hors la loi. Lucien, qui présidait, refusa avec énergie de mettre cette proposition aux voix. On voulut l'y contraindre. Il déposa ses insignes et descendit du fauteuil. On prétendit l'y replacer de force. 

Une troupe de grenadiers qu'il demanda à son frère le dégagea et l'entraîna au dehors. Les soldats hésitaient; personne n'osait donner des ordres. Lucien monte à cheval et harangue les troupes, les conjurant de défendre la liberté du Parlement et la vie de son frère menacées par des factieux. Sur l'ordre de Murat, l'Orangerie est envahie. Les représentants en sortent en foule, la plupart par les fenêtres. Sieyès était mécontent de la façon dont on avait mené l'affaire. Il s'écria : 
« Sans lui (le Conseil des Cinq-Cents) nous ne pouvons rien faire, il faut les rassembler! »
On réussit à trouver une cinquantaine de députés épars dans les jardins. Ils se réunissent sous la présidence de Lucien et votent les décisions suivantes, converties en loi à onze heures du soir par l'adhésion du Conseil des Anciens :
Il n'y a plus de Directoire et ne sont plus membres de la représentation nationale, pour les excès et les attentats auxquels ils se sont constamment portés et notamment le plus grand nombre d'entre eux dans la séance de ce matin, les individus ci-après nommés (suit une liste de 61 noms). Le Corps législatif crée provisoi-rement une commission exécutive composée des citoyens Sieyès, Roger Ducos, ex-directeurs, et Bonaparte, général, qui porteront le nom de consuls de la République française. Cette commission est investie de la plénitude du pouvoir directorial et spécialement chargée d'organiser l'ordre dans toutes les parties de l'administration, de rétablir la tranquillité intérieure ci, de procurer une paix honorable et solide [...].  Le Corps législatif s'ajourne au le, ventôse prochain [...]. Avant sa séparation et séance tenante, chaque conseil nommera dans son sein une commission composée de vingt-cinq membres. Ces commissions statueront, avec la proposition formelle et nécessaire de la commission consulaire exécutive, sur tous les objets urgents de police, de législation et de finances. Elles sont encore chargées de préparer un code civil (loi du 19 brumaire an VII). Une proclamation au peuple fut également rédigée au nom du Conseil des Cinq-Cents.
En somme, le coup d'Etat du 18 Brumaire s'accomplit sans grande difficulté, bien que son succès eût été un moment fort compromis par la résistance des Cinq-Cents et l'hésitation des troupes. Bonaparte ayant perdu tout sang-froid « et tout allant de travers ce jour-là », suivant l'expression de Bernadotte, on peut se demander si cette tentative n'eût pas avorté sans l'énergie dont Lucien fit preuve. Quoi qu'il en soit, l'affaire se disputa surtout entre dirigeants, le peuple s'en désintéressa presque absolument. (B. S.).
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