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La Révolution française
La Terreur
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 La Terreur est l'époque la plus violente de la Révolution. Elle se situe entre le 31 mai 1793, jour ou la Montagne triompha des Girondins dans la Convention, jusqu'à la  Journée du 9 thermidor (le 27 juillet 1794), date de la chute de Robespierre et de son parti dans la Convention, qui fut provoquée par Tallien. Cette époque funeste, pendant laquelle dominaient, au nom de la Montagne, Robespierre et le Comité de Salut public (L'organisation de la Convention), a été marquée par l'établissement du Gouvernement révolutionnaire (19 vendémiaire an II), Ia loi des Suspects (27 germinal), l'établissement du culte de l'Être-suprême (18 floréal). La France fut couverte d'échafauds; au nombre des principales victimes on compte la reine Marie-Antoinette et la soeur de Louis XVI, Mme Eisabeth, le duc d'Orléans (Philippe-Égalité), 21 girondins, entre autres Brissot, Vergniaud, Gensonné, et peu après, Danton, Camille Desmoulins, Chabot, Bailly, Lavoisier, André Chénier, Mme Roland
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Procès-verbal de l'exécution de Lavoisier.
Procès-verbal de l'exécution de Lavoisier.

La Révolution avait « dévoré ses enfants », royalistes constitutionnels (feuillants), girondins, hébertistes, dantonistes (Danton, Hébert); au milieu des craintes, des suspicions, des trahisons enfantées par l'abolition de la royauté, par la condamnation de Louis XVI, par la guerre contre l'Europe et par la guerre civile, la Terreur, sans épargner ses vrais ennemis, avait frappé des hommes égarés comme criminels, de bons citoyens comme indulgents au crime, de grands citoyens comme traîtres à la République. Cependant, depuis la campagne de 1794, depuis la répression du Midi et de la Vendée, le danger national a fait place à une sécurité relative, qui exclut de semblables excès. Le sang va-t-il toujours couler? Le comité de Salut public, et dans ce comité les trois hommes qui paraissent tout dominer, Robespierre, Saint-Just et Couthon, ne mettront-ils bas un terme aux exécutions politiques? Robespierre, sinon les deux autres « triumvirs », y a pensé maintes fois. Mais ils ne le peuvent: la logique impitoyable de leurs principes s'y oppose : le « règne de la vertu » n'est pas fondé. L'on dirait au contraire que la corruption s'alimente aux sources même de la Terreur. On s'étourdit comme en temps d'épidémie. Pendant que des héros se dévouent, un nombre autrement considérable d'égoïstes, à Paris surtout, jouent de leur reste, ou spéculent cyniquement sur les calamités publiques. 

De surveillants volontaires, les Jacobins des comités révolutionnaires sont devenus administrateurs : ils volent, ils oppriment. « On revoit le tyran de village : le meneur de comité a remplacé le seigneur », ou (dans les sections parisiennes), le suppôt de police. « Buveurs de sang » et aristocrates agiotent ensemble sur les assignats, sur les biens d'émigrés. Le «-Triumvirat » s'indigne. Jouve-Jourdan « de la Glacière », le massacreur d'Avignon en 1794 , est guillotiné comme agioteur. Les comités révolutionnaires des communes sont supprimés, et le décret de ventôse an II ne laisse subsister que ceux de districts. Mais comment moraliser le régime sans une religion, sans une morale qui s'imposent et qui impliquent les plus sévères sanctions? Et comment accomplir ce dessein suprême avec des collègues sceptiques, tels que Billaud et Collot d'Herbois, ou absorbés par les besognes pratiques, comme Carnot, Lindet, Cambon? L'honnête Cambon qui ne saurait avoir recours ni à l'emprunt, ni à des impôts nouveaux, est suspect parce qu'il est bien obligé d'augmenter la masse du papier-monnaie, dont s'accentue la dépréciation. La restauration de l'Ancien régime, conséquence possible de tant de discordes et de misères, hante les esprits. Saint-Just voudrait que l'on condamnât en masse au servage et à la corvée tous les « ci-devant ». Le 16 avril 1794, il rappelle le « relâchement des tribunaux », auquel il avait fallu aviser :

 « Vous avez été sévères, vous avez dù l'être [...]. Que serait devenue une République indulgente contre des ennemis furieux? Nous avons opposé le glaive au glaive, et la liberté est fondée, elle est sortie du soin des orages. Cette origine lui est commune avec le monde, sorti du chaos, et avec l'homme qui pleure en naissant [...]. Formez des institutions civiles, ces institutions auxquelles on n'a pas pensé encore, il n'y a point de liberté durable sans elles ». 
En attendant que les communes de France se réglassent sur l'exemple de Sparte (ou plutôt sur l'idée que Saint-Just s'en faisait), le décret du 27 germinal an II ordonna que les prévenus de conspiration fussent traduits de tous les points de la France au tribunal révolutionnaire de Paris : mesure impraticable, à laquelle il fut dérogé trois semaines après, par la création de la Commission d'Orange (21 floréal). puis dans le Pas-de-Calais (Arras), dans le Nord (Cambrai). Les cinq juges d'Orange siégeaient sans jury; les instructions rédigées par Robespierre, approuvées par le comité de Salut public, portaient :
« La commission est nommée pour juger les ennemis de la Révolution », c.-à-d. « ceux qui, par quelque moyen que ce fût, avaient cherché à contrarier sa marche. La peine due à ce crime est la mort. La règle des jugements est la conscience du juge, éclairée par l'amour de la justice et de la patrie ». 
L'incendie par ordre du village de Bedoin et les exécutions qui suivirent répondirent à cette doctrine de férocité arbitraire. A Paris, la guillotine est en permanence. Le 20 avril, sont exécutés vingt et un magistrats des Parlements de Toulouse et de Paris, coupables d'avoir signé des protestations secrètes contre la suppression des Parlements par la Constituante; le 23, sont condamnés sous les prétextes les plus incohérents, ou pour les motifs les plus vagues, les ex-constituants d'Eprémesnil, Chapelier Thouret, et l'illustre Malesherbes  vieillard de soixante-douze ans, l'ami et le protecteur de Rousseau, pour qui les disciples de Rousseau n'intervinrent pas : c'est un « parricide » (H. Martin) que la Révolution commettait en sa personne. Le fou orgueilleux, le faux savant qui se nommait Marat fit une victime posthume du créateur de la chimie, du grand Lavoisier, exécuté le 7 mai au nombre des anciens fermiers généraux. Le 8, ce fut le tour de Madame Elisabeth, soeur du roi : Collot d'Herbois exigeait sa mort, et Robespierre eut la faiblesse de céder. Carnot ne l'en appelait pas moins « dictateur ridicule » et proposait à des membres des deux comités, de Salut public et de Sûreté générale, de le mettre en accusation ainsi que Saint-Just, qu'il craignait et détestait davantage, en tant qu'homme de guerre. Les comités reculèrent. Robespierre fit créer un bureau spécial de police pour contrecarrer, dit-on, le comité de Sûreté, et entama devant la Convention l'exécution de son programme
religieux (Fêtes révolutionnaires). La fête de l'Etre suprême (20 prairial), dont il fut le pontife comme président de la Convention, excita au plus haut point la défiance et la colère de ses ennemis. Dans le cortège de ses collègues, il entendait murmurer : 
« Il ne lui suffit pas d'être maître; il veut être Dieu » - « Il y a encore des Brutus! »
Le surlendemain (10 juin) Couthon présentait à la Convention un projet de décret réformant le Tribunal révolutionnaire, c.-à-d. supprimant le peu qui subsistait de formes judiciaires et de garanties pour les accusés, et dont les deux derniers articles abolissaient implicitement (et même hypocritement) le droit de la Convention elle-même de voter sur la mise en accusation de ses membres. Robespierre et Barère s'opposèrent. à tout ajournement, et le vote fut enlevé. Mais dès le lendemain, les protestations éclataient au sein du comité de Salut public Billaud accusa Robespierre de vouloir « guillotiner la Convention »; et Merlin de Douai fit constater par une résolution de l'assemblée son droit « exclusif et inaliénable de décréter d'accusation un représentant du peuple ». Mais, sauf la mesure à laquelle sans doute le « triumvirat » tenait le plus, l'atroce décret du 22 prairial produisit tous ses effets. Sans donner sa démission, sans déserter absolument le Comité, Robespierre opéra ce que son plus ardent apologiste, E. Hamel, appelle une « retraite morale », soit qu'il voulût décliner la responsabilité des nouvelles « fournées », soit à la suite de la scène violente à laquelle donna lieu, le 28 prairial, entre plusieurs de ses collègues et lui, la sotte affaire de la «-Mère de Dieu », Catherine Théot. Le soi-disant dictateur s'en est d'ailleurs expliqué, en termes généraux, dans son discours du 8 thermidor : 
« La nature et la force de la calomnie, l'impuissance de faire le bien et d'arrêter le mal, m'ont forcé à abandonner absolument mes fonctions de membre du comité de Salut public, et je jure qu'en cela même je n'ai consulté que ma raison et la patrie ». 
Quant au bureau de Police générale, ce n'était pas un établissement distinct, mais un organe subordonné du comité de Salut public, et l'on ne voit pas, du moins par le registre conservé aux archives (F7, 4437), que Robespierre en ait fait un instrument de despotisme occulte. Quoi qu'il en soit, la terreur redoubla : le tribunal révolutionnaire, présidé par Dumas, vidait les prisons (seconde « fournée » de membres des parlements de Paris et de Toulouse, au nombre de trente, 26 prairial; affaire Ladmiral, Cécile Renault, et des Chemises rouges, cinquante-quatre exécutions, 29 prairial. Lorsque Vadier eut saisi la Convention du prétendu complot qui se tramait autour d'une vieille folle mystique, Catherine Théot, Robespierre intervint, et interdit à Fouquier-Tinville d'engager le procès : les accusés demeurèrent d'ailleurs en prison. Mais la « Mère de Dieu » invoquait dans Robespierre le Messie, et l'intervention de celui-ci fut interprétée, soit comme égoïste, soit comme une preuve de complicité. La commission militaire de Bordeaux, où Jullien de Paris venait de remplacer Tallien et Ysabeau, procédait activement à la recherche des derniers proscrits girondins, dont ils découvraient la retraite, 27 juin. 

Partout les délations foisonnaient. Une évasion de voleurs, à Bicêtre, fut transformée en conspiration politique où l'on implique le dantoniste Osselin. Barère, Hermann, parlent couramment d'épurer la population, de purger, d'évacuer les prisons. Il fallut trois fournées (19-22 messidor) pour exécuter les 149 condamnés de la prétendue conspiration de la prison du Luxembourg. Le 7 thermidor périt André Chénier. Bref, en six semaines (23 prairial au 9 thermidor) le tribunal révolutionnaire prononça 1361 jugements capitaux (pour 1256 dans les quatorze mois qui avaient précédé le décret de prairial). Après la victoire de Fleurus, poussé par Saint-Just, Robespierre attaqué, aux Jacobins, les calomniateurs et la faction des indulgents (1er juillet); il s'en prend à l'ondoyant Barère, qui ne se décidait ni pour lui ni pour ses ennemis (9 juillet). L'agent national Payan convoque à la Commune les comités révolutionnaires; mais le comité de Salut public annule cette convocation, et supprime le bureau de police. Comme Saint-Just, ouvertement, réclamait une dictature, les deux comités firent une dernière tentative de conciliation, exposèrent à Robespierre et à son séide tous leurs griefs, auxquels ils répondirent par des injures contre Carnot. Billaud-Varenne fut le plus conciliant, mais on ne put s'entendre (22 juillet).

La fin de la Terreur. Le 9 thermidor.
Le lendemain, Couthon attaque, aux Jacobins, les comités qui ont éloigné de Paris une partie des canonniers de la garde nationale (partisans de Robespierre); il dénonce Carnot et les agents de l'étranger dans la Convention. Le 25, une députation des Jacobins apporte ces dénonciations à la barre de l'Assemblée, et Barère, effrayé, improvise un rapport où il piétine sur les partis vaincus, et ménage le triumvirat. Cette attitude aurait déterminé un des montagnards menacés, Le Cointre, à préparer un mémoire à la Convention pour obtenir la mise en accusation de Robespierre. Il s'entendit avec une dizaine de ses collègues, entre autres Barras, Fréron, Tallien, pour immoler le tyran « dans le Sénat » si la motion échouait. Le 7 thermidor, Barère blâma dans un rapport ceux que les victoires ne rassuraient pas, et qui voulaient de nouvelles proscriptions : la Convention vota l'impression et l'envoi aux communes de son rapport : ce fut le premier échec de Robespierre. Il répondit (8 thermidor) par un grand discours qu'il préparait depuis un mois. Il  se défendit d'aspirer à la tyrannie. II avait sauvé de la mort les 73 députés de la droite détenus depuis le 2 juin 1793 comme suspects; il savait que des citoyens bien intentionnés avaient pu être séduits par Brissot, par Danton, par Hébert. Puis, il attaqua ses ennemis, les apôtres de l'immoralité et de l'athéisme, qui ne pouvaient lui pardonner la fête de l'Etre suprême. II demanda si la patrie était plus heureuse depuis six semaines que sa prétendue dictature avait expiré. On épargne les Anglais prisonniers. On joue en Belgique des comédies philanthropiques. Les finances sont entre les mains de fripons connus, Mallarmé, Ramel : le discours imprimé porte même le nom de Cambon, mais l'orateur ne le prononça pas. Il prévoit l'avènement du despotisme militaire. Il conclut enfin qu'il faut déjouer la coalition qui intrigue et dans l'Assemblée et dans les comités, épurer les comités, et unifier le. gouvernement sous l'autorité suprême de la Convention. 

Personne n'étant nommé, tout le monde était menacé. Le Cointre demanda l'impression du discours et Barère appuya; la Convention ordonna même l'envoi à toutes les communes. Mais Cambon s'élance à la tribune :

 « Avant d'être déshonoré, s'écria-t-il, je parlerai à la France ». 
Fort d'une conscience sans reproches, il accuse à son tour Robespierre de tout paralyser, et Robespierre recule, déclare qu'il blâme les idées de Cambon en finances, mais qu'il ne l'incrimine pas. Billaud-Varennes demande que le discours de Robespierre soit examiné avant l'envoi aux communes : 
« Quoi! l'on renverrait mon discours à l'examen de ceux que j'accuse! - Nommez-les! »
Barère explique que l'impression n'implique pas l'approbation; il annonce la prise de Nieuport, de Bruxelles, l'entrée triomphale des Français à Anvers : c'était la réponse de Carnot
« Les victoires, dira plus tard Barère, s'acharnaient après Robespierre comme des Furies.-»
Bref, l'envoi aux communes est révoqué. Le soir, la querelle recommence aux Jacobins entre Robespierre, Couthon, assisté de Dumas et de David, d'une part, Billaud et Collot, d'autre part, qui durent s'enfuir. Payan autorisa Hanriot, commandant de la garde nationale, à convoquer les sections armées pour le lendemain à sept heures; Goffinhal avisa Robespierre du nouveau 2 juin qui se préparait. Mais celui-ci comptait encore, sinon sur les montagnards, au moins sur la masse de la Convention. Collot, de retour au comité de Salut public, trouva Carnot au milieu de ses plans, et Saint-Just rédigeant, à une petite table, l'acte d'accusation annoncé par le discours de Robespierre. 
« Nous ne faisons, dit Saint-Just, que vous rendre attaques pour attaques ». 
Les comités mandèrent alors le maire Fleuriot-Lescot, ainsi que Payan et Hanriot, puis les laissèrent repartir, hésitant à les arrêter. Cependant les meneurs de la Montagne, deux fois repoussés dans leurs avances par la plaine et par la droite, avaient fini par s'entendre avec les chefs de ces fractions, Boissy-d'Anglas et Durand-Maillane. Saint-Just, qui avait promis de lire d'abord son rapport aux comités réunis, n'en fit rien, et le porta à la Convention dès que la séance fut ouverte : les deux comités s'y rendirent aussitôt. Saint-Just se bornait à incriminer Carnot, Barère, Billaud et Collot, désirant toutefois qu'ils se justifiassent ; il demandait que tout acte des comités porte au moins six signatures pour être valable.

La modération de cette habile retraite, les comités ne pouvaient la supposer. Persuadés que Saint-Just était venu demander des têtes, ils avaient résolu de ne pas le laisser parler, C'est ce qui eut lieu : Collot présidait. Billaud, entre autres griefs, accusa Robespierre d'avoir voulu sauver Danton ; c'était assez maladroit, mais les dantonistes (Merlin de Thionville, Thuriot, Dubois-Crancé) n'avaient pas à tenir compte de cette vague intention. Tous les partis se rappelant leurs morts refusèrent tour à tour la parole à Robespierre : Tallien rallia la droite; Louchet et Lozeau demandèrent enfin sa mise en accusation. Elle fut votée, ainsi que celles de Couthon, Saint-Just, et, sur leur provocation directe, de Robespierre le Jeune et de Lebas. Les accusés furent emmenés à cinq heures et demie. 

Aussitôt la Commune s'insurgea, rédigea une adresse au peuple contre « les scélérats qui oppriment la Convention », mit en arrestation les envoyés des deux comités, manda les canonniers, sonna le tocsin, lia partie avec les Jacobins qui étaient en permanence. Mais Hanriot fit vainement appel au faubourg Saint-Antoine; il hésita, aux Tuileries, devant le petit poste qui gardait la Convention; rue Saint-Honoré, il fut arrêté par ses propres gendarmes, sur le vu d'un décret de la Convention. Coffinhal, plus énergique, délivra Hanriot, et, bon gré mal gré, fit transférer Robespierre, de la mairie, son frère et ses amis, de diverses prisons, à l'Hôtel de Ville, afin de proclamer l'insurrection. Mais la Convention nomma Barras commandant de la garde nationale, et mit hors la loi tous les rebelles. La masse ne bougeait ni pour, ni contre. La garde nationale de la Cité se déclara pour la Convention et occupa le Pont-Neuf avec du canon. Fréron, Rovère, Bourdon (de l'Oise), Féraud, Léonard Bourdon, Legendre, tous hommes d'action, firent des comités le centre des opérations. Deux colonnes marchèrent, vers minuit, contre l'Hôtel de Ville. La place de Grève était remplie d'une foule armée, mais sans organisation, sans chef. Les Robespierristes dressaient des listes, rédigeaient des proclamations.

« Il faut faire une adresse aux armées, dit Couthon. - Au nom de qui? » répondait Robespierre, toujours inquiet et honteux de l'appui de la Commune. 
Cependant les sections sur lesquelles il comptait n'arrivaient pas. Des cris de : Vive la Convention! éclataient dans la foule. Quelques émissaires de l'Assemblée lurent à la foule le décret de mise hors la loi : Hanriot constata que la place de Grève devenait déserte :
« Paris, qui avait fait des insurrections contre des hommes et pour des idées, ne semblait pas vouloir se soulever pour un homme » (Aulard). 
Les colonnes d'attaque approchèrent, occupèrent en silence toutes les issues, et attaquèrent au cri de : Vive la Convention nationale! Le gendarme Merda pénètre dans la salle de délibération et fracasse la mâchoire de Robespierre; Lebas se tue; Robespierre le Jeune se jette par la fenêtre et survit; Couthon et Saint-Just attendent leur sort; Coffinhal traite Hanriot de lâche, le violente, et s'enfuit. Le lendemain, le tribunal révolutionnaire, après avoir simplement constaté l'identité des « conjurés » qui avaient survécu, mutilés ou non, les envoyait à l'échafaud au nombre de vingt-deux. Bientôt 82 « robespierristes », pour la plupart membres de la Commune, eurent le même sort. La victoire de la Convention s'explique : elle n'était plus, comme au 2 juin 1793, divisée et incertaine en présence d'un parti compact et populaire.
« Tous les partis étaient unis par la défaite, le malheur, la proscription toujours menaçante, et devaient s'associer en cas de combat. Le 9 thermidor fut la première journée de la Révolution où ceux qui attaquaient succombèrent. » (Mignet).
La Commune fut supprimée. La réaction «-thermidorienne » commença, non sans éveiller les espérances royalistes, non sans susciter de nouvelles et impuissantes tentatives jacobines : elle aboutit à la Constitution de l'an III. ( H. Monin).

La Terreur jugée par Lamartine et par Michelet.
Si les drames sanglants qui ont eu lieu en France à l'époque de la Terreur et qui ont épouvanté le monde ne peuvent être excusés par toutes leurs causes antérieures ou contemporaines qui les ont amenés, du moins plusieurs auteurs et non les moindres, ont-ils essayé d'atténuer la répulsion qu'inspirent les actes dont elle s'est rendue coupable par une connaissance vraie de la situation au milieu de laquelle ils se sont produits.
" La Terreur, a dit Lamartine (Histoire des Girondins, liv. 45), ne fut pas, comme on le pense, un libre et cruel calcul de quelques hommes délibérant de sang-froid un système de gouvernement. Elle naquit peu à peu des circonstances, de la tension des choses et aussi des hommes qui étaient placés les uni vis à-vis des autres, dans des impossibilité: de situation auxquelles, leur génie insuffisant ne trouvant pas d'issue, ils ne pouvaient échapper, pensaient-ils, que par le glaive et par la mort [...]. La Convention pouvait-elle écarter d'elle la nécessité d'un gouvernement arbitraire, dictatorial, armé d'une intimidation puissante, dans les circonstances où se trouvaient la République et la France, et où elle se trouvait elle-même? Sans un gouvernement concentré et exceptionnel, la Révolution périssait inévitablement sous l'anarchie au-dedans et sous la contre-révolution au dehors. La coalition des rois cernait la France et l'étouffait dans l'étreinte de sept cent mille hommes. Les émigrés marchaient à la tête des étrangers et fraternisaient déjà, dans Valenciennes et dans Condé conquis, avec le royalisme. La Vendée soulevait le sol entier de l'Ouest et nouait d'une main son insurrection religieuse avec l'insurrection de la Normandie, de l'autre avec l'insurrection du Midi. Marseille arborait la drapeau du fédéralisme à peine abattu à Paris. Toulon et la flotte tramaient leur défection et ouvraient leur rade et leurs arsenaux aux Anglais. Lyon, se déclarant municipalité souveraine, emprisonnait les représentants du peuple et dressait la guillotine contre les partisans de la Convention. La Commune de Paris affectait vis-à-vis de la représentation nationale la modération de la force, mais conservait une attitude qui tenait plus de la menace que du respect [...]. Le peuple ne parlait que de se faire justice à lui-même et de renouveler, en les surpassant, les assassinats de Septembre. Comment un corps politique jeté au milieu de cette tempête, ne pouvant ni négocier avec l'Europe, ni pacifier les insurrections de l'intérieur, ni se défendre lui-même dans Paris par la force des lois brisées dans sa main, pouvait-il se maintenir et sauver avec lui la République et la Patrie par la seule force abstraite d'une constitution qui n'existait plus, et sans s'environner du prestige de l'omnipotence et d'un appareil intimidant de force et de répression contre ses amis et contre ses ennemis? La dictature de la Convention n'était point toute une usurpation, car la Convention c'était la Révolution même concentrée à Paris, et la Révolution c'était la France. La Convention avait donc, selon elle, tous les droits de la Révolution et de la France. Le premier de ses droits, c'était de se sauver et de survivre. La seule loi, dans un tel moment, c'était un hors la loi universel qui intimidât tous les complots, qui abattit toutes les résistances, qui écrasât toutes les factions, et qui saisit, a force de promptitude et de stupeur, un pouvoir qui manquait à tout et à tous, et sans lequel tout périssait à la fois."
Michelet, dans son Histoire de la Révolution francaise (Introduction),  s'exprime ainsi-
"Que la Terreur révolutionnaire se garde bien de se comparer à l'Inquisition. Qu'elle ne se vante jamais d'avoir, dans ses deux ou trois ans, rendu au vieux système ce qu'il nous fit six cents ans! Qu'est-ce que les 16.000 guillotinés de l'une devant ces millions d'hommes égorgés, pendus, rompus, ce pyramidal bûcher, ces masses, de chair brûlées? La seule inquisition d'une des provinces d'Espagne établit, dans un monument authentique, qu'en 16 années, elle brûla 20.000 hommes. Mais pourquoi parler de l'Espagne plutôt que des Albigeois, plutôt que des Vaudois, des Alpes, plutôt que des beggards de Flandre, que des protestants de France, plutôt que de l'épouvantable croisade des Hussites, et de tant de peuples que le pape livrait à l'épée? L'histoire dira que, dans son moment féroce, implacable, la Révolution craignit d'aggraver la mort, qu'elle adoucit les supplices, éloigna la main de l'homme, inventa une machine pour abréger la douleur. Et elle dira aussi que l'Eglise du Moyen âge s'épuisa en inventions pour augmenter la souffrance, pour la rendre poignante, pénétrante, qu'elle trouva des arts exquis de torture, des moyens ingénieux pour faire que, sans mourir, on savourât longtemps la mort."
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