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Les Sans-Culottes

Le nom de Sans-Culottes a été donné aux républicains pendant la Révolution. Cette appellation, devenue si fameuse, commença à être en usage vers février 1792; du moins ce fut alors qû elle se généralisa et que les révolutionnaires commencèrent à se parer de cette épithète que l'insolence aristocratique leur avait donnée par mépris (les aristocrates portaient la culotte, alors que les hommes du peuple portaient le pantalon long); exactement comme les républicains de Hollande s'étaient nommés les gueux, titre que leurs ennemis leur avaient jeté comme une injure.

Ce nom de sans-culotte, témoignage de grossier mépris pour les pauvres, fut  relevé par les révolutionnaires, qui en firent le synonyme de pur et bon citoyen, de patriote par excellence, d'ami dévoué du peuple et de la liberté. Il entra dans la langue politique comme un signe de la tendresse maternelle de la Révolution pour les humbles et les déshérités.

Cependant l'origine en a été diversement expliquée. Montgaillard prétend que ce fut l'abbé Maury qui, avec son cynisme ordinaire, le lança de la tribune comme une invective pittoresque à des dames qui ne paraissaient pas goûter un de ses discours.

Mercier (Nouveau Paris) le fait dater, à tort ou à raison, de bien avant la Révolution.

" On ignore communément, dit-il, l'origine de ce mot; la voici : le poète Gilbert, peut-être le plus excellent versificateur depuis Boileau, était très pauvre; il avait tancé quelques philosophes dans une de ses satires. Un auteur, qui voulait leur faire sa cour pour être de l'Académie, imagina une petite pièce satirique intitulée le Sans-culotte; on y raillait Gilbert, et les riches adoptèrent volontiers cette dénomination contre tous les auteurs qui n'étaient pas élégamment vêtus. Lors de la Révolution, ils se ressouvinrent du terme, le ressuscitèrent, etc. "
Et dans un autre passage du même ouvrage : 
"Les habitants des faubourgs formaient une corporation redoutable sous le nom de sans-culottes, qui leur avait été donné en signe de dérision par Lacueil et qu'ils voulurent conserver comme un titre de gloire. "
Enfin Mercier fait encore cette remarque :
" Qui l'eût dit, que Notre-Seigneur Jésus-Christ s'appellerait le sans-culotte Jésus, qu'il n'aurait pas d'autre surnom dans les journaux, dans les tribunaux, aux Jacobins; que ce serait là, non un sarcasme, trais un véritable titre d'honneur qui lui serait accordé? "
A propos de ce détail, on se souvient que Camille Desmoulins devant le tribunal révolutionnaire, en déclinant son âge, ajouta :
 "L'âge du sans-culotte Jésus. "
On publia pendant la Révolution plusieurs journaux intitulés le Sans-culotte, entre autres un qui parut de février 1792 jusqu'au milieu de 1794.

Enfin, et sans entrer dans plus de détails, il est assez connu que cette expression se retrouve partout à cette époque, dans la société, dans la politique, aux clubs, aux armées, dans le journalisme, au théâtre, dans le langage officiel, etc. Nous la rencontrons même dans une lettre de Joséphine Beauharnais. Cette lettre est datée du 28 nivôse an Il; elle est adressée à Vadier, membre du comité de Sûreté générale, que la future impératrice essaye d'attendrir en faveur de son époux, Alexandre Beauharnais, alors en prison : 

"Mon ménage, dit-elle, est un ménage républicain; avant la Révolution, mes enfants n'étaient pas distingués des sans-culottes, et j'espère qu'ils seront dignes de la République. Je t'écris avec franchise, en sans-culotte montagnarde, etc. "


On rencontre beaucoup d'exemples de la même nature, et on pourrait citer parmi un grand nombre de personnages devenus de hauts dignitaires de l'Empire et de la Restauration, et qui s'honoraient alors du titre de sans-culottes.

Cette vogue, ce mouvement coïncida avec l'adoption du bonnet rouge, de la veste nommée carmagnole et de l'armement du peuple  au moyen de piques, à défaut de fusils. A la veille de la guerre, au milieu des dangers publics, toutes ces manifestations étaient dans la force et la nature des choses. Au moment où l'égalité se fondait dans les lois, on voulait qu'elle apparût visible dans des insignes communs symbolisant l'affranchissement des classes populaires. 

En outre, ces petits épisodes ne sont pas seulement un des côtés pittoresques de ce temps : ils nous montrent cette Révolution suivant sa voie, plongeant de plus en plus dans les masses populaires, non seulement en vertu de ses principes égalitaires et philosophiques, mais par une loi pour ainsi dire mécanique, l'impérieuse nécessité de trouver un point d'appui solide, de rassembler des forces pour sa lutte formidable contre toutes les aristocraties et tous les rois de l'Europe. (P. L.).

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