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Galien

Claude Galien (Claudius Galenus) est un célèbre médecin grec, né à Pergame (Asie Mineure) en 131 ap. J.-C., sous le règne de l'empereur Hadrien, mort entre 201 et 210. Fils de Nicore, sénateur de Pergame, mathématicien et philosophe, il eut pour premier maître son père, puis le philosophe platonicien Caius et d'autres philosophes, et, après avoir commenté les oeuvres d'Aristote et de Théophraste, étudia la médecine sous l'anatomiste Satyrus, de la secte dogmatique, sous Stratonicus, partisan des doctrines hippocratiques, etc.

Il voyagea en Asie Mineure, en Palestine, dans les îles de Chypre, Ia Crète, etc., et à son retour à Pergame, âgé de vingt-huit ans, fut chargé par les prêtres d'Esculape (Asclépiades) du traitement des gladiateurs attachés au temple. Les troubles qui éclatèrent en 164 le déterminèrent à quitter Pergame et il se rendit à Rome, où il ne tarda pas à jouir d'une grande réputation et fit des leçons d'anatomie et de physiologie qui attirèrent l'élite de la société romaine. 

En 168, il quitta Rome pour se dérober à l'envie, disait-il, des médecins de cette cité, mais aussi, semble-t-il, pour fuir la peste qui régnait à ce moment, et après un nouveau voyage à Chypre et en Palestine revint à Pergame. Peu après, il se rendit à pied à Aquilée où l'appelaient les empereurs Lucius Verus et Marc-Aurèle; ce dernier ne voulait prendre que des mains de Galien la thériaque dont il faisait un fréquent usage. 

La peste ayant éclaté à Aquilée, Galien reprit le chemin de Rome avec Marc-Aurèle et Lucius Verus qui mourut en route. C'est à cette époque, c.-à-d. vers 170-171, que Galien composa ses oeuvres capitales, ses livres sur l'anatomie et sur l'usage des parties. Il continua à résider à Rome sous les règnes de Commode, de Pertinax et de Septime-Sévère. Galien fut aussi instruit que peu modeste; il se plaçait lui-même au-dessus d'Hippocrate.

Le système médical de Galien.
Quoi qu'il en soit, à son époque la médecine était en proie à la plus grande anarchie; les sectes dogmatiques et empiriques s'entre-déchiraient; Galien, avec les débris des doctrines antérieures, construisit un système harmonieux, dont toutes les parties étaient admirablement coordonnées, et dans lequel venaient se placer tous les faits connus et où pouvaient rentrer, à des places en quelque sorte, réservées à l'avance, les faits à venir. En un mot, Galien fit oeuvre d'encyclopédiste et de critique en médecine théorique et se montra bon observateur en anatomie et en physiologie.

Son système, séduisant dans son ensemble, mais forcément artificiel, vu l'état de la science à cette époque,avait le mérite d'être le premier et celui de n'être suivi d'aucun autre à l'époque de la décadence romaine et aux siècles de barbarie qui suivirent; il devait donc exercer et exerça effectivement une immense influence sur l'art de guérir; il domina pendant près de 1500 ans. Galien régna en médecine comme Aristote en philosophie et dans les sciences naturelles. L'influence de Galien fut fâcheuse en entravant pendant bien des siècles la marche en avant; point d'idée nouvelle, mais des discussions subtiles sur les textes mêmes du médecin de Pergame, partant point de progrès; tel fut l'état de la médecine jusqu'à Paracelse

Pour l'exposé du système de Galien, nous renvoyons à l'article sur la Médecine à Rome; faisons seulement remarquer que c'est à Galien que l'ancienne médecine avait emprunté la théorie des tempéraments, des quatre humeurs, des esprits vitaux, des facultés secondaires des organes, celle de la prédominance et de la disproportion des qualités élémentaires des organes, des intempéries, cacochymies, etc. Les maladies se trouvaient rangées dans un certain nombre de cases ou de rayons, les médicaments de même, et la maladie une fois déterminée, il n'y avait qu'à ouvrir la case opposée pour trouver le remède; il y avait loin à la méthode expérimenmentale, telle que la pratiquait Hippocrate et telle qu'elle a été reprise par les modernes. 

En anatomie, Galien connut tout ce que pouvait lui donner la dissection des animaux et plus encore, puisque, avec une rare sagacité, il devina la structure de l'humain d'après celle d'autres espèces (des porcs, en particulier). La physiologie, surtout expérimentale, doit beaucoup à Galien; d'après lui, tous les organes ont une fonction, un rôle, une « utilité », qui peut être connue, soit par la disposition des parties, soit par l'expérimentation. De là ses expériences sur la moelle, les nerfs laryngés, les artères, etc., avec des procédés presque modernes tels que l'arrachement des nerfs à leur origine, leur ligature momentanée, la section de la moelle à diverses hauteurs, la ligature des uretères, etc. Il ne connaissait pas la circulation, mais savait que les artères renferment du sang et non de l'air. 

Galien s'occupa de chirurgie, principalement dans sa jeunesse, et se montra très hardi; ainsi il fit la résection du sternum, l'incision du pariétal, pratiqua la trépanation, etc., il attachait une importance capitale à la saignée. 

En obstétrique, quoiqu'il dût, pour en avoir des notions, recourir aux sages-femmes, il professa le premier que, lors de l'accouchement, l'enfant ne présente pas de mouvements actifs, mais est expulsé par des contractions utérines combinées à la dilatation du col et à la contraction du plan musculaire abdominal; malheureusement, ces idées si justes restèrent lettre morte pendant de nombreux siècles.

Galien philosophe et écrivain.
En philosophie Galien fut encore bien plus éclectique qu'en médecine; malheureusement la plupart de ses ouvrages en cette matière ont péri de son vivant dans l'incendie du temple de la Paix. Partisan des causes finales, il les applique à tous les détails de l'organisation et de la vie, s'en sert pour prouver l'existence de Dieu et au-dessus de lui de certaines conditions essentielles, inhérentes à la matière éternelle. Ses idées sur l'âme sont indécises; il ne réussit pas à la séparer de la force vitale et interprète mal Platon dont il accepte les trois âmes, y rattachant autant de vertus cardinales; une quatrième vertu cardinale résultait de la relation des trois autres; c'est là la base de sa morale. En somme, son système philosophique, qui nous est d'ailleurs imparfaitement connu, paraît plein de contradictions.

Disciple d'Aristote en logique, il n'a pas, comme on le dit quelquefois, trouvé la quatrième figure du syllogisme, car on en connaissait tous les modes avant lui, mais il a formé cette quatrième figure en divisant en deux groupes les modes que Théophraste avait réunis dans la première. 

En métaphysique, il ajoute aux quatre principes d'Aristote un cinquième principe, le moyen ou l'instrument, qu'Aristote n'avait pas distingué de la cause motrice.

Ecrivain d'une fécondité extrême, Galien est souvent diffus et incohérent, mais son style est en général élégant. Il a écrit 125 ouvrages non médicaux, dont 115 sur la philosophie, les autres sur les mathématiques, la grammaire et les lois; des ouvrages philosophiques, 3 seulement sont arrivés jusqu'à nous; quant aux ouvrages de médecine, 48 ont été perdus;nous en possédons encore 83 bien authentiques, 19 douteux, 45 apocryphes, plus 19 fragments et 15 commentaires sur Hippocrate; enfin, il existe de lui 80 ouvrages manuscrits disséminés dans les bibliothèques. (Dr L. Hn.).



Anciennes éditions. - Des éditions grecques très recherchées des oeuvres complètes de Galien ont été publiées à Venise, chez les Alde, en 1525 (5 vol. in-fol.), et à Bâle en 1538 (5 vol. in-fol.); René Chartier en a donné une édition gréco-latine à Paris (1639-1679,13 vol. in-fol.), Kuhn une autre plus récente et plus complète à Leipzig (1821-1833, 20 tom. en 22 vol. in-8); nous ne citerons pas les éditions latines très nom breuses qui se sont succédé depuis la première (Venise, 1490, 2 vol. in-fol.) jusqu'à la plus récente (Venise, 1562, 3 vol. in-fol.). Daremberg en a publié une traduction française partielle : Oeuvres anatomiques, physiologiques et médicales de Galien... (Paris, 1854-1857, 2 vol. in-8). 
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