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Les fêtes romaines
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Les Romains ont déployé, dans l'organisation de leurs fêtes, leur esprit précis et formaliste, qui contraste profondément avec la libre initiative et la variété de l'esprit hellénique. Leur premier soin est de classer les fêtes selon leur qualification. Nous en avons déjà dit quelque chose dans les articles Calendrier et Fastes. Ils distinguent en premier lieu les jours de fête (festi) des jours où l'on peut vaquer à ses affaires (profesti), classant à part ceux qui sont à demi fériés (endotercisi). Le jour de fête est caractérisé par le chômage des affaires publiques, spécialement de la justice, le repos accordé aux non-libres et imposé aux libres, les prêtres ne devant même pas voir un homme travailler; de plus, en ces jours, avaient lieu des sacrifices, des banquets. En somme, les cérémonies religieuses et le chômage sont les deux traits typiques. On distingue les fêtes en plusieurs groupes : fériae stativae, fêtes fixes, revenant chaque année à la même date; feriae undictivae, fêtes mobiles, parmi lesquelles les unes sont conceptivae ordinaires et prévues ou elles ont lieu tous les ans; les autres, imperativae, extraordinaires. 

De plus, à côté des fêtes publiques (feriae publicae), on reconnaissait les fêtes privées des classes (feriae gentium), des familles (familiarum) ou des individus (feriae singulorum). Les féries statives, qui formaient la base du calendrier, étaient au nombre de quarante-cinq et c'étaient les plus anciennes, remontant en principe au roi Numa. La plupart comportaient la participation du peuple entier, rentrant dans la catégorie des sacra popularia. Les féries indictives régulières sont annuelles; plusieurs se sont d'ailleurs fixées à une date précise, d'autres sont restées mobiles, suivant le cours des saisons (Sementivae, Paganalia, Compitalia, Féries latines).

Les jeux publics étaient, en principe, des féries extraordinaires résultant de voeux; mais ces fêtes devinrent annuelles et fixes; elles se multiplièrent à la mort de César il y avait 65 jours de fêtes réservés aux jeux; au IVe siècle ap. J.-C. on en comptait 175, sans préjudice des autres fêtes. Ainsi, au temps d'Auguste, sur les 65 jours de fête et 48 jours de réjouissance publique (marqués NP au calendrier), il n'y en avait guère qu'une douzaine qui coïncidaient. Ajoutez une soixantaine d'autres jours néfastes et vous voyez combien il restait peu de jours non fériés, c.-à-d. de travail. Le tableau suivant donne un aperçu des principaux jeux romains et de leur histoire :
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Les jeux Apollinaires furent voués en 214, après la défaite de Cannes, pour se conformer à une prédiction des Carmina Marciana promettant l'expulsion des Carthaginois en échange de cette création; ils se célébraient dans le Grand Cirque.

Les jeux Capitolins auraient été institués par Camille en l'honneur de la délivrance du Capitole; il n'en est plus question dans la période républicaine. Sous l'Empire on retrouve une fête analogue, mais qui semble avoir une autre origine; sous Commode elle comportait des concours gymnastiques, scéniques et musicaux. 

Les jeux Floraux institués en 238 av. J.-C., d'après un ordre des livres sibyllins, étaient celébrés dans le cirque Floralis. 

Les jeux Juvéniles (Juvenalia) furent institués par Néron pour rappeler sa majorité. Ses successeurs appliquèrent ce nom aux jeux offerts sur le Palatin au début de l'année. 

Les Grands Jeux  (L. circenses (Jeux du Cirque), magni ou romani) étaient les plus grandes solennités de cette espèce. Ils étaient annuels et duraient sept jours, du 4 au 12 septembre. Ils étaient consacrés, suivant les uns, à Jupiter, à Junon et à Minerve; suivant les autres, à Jupiter, à 
Consus et à Neptune.  Ils sont mentionnés par 

Tite Live pour la première fois en 481 av. J.-C.; Denys d'Halicarnasse les a décrits et en attribue la fondation au dictateur A. Postumius, vainqueur des Latins. Ils débutaient par une procession du Capitole an Grand Cirque par le Forum, ou le peuple se groupait en ordre militaire : en tête les jeunes patriciens à cheval; en queue les athlètes, choeurs de musiciens et les statues des dieux. Après un sacrifice solennel avaient lieu les jeux : courses de chars et de cavaliers, luttes athlétiques (à partir de 188 av. J.-C.).

Les jeux Megalenses, en l'honneur de la Grande Mère, furent importés avec son culte, de Pessinonte en Phrygie (196 av. J.-C.). Les édiles curules C. Atilius Serranus et L. Scribonius Libo les célébrèrent les premiers. 

Les jeux plébéiens furent institués à une date indéterminée, pour fêter soit l'expulsion des rois, soit la restauration de la bonne intelligence entre patriciens et plébéiens. Ils avaient lieu dans le cirque de Flaminius. Ils formaient la contre-partie des jeux Romains, fête patricienne, souvent confondue avec les Grands Jeux et célébrée en l'honneur de la trinité capitoline (Jupiter, Junon, Minerve). 

Les jeux Séculaires remontent au consul M. Valerius Publicola

qui les aurait institués sur l'invitation des livres sybillins. Leur périodicité dépend du calcul de l'année séculaire qui fut assez irrégulier. Le rituel était réglé par les quindécemvirs; ils ne prirent de grande importance que sous l'Empire, à partir d'Auguste. L'idée en paraît empruntée à la théologie étrusque. 

D'autres encore : les Jeux des carrefours (L. compitales), établis par Tarquin l'Ancien en l'honneur des Lares des carrefours (lares compitales); les jeux de Mars (L. Martiales), qui étaient consacrés au dieu Mars; les jeux de Bacchus, consacrés à ce dieu; les Jeux appelés Ludi natalitii, qui avaient lieu le jour anniversaire de la naissance de l'empereur; les Jeux Palatins (L. Palatini), établis par Livie en l'honneur d'Auguste, et qui se célébraient sur le mont Palatin; les Jeux des pêcheurs (L. piscatorii), qui étalent offerts aux pêcheurs, le jour de leur fête, par le préteur urbain; les jeux  questoriaux (L. quaestorii), institués par Claude, qui força les questeurs à les donner au peuple à leur entrée en charge, etc. Ces derniers appartenaient, ainsi que ceux appelés Jeux des pontifes (Ludi pontificales), à la classe des Jeux honoraires (L. honorarii), que les magistrats ou les particuliers offraient, à leurs frais, à la population de Rome, afin de capter sa bienveillance.

Ces jeux étaient associés à certaines des fêtes romaines que nous allons maintenant passer en revue. Commençons par les fêtes domestiques. Les divinités de la maison ont leurs fêtes mensuelles aux Calendes, aux Nones et aux Ides de chaque mois (le 1er, le 5 et le 13) et des fêtes annuelles, anniversaires joyeux ou douloureux de la famille. On appelle feriae devicales les cérémonies expiatoires par lesquelles une famille se purifie après un décès (Funérailles). Plusieurs fêtes sont célébrées simultanément par toutes les familles; celles qui sont relatives au culte des morts : les jours des Morts (dies parentales) du 13 au 21 février, conclus par la fête des Morts (Feralia); le lendemain, banquet familial (fête des Caristia); au mois de mai (9, 11 et 13), fête des Revenants, Lemuria. Ces fêtes sont inscrites au calendrier; d'autres sont communes au culte privé et au culte public, Matronalia (1er mars), fête de Junon Lucine; Saturnales (17 décembre), fête de Saturne, dieu des pères et mères de famille; fête des Esclaves (servorum dies, le 13 août), en l'honneur de Diane et de Servius Tullius

Les fêtes dites populaires empiètent sur le culte privé, imposant aux particuliers des actes religieux; plusieurs ont cessé d'être célébrées par le peuple entier : le Septimontium, fête de la vieille Rome primitive, dont ne s'occupa plus qu'une confrérie; les Fornacalia de février, marquées par un banquet où l'on mangeait une bouillie en l'honneur de Fornax, et les Hordicidia ou Fordicidia (15 avril), où l'on sacrifiait des vaches pleines, n'étaient célébrées que par les patriciens et leurs clients. D'autres fêtes étaient célébrées seulement par des confréries, par exemple celles des Lares rustiques (Laralia) et de carrefour (Compitalia). D'autres étaient particulières à certaines catégories : aux femmes enceintes et mères de famille, Carmentalia (11 et 15 juin), Matronalia (1er mars), Matralia (11 juin); aux femmes mariées et aux esclaves, fête de Diane sur l'Aventin (13 août) et à Nemi; fêtes corporatives des gens du port (Portunalia ou Tiberinalia, 15 août), des pêcheurs du Tibre (ludi piscatorii), des marins (Neptunalia, 23 juillet), des hydrauliciens (Juturnalia, 11 janvier), des foulons, des médecins, des professeurs, etc. (Quinquatrus, 19 mars). D'autres fêtes, tombées en désuétude et dont la raison d'être était oubliée, ne se conservaient guère qu'à titre officiel : le Lucuria (19-21 juillet) dans un bois de la rive droite du Tibre, les Furrinalia (25 juillet), enfin les Volcanalia, fête expiatoire célébrée le 23 août. 

Les grandes fêtes populaires, lesquelles constituaient le fond de la religion populaire des Romains, étaient des fêtes agricoles. Les feriae sementinae étaient des fêtes des semailles, qui avaient lieu en décembre ou janvier. On les identifie aux Paganicae ou Paganalia, peut-être à tort; celles-ci seraient peut-être des fêtes locales annuelles des cantons agricoles. Au printemps, la fête de Cérès (Cerealia, 19 avril), suivie de celle de Pales (Palilia, 21 avril), fête du Palatin, devenue celle de l'anniversaire de la fondation de Rome; la fête du premier vin (Vinalia prima, 23 avril); celle des Robigalia (25 avril), destinée à préserver les blés de la maladie de la rouille; puis les fêtes de Flore (Floralia, du 28 avril au 3 mai). Cette dernière des grandes fêtes du printemps était fort licencieuse. Venaient ensuite les Ambamalia, qui coïncidaient au 29 mai avec la fête de Deadia; avant la moisson, la fête expiatoire marquée par le sacrifice de la porca praecidanea; plus tard, à la fin de l'été, les fêtes d'inauguration des vendanges (Vinalia rustica, 19 août) et de la fin de la moisson (Consualia, 24 août); celle-ci était une grande réjouissance; même les animaux domestiques y étaient associés; on les couronnait de fleurs; celle de la dégustation du vin nouveau (Meditrinalia, 11 octobre); au début de l'hiver, à la fin des semailles, les fêtes des dieux de la fécondité : Faunalia, (5 décembre), Consualia (15 décembre), Saturnalia (17-21 décembre), enfin, au terme de l'année, en février, avait lieu la fête du dieu Terme, garant de la propriété (Terminalia). Vers le même moment, on procédait à des purifications par les cérémonies des Lupercales pour la cité du Palatin, des Quirinalia pour celle du Quirinus(ou les curies). 

« La dernière cérémonie de l'année, écrit Bouché-Leclercq, était le Regifugium, sorte de drame symbolique dans lequel le chef de l'Etat, assisté des Saliens, se chargeait, pour ainsi dire, des péchés de toute la communauté, et prenait tout à coup la fuite, pour revenir ensuite purifié de toute souillure. »
Les purifications étaient répétées en mars, au commencement de la nouvelle année, et coïncidaient avec des fêtes guerrières, Quinquatrus du 19 mars, Tubilustrium, 23 mars (purification des trompettes), puis le lendemain, grande revue (Q. R. C. F., quando rex cumitiavit fas). 

Nous complétons ce résumé par un tableau de la date des principales fêtes romaines; on trouvera, lorsqu'il y a lieu, des détails dans les articles spéciaux. Le 1er janvier était une sorte de fête en l'honneur de Janus, Strenia, Esculape, etc.; les clients envoyaient des présents à leurs patrons, les esclaves et affranchis à leurs maîtres,
les amis les uns aux autres. Cet usage s'est perpétué jusqu'à notre époque sous la forme des étrennes.
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Janvier
7 Fête de Janus (jeux)
9 Agonalia
11 Carmentalia
13 Fête de Jupiter Stator (jeux)
15 Carmentalia
21-23 Ludi Palatini

Février
5 Fête de la Concorde
13-24 Jour des Morts 
(dies parentales)
13 Fête de Jupiter et Faunus
15 Lupercales
17 Quirinalia
21 Feralia
23 Terminalia
25 Regifugium
27 Equirria

Mars
1 Matronalia
14 Equirria
15 Fête de Jupiter 
et Anna Perenna
17 Liberalia (Agonia).
19 Quinquatrus
23 Tubilustrium

Avril
5-10 Ludi Megalenses (Cybèle)
12-19 Ludi Ceriales
15 Fordicidia
19 Cerialia
21 Palilia
23 Vinalia
25 Robigalia
28-30 Ludi Florales
28 Fête de Vesta (in Palatio)

Mai
1-3 Ludi Florales
4 Fête des Lares
9-11 Lemuria
12 Fête de Mars Ultor
(Ludi Martiales)
13 Lemuria
15 Fête des Argei, de Mercure, de Maia
21 Agonalia
23 Tubilustrium
Juin
5 Fête de Dius Fidius
7 Ludi piscatorii
9 Vestalia
11 Matralia
13 Quinquatrus minusculae 
(fête de Jupiter Invictus)

Juillet
6-13 Ludi Apollinares
19-21 Lucaria
23 Neptunalia
25 Furrinalia

Août
13 Nemoralia; fête de Diane, Jupiter, Vertumnus
Castor et Pollux
17 Portunalia
19 Vinalia
24 Consualia
23 Volcanalia
25 Opiconsiva
27 Volturnalia

Septembre
4-19 Ludi Romani
13 Epulum Jovis

Octobre
11 Meditrinalia
13 Fontinalia
19 Armilustrium

Novembre
4-17 Ludi plebeii
13 Epulum Jovis

Décembre
5 Faunalia
11 Agonalia (du Septimontium)
15 Consualia
17 Saturnalia
19 Opalia
21 Divalia (Angeronalia)
23 Larentalia

On remarquera que les fêtes sont placées aux jours impairs et de préférence dans la seconde moitié du mois. Chaque neuvième jour ou nundine était férié; mais comme la date des nundines changeait avec l'année (le nombre de jours de celle-ci n'étant pas un multiple de huit) on ne peut les indiquer sur un calendrier. Une mention spéciale est due aux féries latines, fête officielle de la confédération latine, célébrée annuellement sur le mont Albain en l'honneur de Jupiter Latiaris; les magistrats suprêmes et tout le Sénat y assistaient; la date était fixée par les consuls qui ne pouvaient entrer en campagne avant de s'en être acquittés; à leur défaut on la faisait tenir par un dictateur. Après le sacrifice d'un taureau blanc avaient lieu des jeux, quelques-uns répondant à un symbolisme mythologique, comme celui de la balançoire. Il n'y a rien à dire des fêtes extraordinaires ordonnées par le Sénat ou par un magistrat pour commémorer un événement considérable ou apaiser le courroux divin, par exemple, après la chute d'un aérolithe; les jeux voués, c.-à-d. promis à un dieu dans des circonstances diverses, péril, action de grâces; les jeux funèbres offerts parfois par des particuliers pouvaient donner lieu à de grandes fêtes. Plus considérables furent celles des jeux séculaires empruntés par les Romains aux Etrusques

Nous avons insisté sur les fêtes romaines, parce qu'elles ont tenu dans la vie publique et privée une place importante. Mais il ne faut pas se figurer qu'elles fussent d'un caractère très général. C'étaient les fêtes d'une ville, rien de plus; non seulement elles ne lui sont pas communes avec les autres peuples de l'Italie, elles ne le sont même pas avec les autres cités du Latium. Quant au caractère des fêtes italiennes et romaines en particulier, il était plus brutal que celui des fêtes grecques; on peut s'en faire une idée parce que nous savons des Lupercales. Elles se transformèrent sous l'influence des Grecs; les danses se régularisèrent, les cris se rythmèrent; la mimique prit la forme dramatique; cependant plusieurs de ces fêtes, notamment celle des Saturnales, gardèrent quelque chose de leur barbarie primitive. Au temps de l'Empire les fêtes grecques et celles des religions orientales s'introduisirent en Italie où elles eurent une grande vogue. On voit alors, par l'influence de ces religions qui se substituent aux vieux cultes nationaux, les mêmes fêtes s'établir d'un bout à l'autre de la Méditerranée. Celles de la religion impériale sont fêtées dans tout l'empire romain; par exemple, les anniversaires de la naissance des empereurs, spécialement d'Auguste (23 septembre, deux jours de fête). Nous sommes loin du particularisme des cités grecques et italiennes. Le christianisme va bénéficier de ce nivellement et le compléter.

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Dictionnaire Religions, mythes, symboles
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