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Le mont Quirinal

Mont Quirinal. - Le Quirinal (Quirinalis; collis Quirinalis) est une des collines de Rome. Rattaché, par son extrémité Nord-Est au plateau de tuf qui constitue la plus grande partie de la campagne romaine, il s'allonge vers le Sud, borné à l'Ouest par la plaine basse du Champ de Mars, à l'Est par un vallon étroit, qui le sépare du Viminal; son point culminant s'élève à 53 m au-dessus du niveau de la mer. Actuellement une dépression assez profonde s'étend entre le Quirinal et le Capitole; cette dépression est occupée par les ruines du Forum et de la basilique de Trajan, que domine encore aujourd'hui la colonne 'Trajane. Cette dépression n'existait pas pendant les premiers siècles de l'histoire romaine. Le Quirinal était alors relié au Capitole par un coteau d'une hauteur de 39 m; l'empereur Trajan, mettant à exécution un projet de César, fit disparaître ce coteau pour établir une communication directe entre l'ancien Forum et les quartiers nouveaux qui s'étaient créés dans le Champ de Mars, au Nord du Capitole. L'inscription, gravée sur la base de la colonne Trajane, nous apprend que la hauteur de cette colonne était exactement la même que la hauteur maxima de la colline qui fut alors supprimée.

La colline du Quirinal a joué un rôle important dans l'histoire primitive de la cité romaine. Plusieurs auteurs anciens, entre autres le grammairien Festus, affirment que tout d'abord cette colline porta le nom de collis Agonius ou Agonus; parmi les savants modernes, Jordan (Topographie der Stadt Rom im Alterthum, I, p. 180) refuse d'accueillir cette assertion, et prétend que ce nom a été imaginé tardivement; Gilbert, au contraire (Geschichte der Stadt Rom im Alterlhum, 1, p. 281) admet que le nom de Quirinal ne fut donné qu'assez tard à cette colline. Ce qui est certain, c'est que pendant une période de temps qui peut avoir été fort longue, les deux collines du Viminal et du Quirinal furent appelées simplement la Colline (Collis) par opposition aux montes de la cité palatine, c.-à-d. aux sept hauteurs du Palatin, du Germalus, de la Velia, de l'Oppius, du Cispius, du Fagutal et de la Suburra. Cette distinction tranchée entre la Colline et les Monts n'était, à l'époque historique, qu'un souvenir du temps lointain où deux cités rivales avaient existé côte à côte, l'une sur le Palatin et l'Esquilin, l'autre sur le Quirinal et le Viminal.

Il n'est pas douteux, en effet, que le Quirinal et le Viminal aient été occupés, avant d'être englobés dans la ville de Rome, par des Sabins. Suivant la tradition romaine, après l'enlèvement des Sabines, les Sabins, conduits par le roi Tatius, vinrent attaquer Rome pour reprendre leurs filles et se venger de l'outrage qui leur avait été infligé par les Romains. La lutte fut acharnée. Les Sabins s'emparèrent du Capitole, grâce à la trahison de Tarpeia. Un combat furieux s'engagea au pied du Palatin finalement les Sabines, filles et soeurs des Sabins, épouses des Romains, se jetèrent au milieu des combattants et réussirent à rétablir la paix entre eux. Les Sabins et les Romains s'unirent; ils formèrent deux communautés soeurs; le roi romain Romulus et le roi sabin Tatius régnèrent ensemble. 

Cette légende cache peut-être un fond de vérité historique. Il y eut certainement un temps où l'emplacement de la future Romeétait partagé entre deux groupes distincts d'habitants qui formaient deux communautés ou cités séparées. L'un de ces groupes occupait surtout le Palatin c'étaient les Romains proprement dits ou Ramnes, d'origine latine, et dont Romulus fut le héros éponyme; l'autre groupe était fixé sur le Quirinal et peut-être aussi sur la partie septentrionale du Capitole : c'étaient les Sabins ou Tities, dont le roi légendaire Titus Tatius était le héros éponyme. La trace de cette ancienne situation se conserva, à l'époque historique, dans les noms de deux des tribus génétiques de Rome, les Ramnes et les Tities ou Titii. On ne sait rien des événements qui provoquèrent la réunion des deux communautés en une seule ville. Cette réunion était un fait accompli à l'époque où fut construite l'enceinte connue sous le nom de Mur ou Agger de Servius Tullius. En effet, cette enceinte renfermait le Viminal, le Quirinal et le Capitole, qui étaient restés étrangers à la Rome primitive. De même, dans la division de la ville ainsi agrandie en quatre tribus ou quartiers, le Quirinal et le Viminal formèrent le quartier des collines (tribus Collina). Dès lors le Quirinal fit partie intégrante de Rome. 

Un document curieux et fort ancien, qui nous a été conservé par Varron (De lingua latina, V, 51 et suiv.), l'itinéraire de la procession qui avait lieu le ,jour de la fête des Argées (le seizième jour avant les calendes d'avril, 17 mars), nous apprend que la colline du Quirinal se divisait en quatre coteaux : le Quirinalis proprement dit à l'Est, en face du Viminal, le Salutaris au Nord, le Mucialis à l'Ouest au-dessus du Champ de Mars, le Latiaris au Sud. Sur chacun de ces coteaux se trouvaient un ou plusieurs sanctuaires très anciens : sur le Quirinalis, le sanctuaire de Quirinus et un temple du dieu Sol; sur le Salutaris, le sanctuaire de la Dea Salus; sur le Mucialis, le temple du dieu sabin, appelé Semo Sancus ou Dius Fidius; sur le Latiaris, sans doute un temple de Jupiter Latiaris associé à Junon et à Minerve, et connu sous le nom de Capitolium vetus; en outre, un sanctuaire de la Dea Flora. 

D'après Gilbert (op. citat.), les cultes de Quirinus, de la Dea Salus et de Jupiter Latiaris étaient des cultes originaires de la cité palatine transportés sur le Quirinal après l'annexion de la communauté sabine; seuls le culte de Semo Sancus et celui du dieu Sol peuvent être considérés comme essentiellement sabins. Comme ces deux derniers cultes ne tinrent aucune place dans la religion romaine, Gilbert en conclut que de très bonne heure l'élément latin l'emporta dans Rome, et que la situation de l'élément sabin y fut très subordonnée. L'extension à toute la colline du nom de Quirinal, porté d'abord par la seule partie où se trouvait le sanctuaire de Quirinus, parait à ce savant une nouvelle preuve en faveur de son opinion : car pour lui Quirinus n'est pas autre chose que le Mars proprement latin, le dieu suprême de la communauté des Ramnes et de la cité palatine primitive. C'est également l'opinion de Mommsen :

« la communauté des Sept-Monts eut une grande prééminence sur celle du Quirinal, même dans les temps reculés; ce qui le prouve avec certitude, c'est d'abord l'étendue plus grande de ses quartiers nouveaux et de ses faubourgs; c'est aussi la situation inférieure donnée aux habitants de la Colline dans l'organisation dite de Servius Tullius. » 
Pourtant le souvenir de la période où les deux communautés vivaient sur un pied d'égalité n'avait pas été effacé : les prêtres de Mars, les Sabins, furent toujours divisés en deux collèges absolument égaux, les Sabins du Palatin (Salii Palatini) et les Sabins de la colline (Salii Collini).

Le Quirinal formait l'extrémité septentrionale de la cité constituée par Servius Tullius. Le mur de Servius suivait la pente occidentale de la colline; deux portes s'ouvraient dans cette partie de l'enceinte : la porta Sanqualis, ainsi nommée à cause du sanctuaire voisin de Semo Sancus, et la porta Salutaris, qui empruntait son nom au temple de la Dea Salus. Près de la porta Collina (la porte des Collines), par où sortait de Rome la route qui menait à Nomentum (via Nomentana), le mur de Servius faisait un brusque crochet vers le Sud-Est, dans la direction du Viminal et de l'Esquilin. Sous la République, le Quirinal fut peu habité : on y cite seulement, outre les sanctuaires mentionnés plus haut, quelques maisons particulières, entre autres celle de T. Pomponius Atticus, l'ami de Cicéron

Auguste, qui modifia l'organisation administrative de Rome et divisa la ville en arrondissements ou régions et en quartiers (vicii), fit du Quirinal et du Viminal réunis la VIe région de la ville. Dès lors et pendant tout l'empire le Quirinal se couvrit d'édifices et de magnifiques constructions. Nous savons que la région renfermait dix-sept quartiers ou vici, 3043 maisons à loyer ou insulae, 146 hôtels particuliers ou domus. Comme le Viminal est beaucoup moins étendu que le Quirinal, nous pouvons admettre que la plus grande partie de ces maisons se trouvait sur le Quirinal. 

Les fouilles qui ont été pratiquées depuis plus de cent ans pour la création de nouveaux quartiers à Rome, ont permis de reconstituer, dans cette partie de la ville, presque tout le réseau des rues antiques. Du quartier de la Suburra, qui s'étendait au Sud du Quirinal, partait une voie importante, le Vicus Longus, qui assurait les communications entre le Forum et les parties hautes du Quirinal; quant au Quirinal lui-même, il était traversé, depuis la Porta Sanqualis jusqu'à la Porta Collina, par une rue qui portait le nom probablement fort ancien de Haut-Sentier (Alta Semita). Parmi les monuments qui s'élevaient sur le Quirinal à l'époque impériale, les principaux étaient : le temple de Quirinus, restauré et embelli par Auguste en 46 av. J.-C.; le temple du Soleil, bien différent de l'antique sanctuaire sabin, et dans lequel le culte de la divinité avait revêtu une physionomie de plus en plus orientale; les Thermes de Dioclétien, dont l'église actuelle de Sainte-Marie-des-Anges (S. Maria degl' Angeli) n'occupe qu'une petite partie; enfin .les Thermes de Constantin. (J. Toutain).

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Dictionnaire Territoires et lieux d'Histoire
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