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Janus

Janus est un des dieux les plus anciens et les plus caractéristiques de la religion romaine, un de ceux qui eurent le plus à souffrir de l'invasion des idées grecques et que l'on trouve d'autant plus honoré qu'on remonte davantage dans l'histoire de Rome. C'est le dieu qui présidait au commencement, au début de toutes choses. Aussi lui consacra-t-on le premier mois de l'année, et lui offrait-on les premières libations dans les fêtes des dieux. On le faisait présider au point du jour, sous le nom de Pater Matutinus. Il est généralement représenté avec un double visage, sous les apparences d'un homme âgé et barbu.
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L'origine de son nom est incertaine. Cicéron la cherche dans le verbe ire. D'autres préfèrent le radical div (dividere) et supposent que la première forme du nom était Divanus. Une troisième hypothèse envisage une forme Jana, parfois employée pour Diana, dont la racine dius ou dium évoquerait l'idée de jour, de lumière ou de ciel lumineux. On a aussi fait remonter l'étymologie de son nom au sanscrit, jan, qui implique l'idée de génération et de paternité. 
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Janus barbu (monnaie romaine).
Janus barbu sur une monnaie romaine.

Plusieurs indianistes ont même pu pouvoir identifier Janus avec Ganesh, dieu hindou. Outre le rapport de consonance dans les deux nom, l'un et l'autre sont revêtus de fonctions analogues; en Inde comme dans le Latium, ils sont adorés sur toutes les routes, et placés honorablement sur tous les seuils; ils gardent le passage des dieux; ils président au calcul et par là au calendrier; et si Janus a simultanément deux têtes, Ganesh en a également deux, mais successives (une tête d'humain puis une tête d'éléphant...).

Moins hasardeux est sans doute le rapprochement de Janus avec le dieu étrusque Than. Chez les anciens Etrusques, Than l'un des dieux suprêmes, était surtout regardé comme dieu des augures, qui, avant de commencer leurs opérations divinatoires, traçaient dans le ciel, avec le lituus, deux lignes perpendiculaires l'une à l'autre, et dont chaque extrémité était dirigée vers un des points cardinaux. De là viendrait peut-être alors l'usage de représenter Janus avec deux ou quatre faces, et de donner le même nombre de portes à ses temples. 

Quoi qu'il en soit, les attributions de Janus sont nombreuses et importantes. Et même si elles dérivent les unes des autres, elles donnent du dieu une image assez foisonnante, qui se retrouve déjà  dans la multiplicité des qualificatifs qu'on ajoute à son nom : Patulcius, celui qui ouvre; Clusius, celui qui ferme; Geminus, le double; Pater, le père; Consivus, celui qui favorise les productions de la nature; Belliger, Bifrons, Biceps, Biformis, deorum Deus, Junonius, Patricius, Quadrifons, et même Quirinus

Les visages de Janus.
Il fut sans aucun doute, pour les Latins primitifs, le dieu du ciel lumineux, ce qui lui valut de devenir un dieu qui présidait également à la génération des choses, aux semences, aux naissances : de là son surnom de Consivius, dérivé du latin, conserere. C'est en sa qualité de dieu des origines qu'il était invoqué comme le protecteur de tout commencement. Comme tel il ouvre donc aussi le ciel à la lumière. C'est lui  encore qui le ferme, ce qui lui confère sa qualité de portier céleste. Janus prend aussi tour à tour le caractère du dieu de la foudre, du firmament, de la terre et des eaux, ce qui lui valut les surnoms de Patulcius et de Clusius

Le Soleil étant le principal agent de la vie et de la production, la source de la chaleur qu'il entretient, Janus se confondait avec le Soleil, et à ce titre il présidait à l'année, c'est-à-dire au mouvement annuel de l'astre. Janus correspondait en effet chez les Étrusques et les premiers Latins au dieu-soleil des Sabins, et son culte semble s'être amalgamé avec le culte de celui-ci une fois que le dieu sabin eut été apporté à Rome
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C'est par une conclusion toute naturelle que lors de la constitution du calendrier romain on consacra à Janus, le premier mois; de là le nom de januarius (janvier) qui lui fut imposé. Et c'est encore pour le même motif que dans chaque mois, les Romains le préposaient aux calendes et pour chaque jour à la lumière naissante du matin. 

Ces mêmes éléments permettent  de comprendre que Janus ait été aussi le nom ancien de la constellation du Bouvier. Comme Janus présidait à l'ouverture de l'année, c'était l'âme du monde, l'esprit moteur du ciel, et le Bouvier est une constellation qui se lève à minuit au solstice d'hiver. Le Bouvier porte comme Janus le bâton, la baguette ou le sceptre, et la faux des moissons.

En tant que dieu de la génération et de la naissance, Janus était aussi le dieu qui ouvrait les portes de la vie. De même en l'unissant à Juturna et en faisant naître de cette union le dieu Fontus, on lui faisait honneur du jaillissement premier, au sein de la terre, des eaux-vives et potables fontes.

Janus est le dieu de tous les seuils, de tous les passages, de toutes les portes, et d'abord des portes publiques (jani), sous lesquelles passaient les routes. Il est par le fait même celui des départs et des retours, et par extension celui de toutes les voies de communication. Sous le nom de Portunus, il est considéré comme le dieu des ports; et comme on voyage aussi bien par eau que par terre, il passe pour avoir inventé la navigation. C'est aussi le dieu des portes privées, et, d'une façon plus générale, des ouvertures par lesquelles la lumière pénètre dans les maisons, comme Vesta est la déesse du feu qui brûle sur le foyer, comme les Pénates sont les pourvoyeurs du garde-manger. 
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Janus imberbe (monnaie romaine).
Janus imberbe sur une monnaie romaine.
Au revers, Jupiter monté sur un quadrige.

Sa compagne était Cardea, la déesse qui personnifie les gonds (cardines) des portes. Ovide, dans les Fastes, définit en ces termes le ministère du dieu dans le gouvernement du monde :

" Tout ce que tu vois, le ciel, la mer, les nuages, les terres, ma main le ferme et l'ouvre tour à tour. Il possède tout seul la garde de l'immense univers; le pouvoir de faire rouler les gonds m'appartient sans partage."
Ajoutons que le nom et le culte de Janus se retrouvent encore à Rome avec le Janicule, colline que le roi Ancus Martius avait fortifiée pour protéger la navigation sur le Tibre et le débarcadère situé en face. C'est dans ce fait qu'il faut peut-être chercher l'explication de la proue de navire qui figure parfois sur les monnaies en même temps que la tête double du dieu (Janus à deux fronts, Janus Bifrons, Janus double, Janus Geminus); il fut le génie protecteur de la navigation commerciale à ses origines.

Considéré dans l'ensemble de ses attributions Janus offre ainsi une assez grande analogie avec Apollon, comme lui dieu de la production et protecteur des portes, mais sans doute davantage encore, si l'on tient à chercher des analogues chez les Grecs, avec Hermès, lui aussi protecteur des seuils et des carrefours. Varron, dans son Essai d'exégèse de la mythologie romaine, identifie pour sa part Janus avec le monde [Saint Augustin, De Civitate Dei, VII, 9.]. D'autres mythographes ont vu dans ce dieu une image du chaos (Festus). On retrouve dans ces deux explications le caractère tellurique ou chthonien de la divinité étrusque

La mythologie de Janus.
Contrairement aux autres dieux romains, à Mars, à Diane, etc., Janus n'a jamais été assimilé à un dieu d'une autre culture. Aucune mythologie d'importation n'a été plaquée sur lui. La mythologie de Janus est purement italique dans sa fabrication, mais les Romains sont quand même allés chercher à l'extérieur nombre d'éléments dont ils se sont servis pour lui inventer une histoire. Ils sont mêmes allés jusqu'à en faire un dieu d'origine étrangère. Les uns le disaient Scythe; les autres le faisaient originaire du pays des Perrhèbes, peuple de Thessalie, qui habitait sur les bords du Penée. 

C'est l'origine grecque qui était  privilégiée. Devenu pour ainsi dire dieu grec à l'insu même des Grecs, on fit alors parfois de Janus le fils de Caelus et d'Hécate. Critolaüs, dans Plutarque, le fait naître plutôt de Saturne et d'Entoria, et dit qu'il se tua, ainsi que ses frères Hymnus, Faustus et Félix, par suite du chagrin que lui causa la mort de son grand-père maternel, lapidé par des paysans ivres. Aurélius Victor rapporte de don côté que Créüse, fille d'Erechthée, roi d'Athènes, princesse d'une grande beauté, fut surprise par Apollon, et en eut un fils qui fut élevé à Delphes. Erechthée donna sa fille en mariage à Xiphée, qui, ne pouvant avoir d'enfants, alla consulter l'oracle. Il lui fut répondu qu'il devait adopter le premier enfant qu'il rencontrerait le lendemain. Il rencontra Janus, fils de sa femme, et l'adopta.

Suivant Athénée, Janus, devenu grand, équipa une flotte, aborda en Italie, y fit des conquêtes, et bâtit une ville qu'il appela de son nom Janicule. Les traditions relient ainsi Janus à un état de prospérité de l'Italie, semblable à l'âge d'or des Grecs, et le placent à la tête de toute civilisation. On prétend que ce fut lui qui apprit aux peuples de cette contrée à vivre en société et leur donna des lois. Parmi les découvertes qui lui sont attribuées figurent aussi l'art de la navigation et l'impression de la monnaie.

Saturne (Cronos), chassé de son trône par son fils Jupiter (Zeus), ayant peu après abordé en Italie, Janus lui fit l'accueil le plus favorable, et l'associa même à sa royauté. Saturne par reconnaissance lui accorda le don de se ressouvenir du passé et de prévoir l'avenir. Janus, après sa mort, fut mis au rang des dieux. Époux et frère de Camisa, Janus en avait eu Aether et Clisthène; de Vénilia, il avait eu Camens; de Juturne, Fontus.

D'autres mythes se souviennent que Janus était le dieu des commencements; il était le promoteur de toute initiative et, d'une façon générale, ils se plaçait à la tête de toutes les entreprises humaines. Alors il n'y avait qu'un pas pour que les Romains lui attribuent un rôle essentiel dans la création du monde. Il passa pour le dieu des dieux, Janus Pater. Ovide a raconté que Janus s'appelait Chaos à l'époque où l'air, le feu, l'eau et la terre ne formaient qu'une masse. Quand les éléments se séparèrent, Chaos prit sa forme de Janus; ses deux visages représentent la confusion de son premier état. 

Ovide nous raconte encore que Janus était représenté avec deux têtes ou au moins avec deux visages; il a composé à cette occasion ce distique, dont le second vers nous paraît passablement ironique :

Jane biceps, anni tacitè labentis origo. 
Solus de superis  qui tua terga vides.
Ailleurs, le même poète nous dit que ce ne fut qu'au moment de la séparation des éléments qu'il prit la forme d'un dieu; que tout ce qui existe, le ciel, la terre, les mers, sont ouverts et fermés de sa main; qu'il est l'auteur de toutes les révolutions; qu'à sa volonté la paix et la guerre règnent tour à tour; qu'il préside aux portes du ciel de concert avec les Heures; que c'est par lui que Jupiter lui-même retourne à sa place.

Les temples et le culte de Janus.
On appelait janua le passage voûté à double façade qui est devenu l'arc de triomphe. Un arc de ce genre, sans doute avec la vieille statue du dieu, se trouvait à l'extrémité Nord-Est du forum romain;  le passage n'en était fermé qu'aux temps où une paix absolue régnait dans toute l'étendue de l'Empire romain, c.-à-d. dans le temps où aucun citoyen ne se trouvait hors de sa ville. Les temples dédiés à Janus ont une grande familiarité avec ces édifices.

Les temples de Janus.
Il y avait à Rome plusieurs temples de Janus; les uns dédiés à Janus Bifrons, les autres à Janus Quadrifrons. Ces derniers, que l'on a commencé à construire après la prise de Falères (Faleries), étaient à quatre faces, avec une porte et trois fenêtres à chaque face. Les quatre côtés et les quatre portes exprimaient sans doute les quatre saisons de l'année, et les trois fenêtres les trois mois de chaque saison. Varron dit aussi qu'on avait érigé à Janus douze autels par rapport aux douze mois. Ces autels étaient hors de Rome, au-delà de la porte du Janicule.

On rapportait l'institution du culte de Janus soit à Romulus lui-même, soit au roi Numa, qui aurait élevé à Janus le premier temple qui devait être ouvert pendant la guerre et fermé pendant la paix [Tite-Live, I, 19.]; ce rite s'observait aussi dans le temple de Janus qui fut élevé sur le Forum, lors de la première guerre punique, par C. Duilius et qu'Auguste réédifia [Tacite, Annales, II, 49.]. Les portes du temple de Janus furent rarement fermées : une fois sous Numa, trois fois sous Auguste, puis sous Néron, Marc-Aurèle, Commode et Gordien III, et au IVe siècle.
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Temple de Janus (monnaie romaine).
Temple de Janus sur une monnaie romaine.

On ne connaît pas précisément le motif de cette coutume. Mais une légende la rapportait à une porte de Rome appelée Januale; elle était située sous le mont Viminal, et avait reçu ce nom à l'occasion d'un prodige survenu à cette porte par la protection de Janus. Macrobe et Ovide rapportent que les Sabins de Tatius, faisant le siège de Rome, avaient déjà atteint la porte qui est sous le mont Viminal; cette porte, qu'on avait bien fermée aux approches de l'ennemi, s'ouvrit tout à coup d'elle-même jusqu'à trois fois, sans qu'on put venir à bout de la fermer. 

« C'est que la jalouse Junon, dit Ovide, en avait enlevé les serrures et tout ce qui servait à la fermer. » 
Une femme romaine, séduite par des bijoux, montra aux Sabins le chemin de la citadelle. Mais Janus - à qui il appartient d'ouvrir un passage aux fontaines - fit jaillir à l'instant de son temple (ou de l'endroit où l'on élèvera justement ce temple) une si grande quantité d'eau bouillante, que plusieurs des ennemis furent engloutis ou brûlés, le reste prit la fuite. 
« C'est pour cela, ajoute Macrobe, que le sénat ordonna qu'à l'avenir les portes du temple de Janus fussent ouvertes en temps de guerre, pour marquer que Janus était sorti de son temple pour aller au secours de la ville et de l'empire. » 
Ovide en donne une autre interprétation. On ouvre ce temple, dit-il, pour demander aux dieux le retour des soldats qui sont à l'armée; on le ferme à la paix, pour que la divinité, rentrée dans son asile, n'en puisse plus sortir. Un moderne explique cet usage d'une manière plus naturelle :
« On invoquait Janus pour avoir la paix, et après l'avoir obtenue on cessait des supplications devenues sans objet. »
 Les fêtes de Janus.
Janus recevait dans le chant des prêtres saliens (on appelait  januales leurs vers : ils devaient être aussi libres que les vers saturniens) le nom de dieu des dieux, deorum deus [Macrobe, Saturn., I, 9.];. On lui sacrifiait avant de sacrifier aux autres divinités [Cicéron, De Natura deorum, II, 57.]. Il figurait en tête dans les cérémonies religieuses, et, en sa qualité de père des dieux, passait le premier dans leur énumération, et même avant Jupiter. Dans l'ancien rituel, le roi en personne lui offrait des sacrifices dans la Regia. 

Le jour des calendes de janvier les Romains célébraient une fête particulière, les Januales (Janualia), en l'honneur de Janus. Celles-ci étaient signalées par des jeux, des danses et d'autres réjouissances publiques. Les consuls, montés sur un cheval blanc, se rendaient en grande pompe au Capitole, suivis de la foule des citoyens parés de leurs plus beaux habits, et là on offrait  des sacrifices à Jupiter. Ce jour-là , il était d'usage que  les amis et les parents s'envoient des étrennes (strenae), consistant en figues sèches, en feuilles de laurier, et plus tard en présents d'une plus grande valeur. On se faisait aussi d'heureux souhaits, et l'on avait grande attention de ne rien dire qui ne fût de bon augure pour le reste de l'année. On offrait à Janus de l'encens, du vin, des dattes, des figues, du miel renfermé dans un vase neuf; on y ajoutait une pièce de monnaie, qui d'abord n'était que de cuivre, mais qui fut d'or par la suite, lorsque Rome fut devenue plus riche. On  offrait aussi  au dieu une sorte de gâteau, nommé janual. La douceur de ces offrandes était regardée comme symbole de présages favorables pour l'année qui venait de commencer.

Le 9 janvier, on célébrait encore en l'honneur de Janus les Agonales, que d'autres rapportent au dieu Agonius, et dans lesquelles on immolait un bélier.

Les représentations de Janus.

Les deux faces.
On ne possède aucune statue ni aucun buste de Janus. Le Janus prétendu, oeuvre de Scopas ou de Praxitèle, que l'empereur Auguste fit apporter à Rome, était un Hermès double qui pour cette raison fut confondu avec le dieu romain. On trouve d'ailleurs d'autres dieux encore, notamment Jupiter, représentés avec une face double. Si l'on dispose de représentations de Janus, c'est seulement en tant qu'effigies monétaires, très nombreuses. L'art naïf le représente ainsi sur les pièces par une tête double et barbue, particulièrement sur les plus anciennes monnaies de la République. La couronne de lauriers figure sur certaines de ces images.

Outre le type du Janus barbu à deux têtes qui figure sur les monnaies de la République et particulièrement sur l'ancien as libral, on peut voir aussi un Janus en pied sur des monnaies impériales. Le spécimen le plus intéressant nous est offert par une monnaie de Commode où le dieu est debout, barbu sur l'une des faces, imberbe sur l'autre, tenant d'une main un bâton et appuyant l'autre sur un arc ou passage d'où s'échappent les quatre Saisons, tandis qu'un enfant avec la corne d'abondance, placé en face, représente l'année nouvelle.

Pourquoi donne-t-on deux visages à Janus? Les Anciens ne nous répondent qu'en tâtonnant. Les uns prétendent que ce double visage rappelle l'association de Saturne avec Janus dans le gouvernement du Latium. D'autres veulent que ce soit le symbole de la connaissance que Janus avait acquise des choses passées et des événements futurs. Plutarque assure que c'est pour nous apprendre que ce prince et son peuple étaient passés de la vie sauvage à la civilisation. Suivant Servius, son double visage désigne le commencement et la fin du jour, ses quatre faces les quatre saisons. Le même auteur rapporte qu'on représenta Janus avec deux visages, comme symbole de l'alliance des Romains et des Sabins, après un traité  entre Romulus et Tatius. D'autres enfin, surtout parmi les modernes, soutiennent que cette figure est l'emblème de l'année qui vient de finir et de celle qui va commencer. De fait, ces deux (ou ces quatre) visages opposés les uns aux autres paraissent avoir été une image symbolique de la durée. Le dieu regardait le passé, dont il avait la ressouvenance, et l'avenir, dont il avait la préscience. En même temps ces visages sont le rappel de sa fonction de gardien, de protecteur des seuils, lui permettent de surveiller le dehors et l'intérieur du logis, comme l'accès et la sortie des portes publiques.

Les attributs de Janus.
Janus était encore fréquemment représenté tenant dans la main droite trois cents cailloux et soixante-cinq dans la gauche : ou retrouve là les trois cent soixante-cinq jours de l'année  [Macrobe, Saturn., 1, 9; J. Lydus, De Mensibus, 1, 4; Pline, Hist. nat., XXXIV.]. 

On le représentait par ailleurs avec les insignes propres du portier, c.-à-d. avec une baguette (lituus ou virga) dans la main droite et dans la gauche une clé [Ovide, Fastes, 1, 99.]. La baguette était celle dont les portiers se servent pour écarter tout ce qui ne doit pas franchir le seuil; certains auteurs y voient plutôt une altération de la forme de l'ancienne baguette augurale des Etrusques. La clef, qui ouvre et ferme la porte, lui appartenait plus spécialement en qualité de portier du ciel [Ovide, Fast., 1, 125.] . On y a aussi vu le symbole de son caractère chthonien : les Grecs donnaient la clef pour attribut aux divinités de la production, aux puissances telluriques, telles que Cybèle, Proserpine, Hécate, Pluton. (J.-A. Hild / A. Maury/ E. Jacobi / F. Guirand et A.-V. Pierre. / A. Bertrand).



En bibliothèque - Buttmann, Mythologus, tom. II; Otfried Müller, Die Etrusker. Creuzer, Religions de l'Antiquité, ouvrage traduit par  Guigniaut, t. II. Hartung, Religion der Roemer, 1835, in-8°.

En librairie - Pierre Grimal, Le dieu Janus et les origines de Rome, Berg international, 1999; Georges Thines, Janus, L'âge d'homme,1996.

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Dictionnaire Religions, mythes, symboles
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