 |
Un
semi-métal
topologique est un matériau quantique dont la structure électronique
présente une caractéristique très particulière : sa bande de valence
et sa bande de conduction se touchent en des points ou le long de lignes
dans l'espace des vecteurs d'onde (l'espace
k),
sans toutefois se chevaucher de manière étendue comme dans un métal
classique, ni être séparées par un
gap comme dans un isolant
ou un semi-conducteur. Cette absence de
gap (fossé) en des points
ou lignes précis est protégée par des symétries
fondamentales du système — comme la symétrie d'inversion, la symétrie
temporelle, ou des symétries cristallines — et possède une origine
topologique, c'est-à -dire qu'elle est liée à des propriétés globales
de la fonction d'onde électronique
dans l'espace des phases, invariantes par
déformation continue tant que les symétries ne sont pas brisées. Ce
caractère topologique implique que les états électroniques près de
ces points de contact (différents selon la symétrie et la dimensionnalité)
présentent des propriétés robustes et universelles.
Les semi-métaux
englobent plusieurs sous-catégories : les semi-métaux de Dirac (où les
points de contact sont dégénérés en spin,
comme dans le Cd2As3 ou le Na3Bi),
les semi-métaux de Weyl (où la dégénérescence est levée, comme dans
le TaAs), et les semi-métaux à noeuds de ligne (où les bandes se touchent
le long de courbes fermées dans l'espace des k). Certains matériaux,
comme le graphène (en 2D) ou certains alliages de Heusler, peuvent aussi
présenter des caractéristiques de semi-métal topologique sous certaines
conditions.
• Un
semi-métal de Dirac est un matériau dont le spectre d'énergie des
électrons et des trous se croise à un point unique, appelé point de
Dirac, au lieu d'une ligne ou d'une surface comme
dans les métaux ordinaires ou les métalloïdes.
Ce point de croisement ressemble à celui de la particule de Dirac de la
physique des hautes énergies, avec une dispersion linéaire autour du
point nodal. Les électrons dans un semi-métal
de Dirac ont une vitesse effective proche de celle de la lumière, ce qui
confère au matériau des propriétés particulières, telles qu'une conductivité
extrêmement élevée et une grande sensibilité aux champs
magnétiques. Les matériaux candidats pour être des semi-métaux
de Dirac sont le graphène bicouche et
certains matériaux tridimensionnels comme PbTaSe2.
• Un semi-métal
de Weyl, en revanche, présente des points de croisement distincts
appelés noeuds de Weyl, qui apparaissent en paire,
l'un étant un noeud de Weyl "droit" et l'autre un noeud de Weyl "gauche".
Ces noeuds de Weyl sont des singularités topologiques dans le spectre
d'énergie, où les bandes de valence et de conduction se croisent. Chaque
noeud de Weyl agit comme une source ou un puits de charge effective, ce
qui crée des lignes de flux topologiques dans le matériau. Les propriétés
spéciales des semi-métaux de Weyl comprennent des états de surface massifs
appelés états de surface de Weyl, une conductivité anormalement élevée
et une réponse magnétique distinctive. Des matériaux comme TaAs, NbAs
et MoTe2 sont considérés comme des candidats prometteurs
pour être des semi-métaux de Weyl.
Les semi-métaux topologiques
se distinguent des semi-métaux ordinaires (comme le graphite
ou le bismuth) par cette protection topologique
: même en présence de défauts ou d'impuretés modérées, tant que les
symétries protectrices sont préservées, les points de contact entre
bandes ne s'ouvrent pas en gaps, et les états de surface associés
persistent. Cela confère à ces matériaux des propriétés électroniques
exceptionnelles, comme une très grande mobilité des porteurs, une réponse
quantique non triviale aux champs magnétiques
(effet Hall anormal, effet chiral magnétique), ou une dissipation réduite.
Ces matériaux sont
au coeur de la recherche en physique de la matière
condensée moderne, car ils offrent un terrain d'exploration pour des
phénomènes quantiques exotiques, et portent un potentiel technologique
pour l'électronique quantique, le calcul topologique, ou les capteurs
ultra-sensibles, grâce à leur robustesse topologique et à leurs réponses
électroniques inhabituelles. |
|