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Ur

Ur (Urim, en sumérien) est une ancienne ville mésopotamienne qui se trouve dans le sud de l'Irak, à environ seize kilomètres à l'ouest de la ville moderne de Nassiriya, sur la rive droite de l'Euphrate, ou du moins sur un ancien bras de ce fleuve aujourd'hui asséché. Le site archéologique, connu sous le nom de Tell al-Muqayyar, la "colline bitumée", en raison des dépôts de bitume utilisés dans les constructions antiques, s'étend sur une superficie d'environ soixante hectares, mais son influence historique et culturelle dépasse de très loin cette modeste étendue. Ur fut l'une des plus illustres cités de la Mésopotamie antique, capitale d'un empire puissant, centre d'un commerce florissant, foyer d'une tradition religieuse et littéraire exceptionnelle, et ville natale présumée du patriarche Abraham selon la tradition biblique. Sa longue histoire, qui s'étend sur plus de trois millénaires, en fait l'un des sites les plus importants et les mieux documentés du Proche-Orient ancien.

Les origines d'Ur remontent à la période d'Obeïd, vers le Ve millénaire avant notre ère, lorsque les premières populations agricoles s'installèrent dans la plaine alluviale de la basse Mésopotamie. Les couches profondes du site, atteintes par les sondages archéologiques, ont livré des céramiques peintes, des outils en silex et des restes d'habitations en brique crue, qui témoignent d'une occupation continue depuis la préhistoire. La ville connut un développement significatif pendant la période d'Uruk et la période des dynasties archaïques, au IIIe millénaire avant notre ère, lorsqu'elle devint l'une des principales cités-États de Sumer. Les rois d'Ur, mentionnés dans la Liste royale sumérienne, luttèrent pour l'hégémonie contre leurs rivales, notamment Lagash, Umma et Uruk. Les tombes royales d'Ur, découvertes par l'archéologue britannique Leonard Woolley dans les années 1920, appartiennent à cette époque des dynasties archaïques et constituent l'une des découvertes archéologiques les plus spectaculaires du XXe siècle. Ces tombes, datées d'environ 2600 avant notre ère, contenaient les restes de rois et de reines ensevelis avec un faste extraordinaire, accompagnés de serviteurs, de soldats, de musiciens et d'animaux sacrifiés, ainsi que d'objets précieux en or, en argent, en lapis-lazuli, en cornaline et en coquille, parmi lesquels l'étendard d'Ur, les harpes à tête de taureau, les bijoux de la reine Puabi et des vases en métal précieux. Ces découvertes ont révélé une civilisation raffinée, caractérisée par des rituels funéraires somptueux et une hiérarchie sociale extrêmement marquée.

La période la plus brillante de l'histoire d'Ur est celle de la troisième dynastie, fondée par Ur-Namma vers 2112 avant notre ère, après l'effondrement de l'empire d'Akkad et la période troublée qui suivit. Ur-Namma, un gouverneur devenu roi, unifia la Mésopotamie sous son autorité et fonda un empire centralisé qui s'étendait du golfe Persique à la Syrie et à l'Élam. Il entreprit des travaux monumentaux dans sa capitale : il fit construire la grande ziggourat dédiée au dieu-lune Nanna, le temple principal de la ville, et édifia un palais, des entrepôts, des ateliers et des quartiers résidentiels. Ur-Namma est également célèbre pour avoir promulgué l'un des plus anciens codes de lois connus, le Code d'Ur-Namma, qui précède de plusieurs siècles le Code de Hammourabi. Son fils et successeur, Shulgi, régna pendant quarante-huit ans et porta l'empire à son apogée. Il réorganisal'administration, développa les routes, les relais de poste et les écoles de scribes, et se fit diviniser de son vivant. Les archives de la troisième dynastie d'Ur, retrouvées en très grand nombre à Ur, à Nippur, à Girsu et dans d'autres sites, constituent une documentation exceptionnelle sur l'économie, la société, la religion et l'administration d'un empire antique. Des dizaines de milliers de tablettes cunéiformes enregistrent les moindres détails de la vie quotidienne : livraisons de grain, troupeaux, salaires, impôts, contrats, procès, correspondances diplomatiques, rituels religieux et travaux publics.

La chute de la troisième dynastie d'Ur, vers 2004 avant notre ère, fut causée par une combinaison de facteurs : invasions des Amorrites et des Élamites, révoltes internes, famine et dislocation administrative. La ville fut prise et pillée par les Élamites, et le dernier roi, Ibbi-Sin, fut emmené en captivité. Cet événement traumatisant fut commémoré dans les lamentations sumériennes, des poèmes liturgiques qui déplorent la destruction de la ville et l'abandon des sanctuaires. Ur perdit alors son indépendance politique, mais elle demeura une ville importante sous les dynasties d'Isin et de Larsa, puis sous le royaume de Babylone. Hammourabi, au XVIIIe siècle avant notre ère, restaura les temples et les murailles d'Ur, et la ville conserva son rôle de centre religieux et commercial. Le dieu-lune Nanna, appelé Sîn en akkadien, était l'une des divinités majeures du panthéon mésopotamien, et son temple attirait des pèlerins et des offrandes de toute la Babylonie. Les prêtres de Nanna géraient de vastes domaines agricoles et des troupeaux considérables, et la ville abritait une population nombreuse et diversifiée.

La période kassite, au milieu du IIe millénaire avant notre ère, fut une époque de relative prospérité pour Ur. Les rois kassites, qui régnaient sur Babylone, entreprirent des restaurations dans les temples et accordèrent des privilèges aux villes saintes de Sumer. Ur demeura un centre religieux et intellectuel, mais son importance économique déclina progressivement au profit de Babylone et d'autres grandes cités du nord. Au Ier millénaire avant notre ère, les rois néo-babyloniens, notamment Nabonide, le dernier roi de Babylone, entreprirent d'importants travaux à Ur. Nabonide, dont la mère était prêtresse de Sîn à Harran, vouait une dévotion particulière au dieu-lune et restaura la ziggourat et les temples d'Ur avec un soin remarquable. Il fit reconstruire le grand temple de Nanna, l'É-kishnugal, et y installa sa propre fille comme grande prêtresse. Les inscriptions de Nabonide, retrouvées sur des briques et des cônes d'argile, attestent de l'ampleur des travaux et de la piété du roi. Après la conquête perse, Ur perdit progressivement de son importance, et la ville fut abandonnée vers le IVe siècle avant notre ère, lorsque le cours de l'Euphrate se déplaça et que les terres agricoles devinrent salines et improductives.

Le site archéologique de Tell al-Muqayyar fut identifié au XIXe siècle, mais c'est Leonard Woolley, entre 1922 et 1934, qui mena les fouilles les plus célèbres et les plus systématiques, pour le compte du British Museum et de l'Université de Pennsylvanie. Woolley excava de vastes zones du site, mettant au jour la ziggourat, le temple de Nanna, les tombes royales, les quartiers résidentiels et les murailles. La ziggourat d'Ur, dédiée au dieu-lune Nanna, est l'un des monuments les mieux conservés de Mésopotamie. Construite en brique crue et revêtue de briques cuites, elle mesurait environ soixante-quatre mètres sur quarante-six mètres à la base et s'élevait à plus de trente mètres de hauteur. Son noyau en brique crue, profondément érodé, est encore visible aujourd'hui, mais les revêtements inférieurs ont été restaurés dans les années 1960 et 1970, donnant au monument une apparence partiellement proche de son état antique. Les escaliers monumentaux, les contreforts et les niches décoratives témoignent de la sophistication de l'architecture néo-sumérienne. Au sommet de la ziggourat se dressait le temple principal, la demeure du dieu, accessible uniquement aux prêtres.

Le quartier sacré d'Ur comprenait plusieurs temples et édifices religieux, dont l'É-kishnugal, le grand temple de Nanna, et l'É-nun-mah, un bâtiment associé au culte. Les fouilles ont également mis au jour le Giparu, la résidence de la grande prêtresse du dieu-lune, un vaste complexe comprenant des cours, des chapelles, des salles de réception, des magasins et des tombes. Ce bâtiment, occupé par les grandes prêtresses successives, dont Enheduanna, fille de Sargon d'Akkad, la première poétesse connue de l'histoire, illustre le rôle central des femmes de la famille royale dans le culte et l'administration des temples. Les archives du Giparu ont livré des tablettes relatives à la gestion des domaines, aux rituels et aux activités économiques du temple.

Les tombes royales, situées dans le cimetière de la période des dynasties archaïques, au sud-est de la ziggourat, constituent l'une des découvertes les plus spectaculaires de l'archéologie mésopotamienne. Woolley y mit au jour seize tombes monumentales, dont celle de la reine Puabi, restée inviolée. Les chambres funéraires, construites en pierre et en brique, contenaient des corps entourés d'objets précieux : couronnes, colliers, bracelets, boucles d'oreilles, bagues, épingles, amulettes, armes, vaisselle, instruments de musique, chars et harnachements. Les serviteurs sacrifiés, disposés en rangées ordonnées, portaient leurs plus beaux atours, comme s'ils devaient continuer à servir leurs maîtres dans l'au-delà. L'étendard d'Ur, un panneau en bois incrusté de coquille, de lapis-lazuli et de calcaire rouge, représente sur une face des scènes de guerre et sur l'autre des scènes de paix et de banquet, offrant un témoignage visuel exceptionnel sur la société sumérienne. Les harpes et les lyres, ornées de têtes de taureau en or et en lapis-lazuli, témoignent de l'importance de la musique dans les rituels et les divertissements. Ces objets, partagés entre le British Museum, le musée de Pennsylvanie et le musée national d'Irak, ont fait connaître Ur dans le monde entier.

Les quartiers résidentiels d'Ur, datant principalement de la période paléo-babylonienne, ont été fouillés par Woolley sur une vaste étendue. Les maisons, construites en brique crue, étaient organisées autour de cours centrales et comprenaient plusieurs pièces, des cuisines, des salles d'eau et parfois des chapelles domestiques. Les ruelles étroites et sinueuses, souvent encombrées de débris et d'immondices, contrastaient avec la monumentalité des quartiers sacrés. Les maisons ont livré des archives privées, des tablettes scolaires, des objets de la vie quotidienne, des figurines en terre cuite, des poids, des outils et des jeux. Ces découvertes permettent de reconstituer la vie quotidienne des habitants d'Ur, leurs activités économiques, leurs pratiques religieuses domestiques et leurs relations familiales. L'éducation des scribes, attestée par les tablettes scolaires retrouvées dans plusieurs maisons, montre l'importance de la maîtrise de l'écriture pour l'ascension sociale et l'accès aux fonctions administratives et sacerdotales.

Le site d'Ur se présente aujourd'hui comme une vaste étendue aride, dominée par la silhouette imposante de la ziggourat, dont les briques cuites restaurées brillent au soleil. Autour de ce monument, les vestiges des temples, du Giparu et des murailles affleurent à la surface du sol, souvent à peine visibles sous les sables et les débris. Les tranchées de Woolley, partiellement comblées, dessinent des lignes dans le paysage, et les monticules de déblais témoignent de l'ampleur des fouilles. L'ancien bras de l'Euphrate, aujourd'hui asséché, se devine dans la dépression qui borde le site à l'ouest. Ur occupe une place particulière dans la mémoire culturelle de l'humanité en raison de son association avec Abraham, le patriarche commun aux trois grandes religions monothéistes. Selon le livre de la Genèse, Abraham naquit à Ur en Chaldée et quitta sa ville natale avec sa famille pour se rendre à Harran puis en Canaan. Cette tradition, quelle que soit sa valeur historique, a conféré à Ur une dimension symbolique et religieuse. Des pèlerins et des voyageurs de toutes confessions ont visité le site au fil des siècles.

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Dictionnaire Villes et monuments
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