|
|
| . |
|
||||||
| Lagash
(Sirpurla en sumérien) est une cité-État de la Mésopotamie
antique. Il s'agissait d'une entité politique et religieuse qui comprenait
plusieurs agglomérations distinctes, les plus importantes étant Girsu,
la capitale religieuse et administrative, Lagash proprement dite, et Nina,
la ville sainte du sud. Le site principal, celui que les archéologues
ont fouillé de manière extensive et qui correspond au coeur de l'État
de Lagash, est aujourd'hui connu sous le nom de Telloh, ou Tello, dans
le sud de l'Irak, à environ vingt-cinq kilomètres
au nord-est de Shatra et à une cinquantaine de kilomètres au nord de
Nassiriya, dans la province de Dhi Qar. C'est là que se trouvent les ruines
de Girsu, le grand centre religieux de la cité-État, dominé par le sanctuaire
du dieu Ningirsu, le "Seigneur de Girsu", divinité
tutélaire de Lagash et maître de la fertilité, de la guerre et de l'ordre.
L'histoire de Lagash
commence à la période d'Obeïd et se développe surtout à la période
des dynasties archaïques, au troisième millénaire avant notre ère,
lorsque la cité-État devint l'une des puissances majeures de Sumer
( La stèle des vautours,
bloc de calcaire blanc couvert de scènes et d'inscriptions religieuses
et guerrières, l'une des oeuvres les plus importantes de l'art sumérien,
représente Eannatum à la tête de ses troupes, protégé par le dieu
Ningirsu, tandis qu'une bande de vautours se dispute les têtes coupées
des vaincus, et commémore la victoire sur Umma dans un conflit frontalier
qui dura des générations. Ce monument, aujourd'hui conservé au musée
du Louvre, est l'un des premiers témoignages
iconographiques et épigraphiques d'une guerre et d'un traité de paix
dans l'histoire.
La cité-État de Lagash déclina ensuite au profit de l'empire d'Akkad, fondé par Sargon le Grand, qui unifia toute la Mésopotamie sous son autorité. Les rois d'Akkad nommèrent des gouverneurs à Girsu et intégrèrent la région dans leur administration centralisée. Les gouverneurs de Lagash, dont certains étaient des membres de la famille royale ou des fonctionnaires de haut rang, continuèrent de gérer les domaines du temple de Ningirsu et de percevoir les impôts. Les archives de cette époque, retrouvées en grand nombre à Telloh, montrent la persistance des institutions sumériennes sous la domination akkadienne et l'importance économique du grand temple. Après la chute de l'empire d'Akkad, Lagash connut une période d'indépendance relative, dominée par des ensi, des gouverneurs qui se comportaient en rois. Le plus célèbre d'entre eux est Gudea (Goudéa), qui régna vers 2144-2124 avant notre ère et dont les statues, les inscriptions et les monuments comptent parmi les chefs-d'oeuvre de l'art néo-sumérien. Gudea, pieux et bâtisseur, entreprit la reconstruction du temple de Ningirsu, l'É-ninnu, la "Maison aux Cinquante", un projet colossal qui mobilisa des ressources considérables et des matériaux venus de régions lointaines, du cèdre du Liban au diorite de Magan, l'actuel Oman. Les statues de Gudea, taillées dans la diorite noire et le basalte, le représentent assis ou debout, les mains jointes en prière, le regard tourné vers le dieu, et portent des inscriptions commémorant ses oeuvres pieuses. Ces statues, aujourd'hui dispersées dans les musées du monde entier, notamment au Louvre, sont des témoignages exceptionnels de la sculpture sumérienne et de la piété royale. La troisième dynastie
d'Ur, fondée par Ur-Namma, absorba Lagash dans un empire centralisé.
Les gouverneurs nommés par Ur administrèrent la province, et les temples
continuèrent de fonctionner sous le contrôle de l'État. Les archives
de la période d'Ur III retrouvées à Telloh et dans les sites voisins
sont d'une richesse extraordinaire : elles documentent l'agriculture irriguée,
l'élevage, l'artisanat, le commerce, la fiscalité, la justice et les
cultes. Après la chute d'Ur, Lagash perdit progressivement de son importance,
mais la ville resta habitée pendant les périodes paléo-babylonienne,
kassite et néo-babylonienne, avant d'être abandonnée à l'époque
hellénistique ou parthe. Le site tomba ensuite dans l'oubli, recouvert
par les sables et les limons, et son nom ne survécut que dans les textes
anciens et les traditions locales.
Sceau en provenance de Lagash (Louvre). Le site archéologique de Telloh fut identifié au dix-neuvième siècle, et les premières fouilles y furent menées à partir de 1877 par Ernest de Sarzec, consul de France à Bassorah, qui poursuivit ses travaux jusqu'à sa mort en 1901. De Sarzec découvrit les ruines de Girsu et exhuma un nombre considérable d'objets et de tablettes, dont les statues de Gudea, les stèles des vautours, les cônes de fondation, les cylindres inscrits et des milliers de documents cunéiformes. Ces découvertes, envoyées au musée du Louvre, firent sensation en Europe et révélèrent pour la première fois l'existence de la civilisation sumérienne, dont on ignorait presque tout jusqu'alors. Les fouilles furent poursuivies par Henri de Genouillac, André Parrot et d'autres archéologues français jusqu'aux années 1930, puis reprises sporadiquement par des équipes irakiennes et internationales dans la seconde moitié du XXe siècle. Le site a également souffert de fouilles clandestines et de pillages, notamment pendant les périodes de troubles qui ont suivi les guerres du Golfe. Telloh s'étend sur une superficie d'environ cent hectares, divisée en deux tells principaux reliés par une zone basse. Le tell nord, le plus élevé, correspond au quartier sacré de Girsu, dominé par le temple de Ningirsu et par d'autres sanctuaires. Les fouilles y ont mis au jour des murs massifs en brique crue, des cours pavées, des portes monumentales et des plates-formes de temples, mais l'érosion et les fouilles anciennes ont laissé des vestiges très dégradés. Le temple de Ningirsu, reconstruit par Gudea puis par les rois d'Ur III, était l'un des plus grands sanctuaires de Sumer, mais il n'en reste aujourd'hui que des fondations et des moignons de murs. Les cônes de fondation, enfoncés dans les murs lors des cérémonies de construction, portent des inscriptions au nom des rois bâtisseurs et ont permis d'identifier les édifices et de reconstituer la chronologie des travaux. Le tell sud correspond aux quartiers résidentiels et administratifs, où les maisons, les ateliers et les entrepôts ont livré des archives considérables et des objets de la vie quotidienne. Les rues, les canalisations et les cours des maisons témoignent d'une organisation urbaine dense et complexe. Les fouilles de Telloh ont livré l'une des plus grandes collections de tablettes cunéiformes jamais découvertes, estimée à plus de cinquante mille documents, aujourd'hui conservés principalement au musée du Louvre, au musée de l'Orient ancien d'Istanbul et au musée de Bagdad. Ces tablettes couvrent toutes les périodes de l'histoire de Lagash, des plus anciens textes administratifs de la période archaïque aux archives de la période d'Ur III et au-delà . Elles documentent les activités du temple de Ningirsu, la gestion des domaines agricoles, l'élevage des troupeaux, la production textile, la métallurgie, le commerce, la fiscalité, la justice, les cultes et les fêtes religieuses. Les textes littéraires, les hymnes, les lamentations et les inscriptions royales retrouvés à Telloh ont également enrichi de manière décisive notre connaissance de la langue sumérienne et de la religion mésopotamienne. Les statues de Gudea, avec leurs longues inscriptions, sont des sources inestimables pour l'histoire de la piété, de l'idéologie royale et de l'art sumérien. Le site de Telloh se présente aujourd'hui comme un vaste champ de ruines au milieu d'une plaine aride, traversé par d'anciens canaux aujourd'hui à sec. Les tells, profondément entaillés par les tranchées des fouilles anciennes, ont l'aspect de collines ravinées, où affleurent des briques crues, des fragments de poteries et des morceaux de bitume. Les vestiges des temples et des palais sont difficiles à lire pour le visiteur non averti, tant l'érosion et les remblais ont transformé le paysage. Pourtant, ce lieu austère et désolé fut l'un des centres les plus brillants de la civilisation sumérienne, le siège du dieu Ningirsu, la capitale d'un État puissant et le foyer d'une tradition artistique et littéraire exceptionnelle. Les découvertes de Telloh, aujourd'hui conservées dans les musées, ont joué un rôle fondateur dans la redécouverte de la Mésopotamie antique et dans la naissance de l'assyriologie. Lagash, par ses rois conquérants, ses réformateurs sociaux, ses bâtisseurs pieux et ses scribes prolifiques, incarne la richesse et la complexité des premières cités-États sumériennes. |
| . |
|
|
|
|||||||||||||||||||||||||||||||
|