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Uruk

Uruk (Unug, en akkadien) est une ancienne ville de Mésopotamie qui se dressait dans le sud de l'Irak moderne, à environ trente kilomètres à l'est de l'Euphrate, près de la petite localité de Warka, dans la province de Muthanna. Le site archéologique (Warka), couvre une superficie immense de plus de cinq cents hectares, ce qui en fait l'une des plus grandes cités de l'Antiquité. Uruk occupe une place fondamentale dans l'histoire de l'humanité, car c'est là que se sont produits, au IVe millénaire avant notre ère, des bouleversements décisifs  : l'invention de l'écriture, l'apparition de l'État, le développement de l'architecture monumentale et la formation des premières grandes villes. La tradition mésopotamienne elle-même considérait Uruk comme le berceau de la royauté et de la civilisation, et le roi légendaire Gilgamesh, héros de la plus ancienne épopée connue, en fut le souverain.

Les origines d'Uruk remontent à la période d'Obeïd, vers le cinquième millénaire avant notre ère, mais c'est au cours de la période qui porte son nom, la période d'Uruk, entre environ 4000 et 3100 avant notre ère, que la ville connut une expansion et une transformation sans précédent (Histoire de Sumer et d'Akkad). Deux centres religieux, le sanctuaire d'Anu, dieu du ciel, et le sanctuaire d'Inanna, déesse de l'amour et de la guerre, formèrent le noyau de la ville. Le temple d'Anu, situé sur une haute terrasse appelée la Ziggourat Blanche, dominait le quartier sacré de Kullaba. Le temple d'Inanna, appelé l'Eanna, la "Maison du Ciel", devint le plus grand et le plus riche complexe religieux de toute la Mésopotamie, avec ses cours monumentales, ses magasins, ses ateliers et ses bâtiments administratifs. L'architecture de ces sanctuaires atteignit une monumentalité jamais vue auparavant : murs à redans, niches décoratives, piliers en brique crue, mosaïques de cônes d'argile peints en noir, blanc et rouge, formant des motifs géométriques d 'une grande sophistication. Ces innovations architecturales s'accompagnèrent d'une explosion démographique, d'une spécialisation artisanale, d'un commerce à longue distance et d'une hiérarchisation sociale marquée.

C'est à Uruk, vers 3200 avant notre ère, que les premiers documents écrits furent créés. Les tablettes d'argile archaïques, couvertes de signes pictographiques et de notations numériques, servaient à l'administration des temples et des domaines agricoles. Elles enregistraient les livraisons de grain, les troupeaux, les distributions de rations, les listes de fonctionnaires et les transactions commerciales. Ces premiers textes témoignent de l'existence d'une bureaucratie structurée, dirigée par des prêtres et des administrateurs, capable de gérer une économie centralisée de grande ampleur. Le système d'écriture, d'abord purement pictographique, évolua rapidement vers le cunéiforme, qui allait être utilisé pendant plus de trois millénaires pour noter le sumérien, l'akkadien et de nombreuses autres langues du Proche-Orient. Uruk fut donc le lieu de naissance de l'écriture, une invention qui marque le passage de la préhistoire à l'histoire.

La période des dynasties archaïques, au IIIe millénaire avant notre ère, vit Uruk s'imposer comme l'une des principales cités-États de Sumer. Les rois d'Uruk, dont les noms sont partiellement conservés par la Liste royale sumérienne, luttèrent pour l'hégémonie contre leurs rivales, notamment Lagash, Umma, Ur et Kish. Parmi ces souverains, Gilgamesh, qui aurait régné vers 2700 avant notre ère, fut élevé au rang de héros légendaire. L'épopée qui porte son nom, rédigée dans sa forme classique au début du IIe millénaire, le présente comme un roi surhumain, bâtisseur des murailles d'Uruk, ami du sauvage Enkidu, vainqueur du monstre Humbaba et du Taureau céleste, et chercheur infatigable de l'immortalité. La muraille de Gilgamesh, dont les vestiges ont été identifiés par les archéologues, s'étendait sur plus de neuf kilomètres de circonférence et entourait une ville d'environ quatre cents hectares, peuplée peut-être de cinquante mille habitants. Cette enceinte, percée de portes monumentales et flanquée de tours, symbolisait la puissance et la gloire d'Uruk dans la mémoire collective mésopotamienne.

La troisième dynastie d'Ur, à la fin du IIIe millénaire, intégra Uruk dans un empire centralisé, mais la ville conserva une grande importance religieuse et économique. Les gouverneurs nommés par Ur résidaient à Uruk et administraient la région au nom du roi. Après la chute d'Ur, Uruk retrouva son indépendance et une dynastie locale, fondée par un certain Sin-kashid, régna sur la ville pendant plusieurs générations au début du deuxième millénaire avant notre ère. Sin-kashid et ses successeurs entreprirent d'importants travaux de construction, notamment dans le quartier de l'Eanna, et fondèrent des temples dédiés aux dieux du panthéon local. Les archives de cette époque, retrouvées dans les ruines des palais et des temples, documentent la vie économique, les échanges commerciaux, les contrats privés et les relations diplomatiques avec les royaumes voisins. Uruk resta une ville prospère pendant toute la période paléo-babylonienne, même si Babylone, sous Hammurabi, finit par dominer politiquement la région.

La période kassite, au milieu du deuxième millénaire avant notre ère, fut une époque de relative stabilité pour Uruk. Les rois kassites, soucieux de préserver les traditions religieuses sumériennes, restaurèrent les temples et favorisèrent les cultes locaux. La ville demeura un centre intellectuel et religieux important, mais son rôle politique déclina au profit de Babylone. Au premier millénaire avant notre ère, Uruk connut un renouveau remarquable sous les rois néo-babyloniens, notamment Nabopolassar et Nabuchodonosor II, qui entreprirent des travaux monumentaux dans l'Eanna et dans d'autres sanctuaires. La ville s'étendit à nouveau, de nouveaux quartiers furent construits, et le commerce se développa. Les archives de l'Eanna, constituées de milliers de tablettes, montrent une administration temple complexe, gérant de vastes domaines agricoles, des troupeaux, des ateliers et des entreprises commerciales. Uruk devint un centre d'érudition renommé, où les prêtres-astronomes observaient le ciel, calculaient les calendriers et rédigeaient des textes astrologiques et médicaux. Sous les Séleucides, entre le IVe et le IIe siècle avant notre ère, Uruk conserva une activité intellectuelle remarquable. Les derniers textes cunéiformes connus, qui clôturent une tradition de 3000 ans, datent du Ier siècle de notre ère et proviennent d'Uruk.

Le site archéologique de Warka est l'un des plus vastes et des plus importants du Proche-Orient. Les premières fouilles furent menées par des archéologues allemands de la Deutsche Orient-Gesellschaft à partir de 1902, sous la direction de Walter Andrae puis de Julius Jordan, et elles se poursuivirent, avec des interruptions dues aux guerres et aux troubles politiques, jusqu'à nos jours. Les fouilles allemandes ont mis au jour des ensembles monumentaux d'une richesse exceptionnelle, notamment le complexe de l'Eanna, avec ses temples superposés datant de la période d'Uruk, ses cours pavées, ses murs ornés de mosaïques de cônes, ses autels et ses canalisations. La Ziggourat Blanche, dédié au dieu Anu, se dresse encore sur le tell de Kullaba, une masse de brique crue dont la surface, autrefois blanchie à la chaux, est aujourd'hui érodée et jaunâtre. Au pied de ces monuments, les archéologues ont découvert des dépôts de fondation, des statues, des vases en pierre, des tablettes archaïques et des objets de culte d'une valeur inestimable.

Le quartier résidentiel de la ville, partiellement fouillé, a révélé des maisons en brique crue organisées autour de cours centrales, avec des pièces d'habitation, des cuisines, des salles de bain et des chapelles domestiques. Les rues, étroites et irrégulières, étaient pavées de briques et équipées de caniveaux. Les ateliers de potiers, de métallurgistes, de tisserands et de lapidaires témoignent de la vitalité de l'artisanat local. Les objets retrouvés dans les maisons et les tombes, notamment les céramiques peintes, les bijoux en or, en argent et en cornaline, les sceaux-cylindres, les amulettes et les figurines, illustrent la richesse et le raffinement de la culture matérielle d'Uruk. Les archives cunéiformes, dispersées dans les musées du monde entier, comptent des dizaines de milliers de tablettes qui couvrent toutes les périodes de l'histoire de la ville, des plus anciens documents pictographiques aux textes astronomiques de l'époque séleucide.

Parmi les découvertes les plus célèbres figurent les vases et les bassins en pierre sculptés de la période d'Uruk, ornés de reliefs représentant des scènes rituelles et mythologiques. Le grand vase d'Uruk, aujourd'hui conservé au musée national d'Irak, est un chef-d'oeuvre de l'art sumérien : il représente, sur plusieurs registres, des porteurs d'offrandes, des animaux, des plantes et des scènes de culte devant la déesse Inanna. Ce vase, malgré les dommages subis lors du pillage du musée en 2003, demeure un témoignage exceptionnel de la religion et de la société de la fin du quatrième millénaire. Les statues de dignitaires en calcaire et en albâtre, trouvées dans les temples, montrent des personnages aux yeux incrustés de lapis-lazuli et de bitume, dans une attitude de prière, offrant aux dieux leur image éternelle. Les tablettes archaïques, les plus anciennes du monde, sont aujourd'hui conservées à Berlin, à Paris, à Bagdad et dans d'autres collections, et elles continuent d'être étudiées par les spécialistes de l'écriture.

Le site de Warka se présente aujourd'hui comme un paysage désolé et immense, où les tells s'élèvent au-dessus de la plaine aride. Les ruines de la ziggourat d'Anu et des temples de l'Eanna dominent l'horizon, mais elles sont gravement érodées par les intempéries et par les ravages du temps. Les tranchées des fouilles anciennes, partiellement comblées, dessinent des lignes dans le sol, et les monticules de déblais témoignent de l'ampleur des travaux archéologiques. L'épopée de Gilgamesh  a fait d'Uruk un symbole universel de la condition humaine, de la gloire et de la fragilité des civilisations. Les murailles de la ville, évoquées dans le prologue de l'épopée, sont devenues l'image même de l'orgueil et de la grandeur des œuvres humaines. Aujourd'hui, ces murailles ont disparu sous les sédiments, et seuls quelques vestiges affleurent à la surface du sol.

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Dictionnaire Villes et monuments
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