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Pour
les Européens du Moyen Âge, le Cathay
désigne une vaste région de l'Extrême-Orient correspondant en grande
partie au nord de la Chine
actuelle, mais cette identification n'est ni claire ni univoque pour les
contemporains. Le terme provient du nom des Khitans,
peuple nomade d'Asie centrale qui
fonda la dynastie Liao au Xe siècle, et
dont l'appellation fut transmise aux mondes musulman et européen par les
routes caravanières. En Occident médiéval, Cathay devient ainsi un nom
distinct de la Chine méridionale, souvent appelée Mangi ou Manzi, ce
qui reflète une perception fragmentée de l'espace chinois.
La principale source
européenne de connaissance sur le Cathay est (comme pour Cipango),
le récit de Marco Polo. Ayant vécu de longues
années à la cour de Koubilaï Khan,
il décrit le Cathay comme un immense empire organisé, riche et puissant,
doté d'institutions administratives sophistiquées, de grandes villes,
de routes bien entretenues et d'un système fiscal efficace. Contrairement
aux régions fabuleuses de l'imaginaire médiéval, le Cathay apparaît
dans son récit comme un État rationnellement gouverné, même si son
opulence et sa taille dépassent tout ce que les Européens peuvent concevoir
à partir de leur propre expérience.
Sur le plan géographique,
les Européens médiévaux conçoivent le Cathay comme une terre continentale
immense, située à l'extrême est de l'Asie, au-delà de la Perse ,
de l'Inde
et du désert de Gobi .
Sa position est connue de manière approximative par la succession de régions
traversées sur la route de la soie, mais
ses limites exactes demeurent floues. Les cartes médiévales le représentent
souvent comme un vaste espace oriental, parfois mal délimité, mais clairement
distinct de l'Inde et des royaumes musulmans. Le Cathay est généralement
placé à la marge orientale du monde habité, à proximité de l'océan
Oriental, au-delà duquel s'étend l'inconnu.
La conception médiévale
du Cathay est fortement reliée à l'histoire mongole. L'Empire
des Grands Khans, qui domine une grande partie de l'Asie au XIIIe
et au XIVe siècle, sert de cadre politique
à la compréhension européenne de cette région. Le Grand Khan est perçu
comme le souverain suprême du Cathay, à la tête d'un empire universel,
parfois interprété à travers des catégories chrétiennes comme une
figure de monarque éclairé, voire un potentiel allié contre l'islam.
Cette vision nourrit l'espoir d'une coopération politique et religieuse
entre l'Occident et l'Extrême-Orient.
Le Cathay est imaginé
comme une terre d'abondance exceptionnelle. Les Européens médiévaux
y situent l'origine de produits précieux ou exotiques, tels que la soie,
les épices, la porcelaine, le papier et la monnaie fiduciaire, cette dernière
suscitant une fascination particulière. Les descriptions de l'usage du
papier-monnaie, des postes impériales et des canaux renforcent l'image
d'une civilisation avancée, technologiquement et administrativement supérieure
à bien des égards.
D'un point de vue
culturel et religieux, le Cathay est perçu comme majoritairement païen,
pratiquant des formes complexes d'idolâtrie ou de philosophies orientales
mal comprises. Le bouddhisme, le confucianisme
et les cultes locaux sont confondus sous des catégories générales d'idolâtrie.
Toutefois, les Européens savent aussi que des communautés chrétiennes
orientales, notamment nestoriennes, existent au Cathay, ce qui entretient
l'idée d'une possible christianisation plus large de la région. Cette
coexistence religieuse intrigue les auteurs médiévaux et alimente les
projets missionnaires des ordres mendiants.
À la fin du Moyen
Âge, la connaissance du Cathay se dégrade partiellement avec le déclin
des liaisons directes entre l'Europe et l'Asie après la chute de la dynastie
Yuan
et la fragmentation de l'Empire mongol. Les informations deviennent plus
rares et plus confuses, et le Cathay tend parfois à être assimilé Ã
une entité semi-légendaire. Lorsque les Portugais atteignent la Chine
par voie maritime au XVIe siècle, il faut
un certain temps pour que les Européens comprennent que la Chine des navigateurs
est identique au Cathay des récits médiévaux, tant ces catégories mentales
étaient profondément enracinées. |
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