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Le
cycle
de Méton est un phénomène astronomique lié à la synchronisation
entre les cycles lunaires et solaires. Il tire son nom de l'astronome grec
Méton,
qui l'a décrit à Athènes au Ve
siècle av. JC. Ce cycle repose sur une observation fondamentale : une
durée de 19 années solaires tropiques correspond
presque exactement à 235 mois lunaires synodiques, autrement dit à 235
lunaisons complètes. En d'autres termes,
après 19 ans, les phases de la Lune retrouvent
leur place aux mêmes dates de l'année solaire. Cette découverte, simple
dans son énoncé, a permis d'articuler de manière harmonieuse le calendrier
lunaire, fondé sur les mois, et le calendrier solaire, rythmé par les
saisons.
Méton n'est pas
véritablement le découvreur de cycle, mais il a formalisé et porté
à la connaissance publique une relation déjà pressentie par les Babyloniens
plusieurs siècles auparavant. Les astronomes
de Mésopotamie utilisaient en effet un cycle luni-solaire de 19 ans
dans leurs tables, mais c'est à Méton, et parfois à son contemporain
Euctémon, que la tradition grecque attribue
la paternité de ce système qui fut gravé sur une stèle exposée sur
la Pnyx à Athènes. L'intérêt immédiat était
de réconcilier les calendriers civils, souvent lunaires, avec le déroulement
des saisons, indispensable à l'agriculture
et aux fêtes religieuses, sans recourir à des
corrections empiriques et hasardeuses. Le cycle de Méton offrait une règle
fixe pour décider de l'intercalation de mois supplémentaires dans l'année.
Pour saisir la nature
de cet accord, il faut entrer dans le détail des grandeurs en jeu. Une
lunaison synodique, c'est-Ã -dire l'intervalle moyen entre deux nouvelles
lunes, dure environ 29,53059 jours. Par conséquent, 235 lunaisons représentent
environ 6 939,688 jours. De son côté, l'année tropique, qui règle le
retour des saisons, dure environ 365,2422 jours, de sorte que 19 années
solaires totalisent environ 6 939,602 jours. La différence entre ces deux
valeurs est inférieure à deux heures sur l'ensemble du cycle, ce qui
constitue un ajustement d'une précision étonnante pour une époque où
l'observation à l'œil nu était le seul outil disponible. Cette coïncidence
numérique signifie qu'au bout de 19 ans, le Soleil
et la Lune se retrouvent dans une configuration
quasi identique à celle du point de départ, tant en ce qui concerne la
position du Soleil sur l'écliptique que la phase lunaire et la date dans
le calendrier civil.
Le cycle se compose
donc de 19 années civiles qui englobent 235 mois lunaires. Sur ces 19
années, 12 sont des années ordinaires de 12 mois lunaires, et 7 sont
des années embolismiques de 13 mois lunaires. L'intercalation
d'un treizième mois, souvent placé en fin d'année ou en milieu d'année
selon les usages locaux, permet de combler le décalage qui se creuse chaque
année entre l'année lunaire de 354 jours environ et l'année solaire
de 365 jours. Sans cette correction, les mois lunaires glisseraient progressivement
à travers les saisons. La répartition la plus courante des années embolismiques
suit la séquence des années numérotées 3, 6, 8, 11, 14, 17 et 19 du
cycle, bien que des variantes aient existé selon les cités et les époques.
Dans le monde
grec, ce cycle a servi de cadre au calendrier attique. Il permettait
de fixer le début de l'année civile et d'ajuster la célébration des
fêtes mobiles qui dépendaient de la
Lune. Mais son influence la plus durable réside probablement dans la définition
du Nombre d'Or, une notion qui traversa le Moyen
Âge et la Renaissance. Le Nombre
d'Or d'une année donnée est son rang dans le cycle métonique de 19 ans;
il indique la phase de la Lune au 1er janvier
de cette année. Comme le cycle recommence à l'identique, il suffit de
connaître le Nombre d'Or pour déterminer la date de la nouvelle lune
de chaque mois et, par voie de conséquence, la date de Pâques
dans le comput ecclésiastique. Les calendriers perpétuels médiévaux,
les livres d'heures et les almanachs ont
utilisé ce nombre pendant des siècles, et le cycle métonique reste Ã
la base du calcul de la date de Pâques dans le calendrier julien et, avec
des corrections supplémentaires, dans le calendrier grégorien.
Bien que d'une justesse
remarquable, le cycle de Méton n'est pas parfait. L'écart minime de quelques
heures entre les 19 années solaires et les 235 lunaisons s'accumule au
fil des cycles successifs. Au bout de plusieurs cycles, soit environ trois
siècles, le décalage atteint une journée entière. Cette imperfection
fut déjà relevée dans l'Antiquité
et conduisit plus tard à la mise au point du cycle callippique, proposé
par Callippe de Cyzique au IVe
siècle av. JC, qui multipliait la durée par quatre (76 ans) en retranchant
un jour pour améliorer la précision. Plus tard, Hipparque
raffina encore le système. Le cycle métonique demeure toutefois un monument
de la pensée astronomique, car il incarne l'ambition de réduire le désordre
apparent du ciel à une loi simple, d'apprivoiser le temps en le rendant
cyclique et prévisible.
Aujourd'hui, bien
que l'astronomie moderne utilise des mesures
bien plus fines et que le calendrier grégorien ait ajusté le comput lunaire
par le système des épactes, le principe fondamental de l'équivalence
19 ans = 235 lunaisons est encore enfoui au coeur des algorithmes qui règlent
les calendriers liturgiques et certains calendriers luni-solaires traditionnels. |
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