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| en Amérique du Sud | ||
| La Harpe, 1820 | ||
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| Présentation - Les géomètres au Pérou
| - - La descente de l'Amazone
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| L'Amazone devient si large, après avoir reçu le Xingu, que d'un bord on ne pourrait voir l'autre, quand les grandes îles qui se succèdent entre elles permettraient à la vue de s'étendre. Il est fort remarquable qu'on commence ici à ne plus voir ni moustiques, ni maringouins, ni d'autres moucherons de toute espèce, qui font la plus grande incommodité de la navigation sur ce fleuve. Leurs piqûres sont si cruelles, que les Américains mêmes n'y voyagent point sans un pavillon de toile, pour se mettre à l'abri pendant la nuit. C'est sur la rive droite qu'il ne s'en trouve plus, car le bord opposé ne cesse point d'en être infecté. En examinant la situation des lieux, La Contamine crut devoir attribuer cette différence au changement de direction du cours de la rivière : elle tourne au nord, et le vent d'est, qui y est presque continuel, doit porter ces insectes sur la rive occidentale. La forteresse portugaise de Curupa, où les deux voyageurs arrivèrent le 9, fut bâtie par les Hollandais, lorsqu'ils étaient maîtres du Brésil : elle est peuplée de Portugais, sans autres Indiens que leurs esclaves. La situation en est agréable, dans un terrain élevé, sur le, bord méridional du fleuve, huit journées au-dessus du Para. Depuis Curupa, où le flux et le reflux deviennent très sensibles, les bateaux ne vont plus qu'à la faveur des marées. Quelques lieues au-dessous de cette place, un petit bras de l'Amazone, nommé Tajipuru, se détache du grand canal qui tourne au nord; et, prenant une route opposée vers le sud, il embrasse la grande île de Joanes ou Marayo. De là il revient au nord par l'est, décrivant un demi-cercle; et bientôt il se perd en quelque sorte dans une mer formée par le concours de plusieurs grandes rivières qu'il rencontré successivement. Les plus considérables sont premièrement Rio de dos Bocas, rivière des Deux-Bouches, formée de la jonction des deux rivières de Guanapu et de Pacajas, large de plus de deux lieues à son embouchure, et que toutes les anciennes cartes nomment, comme Laët, rivière du Para; en second lieu, la rivière des Tocantins, plus large encore que la précédente, et qu'il faut plusieurs mois pour remonter, descendant comme le Topayos et le Xingu, des mines du Brésil, dont elle apporte quelques fragments dans son sable; enfin la rivière de Muju, que l'académicien trouva large de 749 toises, à deux lieues dans les terres, et sur laquelle il rencontra une frégate portugaise qui remontait à pleines voiles, pour aller chercher, quelques lieues plus haut, des bois de menuiserie, rares et précieux partout ailleurs. C'est sur le bord oriental du Muju qu'est située la ville du Para, immédiatement au-dessous de l'embouchure du Capim, qui vient de recevoir une autre rivière appelée Guama. II n'y a, suivant La Condamine, que la vue d'une carte qui puisse donner une juste idée de la position de cette ville, sur le concours d'un si grand nombre de rivières. "Ses habitants sont fort éloignés, dit-il, de se croire sur le bord de l'Amazone, dont il est même vraisemblable qu'il n'y a pas une seule goutte qui baigne le pied de leurs murailles; à peu près comme on peut dire que les eaux de la Loire n'arrivent point à Paris, quoique cette rivière communique avec la Seine par le canal de BriareOn ne laisse pas, dans le langage reçu, de dire que le Para est sur l'embouchure orientale de la rivière des Amazones. L'académicien fut conduit de Curupa au Para, sans être consulté sur la route , entre des îles, par des canaux étroits, remplis de détours qui traversent d'une rivière à l'autre, et par lesquels on évite le danger de leurs embouchures. Tous ses soins se rapportant à dresser sa carte, il fut obligé de redoubler son attention pour ne pas perdre le fil de ses routes dans ce dédale tortueux d'îles et de canaux sans nombre. Le 19 septembre, c'est-à-dire près de quatre mois après son départ de Cuenca, il arriva heureusement à la vue du Para, que les Portugais nomment le grand Para, c'est-à-dire la grande rivière, dans la langue du Brésil. Il prit terre dans une habitation de la dépendance du collège des jésuites
Jamais la latitude de Para n'avait été observée à terre, et l'on assura La Condamine, à son arrivée, qu'il était précisément sous la ligne équinoxiale. Il trouva, par diverses observations, 1° 28' sud. A l'égard de la longitude Il est nécessaire de voir la véritable embouchure de l'Amazone pour achever la carte de ce fleuve, et de suivre même sa rive septentrionale jusqu'au cap de Nord, où se termine son cours. Cette raison suffisait pour déterminer La Condamine à prendre la route de Cayenne Cette dernière conjecture semble confirmée par une autre remarque : c'est que les esclaves nègres transportés d'Afrique Il s'embarqua le 29 décembre dans un canot du général avec un équipage de vingt-deux rameurs, et muni de recommandations pour les missionnaires franciscains de l'île Joanes ou Marayo, qui devaient lui fournir un nouvel équipage pour continuer sa route; mais n'ayant pu trouver un bon pilote dans quatre villages de ces pères, où il aborda le premier jour de janvier 1744, et livré à l'inexpérience de ses Indiens, et à la timidité du mamelus (= Nom qu'on donne, au Brésil, aux enfants des Portugais et des femmes indiennes] ou métis, qu'on lui avait donné pour les commander, il mit deux mois à faire une route qui ne demandait pas quinze jours. Quelques lieues au-dessous du Para; il traversa la bouche orientale de l'Amazone ou le bras du Para, séparé de la véritable embouchure, qui est la bouche occidentale, par la grande île de Joanes, plus connue au Para, sous le nom de Marayo. Cette île occupe seule presque tout l'espace qui sépare les deux embouchures du fleuve. Elle est d'une figure irrégulière, et a plus de cent cinquante lieues de tour. Toutes les cartes lui substituent une multitude de petites îles. Le bras du Para, cinq ou six lieues au-dessous de la ville, a déjà plus de trois lieues de large, et continue de s'élargir. La Condamine côtoya l'île, du sud au nord, pendant trente lieues, jusqu'à sa dernière pointe, qui se nomme Magnazi, très dangereuse, même aux canots, par ses écueils. Au delà de cette pointe, il prit à l'ouest, en suivant toujours la côté de l'île qui court plus de quarante lieues, sans presque s'écarter de la ligne équinoxiale. Il eut la vue de deux grandes îles qu'il laissa au nord, l'une appelée Machiana,et l'autre Caviana, aujourd'hui désertes, anciennement habitées par la nation des Arouas, qui, bien que dispersée aujourd'hui, a conservé sa langue particulière. Le terrain de ces îles, comme celui d'une grande partie de celle de Marayo, est entièrement noyé, et presque inhabitable. En quittant la côte de Marayo, dans l'endroit où elle se replie vers le sud, l'académicien retomba dans le vrai lit, ou le canal principal de l'Amazone, vis-à-vis du nouveau fort de Macapa situé sur le bord occidental du fleuve, et transféré par les Portugais deux lieues au nord de l'ancien. Il serait impossible, en cet endroit, de traverser le fleuve dans des canots ordinaires, si le canal n'était rétréci par de petites îles, à l'abri desquelles on navigue avec plus de sûreté, en prenant son temps pour passer de l'une à l'autre. De la dernière à Macapa, il reste encore plus de deux lieues. Ce fut dans ce dernier trajet que La Condamine repassa enfin, et pour la dernière fois, la ligne équinoxiale. L'observation de la latitude au nouveau fort de Macapa lui donna seulement 3 minutes vers le nord. La Pororoca. Le sol de Macapa est élevé de deux à trois toises au- dessus du niveau de l'eau. Il n'y a que le bord du fleuve qui soit couvert d'arbres. Le dedans des terres est un pays uni, le premier qu'on rencontre de cette nature depuis la cordillère de Quito
II ajoute qu'il arrive quelque chose de semblable aux îles Orcades, et à l'entrée de la Garonne, où l'on donne le nom de mascaret à cet effet des marées Les Indiens et leur chef, craignant de ne pouvoir, en cinq jours qui restaient jusqu'aux grandes marées, arriver au cap de Nord, qui n'était qu'à quinze lieues, et au delà duquel on peut trouver un abri contre la pororoca, retinrent La Condamine dans une île déserte, où il ne trouva pas de quoi mettre le pied à sec, et où, malgré ses représentations, il fut retenu neuf jours entiers pour attendre que la pleine lune fût bien passée. De là il se rendit au cap de Nord en moins de deux jours; mais le lendemain, jour du dernier quartier et des plus petites marées, son canot échoua sur un banc de vase, et la mer, en baissant; s'en retira fort loin. Le jour suivant, le flux ne parvint pas jusqu'au canot. Enfin il passa sept jours dans cette situation, pendant lesquels ses rameurs, dont la fonction avait cessé, n'eurent d'autre occupation que d'aller chercher fort loin, de l'eau saumâtre, en s'enfonçant dans la vase jusqu'à la ceinture. Enfin, aux grandes marées de la nouvelle lune suivante, la barre même le remit à flot, mais avec un nouveau danger ; car elle enleva le canot, et le fit labourer dans la vase avec plus de rapidité que l'académicien n'en avait éprouvé au Pongo. Cayenne. Après deux mois de navigation par mer et par terre, comme La Condamine croit pouvoir la nommer sans exagération (parce que la côte est si plate entre le cap de Nord et la côte de Cayenne La Condamine eut la curiosité d'essayer à Cayenne si le venin On avait assuré l'académicien qu'il entre plus de trente sortes d'herbes dans celui des ticunas, qui est le plus célèbre entre les nations des rives de l'Amazone, et ce fut celui dont il fit l'épreuve. Il est assez surprenant, dit-il, que, parmi des peuples qui ont sans cesse un instrument si sûr et si prompt pour satisfaire leurs haines, leurs jalousies et leurs vengeances, un poison de cette subtilité ne soit funeste qu'aux singes et aux oiseaux. L'académicien, retenu à Cayenne |
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