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| Knut
Hamsun
(Knut Pedersen) est un écrivain
norvégien né le 4 août 1859 à Lom (Norvège),
et mort le 19 février 1952 à Nørholm, près de Grimstad. Son oeuvre,
immense et contradictoire, continue d'interroger autant qu'elle fascine,
portée par une prose qui a profondément reconfiguré les chemins de la
littérature mondiale. Il est l'un des trois seuls Prix Nobel de
Littérature du pays, avec Bjørnstjerne Bjørnson et Sigrid Undset. Cependant,
les Norvégiens entretiennent encore avec leur écrivain une relation contrastée,
ne lui pardonnant pas ses positions favorables au IIIe
Reich.
Issu d'une famille de paysans assez pauvres, Knud Pedersen vit d'abord à Hamar dans le Nordland, dont les paysages rudes constitueront la toile de fond de plus d'un roman futur. À l'âge de neuf ans, il est confié à un oncle prédicateur piétiste, excessivement puritain et sévère, auquel il échappera aussi souvent que possible pour vagabonder dans la forêt. Il décrira plus tard cette période dans la nouvelle Le Fantôme, publiée en 1918. Ces années passées dans le décor austère des îles Lofoten forgent en lui un rapport viscéral à la nature nordique, qui traversera toute son oeuvre. À dix-sept ans, il est placé comme apprenti chez un cordonnier de Bodø, dans le Nordland. Il étudie en autodidacte la littérature et commence à écrire. À l'âge de quinze ans, il avait déjà largué les amarres pour tenter l'aventure : il voyage et fait un peu tous les métiers, en Norvège d'abord, puis aux États-Unis, où il est conducteur de tramway à Chicago, garçon laitier, ouvrier agricole et même répétiteur de français. Il lit beaucoup, en particulier Jacobsen, Hartmann, Strindberg, Mark Twain et Dostoïevski. Pendant plus de dix ans, il multiplie les voyages, notamment aux États-Unis en 1882-1884 et 1886-1888, et en France en 1884-1885, ainsi que les emplois : docker, terrassier, marin, colporteur, livreur, cantonnier, journaliste, etc., tout en continuant à écrire. En 1884, il choisit le nom d'Hamsun et tente de faire carrière dans le milieu littéraire. Après quelques tentatives médiocres (Bjorger, L'Homme secret) il choisit l'exil aux États-Unis. À l'automne 1888, il publie anonymement dans le magazine danois Ny jord (Terre nouvelle) un récit semi-autobiographique d'une grande finesse psychologique intitulé Sult (La Faim). Lorsque le texte est publié en 1890 sous forme d'un livre, il connaît aussitôt un immense succès. Le romancier décrit les mois sombres de son narrateur, une sorte d'alter ego qui erre dans Christiania (l'ancien nom d'Oslo), avant d'embarquer sur un bateau et de finalement quitter la capitale norvégienne. Le héros du récit n'est en aucune manière un miséreux qui ne parvient pas à gagner suffisamment d'argent pour se nourrir, et il n'est pas présenté comme un sujet pathologique, par avance victime du déterminisme social et d'une hérédité de classe. Cette faim, il la provoque lui-même, en décide seul et la chérit. Elle est sa muse, sa compagne d'écriture et, en un sens, son réconfort en dépit de la douleur, des visions et des délires qu'elle lui procure. La Faim annonce les recherches modernes sur le langage littéraire et les flux de conscience de James Joyce, Virginia Woolf et William Faulkner, et se détache du modèle réaliste dominant des lettres du XIXe siècle. Il devient l'un des ouvrages les plus importants de la littérature du XXe siècle. Isaac Bashevis Singer, dans une préface à La Faim, considère que "toute la littérature moderne prend sa source chez Hamsun". La même année, Hamsun manifeste son intérêt pour la psychologie et la folie dans un texte critique, intitulé De la vie inconsciente de l'âme, publié dans le Samtiden. Couplé aux conférences parues en français sous le titre Littérature à la mode, dans lesquelles il égratigne quelques grands noms tels que Guy de Maupassant, Henrik Ibsen, Bjørnstjerne Bjørnson et Alexander Kielland, ce texte apparaît comme un véritable programme d'écriture pour les oeuvres à venir. Les romans Mystères (1892) et Pan (1894) continuent l'exploration psychologique, lyrique et tortueuse des personnages entamée dans les précédentes publications, et se conçoivent comme un hymne à la nature sauvage en réaction aux penchants monstrueux de la civilisation. Ils assoient définitivement la réputation de l'écrivain. Mystères raconte les pérégrinations de Nagel, qui débarque temporairement dans une ville côtière norvégienne et en bouleverse l'équilibre et les habitudes. Pan est le récit d'un homme, Thomas Glahn, qui choisit l'exil volontaire dans une cabane des forêts du Nordland avant que la rencontre avec deux femmes ne perturbe sa solitude. Suivront un texte satirique, Le Rédacteur Lynge (1893), et Victoria (1898), qui lui apporte une gloire définitive. Entre 1893 et 1895, il vit et travaille à Paris. Knut Hamsun épouse en 1896 Bergliot Bech, dont il a une fille baptisée Victoria, comme le roman. Il divorce en 1906 puis se remarie en 1909, à l'âge de cinquante ans, avec la jeune actrice Marie Andersen, qui a vingt-six ans, et qui restera sa compagne jusqu'à la fin de sa vie. Ils vivent ensemble avec leurs enfants, d'abord à Hamaroy, puis à Larvik, dans le sud du pays. À la croisée des littératures du XIXe et du XXe siècles, Hamsun diversifie sa production et publie tour à tour des recueils de nouvelles, un récit de son voyage à travers la Russie (Au pays des contes), quelques pièces de théâtre et un recueil de poèmes (Le Choeur sauvage). Avec le diptyque Benoni et Rosa, Knut Hamsun trouve une nouvelle source d'inspiration socio-politique et renforce son prestige littéraire à l'international. Markens grøde (L'Éveil de la glèbe) décide l'Académie suédoise de lui décerner le prix Nobel de littérature en 1920. Ce roman, qui se veut une réécriture de la Genèse, raconte la conquête d'un Nordland désertique par un couple, Isaak et Inger, que le monde moderne finit par rattraper. Dans le même temps, il publie ses deux grandes trilogies du vagabond, peuplées de personnages errants et marginaux qui incarnent sa philosophie d'une humanité libérée des contraintes sociales. Sa critique de la société moderne se charge alors de plus en plus d'aigreur, et Hamsun finit par adhérer aux thèses hitlériennes et par appuyer le gouvernement pro-nazi de Quisling pendant la Seconde Guerre mondiale. Par élitisme nietzschéen, par anti-américanisme, par pangermanisme, mais sans antisémitisme, Knut Hamsun, à quatre-vingts ans, adhère au parti du populiste Vidkun Quisling, le Nasjonal Samling, équivalent norvégien du parti national-socialiste allemand. Il appelle publiquement ses compatriotes à lutter pour Berlin. En 1943, Hamsun est reçu par Adolf Hitler : il en profite par ailleurs pour réclamer le limogeage de Josef Terboven, administrateur militaire allemand de la Norvège, provoquant le mécontentement du Führer. Il offre ensuite, en mai 1943, sa médaille du prix Nobel à Joseph Goebbels. Le 7 mai 1945, une semaine après la mort d'Adolf Hitler, il publie dans le journal Aftenposten un bref texte rendant hommage au chef du régime nazi, qu'il qualifie de "guerrier pour l'humanité". À la fin de la guerre, le 29 mai, il est emprisonné et son procès est continuellement repoussé. Afin de ne pas être obligées de le juger pour tous ses actes, les institutions norvégiennes décident de le considérer comme "personnalité aux facultés mentales affaiblies de façon permanente", ce que la publication de sa dernière oeuvre, Sur les sentiers où l'herbe repousse, où il relate ses aventures après la guerre lorsqu'il est ballotté d'hospice en hospice, contredit indiscutablement. Il est finalement condamné en 1948 à verser une amende de 325 000 couronnes norvégiennes pour son étroite collaboration avec l'Allemagne nazie. Il mourra 1952 à l'âge de quatre-vingt-douze ans. |
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