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L'Afrique ancienne
L'Afrique romaine
Le mot Africa (Libya des Grecs), avait trois sens dans l'Antiquité. Il désignait :
1° Le continent africain même ou plutôt ce que les Anciens en connaissaient;
2° Le diocèse d'Afrique, formé au IVe siècle, qui comprenait les Maurétanies, la Numidie, l'Afrique propre (ci-dessous) et la Tripolitaine;

3° La province romaine d'Afrique, dite aussi Afrique propre, Afrique proconsulaire et Zeugitane; province du diocèse d'Afrique, entre la Méditerranée au Nord et à l'Est et la Numidie à l'Ouest: (auj. Tunisie et partie occidentale de la Libye); elle eut pour chef-lieu Utique, et plus tard Carthage.

L'Afrique romaine (Afrique propre).
La province romaine d'Afrique fut établie l'an de Rome 608 (146 av. J.-C.). Elle comprenait alors l'ancien domaine des Carthaginois depuis Theno (près de Sfax) au Sud jusqu'à l'île Thabraca (Tabarka) au Nord. A l'intérieur, elle ne dépassait pas, sur la Medjerda, la position marquée aujourd'hui par Souk-el-Khamis. La province était gouvernée par un préteur ou par un propréteur. 

En 708 (46 av. J.-C.) on ajouta à cette province le royaume de Numidie, sous le nom d'Africa nova, qui s'étendait depuis le fleuve Ampsaga (oued el-Kebir), jusqu'au golfe de la grande Syrte. Les deux pays furent gouvernés par un seul proconsul, choisi par le Sénat parmi les anciens consuls

En 37 de notre ère, Caligula subdivisa la province; la région frontière, menacée sans cesse par les incursions des Maures, fut confiée au légat de la légion 'lla Augusta, qui campait dans les environs de Theveste (Tebessa) : sous le titre de legatus Augusti legionis IIIae Aug., il fut, au nom de l'empereur, le chef militaire de cette partie de l'Afrique; mais, pour certaines affaires civiles, elle dépendait du proconsul. La limite entre l'Afrique proconsulaire ou sénatoriale et l'Afrique militaire ou impériale est marquée par une ligne qui irait de la mer, en partant à l'Est de Skikda, jusqu'à Tiféseh, près des sources de l'Oued Cherf, et, de là, en droite ligne, jusqu'au Nord de Sousse. On voit que la province militaire englobait la province civile, et que l'ancien royaume de Numidie se trouva partagé entre les deux. 

A partir de Septime Sévère, le légat de la IIIa Augusta (campée depuis Hadrien à Lambessa), s'appelle aussi praeses provinciae Numidiae.

Sous Dioclétien on forma quatre provinces de ces deux pays :

1° la Proconsularis, métropole Carthage;

2° le Bizacium (ou province de Valeria Bizacena), métr. Hadrumète (auj. Sousse); 

3° la Tripolitaine (métr. Tripoli?);

4° la Numidie, métr. Cirta (Constantine) : cette dernière s'étendait jusqu'à le mer, et avait recouvré toute la partie de la Numidie abandonnée en 37 au proconsul d'Afrique. 

La première de ces provinces est gouvernée par un proconsul, la Tripolitaine par un corrector, chef civil et militaire; les deux autres, d'abord par des praesides, puis par des consulares. Ces quatre provinces, réunies à la Mauretania Sitifensis et à la Mauretania Caesariensis, formèrent le diocèse d'Afrique, gouverné par un vicaire du préfet du prétoire d'Italie

Après la domination des Vandales (439-534), Justinien rétablit l'ancien état de choses, sauf qu'il réunit à l'Afrique la Mauretania Tingitana, et qu'au lieu d'un vicaire l'Afrique eut pour gouverneur suprême un praefectus praetorio, possédant en même temps le titre et les pouvoirs d'un magister militiae. Au temps de Phocas, l'Afrique est administrée par un exarque. La fin de la domination romaine en Afrique est marquée par la prise de Tripoli par les Arabes vers 644, de Carthage vers 698. 
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Dougga : ruines romaines.
Ruines romaines en Afrique du Nord (Bulla Regia, Tunisie). Photo : © Angel Latorre, 2008.

Les principales villes de l'Afrique romaine étaient Carthage, Hadrumète, Utique, Hippone, Diarrytum (Bizerte), Sufetula (Sbeitla), dans l'Afrique proprement dite; Zama, Hippo regius (Annaba), Rusicade (Skikda), Lambessa, Thamugadi (Timgad), Milev (Mila), et surtout Cirta (Constantine), en Numidie; Tacapae (Gabès), Aea ou Tripoli, Leptis Magna (Lebde), dans la Tripolitaine.

Quoique l'Afrique ait reçu très vite la civilisation romaine, la population phénicienne et numide persista longtemps : saint Augustin nous apprend qu'on parlait encore punique à Carthage au Ve siècle. La langue punique était même officiellement admise dans les contrats. De même, les Numides formaient encore, au temps de l'invasion vandale, une population très forte et à peine soumise. Néanmoins peu de provinces ont été plus romanisées que l'Afrique, et, en même temps, plus riches, plus prospères, plus peuplées. Le nombre de villes, colonies ou municipes, qu'y fonda la domination latine, fut véritablement prodigieux. Strabon compte 300 villes dans la seule Carthaginoise : les listes d'évêques nous donnent un chiffre à peine inférieur pour le Ve siècle. Il se forma là une littérature, latine à tous égards, mais ayant son originalité propre, caractérisée par certaines bizarreries dans l'expression, l'emploi de locutions et d'expressions populaires, et une singulière force dans la pensée : Apulée et Tertullien sont les représentants les plus connus de ce qu'on a appelé à tort la littérature africaine. 

La vie matérielle était alors tout autre en Afrique qu'elle est aujourd'hui : la terre, d'une fertilité extrême, produisait assez de céréales pour approvisionner en partie les villes italiennes; les épitaphes nous ont fait connaître un nombre étonnant d'octogénaires et de centenaires. 

Le christianisme se répandit de bonne heure en Afrique : mais, dès sa première extension, il y donna naissance à plus de sectes que n'importe où : les montanistes, les marcionites, les manichéens, les novatiens, les pélagiens n'eurent nulle part autant d'adhérents qu'en Afrique : c'est là que se forma la secte des donatistes. 

En somme, l'Afrique est, avec la Gaule, la province romaine où le patriotisme local a été le plus vivant, le plus caractérisé : la preuve en est dans les mouvements de Macer, en 68, des deux Gordien au IIIe, de Gildon, au Ve siècle, enfin dans l'appui donné aux Vandales. (Camille Jullian).

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Dictionnaire Territoires et lieux d'Histoire
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