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L'histoire de Cuba
C'est a son premier voyage, en 1492, que Christophe Colomb aborda, pour la première fois, à l'île de Cuba, qui, à partir du début du XVIe siècle devint une colonie espagnole pour près de quatre siècles.  L'extermination de la population indigène nécessita l'emploi d'esclaves venus d'Afrique, et, jusqu'en 1860, plus de 3 millions furent ainsi importés dans l'île. Ils étaient employés dans les plantations de café et de Sucre. La Havane, capitale de Cuba, devint  aussi le point de passage des flottes qui emportaient en Espagne les richesses amassées au Mexique et au Pérou, ce qui fit naître les convoitise des pirates et des corsaires. En 1660 et en 1762 les Anglais la prirent et la ravagèrent; mais elle fut rendue en 1763 aux Espagnols, qui imposaient un régime très dur aux populations suscitèrent ainsi plusieurs révoltes.

Sous la pression de l'opinion publique et contrainte par l'union des Créoles espagnols et des Noirs contre les Blancs étrangers, l'Espagne fut forcée de faire aux habitants de l'île des concessions importantes. En 1817, elle ouvrit le port de La Havane au commerce étranger, et abolit, du moins officiellement, l'esclavage en 1847, puis accorda quelques avantages médiocres aux travailleurs, en 1856. Mais la situation n'était pas sensiblement modifiée, et les habitants de l'île se soulevèrent en 1868. La lutte atteint son paroxysme en 1973, et dura au total dix ans. Après une apparence d'accalmie, elle reprit en 1895 et, grâce à l'intervention des États-Unis, qui avaient depuis longtemps des visées annexionnistes sur l'île, Cuba se libéra du joug espagnol en 1898. Elle resta administrée par les États-Unis jusqu'en 1902, et subit encore une forme de tutelle américaine, pour sa politique étrangère jusqu'en 1934.

Au cours du XXe siècle plusieurs dictatures se sont succédées dans le pays. Celle de Machado y Morales, en 1925, puis celle de Fulgencio Batista, homme fort du pays depuis 1933, mais qui ne prend officiellement la tête du pays qu'en 1940 (et de nouveau en 1952) se signaleront par leur caractère répressif et le système de corruption qu'elles auront signifié. En 1959, la Révolution cubaine entraîne la chute de Batista. Fidel Castro, leader du soulèvement, prend le pouvoir et engage le pays dans une alliance avec l'Union soviétique, tout en mettant en place à Cuba une économie de type marxiste. L'effondrement de l'URSS en 1990, principal soutien économique du pays, par ailleurs soumis à un boycott commercial par les États-Unis depuis 1961, ont plongé Cuba dans une récession sans précédent, mais sans menacer apparemment le pouvoir autoritaire du régime castriste, toujours en place en ce début de XXIesiècle.

Dates-clés  :
1492 - Découverte de Cuba par Colomb.

1511 - Début de la colonisation espagnole.

1868-78 - Première guerre d'indépendance.

1898 - Indépendance de l'Espagne; Administration des États-Unis.

1902 - Retrait américain.

1952 - Dictature de Batista.

1959 - Révolution cubaine; début du régime castriste.

2006 - Castro se retire au bénéfice de son frère.

2016 - Mort de Fidel Castro (25 novembre).

Les Espagnols à Cuba

L'île de Cuba fut découverte le 28 octobre 1492 par Christophe Colomb qui lui donna le nom de Juana; plus tard Velasquez l'appela Ferdinanda, mais le nom de Cuba que lui donnaient les indigènes a prévalu. Colomb l'explora plus complètement dans son second voyage, mais conserva toujours l'illusion que c'était l'extrémité Est de l'Asie; même son voyage de 1502 ne la dissipa pas. La vraie nature de l'île, que l'on délaissait pour Haïti, ne fut connue qu'en 1508 par Sebastiàn Ocampo, lequel fut Chargé par le gouverneur Nicolas Ovando d'une exploration et fit la circumnavigation de Cuba. On décida alors de la coloniser et en 1511 partit à cet effet de Haïti ou Hispaniola une expédition commandée par Diego Velasquez. Il aborda à Santiago avec trois cents hommes montés sur quatre navires; après une courte résistance opposée par le cacique Hatoney qu'il fit brûler vif, Velasquez s'empara de Cuba. 

La colonisation.
A cette époque, l'île était habitée par une population (probablement de Caraïbes) qui atteignait vraisemblablement plus de 200000 habitants. Moins de cinquante ans après, il n'en resterait pas 30 000. Un grand nombre d'entre eux s'étant soustraits par le suicide à la cruauté et aux exigences des conquérants. Mais déjà au temps de Velasquez, son chapelain, le fameux Las Casas qui défendait les indigènes, défendit l'idée de faire venir sur l'île une autre main d'oeuvre : celle que pourrait constituer les esclaves Noirs arrachés à l'Afrique. Sous le gouvernement de Velasquez (mort le 1er décembre 1524) la colonie prospéra. Il y fonda les plus anciennes villes de l'île : en 1512, Nuestra Señora de la Ascencion qui devint Baracoa, puis Bayamo, Trinidad Santo Espiritu, Puerto Principe, Santiago de Cuba, enfin San Cristobal; le lieu du massacre de trente Espagnols reçut le nom de Matanzas; bientôt, elle servit de point de départ pour la conquête du Mexique par Cortez (1519).

Après cette conquête et l'exploration de la Floride, le port du Nord-Ouest, San Cristobal, qui devint La Havane, se développa beaucoup. Détruit par les corsaires français en 1538, il fut reconstruit par le gouverneur Hernando de Soto; ce dernier opprima terriblement les Indiens dont il fut l'exterminateur. Au début du XVIIesiècle, ils étaient  encore au nombre de 6000. En 1560, ils avaient disparu. La situation plus favorable de La Havane notamment pour résister aux attaques des corsaires, décida les Espagnols à y transporter le centre de leur domination dans l'île qu'ils avaient d'abord établi à Santiago. L'admirable situation de la nouvelle capitale sauva Cuba du sort des autres Antilles délaissées par les Espagnols et relevées seulement à la fin du XVIIe siècle quand les Français puis les Anglais s'y installèrent. 

La Havane fut fortifiée en 1584 et devint en 1633 le siège d'un gouvernement séparé. Pendant tout le courant du XVIIe siècle, Cuba eut à souffrir des incursions et pillages des flibustiers. En 1604, le capitaine Gilbert Giran, à la tête d'une bande de deux cents hommes, la saccagea; en 1522, des Anglais occupèrent le fort Morro de Santiago; en 1679, les Français dirigés par Franquesnoi assaillirent la région orientale; en 1638, Puerto del Principe avait été pillé par Morgan. Seule La Havane repoussait les attaques; en 1542, elle avait été brûlée; mais en 1544le Français Boas; en 1585, l'Anglais Drake; en 1622, 1623 et 1638, les Anglais y échouèrent.

Le temps des plantations.
Au XVIIIe siècle commença le développement des plantations; à l'élevage du bétail on joignit la culture du tabac ; le gouvernement s'en étant réservé le monopole, en 1717 plusieurs insurrections éclatèrent qui furent comprimées. Une immense contrebande se développa surtout avec la Jamaïque et le monopole fut affermé à des marchands de Cadix. A la fin de la guerre de Sept Ans, les Anglais qui venaient de conquérir la Martinique dirigèrent une grande expédition contre Cuba; en 1762, quarante-quatre navires apportèrent devant La Havane 15 000 hommes de troupes de débarquement commandés par l'amiral Pococke et Albemarle. Le gouverneur, Juan de Prado de Porto Carrero, se défendit un mois, puis capitula le 13 août 1762. Les Anglais, maîtres de la moitié occidentale de Cuba, y proclamèrent la liberté du commerce. Dès l'année suivante ils l'évacuèrent, ayant obtenu la Floride en échange. Les Espagnols se virent obligés, en 1765, d'accorder à Cuba la liberté du commerce avec l'Espagne. Ce fut le point de départ de la fortune de la colonie et de sa capitale, La Havane.

Les plantations prirent un grand essor et La Havane devint le grand marché d'esclaves de l'Amérique espagnole à partir de 1773. En 1777, Cuba forma une capitainerie générale particulière. Après la guerre de l'indépendance américaine, on concéda à La Havane et Santiago le droit de trafiquer avec l'étranger; en 1790, le commerce des esclaves fut déclaré libre. Cuba profita également d'une manière indirecte de la Révolution française. Un grand nombre de planteurs français de Saint-Domingue s'y transportèrent et la firent profiter de leur expérience, même de leurs capitaux; la culture du café fut introduite alors. 

Plantation de tabac.
Une plantation de tabac près de La Havane.
Le XIXe siècle

L'audience espagnole (tribunal suprême) des Antilles fut transférée de San Domingo à Puerto Principe (1797). Les révoltes d'esclaves furent comprimées; en 1812, eut lieu celle dirigée par Aponte; plus tard, en 1844, une autre éclata à Matanzas, une troisième éclata en 1848, lorsque la République française eut affranchi les esclaves des Antilles françaises. La domination espagnole n'était pas seulement menacée par les Noirs. Les Créoles à Cuba comme dans les autres colonies espagnoles rêvaient l'autonomie. Toutefois de bons gouverneurs comme le marquis de La Torre (1771-1777) et le général Las Casas (1790-1796) prévenaient le mécontentement; en 1816, le monopole du tabac fut abandonné; en 1818, la liberté du commerce concédée aux Cubains. 

L'île avait des députés aux Cortès de 1812 à 1820. Aussi cette colonie demeura-t-elle fidèle; en 1823, 1826, des conspirations échouèrent; de même en 1828 celle dirigée par la société de l'Aigle noire. La situation se compliqua lors de la révolution libérale de 1836; le général Tacon qui la gouvernait fut hostile aux libéraux et réussit à empêcher l'admission de députés cubains au parlement espagnol; on promit à l'île une constitution spéciale. La promesse ne fut pas tenue et les Créoles devinrent de plus en plus mécontents. Les difficultés créées par cet antagonisme très marqué sous le gouvernement oppressif d'O'Donnell (1844) s'aggravaient de difficultés internationales. L'Angleterre, qui avait résolu d'abolir la traite des esclaves tenait à ce que les colonies espagnoles ne fissent pas exception, le maintien de l'esclavage et du recrutement des esclaves africains leur donnant un grand avantage dans la concurrence.

Les visées annexionistes des États-Unis.
Un traité conclu en 1847 entre l'Angleterre et l'Espagne fixa au 3 mai 1820 l'abolition de la traite; l'Espagne recevait une indemnité de 10 millions de francs. L'Angleterre versa l'argent, le gouvernement espagnol défendit la traite, mais favorisa la contrebande. Les protestations multipliées de l'Angleterre, qui profitait de ces incidents pour intervenir dans les affaires cubaines, donnèrent l'éveil aux États-Unis. Ceux-ci convoitèrent également la « perle des Antilles ». En 1825, ils refusèrent la demande des Espagnols qui leur offraient des avantages commerciaux si la république voulait leur garantir la possession de Cuba. Ils se montraient plutôt disposés à s'entendre avec les Créoles. Ces velléités étaient très marquées chez les Etats esclavagistes de l'Union américaine (États-Unis); au contraire ceux du Nord étaient peu favorables. Au milieu du siècle quand dominaient les démocrates, on put croire imminente l'annexion de Cuba à la grande République.

En 1845, on proposa au Sénat de Washington l'achat de l'île; en 1846, il se forma une compagnie américaine qui voulut réunir un milliard (200 millions de dollars) pour
acheter Cuba à l'Espagne; un corps franc de quinze cents hommes réuni à Bound Island sous les ordres du colonel White allait partir pour Cuba quand le gouvernement américain s'y opposa au nom du droit des gens. Il se formait à New-York une Junta promovedera de los intereses politicos de Cuba qui pouvait compter sur les sympathies de la presse américaine. A la tête était le général Narciso Lopez, Vénézuélien qui avait combattu Bolivar, puis les carlistes, été nommé gouverneur de Trinidad, grâce à Espartero; destitué, il complota à Cuba et fut obligé de se réfugier aux États-Unis (1847). 

Lopez était un autonomiste plutôt qu'un annexionniste. En 1850, il tenta une expédition; débarqué à Cardenas avec six cents hommes le 19 mai, il fut obligé de s'enfuir; traduit en justice  en Géorgie, puis à la Nouvelle-Orléans et deux fois acquitté, il revint avec l'Américain Crittenden et le Hongrois Tragay; débarqué près de Bahia Honda, le 11 août, il fut écrasé par des forces décuples, pris et exécuté à La Havane, le 31 août  le colonel Crittenden avait également été fusillé ainsi que les chefs locaux Aguero et Armentero; deux cents Cubains furent exilés par ordre du gouverneur, le général Concha. Malgré ces succès, les Espagnols inquiets demandèrent aux États-Unis, à la France et à l'Angleterre, de leur garantir la possession de Cuba (1852); nouveau refus. Le capitaine général Penezuela inaugura alors une politique nouvelle et chercha à s'appuyer sur les Noirs qu'il favorisa, décrétant le 1er janvier 1854 une émancipation partielle. On l'accusa d'africaniser le pays, et le mécontentement gagna les classes riches qui devinrent favorables à l'annexion aux États-Unis. L'énergique Concha fut chargé en 1854 de comprimer le mouvement : il arrêta les chefs dans les villes, créa des bataillons noirs, déporta une centaine de Cubains, intimida les Américains; ceux-ci, d'abord exaspérés par la saisie de leur navire Black Warrior (pour contrebande), et l'incarcération de leurs nationaux, se laissèrent arrêter par l'habileté diplomatique et l'énergie de Concha, lequel fut récompensé de ses services par le titre de marquis de La Havane. Cependant, le président Buchanan était élu aux États-Unis; il avait jadis signé à Ostende (octobre 1854) la déclaration des délégués américains Soulé et Mahon, d'après laquelle le versement à l'Espagne d'une indemnité de 200 millions de dollars donnerait aux États-Unis le droit d'occuper Cuba. Cependant Buchanan ne fit rien; Concha, un moment remplacé par le général Lersundi (1857), revint à son poste en 1858. Le projet d'annexion aux États-Unis était abandonné.

¡Libertad!
Dans la période suivante, le mécontentement des Cubains a persisté; ils se plaignaient des abus administratifs, de l'arbitraire et de la vénalité des fonctionnaires envoyés du continent, du poids des impôts et du régime économique imposé uniquement au profit de la métropole, la dîme qui écrasait l'agriculture, l'alcabala, impôt de 6% (majoré fortement ensuite), sur les transactions immobilières et les ventes d'esclaves, les droits imposés à l'exportation; ils réclamaient les libertés civiles et politiques accordées à la plupart des peuples européens (liberté de la presse, pétition, accès aux emplois publics, liberté commerciale, représentation aux Cortès espagnols, junte provinciale, etc.); de plus, l'abolition de l'esclavage, réclamée surtout par les Noirs, l'était aussi par les Créoles qui proposaient des mesures graduelles très pratiques. 

En 1866, une commission convoquée par la reine Isabelle II présenta ces réclamations. Le gouvernement de Madrid n'en tint aucun compte; en 1868, les impôts directs furent élevés à 10%; les réformistes furent persécutés. Aussi, une insurrection éclata à Cuba. Cespedes et Aguilera en donnèrent le signal à Yara, près de Bayamo, et le marquis de Santa Lucia, à Puerto Principe, s'y rallia (octobre 1868). Les insurgés faisaient une guerre de partisans; maîtres de la partie orientale de l'île, après la prise de Bayamo, ils appelaient les esclaves à la liberté, promettant une indemnité aux possesseurs d'esclaves. Les Espagnols agirent avec une énergie sauvage; le général Dulce confisqua les biens des insurgés; on décida de passer par les armes quiconque serait rencontré hors de son habitation. Le général espagnol Balmaceda fut battu près de Nuevitas (25 novembre), le colonel Alvear en décembre, mais Bayamo fut repris. Le gouvernement républicain, formé par le marquis de Santa Lucia, Cisneros Betancourt, et les deux Agramonte, opérait à part du capitaine général insurrectionnel Cespedes, mais d'accord avec lui.

Les insurgés étaient inférieurs en forces, mais ils tenaient toute la campagne, bloquant leurs ennemis dans les villes, les décimant par une guerre d'escarmouches, tandis que la fièvre jaune les ravageait. Les opérations étaient conduites surtout par Quesada; il obtint de tels succès qu'en février 1869 le gouverneur espagnol Dulce offrit une amnistie et des concessions sur les principaux griefs (les libéraux étant maîtres de l'Espagne); on refusa, les Cubains voulaient l'indépendance. Le district des Cinco Villas s'insurgea et son chef militaire, le Polonais Kulov, battit constamment les Espagnols; le gouvernement républicain du district central abolit l'esclavage. Le 10 avril 1869 fut réunie une convention nationale des députés du centre et de l'est de Cuba à Guaimaro; elle vota une constitution, partagea la république en quatre Etats, nomma Cespedes président et Manuel Quesada général en chef. Des secours arrivèrent des États-Unis. Jordan, successeur de Quesada, battit les Espagnols à Guaimaro le 1er janvier 1870. Les renforts envoyés d'Espagne étaient victimes de la fièvre jaune; les légions de volontaires formées pour renforcer l'armée de ligne étaient absolument indisciplinées, emprisonnant et expulsant le gouverneur Dulce (juin 1870). On s'explique ainsi que des forces évaluées à 110 000 hommes (40 000 de ligne et 70 000 volontaires) n'aient pu venir à bout de 25 000 insurgés. 

Les gouverneurs Caballero de Rodas (1870), Balmaceda (décembre 1870), malgré leur terrorisme; Ceballos (1872), Pieltain (1873) demeurèrent impuissants; ce dernier proposa la paix à Cespedes, qui la refusa, les indépendants de Cuba ne voulant pas rester sujets espagnols, quelles que fussent les conditions. En novembre 1873, le général Jovellar fut nommé gouverneur et en décembre Cisneros succéda à Cespedes comme président. Il fut pris et fusillé en février 1874. L'aspect des choses changea. Jovellar était un homme énergique et capable; l'ouest de l'île restait fidèle; il déclara Cuba en état de siège, incorpora dans la milice tous les hommes valides et en employa le dixième contre les insurgés. L'opposition provoquée par ses mesures le fit rappeler et on le remplaça par José de la Concha qui connaissait l'île et était aimé des planteurs. Celui-ci battit les insurgés à Yarayaba (septembre 1874). Mais la guerre carliste paralysait l'Espagne; elle avait dépensé, de 1869 à 1874, 300 millions; sur les 80000 soldats envoyés à Cuba d'octobre 1868à 1874, il n'en restait que 12000. Cependant, l'insurrection était impuissante à conquérir la région occidentale de l'île, la plus riche et la plus peuplée. 

Les États-Unis avaient, à plusieurs reprises, proposé leurs bons offices, prudemment déclinés par l'Espagne; d'ailleurs la majorité des Américains se souciaient peu de s'adjoindre un million de catholiques espagnols et un demi-million de Noirs. Aussi le conflit que l'on redoutait, après la saisie du Virginius et l'exécution sommaire de cinquante marins américains pour contrebande de guerre (31 octobre 1873), fut-il écarté par la convention de Washington. Quand l'insurrection carliste fut domptée, on expédia à Cuba des forces suffisantes. Jovellar les amena en mars 1876, abolit l'impôt de 10% sur le revenu ; les guérillas insurgées furent désarmées successivement. On promit, en 1877, des concessions de terres aux soldats, aux colons fidèles et aux insurgés soumis. En 1878, le général Martinez Campos acheva la soumission des Cubains par le pacte de Camaguey ; il leur promit l'amnistie, l'abolition de l'esclavage, des monopoles, des taxes d'exportation. 

Les Cortès d'Espagne ne ratifièrent pas toutes ces concessions en 1879. Toutefois, l'abolition de l'esclavage fut décidée en 1880, sauf un stage de sept ans pour les affranchis et, en 1886, elle fut consommée. On donna aux Noirs, qui avaient un engagement de travail pour quatre ans, les droits civils et politiques. Le 13 avril 1884, la constitution espagnole fut introduite dans l'île. Enfin, les griefs économiques reçurent  satisfaction à la suite des grandes concessions faites par l'Espagne aux États-Unis en 1890. Mais, par un incroyable aveuglement, l'Espagne continua à vouloir tirer de sa colonie les revenus les plus exorbitants et à imposer aux habitants des sacrifices excessifs. Renoncer à Cuba, c'était la ruine pour l'Espagne, tant ses finances dépendaient des richesses agricoles de la colonie et de leur exploitation.  Elle avait voulu fermer l'accès de ses possessions sans compenser cette interdiction, dont souffrait cruellement la colonie, en lui assurant une part dans les bénéfices et dans les entreprises. En somme, elle avait accaparé toutes les bonnes affaires de l'île et tirait une fortune de sa colonie.

La guerre qui éclata en 1895 , à l'initiative de José Marti idéologue de l'indépendance, mais qui sera tué lors des premiers combats, était donc, pour les uns comme pour les autres, une question de vie et de mort. Grâce à l'intervention des Américains, elle fut néfaste aux Espagnols, qui usèrent dans une lutte que le climat rendait inégale trois armées et trois généraux : Martinez Campos, Weyler et Blanco. Les insurgés, conduits par les chefs Maxime Gomez et Maceo, soutenus par les subsides étrangers, résistèrent jusqu'au moment où l'Amérique se jeta résolument dans la lutte. Les deux flottes espagnoles furent détruites, les Philippines envahies, Manille bombardé, et Cuba tout entière tomba au pouvoir des Américains.

L'Espagne dut signer une paix onéreuse. Grâce aux bons offices de la France, les préliminaires furent échangés le 12 août 1898. L'Espagne renonçait à tous ses droits sur l'île de Cuba, sans que le sort de l'île fût définitivement fixé. Porto-Rico et les autres Antilles espagnoles étaient purement et simplement cédées aux États-Unis. En échange de ce sacrifice, qui anéantissait l'empire colonial de l'Espagne, les États-Unis devaient payer à l'Espagne 20 millions de dollars dans les trois mois qui suivraient l'échange des ratifications. La paix définitive a été  signée à Paris. La perte de Cuba, suivie de la cession des Carolines (1899), à l'empire allemand, mettait fin au rôle colonial de l'Espagne.

La Havane.
Une rue de La Havane vers 1900.
Le XXe siècle

L'administration américaine.
Le traité définitif de paix signé à Paris entre l'Espagne et les États-Unis stipulait l'abandon par l'Espagne de tout droit de souveraineté sur Cuba. L'île devait, après son évacuation par l'Espagne, être occupée par les États-Unis, mais ceux-ci avaient déclaré qu'ils repoussaient toute intention d'exercer une souveraineté, une juridiction ou un contrôle sur l'île de Cuba, et qu'une fois la pacification accomplie, ils laisseraient le gouvernement et le contrôle de l'île au peuple cubain. Le dernier délai pour l'évacuation fut fixé au 1er janvier 1899. Le gouverneur espagnol, maréchal Blanco, avait laissé l'île, le 26 novembre. Le 1er janvier, le général Castellanos, chargé de présider à l'évacuation, fit remise de la souveraineté sur l'île au général Wade, président de la commission américaine. Le major général John R. Brooke prit le gouvernement de l'île, qu'il eut à tirer de son état anarchique. Une entente avec le général Maxime Gomez, chef de l'armée de la révolution cubaine, amena celle-ci à déposer les armes.

Un nouveau gouverneur militaire, le major général Wood, fut installé le 13 décembre 1899. Il fit paraître, le 25 juin 1900, un ordre pour l'élection d'une convention chargée d'élaborer une constitution. La Constituante, qui s'ouvrit le 5 novembre, réussit à présenter, en janvier 1901, un avant-projet de constitution comportant un président de la République, élu par un suffrage à deux degrés, et un Congrès composé d'un Sénat, élu, à raison de quatre membres par département, par l'ayuntamiento des municipalités, et d'une Chambre des représentants, élue au suffrage universel, à raison d'un député pour 30 000 habitants. Mais le Congrès de Washington vota certains articles, présentés par Hitchcock Platt comme amendement au budget de la guerre, qui restreignaient l'indépendance de Cuba en limitant le droit pour la République cubaine de conclure des traités et de gérer ses finances, en l'obligeant à l'observation de mesures sanitaires et en réservant la question de possession de l'île des Pins. De plus, les Etats-Unis pouvaient exercer le droit d'intervention pour préserver l'indépendance cubaine en cas de troubles et se réservaient le droit d'acheter ou de louer les terrains nécessaires pour établir des dépôts de charbon ou des stations navales. La Convention commença par rejeter l'amendement Platt, mais, après les explications données par le président Mac Kinley et sur la promesse que les États-Unis abaisseraient les droits d'entrée sur les produits cubains, elle se résigna, en juin 1901, à accepter l'amendement Platt sous forme d'appendice à la constitution.

Les élections cubaines eurent lieu, conformément à la nouvelle constitution, le 31 décembre 1901. Le 24 février suivant, les électeurs présidentiels élurent président de la République don Tomas Estrada Palma et vice-président don Luis Estevez y Romero. Le 20 mai 1902, le drapeau américain fut retiré de Cuba et fit place au drapeau cubain ; le gouverneur américain Wood quitta en même temps La Havane. Le nouveau gouvernement eut à régler avec les États-Unis la grave question des relations commerciales. Le président Mac Kinley, puis le président Théodore Roosevelt avaient demandé au Congrès américain d'accorder aux produits de Cuba le bénéfice de droits de douane réduits. Devant l'opposition qu'il rencontra, le président Roosevelt se décida, en 1902, à négocier avec la République cubaine un traité de réciprocité. Le Sénat cubain, après une certaine résistance, dut l'accepter, le 29 mars 1903, devant l'insistance comminatoire des États-Unis. Le 23 mai suivant, fut conclu un traité permanent, qui confirmait les clauses de l'amendement Platt; il y est dit aussi que les Américains pourront établir un dépôt de charbon à l'Île des Pins.

Le président Estrada Palma, qui s'était jusque-là appuyé sur tous les partis sans distinction, fit au début de 1905 une déclaration en faveur du parti modéré, sur le concours duquel il comptait pour sa réélection à la présidence. Le cabinet donna sa démission qui, d'abord refusée, fut renouvelée; un nouveau ministère, composé de modérés, fut constitué. En août, à la demande des nationaux libéraux, la Chambre des députés décida que l'amendement Platt ne serait pas annexé au texte officiel de la constitution cubaine et n'en ferait pas partie. Les élections, en septembre, furent favorables au parti modéré. Une tentative séparatiste eut lieu, en novembre, dans l'île des Pins, dont le statut politique n'était pas encore fixé. Les résidents américains, acquéreurs de la plus grande partie des terrains de l'île, avaient constitué un gouvernement spécial et demandé l'annexion aux États-Unis; mais cette puissance reconnut la souveraineté cubaine. Tomas Estrada Palma fut réélu président le 1er décembre 1905.
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Tomas Estrada Palma.
Tomas Estrada Palma.

L'indépendance sous tutelle.
Les États-Unis, qui en principe ne conservaient que la maîtrise de la politique étrangère de Cuba, intervinrent cependant militairement dans les affaires intérieures entre 1906 et 1909, pour aider au maintien d'Estrada Palma, leur homme de paille, réélu en 1906, mais menacé de renversement par Miguel Gomez, leader du parti libéral. Des troupes furent encore envoyées de 1917 à 1919. Mais les Américains laisseront faire le général Gerardo Machado y Morales qui s'empare du pouvoir en 1925 et instaure une dictature qui réprimera durement les communistes, dont le parti a été fondé cette même année, et les syndicalistes de l'industrie du sucre. Ils laissent également faire le coup d'État fomenté, en 1933, par des sous-officiers, parmi lesquels était le sergent Fulgencio Batista. Le nouveau pouvoir, placé officiellement entre les mains de Grau San Martin, puis du colonel Carlos Mendiota, imposé par l'Armée, obtiendra même l'abrogation de l'amendement Platt, l'année suivante sous la présidence de Franklin Roosevelt, ainsi que la restitution à Cuba de l'Île des Pins (aujourd'hui Île de la Jeunesse ou Isla de la Juventud).

Lors du renversement de Machado, le sergent Batista s'était fait général du jour au lendemain, mais n'était pas apparu au premier plan. Il avait encore laissé faire l'élection, à la présidence du maire de La Havane, Miguel Mariano Gomez, en 1936, mais l'avait fait remplacer un an plus tard par le vice-président, Laredo Bru, qui lui obéissait docilement. Fulgencio Batista parvint finalement à se faire élire en 1940, puis il fut battu en 1944 par Grau San Martin, auquel succède à partir de 1948 Prio Socarras. L'un et l'autre se signalant par la répression et la corruption de leur gouvernement. Batista, peut revenir en s'érigeant en sauveur du pays. Le 10 mars 1952, il instaure par un coup d'État une dictature militaire, ce qui ne va mettre fin, évidemment, ni à la répression policière, de plus en plus brutale, ni à la corruption, qui atteint désormais des niveaux inégalés. Les villes tireront plus ou moins parti de la situation, tandis que les campagnes, pillées et saignées àblanc par le régime, vont très vite devenir le lieu d'un grand soulèvement pays. C'est de lui que naîtra la révolution cubaine, qui, en 1959, allait porter au pouvoir Fidel Castro Ruz. 

L'ère castriste.
Le tombeur de Batista, Fidel Castro, alors membre du Parti orthodoxe (un parti nationaliste, anti-américain et populiste), et désavoué par les communistes, avait déjà tenté, en 1953 (assaut contre la caserne de la Moncada à Santiago de Cuba, le 26 juillet), de renverser le dictateur, mais avait échoué; il avait emprisonné quelque temps, et avait dû ensuite se réfugier au Mexique, pour ne revenir dans l'île avec quelques partisans, que le 2 décembre 1956. Le petit groupe de guérilleros prend le maquis, dans la Sierra Maestra, une petite chaîne de montagnes, à l'Ouest de Santiago de Cuba. Prenant appui sur le soulèvement paysan, les partisans de Fidel Castro, à la tête du Mouvement du 26 juillet (en référence à la date de la première tentative), entrent à La Havane en janvier 1959. La capitale est paralysée par une grève générale et Batista doit abandonner le pouvoir. Un premier président de la république, Manuel Urrutia, est nommé, tandis qu'une vaste épuration a lieu, parmi les anciens soutiens de Batista; l'armée de mercenaires sur laquelle il s'appuyait est dissoute. En même temps des luttes de pouvoir ont lieu au sein des vainqueurs. En juillet, Urrutia doit démissionner au profit d'Oswaldo Dorticos Torrado, dont le premier ministre est Fidel Castro, qui est désormais le seule vrai détenteur du pouvoir.

Quantité de réformes nécessaires dans un pays à la dérive, gangrené par des inégalités scandaleuses, sont mises en oeuvre : une réforme agraire est lancée en plusieurs étapes, interdisant les grandes propriétés et redistribution de terres aux aux paysan, politique d'éducation et de santé, politique de grand travaux et d'industrialisation, confiée à un marxiste pur sucre, rencontré et rallié à sa cause par Castro au Mexique, le médecin argentin Ernesto « Che » Guevara, qui permet une résorption rapide du chômage. En somme, le nouveau régime paraît en mesure d'incarner une nouvelle voie pour la révolution socialiste, différente de celles ouvertes par la Russie et la Chine, et peut-être plus attrayante à cette époque pour de nombreux pays, non seulement en Amérique latine, mais aussi dans le reste du Tiers monde, où les jeunes pays issus de la grande vague de décolonisation et se confrontaient à des problèmes très comparables à ceux que Cuba semblait en passe de résoudre. Ce risque de contagion de la révolution cubaine, en même temps que le programme de nationalisations des raffineries de sucre et de pétrole, jusque là entre les mains de capitaux américains, ainsi, enfin que l'expropriation des grands propriétaires terriens américains (détenteurs de plus d'un million d'hectares dans l'île), conduisirent les États-Unis, premier partenaire commercial de Cuba, à réagir en décrétant un boycott sur tous les échanges.

Le résultat fut une rupture des relations diplomatiques entre La Havane et Washington, en janvier 1961, le rétablissement, le 8 mai, des relations diplomatiques avec Moscou, le 8 mai, puis, en décembre de la même année, la fusion du  Parti socialiste populaire (communiste) et du Mouvement du 26 Juillet, qui constituent le Parti uni de la révolution socialiste (il sera transformé en octobre 1965 en  Parti communiste cubain), et l'affirmation par Castro de son adhésion au marxisme-léninisme (discours du 1er décembre 1961), qui relève sans doute moins d'une conviction profonde que de l'opportunité, mais qui range résolument Cuba dans le camp soviétique. Entre temps, une tentative de renversement du régime castriste avait eu lieu : 2000 émigrés cubains, armés et appuyés par la CIA, avaient débarqué le 17 avril 1961 dans la baie des Cochons, à la Playa Giron, mais avaient échoué. Elle n'avait fait que conforter la radicalisation des positions et transporter la Guerre Froide dans les Caraïbes. En octobre 1962, les Soviétiques installent ainsi des rampes de lancement de missiles nucléaires à Cuba. Repérées par les avions espions américains, dès le 14 octobre, ces installations suscitent une inquiétude extrême à la Maison Blanche. John Kennedy, le président américain, décide, le 22 octobre le blocus de Cuba. Le 28 octobre, Nikita Krouchtchev, numéro un soviétique, accepte le démantèlement de ses missiles, en échange du retrait de leur équivalent américain en Turquie, et de la promesse américaine de ne pas envahir Cuba.

Dans les années suivantes, la révolution cubaine conserve encore son aura. L'anti-impérialisme et la lutte pour le développement du Tiers-Monde et la solidarité avec le mouvements révolutionnaires qui y naissent sont au centre du discours de politique extérieure tenu par Fidel Castro. Une conférence, dite tricontinentale, se tient à La Havane en janvier 1966, qui réunit plusieurs centaines de délégués venus délégués d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine. L'année suivante, une seconde conférence, dite cette fois de solidarité latino-américaine, réunit divers mouvements de guérilla et partis communistes du continent, mais laisse aussi apparaître apparaître deux grandes options. Celle de « Che » Guevara partisan du développement des mouvements de libération ou, pour paraphraser un de ses slogans, de « l'exportation de la révolution, et de la création d'autres Viet-nâm » à travers le monde, et celle de Moscou, à laquelle est rallié Fidel Castro et qui consiste simplement s'en tenir à la logique existante des blocs. Après cette rupture, Guevara partira vivre son utopie révolutionnaire hors de Cuba, et sera tué quelques mois plus tard (9 octobre 1967) dans le maquis bolivien, et Castro continuera d'être l'allié fidèle, si ce n'est enthousiaste, de l'URSS, qui lui accorde un solide soutien économique. Cette dépendance étroite est aussi synonyme d'alignement politique. Castro soutient l'intervention soviétique en Tchécoslovaquie qui écrase « le Printemps de Prague » en 1968. Le prestige de la révolution cubaine, à partir de là, se fissure. Reste un pouvoir personnel et autoritaire d'un populiste opportuniste et manipulateur.

A l'intérieur du pays, les mécontentements de la population ont été de plus en plus patents au cours des années 1970. En 1980, le régime est forcé d'ouvrir ses frontières à plus de 120000 Cubains qui souhaitent quitter le pays. Il y a parmi ceux qui embarqueront au cours de quatre mois suivants au port de Mariel (à l'Ouest de La Havane), à destination de la Floride, quelques opposants politiques et une majorité de gens qui souhaitent simplement tenter une meilleure chance ailleurs, aux États-Unis. Le pouvoir cubain en profitera aussi pour se débarrasser de vider ses geôles de criminels qui séviront bientôt dans les gangs mafieux de Miami. Depuis 1980 plus d'un million de personnes, les balseros, auraient ensuite fui le pays clandestinement, bravant les courants et les requins du détroit de Floride sur des embarcations de fortune appelées balsas. Après la disparition de l'Union soviétique, en 1991, Cuba ne peut plus compter sur le soutien économique de la nouvelle Russie. La crise économique déjà largement enracinée s'amplifie. Le boycott commercial américain renforcé en 1992 ne fait qu'étrangler un peu plus les populations tout en consolidant le régime. Celui-ci s'en tire en introduisant un semblant d'économie de marché; le dollar est légalisé, le tourisme encouragé. Le tout, dans un contexte d'opacité, qui favorise un affairisme semi-clandestin et le retour des inégalités sociales. Le 31 juillet 2006, Fidel Castro, invoquant des problèmes de santé, a délégué provisoirement ses fonctions à son frère Raul Castro, jusque là chef de l'armée. L'annonce de l'abandon définitif du pouvoir par le lider maximo a été faite en février 2008. Son frère a été désigné officiellement chef de l'Etat le 25 du même mois. Un rapprochement de Cuba avec les Etats-Unis a été amorcé début 2016 sous l'impulsion du président américain Barack Obama. Fidel Castro est mort en novembre de la même année. (A.-M. B. / NLI).

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