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Les Corsaires
et la course
On appelle corsaires les marins qui pratiquent un type particulier de guerre maritime, la course, à bord de navires appelés eux-mêmes corsaires. Ceux-ci sont des bâtiments armés, au compte d'un particulier, en vertu d'une autorisation d'un gouvernement. La première qualité des bâtiments armés en course est une marche supérieure; leur dimension, le nombre de leurs canons et des hommes d'équipage dépendent des parages où ils doivent agir et du genre de navires qu'on se propose d'attaquer. Ils sont destinés, non à combattre des bâtiments de guerre, mais à saisir des bâtiments de commerce; ils ne se battent guère que pour se défendre ou pour conserver leurs prises. La course non autorisée se nomme piraterie; et les corsaires reçoivent, dans ce cas, les qualifications de pirates, de forbans ou d'écumeurs de mer.
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Combat naval entre Paul Jones et Pearson.
Combat du navire corsaire américain Bonhomme Richard de John Paul Jones
et le navire anglais Serapis, commandé par Pearson (22 septembre 1799).

La course.
La course est l'expédition des corsaires et des navires que l'on arme pour courir sus à l'ennemi. Elle a été longtemps considérée comme un moyen auxiliaire de la guerre maritime et celui qui cause le plus de dommages à l'ennemi. Les États l'ont encouragée par intérêt : les armements de corsaires leur rapportent beaucoup sans avoir rien coûté; puisqu'ils perçoivent des droits pour la délivrance des lettres de marque et s'attribuent une part dans les prises. 

On peut faire remonter au commencement du Moyen âge l'origine de la course. Les négociants, pillés par les pirates barbaresques, organisèrent, avec le consentement tacite du gouvernement, des battues afin de protéger leurs navires et, au besoin, de débarrasser les mers des pillards qui l'écumaient. Avant les traités internationaux que l'on dut faire intervenir, en temps de guerre, tous les navires de commerce des belligérants couraient sus à ceux du parti adverse. On fut amené ainsi à diviser la course en course de guerre et course de représailles.

Dès 1400, la France défendit à ses corsaires de s'armer et de combattre sans en avoir reçu l'autorisation. Une telle mesure aurait permis de régulariser ces sortes d'opérations, si les autres peuples avaient suivi cet exemple; car, les corsaires, armés au nom du bien de l'Etat, chassaient pour leur propre compte, et il importait de réprimer cet abus qui transformait la course en piraterie. Il fallut un siècle pour que l'exemple de la France se généralisât. Les diverses nations ne délivrèrent plus aux corsaires de lettres de marque que pour la course de guerre. Celle-ci servit d'auxiliaire puissant aux flottes de ligne, en anéantissant le commerce de l'ennemi. 
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Instruction aux corsaires (1780).
Instructions aux corsaires, délivrées par le
Congrès des Etats-Unis, en 1780.

La France fut puissamment aidée par ses corsaires. Avec une audace et un bonheur inouïs, ces hommes intrépides, non contents d'amariner des navires de commerce, s'attaquaient aux bâtiments de guerre, les prenaient à l'abordage et, parfois, transformaient ces prises elles-mêmes en corsaires.

Lors de la guerre contre la Russie, en 1854, le gouvernement français refusa de délivrer aucune lettre de marque, et, par une annexe au traité de Paris du 30 mars 1856 les puissances signataires ont prononcé la suppression de la course. Les plénipotentiaires  ont ainsi arrêté la déclaration solennelle ci-après : 

1° la course est et demeure abolie; 

2° le pavillon couvre la marchandise ennemie, à l'exception de la contrebande de guerre; 

3° la marchandise neutre, à l'exception de la contrebande de guerre, n'est pas saisissable sous pavillon ennemi; 

4° les blocus, pour être obligatoires, doivent être effectifs, c.-à-d. maintenus par une force suffisante pour interdire réellement l'accès du littoral de l'ennemi. 

L'Espagne, le Mexique et les Etats-Unis, qui n'ont pas pris part aux délibérations du congrès de 1856, ont continué d'autoriser l'armement de vaisseaux pour la course. La course ne pouvait être faite qu'en haute mer et dans les eaux maritimes des belligérants. Dans les fleuves et rivières, la course devient de la piraterie. L'Allemagne, continuatrice de la Prusse, qui avait pourtant été signataire du traité, a recourru à des corsaires à l'occasion des deux guerres mondiales.
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Francis Drake.
Jean Bart.
Robert Surcouf.
Francis Drake
(1545-1596)
Jean Bart
(1650-1702)
Robert Surcouf
(1773-1827)

A l'école des corsaires.
Le gouvernement délivrait autrefois des lettres de marque aux corsaires autorisés. Ces documents les distinguaient des pirates et les consacraient, pour ainsi dire, les francs-tireurs de la mer. On remarquera d'ailleurs que les pirates exercent en tout temps leur industrie et que les corsaires ne l'exercent que pendant la durée d'une guerre. 

Les corsaires prirent une immense extension après la découverte du nouveau monde. Les galions espagnols, chargés d'or, étaient de trop belles proies pour ne pas tenter la cupidité. Des aventuriers anglais, tels Francis Drake, et hollandais se lancèrent donc, et les succès qu'ils obtinrent en attirèrent beaucoup d'autres. La France elle-même arma un grand nombre de ces navires. Sous Louis XIV, plusieurs amiraux et chefs d'escadre, tels que Duguay-Trouin, Tourville, Jean Bart, commencèrent par être corsaires. Ducasse, Cassart, Surcouf, se formèrent aussi à cette rude école. Les exploits de Surcouf, en particulier, sont restés célèbres dans le golfe du Bengale, à l'Île de France (île Maurice) et à l'entrée du détroit de la Sonde. On cite aux Etats-Unis James De Wolf ("Captain Jim") et  John Paul Jones, dont Fenimore Cooper a retracé les actes dans son roman intitulé le Pirate

Il fallait, pour cette guerre de surprise, des hommes de résolution et d'énergie : ces hommes n'ont jamais manqué. De 1793 à 1815, les corsaires français capturèrent 10,874 navires de commerce anglais, dont 949 pendant la seule année 1797, la plupart à l'entrée de la Manche, aux environs de l'atterrissage des îles Scilly. Les corsaires, en effet, loin de battre continuellement la haute mer, croisaient dans un certain nombre de parages déterminés, où aboutissent les routes de navigation. 
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Lutte contre la piraterie dans le golfe d'Aden.
Lutte contre la piraterie dans le golfe d'Aden.
Le nouveau visage de la course dans le golfe d'Aden. (Source : Pistris).

En temps de guerre, les puissances qui n'ont pas adhéré au congrès du 16 avril 1856, sont restés libres d'armer des corsaires. Le développement de la piraterie dans le Sud-Est asiatique et le long des côtes de l'Afrique ont décidé plusieurs pays à recourir à des entreprises privées pour assurer la sécurité de leurs navires. C'est le cas en particulier de Hong-Kong, avec la société Background Asia Risk Solutions, ou des Etats-Unis, qui ont conféré en 2007 une lettre de marque à la société militaire Pistris pour mener des actions dans le golfe d'Aden; la même année la société Blackwater (auj. Xe), connue pour ses activités en Irak, a acquis un navire dans la perspective d'opérations liées à la sécurité maritime. Pas de lettre de marque délivrée dans ce cas, et pas plus, en France, pour la société Secopex, qui dispose de plusieurs vaisseaux d'escorte armés, mais ces entreprises inscrivent bien une partie au moins de leur activité dans la perspective de l'ancienne course. (GE / B).

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