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Les serpentines
constituent un groupe de minéraux phyllosilicates
magnésiens hydratés, tous issus de l'altération hydrothermale de roches
ultramafiques riches en olivine et en pyroxène,
comme les péridotites. Leur formule chimique générique s'écrit Mg3Si2O5(OH)4,
bien que des substitutions mineures de fer, de nickel
ou d'aluminium puissent exister. Le terme "serpentine"
évoque à la fois le minéral et la roche qu'il compose presque entièrement,
la serpentinite, dont l'aspect moucheté et les veinules ondulantes rappellent
la peau d'un serpent. Il s'agit d'un minéral secondaire, né de la réaction
de la roche mère avec l'eau à des températures
généralement comprises entre 100°C et 500°C, un processus appelé serpentinisation
qui implique une hydratation massive et une expansion de volume de la roche
d'origine. Ce métamorphisme rétrograde et hydrothermal est un puits de
soufre et un vecteur de mobilité pour des éléments comme le nickel et
le chrome.
La serpentine est un polymorphe à trois
membres principaux (lizardite, antigorite et chrysolite), qui partagent
la même composition chimique mais différant par leur structure cristalline.
Ces trois minéraux sont fréquemment intimement imbriqués à l'échelle
microscopique, rendant leur distinction visuelle impossible sur le terrain.
• La
lizardite, de loin la serpentine la plus commune, cristallise dans
une structure en feuillets plans parfaitement superposés, formant des
agrégats microcristallins massifs, compacts, à grain très fin.
• L'antigorite
présente une structure en feuillets ondulés de manière sinusoïdale,
une ondulation réversible qui confère à ce minéral une certaine flexibilité
et une texture lamellaire ou fibreuse plus rigide que les autres.
• Le chrysotile
est le seul membre du groupe à cristalliser sous forme de fibres : ses
feuillets s'enroulent sur eux-mêmes en nanotubes creux, un habitus directement
responsable de ses propriétés asbestiformes et de son utilisation historique
comme amiante blanc.
La serpentine se présente sous une palette
de couleurs dominée par les verts, allant du vert pomme et jaunâtre au
vert olive très sombre, presque noir, souvent tacheté ou veiné de blanc
par des carbonates ou de la magnétite.
Des variétés plus rares peuvent être jaunes, grises, ou brun-roux lorsqu'elles
sont oxydées. Sa dureté est modeste, située entre 2,5 et 3,5 sur l'échelle
de Mohs pour la masse microcristalline, ce qui la rend sensible Ã
la rayure, bien que les fibres de chrysotile puissent être plus résistantes
en
traction. La densité est relativement faible,
de l'ordre de 2,5 à 2,6. L'éclat est typiquement cireux, gras ou soyeux,
conférant au toucher une sensation savonneuse ou onctueuse très caractéristique.
La cassure est conchoïdale à esquilleuse pour les variétés massives,
tandis que le chrysotile se défibre facilement. La ténacité est flexible
mais non élastique pour l'antigorite lamellaire, et très flexible pour
les fibres de chrysotile.
Optiquement, la serpentine est difficile
à étudier en raison de sa finesse cristalline. En lumière polarisée
non analysée, elle est incolore à vert pâle, avec un pléochroïsme
généralement faible ou nul. Sa biréfringence,
observée en lumière polarisée analysée, est basse, affichant des teintes
grises ou blanc de première ordre, ce qui est typique des phyllosilicates
magnésiens. La texture en "mailles" est le signe distinctif par excellence
de la serpentinisation : on observe, héritées des fractures de l'olivine
originelle, des mailles polygonales remplies de fibres de chrysotile ou
de lizardite, cimentées par un réseau d'antigorite ou de magnétite.
Cette structure réticulée est pathognomonique.
La chimie de la serpentinisation est une
réaction de déstabilisation de l'olivine forstéritique et de l'enstatite
en présence d'eau, qui peut être résumée par l'hydrolyse de l'olivine
en serpentine et en magnétite. Ce processus n'est pas isochimique; il
libère de l'hydrogène, du calcium,
et concentre sur place des éléments incompatibles. La magnétite finement
disséminée est presque toujours un sous-produit de cette réaction, rendant
la serpentinite légèrement magnétique. La présence d'eau est structurelle,
sous forme de groupements hydroxyles
constituant environ 13 % du poids du minéral, ce qui en fait un important
réservoir d'eau dans le manteau terrestre hydraté,
capable d'emporter l'eau des océans en profondeur dans les zones de subduction.
La serpentinite est le témoin fossile
de zones de suture océaniques et de l'hydratation du manteau. On la trouve
principalement dans les ophiolites, fragments de lithosphère
océanique charriés sur les continents, où elle
forme des masses pouvant atteindre plusieurs kilomètres. Elle affectionne
les zones de cisaillement profond, agissant comme un lubrifiant tectonique
en raison de sa faible résistance mécanique et de sa capacité à fluer.
Les diapirs de serpentinite, sortes de volcans de boue froids, percent
les sédiments des prismes d'accrétion dans les fosses de subduction,
ramenant à la surface des blocs de péridotites serpentinisées. Sur le
plancher océanique, au niveau des dorsales
lentes, l'affleurement direct du manteau expose la péridotite
à l'eau de mer, déclenchant une serpentinisation massive qui donne naissance
à des fumeurs noirs alcalins et
à des écosystèmes chimiosynthétiques.
L'altération superficielle de la serpentinite
est un processus lent, mais il donne naissance à des sols très particuliers,
carencés en calcium et en phosphore, mais anormalement riches en magnésium,
en nickel et en chrome, souvent toxiques pour la végétation ordinaire.
Ces conditions extrêmes sélectionnent une flore
endémique spécialisée, dite "serpentinicole". Le chrysotile, autrefois
massivement exploité comme amiante pour ses fibres incombustibles, isolantes
et résistantes à la traction, est aujourd'hui proscrit ou strictement
réglementé dans de nombreux pays, car l'inhalation de ses fibres est
à l'origine de pathologies graves comme l'asbestose et le mésothéliome.
Les variétés compactes et non fibreuses, comme l'antigorite et le lizardite,
ne présentent pas ce risque et sont utilisées comme pierre ornementale
depuis l'Antiquité, appréciées pour leur veinage décoratif et leurs
teintes vertes imitant le jade, sous des appellations commerciales comme
"serpentine noble" ou "vert de mer". |
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