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| Salamanque,
Salamanca
en espagnol, Salmantica chez Ies Anciens est une ville d'Espagne La ville se déploie déploie sur les bords du Tormes,, un affluent du Douro, s'élevant légèrement sur un plateau de la Meseta Nord. Elle épouse les ondulations du relief, ses constructions de grès doré capturant une lumière unique qui change au fil des heures, donnant à la pierre cette teinte chaude si caractéristique. Le paysage environnant est celui de la Castille-et-León, vaste et souvent austère, où dominent les cultures céréalières et l'élevage, sous un climat continental marqué par des étés chauds et secs et des hivers froids. Le fleuve Tormes, franchi depuis des millénaires par un pont antique, ancre la ville dans sa géographie et son histoire. Histoire
de Salamanque.
Après le passage des Wisigoths, la ville connaît la période troublée d'Al-Andalus. Elle devient une place frontière entre les royaumes chrétiens du nord et les terres sous domination musulmane. Salamanque change de mains à plusieurs reprises, souffre des conflits et se dépeuple en grande partie. La Reconquête, menée par les rois de León, conduit à son repeuplement aux XIe et XIIe siècles. Des populations diverses, venues de différentes régions de la péninsule et d'ailleurs (Mozarabes, Castillans, Galiciens, Asturiens, Francs), s'installent sous l'impulsion des monarques, créant un tissu social nouveau et dynamique. Le tournant majeur arrive en 1218. Le roi Alphonse IX de León fonde alors l'Université de Salamanque, d'abord sous la forme d'un studium generale. Cette institution prend rapidement son essor et devient l'une des plus anciennes et prestigieuses universités d'Europe. Elle attire des étudiants et des intellectuels de tout le continent, faisant de Salamanque un foyer de savoir et de culture d'une influence immense. Les XVe et XVIe siècles constituent l'Âge d'Or de la ville. L'Université est à son apogée, notamment avec l'École de Salamanque, un courant de pensée majeur initié par Francisco de Vitoria, qui révolutionne le droit international, l'économie et la théologie. La richesse intellectuelle se reflète dans l'architecture. La ville s'embellit considérablement. La vieille cathédrale, de style roman, cohabite avec la nouvelle cathédrale, dont la construction s'étend sur deux siècles, mêlant les styles gothique tardif, Renaissance et baroque. De nombreux couvents, églises et palais sont édifiés, beaucoup présentant le style Plateresque si caractéristique de Salamanque, où la façade est ornée comme une pièce d'orfèvrerie. La Casa de las Conchas, l'Université elle-même avec sa façade historiée, le couvent de San Esteban sont des exemples éclatants de cette période de faste. Après cet apogée, Salamanque connaît un lent déclin, touchée par les crises économiques, les guerres et le déplacement des centres de pouvoir et de savoir. Le XVIIIe siècle apporte cependant un renouveau urbain majeur avec la construction de l'extraordinaire Plaza Mayor. Conçue comme un vaste quadrilatère baroque, elle devient le cœur battant de la cité, un espace public d'une élégance et d'une harmonie rares, lieu de fêtes, de marchés et de rencontres, encerclé par des arcades et des bâtiments ornés. Les siècles suivants voient Salamanque traverser les vicissitudes de l'histoire espagnole, subissant notamment les dégâts des guerres napoléoniennes et jouant un rôle pendant la Guerre Civile Espagnole, où Franco y établit un temps son quartier général. Aujourd'hui, Salamanque retrouve toute sa vitalité, largement portée par son université, qui continue d'attirer des dizaines de milliers d'étudiants, espagnols et étrangers, faisant de la ville un lieu jeune et multiculturel, particulièrement réputée pour l'enseignement de l'espagnol. Le tourisme représente une part essentielle de son économie. La beauté et la richesse de son patrimoine historique et artistique sont reconnues mondialement : la vieille ville est classée au patrimoine mondial de l'Unesco depuis 1988. En 2002, elle est désignée Capitale européenne de la culture. L'université
de Salamanque.
Cependant, c'est sous le règne d'Alphonse X le Sage (roi de Castille et León après l'union des couronnes) que l'université prend véritablement son essor et acquiert une organisation formelle et des privilèges significatifs. En 1254, Alphonse X octroie le fameux Fuero Real ou Carta Magna de l'université. Ce texte est fondamental : il fixe les disciplines enseignées (droit canonique, droit civil, logique, grammaire, physique, etc.), établit les salaires des professeurs, réglemente la vie étudiante, fixe les prix des logements pour les étudiants, et reconnaît des privilèges importants à la communauté universitaire. Cette charte fait de Salamanque l'une des premières universités d'Europe à bénéficier d'une reconnaissance et d'une régulation étatiques aussi complètes, bien qu'elle soit souvent comparée et mise en rivalité avec les grandes universités médiévales comme Bologne, Paris ou Oxford. L'université se développe rapidement et attire des étudiants de toute la péninsule ibérique et au-delà . Elle est surnommée "la mère des vertus, des sciences et des arts". Sa réputation grandit, notamment dans le domaine du droit. L'organisation s'affine avec la distinction entre les Escuelas mayores (où l'on enseigne les matières nobles comme le droit, la théologie, la médecine) et les Escuelas menores (grammaire, logique, arts). L'université acquiert rapidement le droit d'accorder des diplômes reconnus par les autres universités, gage de son excellence. Les XVe et XVIe siècles constituent l'âge d'or de l'Université de Salamanque. L'Espagne est une puissance mondiale, et Salamanque en est le coeur intellectuel. Le campus s'étend, de nouveaux bâtiments sont construits, dont la magnifique façade plateresque de l'édifice des Escuelas mayores, achevée au début du XVIe siècle, véritable chef-d'œuvre de l'architecture de l'époque. L'université compte des milliers d'étudiants, un chiffre considérable pour l'époque, qui en fait l'une des plus grandes d'Europe. C'est à cette période que s'illustrent des figures majeures qui marquent l'histoire de la pensée européenne. Antonio de Nebrija y publie sa Grammaire Castillane en 1492, la première grammaire d'une langue vernaculaire européenne. Plus important encore, l'École de Salamanque voit le jour, regroupant des théologiens et juristes éminents comme Francisco de Vitoria, Melchor Cano, Domingo de Soto, et plus tard Francisco Suárez. Ils refondent la théologie, mais aussi le droit naturel, le droit des gens (ancêtre du droit international) et posent les bases de l'économie moderne et du concept de droits humains universels, notamment en débattant de la légitimité de la conquête et du traitement des populations indigènes dans les Amériques. Leur influence s'étend bien au-delà des frontières espagnoles. La bibliothèque universitaire s'enrichit considérablement et devient un centre majeur de savoir. C'est de cette époque que date le célèbre adage, souvent attribué à l'université elle-même : Quod natura non dat, Salmantica non praestat ( = Ce que la nature ne donne pas, Salamanque ne le prête pas), soulignant l'exigence et la rigueur de l'enseignement dispensé. Cependant, les XVIIe et XVIIIe siècles voient un certain déclin. L'Espagne perd de son influence sur la scène internationale, et les structures universitaires, trop rigides, peinent à s'adapter aux nouvelles idées et aux avancées scientifiques qui émergent dans le reste de l'Europe. Les Bourbons, arrivés sur le trône d'Espagne au début du XVIIIe siècle, tentent des réformes pour moderniser l'enseignement, inspirées des Lumières, mais elles rencontrent des résistances et ne parviennent pas à redonner à Salamanque son lustre d'antan. L'expulsion des Jésuites en 1767 prive l'université de certains de ses meilleurs esprits et de structures d'enseignement importantes. Le XIXe siècle est une période de bouleversements pour l'université. L'invasion napoléonienne et la Guerre d'Indépendance causent des dommages physiques aux bâtiments et perturbent gravement l'activité académique. Le Couvent de San Isidro, qui abrite une partie des écoles et la bibliothèque, est détruit. Les luttes politiques entre libéraux et conservateurs tout au long du siècle affectent également l'institution, qui perd une partie de son autonomie et subit des réformes successives et parfois contradictoires, souvent dictées par le pouvoir central. Le XXe siècle apporte de nouveaux défis. La Guerre Civile espagnole (1936-1939) frappe durement l'université. De nombreux professeurs sont persécutés ou doivent s'exiler. Un épisode tristement célèbre est la confrontation verbale entre Miguel de Unamuno, recteur de l'université, et le général Millán Astray en 1936. Après la guerre, l'université, comme le reste de l'Espagne, est soumise au régime franquiste, ce qui limite la liberté académique et le renouvellement intellectuel pendant plusieurs décennies. Cependant, à partir des années 1950 et surtout dans les dernières décennies du siècle, l'université connaît une expansion significative. De nouvelles facultés sont créées, le nombre d'étudiants augmente considérablement, et l'institution s'adapte aux exigences de l'enseignement supérieur moderne. Aujourd'hui, l'Université de Salamanque est l'une des plus anciennes universités encore en fonctionnement en Europe et conserve un prestige international, notamment pour l'étude de la langue espagnole (elle attire des milliers d'étudiants étrangers chaque année) et dans des domaines comme le droit et les humanités. Elle est un centre de recherche actif et participe pleinement au processus de Bologne, s'intégrant dans l'espace européen de l'enseignement supérieur. Ses bâtiments historiques continuent de dominer le paysage urbain de Salamanque, témoignant de huit siècles d'histoire académique et intellectuelle, un héritage riche qui continue de définir son identité. |
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