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Cannes

Deux lieux notables portent ce nom : le premier, célèbre pour une
bataille de l'Antiquité, le second, pour son festival du cinéma.
Cannes, dans l'Antiquité Cannae, aujourd'hui Canne ou Canna, était un village d'Italie, dans l'ancienne Apulie (Pouilles), près de l'Aufidus (aujourd'hui Ofanto), à 11 kilomètres au Sud-Ouest de la ville actuelle de Barletta. Elles est réesté célèbre dans l'histoire pour la bataille qui y eut lieu, au Campo di sangue, comme on l'appelle dans le pays, au IIIe siècle avant notre ère  et opposa le Carthaginois Hannibal à l'armée romaine..

La bataille de Cannes.
La bataille de Cannes, livrée le 2 août 216 av. JC, constitue l'un des épisodes les plus célèbres et les plus étudiés de l'histoire militaire antique, symbolisant à la fois le génie tactique d'Hannibal et la résilience extraordinaire de la République Romaine. Cette bataille s'inscrit dans le contexte de la Deuxième Guerre Punique (218-201 av.JC), alors que Hannibal, mène depuis deux ans une campagne audacieuse sur le sol italien après avoir traversé les Alpes avec son armée. Malgré des forces numériquement inférieures à celles de Rome, Hannibal a déjà infligé plusieurs défaites cuisantes aux Romains : à la Trébie (218 av. JC) et surtout au lac Trasimène (217 av. JC), où une armée consulaire entière fut anéantie. Ces revers ont plongé Rome dans la consternation et ont conduit à l'adoption temporaire d'une stratégie dilatoire sous le dictateur Quintus Fabius Maximus Verrucosus, surnommé Cunctator (le Temporisateur), qui consistait à éviter les batailles rangées tout en harcelant les lignes de ravitaillement d'Hannibal. Cependant, cette prudence fut impopulaire, jugée lâche et inefficace pour chasser l'envahisseur.

Pour l'année 216 avant JC, Rome décida de revenir à sa stratégie traditionnelle : concentrer une force militaire écrasante pour affronter Hannibal en bataille rangée et le détruire définitivement. Le Sénat leva une armée d'une taille sans précédent pour l'époque, combinant huit légions romaines (au lieu des quatre habituelles) et un nombre équivalent de troupes alliées latines et italiennes. Selon les estimations des historiens antiques, l'armée romaine rassemblée près de Cannes comptait entre 80 000 et 86.000 hommes d'infanterie et environ 6000 cavaliers, plaçant ainsi ses effectifs largement au-dessus de ceux d'Hannibal. Le commandement de cette force colossale fut confié aux deux consuls élus pour l'année : Caius Terentius Varron, un homme réputé impétueux et d'origine plébéienne, et Lucius Aemilius Paullus, un patricien expérimenté mais plus prudent. Cette division du commandement, les consuls alternant la direction de l'armée chaque jour, allait se révéler une faiblesse fatale.

Hannibal, quant à lui, avait passé l'hiver 217-216 dans le sud de l'Italie, reconstituant et renforçant ses troupes. Son armée pour Cannes était composée d'une mosaïque de peuples : ses vétérans africains (libyens), entraînés et disciplinés, constituant une infanterie lourde d'élite; des mercenaires ibères et gaulois, fougueux mais moins fiables pour une manoeuvre complexe; et une cavalerie variée, comprenant des Numides légers, excellents pour le harcèlement et la poursuite, et des cavaliers ibères et gaulois, plus lourds et aptes au choc. Ses effectifs étaient significativement inférieurs à ceux des Romains : ils étaient estimés à environ 40 000 hommes d'infanterie et 10.000 cavaliers. Malgré son infériorité numérique globale, Hannibal possédait une supériorité écrasante en cavalerie.

Les deux armées se rencontrèrent dans la plaine fertile le long du fleuve Aufidus (aujourd'hui l'Ofanto), près de Cannes, un site stratégique pour Hannibal car il y trouvait des provisions et pouvait y attirer les Romains à la bataille. Hannibal choisit le champ de bataille avec soin, tenant compte du terrain et du vent (le Vulturnus), qui soufflait souvent de l'est, projetant la poussière au visage des Romains. Le jour de la bataille, les Romains se déployèrent de manière traditionnelle pour une armée consulaire. L'infanterie, formant des légions en profondeur (les hastati, principes et triarii), fut massée en une colonne dense au centre, conçue pour percer les lignes ennemies par la force brute. La cavalerie romaine (citoyens et alliés) fut placée sur les flancs : la cavalerie romaine sur l'aile droite, adossée au fleuve Aufidus, et la cavalerie alliée sur l'aile gauche, face à la plaine. Varron commandait l'aile gauche, Paullus l'aile droite, et les proconsuls Servilius Geminus et Atilius Regulus le centre de l'infanterie.

La formation d'Hannibal fut l'expression de son génie tactique. Au centre, il plaça son infanterie ibère et gauloise en première ligne, disposée en un croissant convexe avancé vers les Romains. Derrière eux, formant le creux du croissant, se tenaient ses vétérans africains, disposés en phalanges sur les flancs, mais initialement positionnés plus en arrière. Sa cavalerie, très supérieure, fut également divisée : la cavalerie lourde (Ibères et Gaulois) sous le commandement d'Hasdrubal (distinct du frère d'Hannibal) fut placée sur l'aile gauche carthaginoise (face à la cavalerie romaine), tandis que la cavalerie légère numide sous le commandement de Maharbal fut placée sur l'aile droite (face à la cavalerie alliée). Hannibal lui-même se positionna au centre, aux côtés de ses troupes ibères et gauloises.

La bataille commença par l'engagement des cavaleries sur les flancs. Sur l'aile gauche carthaginoise, la cavalerie lourde d'Hasdrubal chargea violemment la cavalerie romaine, inférieure en nombre et en qualité. Après un combat acharné, la cavalerie romaine fut complètement mise en déroute et poursuivie. Sur l'aile droite carthaginoise, la cavalerie numide légère, plus agile, engagea la cavalerie alliée. Le combat sur ce flanc fut d'abord indécis, les Numides utilisant des tactiques de harcèlement, mais ils finirent par prendre le dessus ou, selon certaines versions, retardèrent suffisamment les alliés romains.

Pendant ce temps, l'infanterie romaine, massive et profonde, s'avança au centre. Conformément au plan d'Hannibal, les Ibères et les Gaulois du centre carthaginois absorbèrent l'énorme poussée romaine. Ils résistèrent initialement, puis, sous la pression écrasante des légionnaires, commencèrent à reculer lentement, mais en maintenant leur cohésion. Ce retrait progressif attira les légions romaines toujours plus profondément dans le croissant carthaginois, transformant le croissant convexe en un croissant concave. Les Romains, confiants dans leur force brute, pensaient avoir percé le centre ennemi.

C'est à ce moment que la manœuvre décisive d'Hannibal se déploya. Après avoir mis en fuite la cavalerie romaine, la cavalerie lourde d'Hasdrubal ne se lança pas dans une longue poursuite. Au lieu de cela, elle effectua un vaste mouvement tournant derrière l'armée romaine pour rejoindre la cavalerie numide sur l'autre flanc (ou pour attaquer directement l'arrière romain après avoir achevé la cavalerie alliée). Ensemble, ou en deux attaques convergentes par l'arrière, la cavalerie carthaginoise s'abattit sur le dos des légions romaines, qui étaient complètement absorbées par leur lutte contre l'infanterie du centre carthaginois.

Au même instant, les vétérans africains d'Hannibal, qui avaient tenu leurs positions sur les flancs de la ligne d'infanterie, effectuèrent la seconde partie de la manœuvre : ils pivotèrent vers l'intérieur et avancèrent sur les flancs des légions romaines, qui étaient maintenant coincées entre le centre carthaginois reculant lentement devant elles et les troupes africaines avançant sur leurs côtés.

L'armée romaine se retrouva ainsi complètement encerclée : le centre carthaginois devant, les Africains sur les flancs, et la cavalerie carthaginoise derrière. Massées en une colonne dense, incapables de manœuvrer dans l'espace restreint, les légions romaines devinrent une cible facile. Les soldats romains furent écrasés les uns contre les autres, incapables de lever leurs armes ou même de se défendre efficacement. Le massacre qui suivit fut d'une ampleur terrifiante et sans précédent dans l'histoire romaine. Pendant des heures, l'armée carthaginoise, galvanisée, tailla en pièces les légions prises au piège.

La bataille de Cannes se transforma en une boucherie méthodique. Selon les sources antiques, généralement considérées comme élevées mais reflétant l'ampleur de la catastrophe, entre 50 000 et 70 000 soldats romains et alliés périrent, soit la quasi-totalité de l'infanterie. Parmi les morts figuraient le consul Paullus, de nombreux sénateurs et une grande partie de l'élite romaine. Varron, le consul impétueux, parvint à s'échapper avec une petite troupe de cavaliers. Les pertes carthaginoises, bien que sensibles, furent minimes en comparaison, estimées à environ 6000 hommes.

La nouvelle de ce désastre effroyable atteignit Rome et provoqua une panique immense. Jamais la République n'avait subi une telle défaite. Pourtant, malgré l'ampleur de la catastrophe, Rome refusa catégoriquement de négocier avec Hannibal. Au lieu de cela, elle mobilisa toutes ses ressources restantes, leva de nouvelles troupes, y compris des esclaves, et revint à la stratégie prudente de Fabius Cunctator : éviter les batailles rangées et harceler Hannibal par des actions limitées.

Bien qu'il ait anéanti la principale force militaire romaine, Hannibal ne marcha pas immédiatement sur Rome, soit parce qu'il n'avait pas l'équipement de siège nécessaire, soit parce qu'il espérait que sa victoire écrasante pousserait les alliés italiens de Rome à changer de camp, affaiblissant ainsi la République de l'intérieur. De nombreuses cités du sud de l'Italie, notamment Capoue, la deuxième ville d'Italie, firent effectivement défection pour rejoindre Hannibal.

La bataille de Cannes fut un triomphe tactique absolu pour Hannibal, un exemple parfait de manœuvre d'encerclement (le double enveloppement), étudié encore aujourd'hui dans les académies militaires. Elle démontra de manière spectaculaire comment une force numériquement inférieure, commandée par un génie stratégique et tactique, pouvait anéantir une armée beaucoup plus grande. Cependant, cette victoire, aussi brillante fût-elle, ne fut pas décisive pour l'issue de la guerre. La résilience inébranlable de Rome, sa capacité à mobiliser des ressources et des hommes malgré des pertes inimaginables, et sa décision de ne jamais abandonner permirent à la République de survivre et, finalement, de vaincre Hannibal dans la durée, l'éloignant progressivement de l'Italie avant de porter la guerre en Afrique.

Cannes, Aegitna ou ad Horrea, est une ville et port de France, dans le département des Alpes-Maritimes, en région Provence-Alpes-Côte d'Azur,  à 17 kilomètres au Sud-Est de Grasse, sur le golfe de La Napoule; 65500 habitants (2007). 

La ville s'établit le long de la Baie de Cannes, un amphithéâtre naturel ouvert sur la mer Méditerranée vers le sud. Son littoral est célèbre pour ses plages de sable fin, notamment le long du boulevard de la Croisette, ainsi que pour ses ports (Vieux Port, Port Pierre Canto). Face à la baie se trouvent les îles de Lérins, un archipel comprenant Sainte-Marguerite et Saint-Honorat, qui constituent une part importante du paysage et du territoire maritime cannois.

Le relief de Cannes est caractérisé par une étroite bande côtière relativement plane, dominée par la colline historique du Suquet près du Vieux Port. Rapidement vers le nord et l'ouest, le paysage s'élève en collines boisées (comme les contreforts du Massif de l'Esterel à l'ouest et du Massif du Tanneron au nord-ouest), qui marque la transition entre la côte et l'arrière-pays provençal. À l'ouest, le fleuve côtier la Siagne dessine en partie la limite communale. L'altitude varie du niveau de la mer jusqu'à environ 260 mètres dans les quartiers les plus au nord de la commune. Son orientation plein sud lui assure un ensoleillement important, typique du climat méditerranéen de la région, caractérisé par des étés chauds et secs et des hivers doux et humides. Abritée des vents du Nord par l'Esterel, Cannes a ainsi une température préférable à celle de l'Italie centrale et même de Naples (moyenne 16,4 °C; moyenne d'hiver, 9,6 °C; maximum, 32°). 

Histoire de Cannes.
L'histoire de Cannes, cité mondialement connue pour son festival du film et sa Croisette scintillante, plonge ses racines bien plus loin dans le temps que les projecteurs des stars. Les premiers habitants connus de la région furent les Ligures. Plus tard, les Romains s'y installèrent. Ils l'utilisaient probablement comme port d'étape sur la route côtière. Cependant, c'est l'établissement d'un monastère sur l'Île Saint-Honorat, l'une des Îles de Lérins, au début du Ve siècle par Saint Honorat, qui marqua véritablement le début d'une présence organisée dans la baie. L'abbaye de Lérins devint l'un des centres monastiques les plus importants d'Occident, et posséda de vastes domaines sur le continent.

Pendant tout le Moyen Âge, l'abbaye de Lérins exerça une influence considérable sur la région, contrôlant les terres et les droits sur le littoral continental. La petite agglomération qui allait devenir Cannes (dont le nom dérive probablement de "canna", le roseau abondant dans les marais côtiers) se développa progressivement sur et autour de la colline du Suquet, un lieu naturellement défensif surplombant la baie. Les incursions répétées de pirates, notamment les Sarrasins qui pillaient la côte et l'abbaye, nécessitèrent la construction d'un fort et d'une enceinte protectrice au Xe siècle. Le Suquet devint le cÅoeur du village médiéval, dominé par l'église Notre-Dame d'Espérance (construite à partir du XVIe siècle sur l'emplacement d'une église plus ancienne) et par la tour carrée, reste de l'ancien château des moines-seigneurs, servant de guet. La vie s'organisait alors principalement autour de la pêche dans le Vieux Port et de l'agriculture sur les terres environnantes.

Au fil des siècles, Cannes demeura un modeste port et bourg agricole, loin des grandes villes comme Nice ou Marseille. Elle fut parfois le théâtre de conflits régionaux ou internationaux, notamment lors des guerres de succession d'Espagne ou d'Autriche, subissant des sièges et des occupations, comme en 1746 par les troupes autrichiennes. L'abbaye de Lérins, malgré son déclin progressif et les attaques, continua de jouer un rôle jusqu'à la Révolution qui vit la suppression des ordres monastiques et la vente de ses biens. À l'aube du XIXe siècle, Cannes était un village tranquille d'environ 4000 habitants, vivant au rythme des saisons et de la mer.

Le tournant majeur de l'histoire de Cannes se situe au XIXe siècle, et il est incarné par un homme : Lord Henry Brougham and Vaux. En décembre 1834, cet éminent homme d'État britannique, alors en route pour Nice, fut contraint d'interrompre son voyage à la frontière du Var en raison d'une épidémie de choléra qui sévissait en Italie et menaçait la région niçoise, entraînant une quarantaine stricte. Il trouva refuge à Cannes. Enchanté par la douceur exceptionnelle du climat hivernal, la beauté sauvage du site et la quiétude des lieux, il décida d'y faire une halte prolongée puis d'y faire construire une villa (la villa Éléonore-Louise, nommée d'après sa fille décédée peu de temps auparavant). Son enthousiasme fut contagieux au sein de l'aristocratie britannique. Dès lors, Cannes devint une destination de villégiature hivernale très prisée par la haute société européenne. Les riches étrangers, Anglais en tête, suivis par les Russes, les Allemands, les Scandinaves, firent construire de somptueuses villas (dont certaines sont encore visibles aujourd'hui, comme la Villa Rothschild) et des palais le long du littoral, transformant radicalement le paysage du petit port.

L'arrivée du chemin de fer en 1863 accéléra considérablement ce développement. Il facilita l'accès à la ville pour une clientèle toujours plus nombreuse et fortunée. De grands hôtels de luxe virent le jour, symboles de la Belle Époque et de l'art de vivre de cette élite : le Grand Hôtel (le premier palace de la Croisette, 1863), le Carlton (1911), le Majestic (1926), le Martinez (1929). Ces établissements offraient un confort et des services inégalés, et attirèrent rois, princes, artistes et hommes d'affaires du monde entier. La promenade de la Croisette, initialement un chemin de sable reliant le port au cap de la Croisette, fut aménagée, bordée d'arbres, de jardins luxuriants et de palaces, pour devenir le lieu de rendez-vous mondain par excellence, un théâtre à ciel ouvert où l'on se montrait. Cannes s'imposait alors comme l'une des capitales de l'hivernage de luxe sur la Côte d'Azur, rivalisant avec Nice.

Le XXe siècle apporta son lot de bouleversements. Les deux guerres mondiales mirent un terme temporaire à l'insouciance et au faste de la Belle Époque, affectant le tourisme de luxe. La crise économique des années 30 marqua également un coup d'arrêt. Cependant, Cannes sut se réinventer après la Seconde Guerre mondiale.

Un nouvel événement allait propulser Cannes sur la scène mondiale d'une manière spectaculaire et durable : le Festival International du Film. D'abord modeste, il s'imposa rapidement comme le rendez-vous incontournable du cinéma mondial. Le succès grandissant du festival nécessita la construction d'une infrastructure adaptée. Un nouveau Palais des Festivals et des Congrès fut inauguré en 1982, plus grand et plus moderne que le précédent (aujourd'hui le Palais de la Méditerranée). Ce Palais s'est ouvert non seulement au festival du film en mai, mais aussi à une multitude d'autres manifestations professionnelles et culturelles de grande envergure tout au long de l'année (MIPIM, MIP TV, MIDEM, Cannes Lions, etc.). L'économie de Cannes se recentra ainsi fortement sur le tourisme d'affaires et l'organisation d'événements, complétant et prolongeant la saison touristique traditionnellement estivale et hivernale.

Aujourd'hui, Cannes conserve son image de glamour, de luxe et d'internationalité, symbolisée par ses palaces, ses boutiques de haute couture, ses restaurants étoilés, ses yachts amarrés dans le Vieux Port et, bien sûr, son célèbre festival. Elle est une ville qui vit au rythme de son calendrier événementiel intense. 

Le Festival de Cannes.
Le Festival de Cannes, aujourd'hui rendez-vous incontournable du cinéma mondial, trouve ses origines dans un désir de réaction et de liberté artistique face aux pressions politiques des années 1930. À cette époque, la Mostra de Venise, alors le principal festival international, était perçue comme étant manipulée par les régimes fascistes d'Italie et d'Allemagne. En 1938, le palmarès de Venise avait favorisé des films de propagande au détriment d'oeuvres plus artistiques, provoquant l'indignation de plusieurs pays, dont la France.

C'est dans ce contexte que Philippe Erlanger, haut fonctionnaire français, et Robert Favre Le Bret, alors en charge de la gestion des festivals, eurent l'idée de créer un nouveau festival international en France, qui serait un véritable "rendez-vous de la liberté" pour le cinéma. La ville de Cannes, sur la Côte d'Azur, fut choisie pour son cadre prestigieux et son attrait touristique. La première édition fut annoncée pour septembre 1939. Cependant, le festival ne put avoir lieu. La déclaration de guerre de la France à l'Allemagne, le 3 septembre 1939, le jour même de l'ouverture prévue, entraîna son annulation. Un seul film fut projeté, Le Bossu de Jean Delannoy, avant que l'événement ne soit interrompu.

Après la Seconde Guerre mondiale, l'idée fut relancée. La première véritable édition du Festival International du Film de Cannes eut lieu du 20 septembre au 5 octobre 1946. Dans une France encore marquée par la guerre mais désireuse de renouer avec la culture et les échanges internationaux, cet événement fut un succès immédiat. Organisé dans le Casino de Cannes (avant la construction de palais dédiés), il accueillit de nombreux films et personnalités du monde entier. Dès cette première année, le festival introduisit l'idée d'un jury international et de récompenses, appelées à l'époque Grand prix international du Festival.

Les premières années furent celles de la construction et de l'affirmation. Le festival se déroula de manière quasi annuelle à partir de 1946, s'installant progressivement comme un événement majeur. L'organisation évolua, avec la création du Palais Croisette pour accueillir les projections et manifestations principales. Le concept de compétition prit de l'ampleur, attirant les grands noms du cinéma mondial. En 1955, la Palme d'or fut créée, remplaçant le Grand prix international, symbolisant l'excellence et devenant rapidement la récompense cinématographique la plus prestigieuse au monde. La Palme d'or fut temporairement abandonnée au profit du Grand prix dans les années 1960 avant de redevenir le trophée suprême à partir de 1975.

Le Festival connut des moments de crise et de transformation. En mai 1968, les événements sociaux et politiques qui secouaient la France entraînèrent l'arrêt prématif du festival, sous la pression d'un groupe de cinéastes (dont Jean-Luc Godard et François Truffaut) protestant contre la tenue de l'événement dans un contexte de grèves et de contestation étudiante. Cet épisode marqua un tournant, et incité le festival à se remettre en question et à s'ouvrir davantage aux cinéastes émergents et aux cinématographies moins représentées. C'est dans la foulée de 1968 que furent créées des sections parallèles indépendantes, comme la Quinzaine des réalisateurs ou la Semaine de la critique, permettant de découvrir des oeuvres hors compétition officielle.

Dans les décennies suivantes, le Festival de Cannes continua de grandir en influence. Le Palais des Festivals et des Congrès, surnommé le Bunker, fut construit et inauguré en 1983 pour accueillir un événement devenu gigantesque, attirant des milliers de professionnels, de journalistes et de cinéphiles. Le Marché du film, qui existait sous une forme embryonnaire depuis les années 1950, se développa considérablement, devenant le plus grand marché international pour les droits cinématographiques, un lieu essentiel pour l'industrie où se concluent d'innombrables transactions.

Sous la direction de figures comme Gilles Jacob (qui fut délégué général puis pésident) et Thierry Frémaux (actuel délégué général), le festival a su maintenir son prestige tout en s'adaptant aux évolutions du cinéma mondial et de l'industrie. Il a élargi sa programmation avec des sections comme Un Certain regard et a intégré les nouvelles technologies et les nouvelles formes de diffusion. Aujourd'hui, le Festival de Cannes ne se limite plus à une simple compétition; il est une plateforme globale où se révèlent les talents, se négocient les films, se débattent les enjeux de l'industrie et où le glamour du tapis rouge côtoie la passion pour le septième art dans toute sa diversité. Chaque année, pendant douze jours en mai, la Croisette devient le centre névralgique du cinéma mondial.

Monuments.
Le patrimoine architectural de Cannes témoigne de sa transformation d'un modeste village de pêcheurs à une station balnéaire de renommée mondiale. Le coeur historique, Le Suquet, conserve l'aspect typique des villages méditerranéens avec ses ruelles étroites, ses façades colorées et l'église Notre-Dame de l'Espérance, ainsi que la tour médiévale abritant le Musée de la Castre, vestiges de l'ancien château des moines de Lérins. 

La majeure partie du patrimoine remarquable date cependant de l'essor touristique à partir du milieu du XIXe siècle, en particulier de la Belle Époque. Cette période a vu la construction de magnifiques villas entourées de vastes jardins, commandées par l'aristocratie anglaise et l'élite européenne hivernant sur la Côte d'Azur. Des exemples subsistent, souvent de style éclectique, qui mêlent inspirations néo-gothiques, néo-renaissance ou orientales. Parallèlement, de grands hôtels de luxe ont été érigés le long du front de mer, la Croisette, qui affichent une architecture opulente pour accueillir une clientèle fortunée. 

Le XXe siècle a apporté des styles plus modernes, culminant avec l'architecture fonctionnelle et imposante du Palais des Festivals et des Congrès, construit pour accueillir l'événement phare de la ville, et qui symbolise son rôle de centre d'affaires et de culture contemporain.

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Dictionnaire Villes et monuments
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