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La
rhétorique
(du latin rhetorica; du grec rheô, je dis) est l'art de
bien dire. On donne le nom de figures de rhétorique
aux formes particulières de langage, qui servent à donner ou de
la force ou de la grâce au discours (la métaphore
est une figure de rhétorique). L'étude de la rhétorique est tombée
depuis longtemps en désuétude, en tant qu'étude théorique; cependant,
on ne méconnaît pas son utilité et c'est elle, en somme, que l'on enseigne,
lorsque l'on s'efforce, dans l'enseignernent secondaire, d'apprendre aux
élèves à composer et à écrire.
Aristote ( La
Rhétorique )
définissait la rhétorique comme l'art de découvrir et d'employer les
moyens propres à persuader; mais la rhétorique ne doit pas être confondue
avec l'éloquence; celle-ci est le talent de persuader; celle-là est l'art
qui développe ce talent; l'éloquence est née avant la rhétorique, de
même que le langage a précédé la grammaire; la rhétorique a donc précisément
pour objet de cultiver et de développer le talent de l'éloquence en traçant
les règles qui doivent le diriger dans toutes les circonstances.
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Rhétorique
et démocratie
La rhétorique entretien
avec la démocratie une relation structurelle profonde, presque constitutive,
dans la mesure où toutes deux reposent sur la parole, la délibération
et la confrontation des points de vue. La démocratie, entendue comme un
régime où le pouvoir émane de la population, suppose que les décisions
collectives soient discutées, justifiées et acceptées à travers des
échanges discursifs. Dans ce cadre, la rhétorique apparaît non pas comme
un simple art de persuader, mais comme une compétence fondamentale permettant
aux citoyens de participer activement à la vie publique.
Historiquement, cette
articulation se manifeste dès les premières expériences démocratiques,
notamment dans les cités antiques, où la prise de parole publique était
une condition d'exercice de la citoyenneté. La rhétorique y était
enseignée comme un outil nécessaire pour défendre une position, accuser,
se justifier ou proposer des lois. Elle ne se réduisait pas à la manipulation,
mais constituait un savoir-faire codifié, structuré autour de principes
comme l'argumentation logique, la crédibilité de l'orateur et l'émotion
suscitée chez l'auditoire. Ces dimensions traduisent l'idée que la
décision démocratique n'est jamais purement rationnelle, mais résulte
d'un équilibre entre raison, valeurs et affects.
Dans une démocratie
moderne, la rhétorique conserve ce rôle central, bien que ses formes
se soient transformées avec l'évolution des médias et des espaces
publics. Les débats parlementaires, les campagnes électorales, les discours
politiques et même les échanges sur les réseaux sociaux mobilisent des
stratégies rhétoriques variées. Les acteurs politiques cherchent Ã
construire des récits, à cadrer les enjeux, à simplifier des réalités
complexes pour les rendre intelligibles et mobilisatrices. Cette dimension
narrative est essentielle, car elle permet de donner du sens à l'action
collective et de structurer l'opinion publique.
Cependant, cette
même puissance de la rhétorique soulève une tension intrinsèque au
fonctionnement démocratique. D'un côté, elle est indispensable pour
rendre possible la délibération et la participation. De l'autre, elle
peut être instrumentalisée pour manipuler, désinformer ou polariser.
La frontière entre persuasion légitime et manipulation devient alors
un enjeu crucial. Une démocratie saine suppose que les citoyens soient
capables de décrypter les discours, d'identifier les arguments fallacieux
et de distinguer l'émotion légitime de la démagogie.
Ainsi, la qualité
de la vie démocratique dépend en grande partie du niveau de culture rhétorique
de ses citoyens. Cela implique non seulement la capacité à s'exprimer
efficacement, mais aussi celle d'écouter, d'évaluer et de critiquer
les discours. L'éducation joue ici un rôle déterminant, en formant
des individus aptes à argumenter de manière rigoureuse et à résister
aux stratégies discursives trompeuses. La rhétorique devient alors un
outil d'émancipation plutôt qu'un simple instrument de pouvoir.
Au final, l'articulation
entre rhétorique et démocratie révèle une conception dynamique du politique,
où la vérité n'est pas imposée d'en haut mais construite à travers
l'échange. La confrontation des discours permet de faire émerger des
compromis, de faire évoluer les positions et, parfois, de transformer
en profondeur les représentations collectives. Dans cette perspective,
la rhétorique n'est pas un danger pour la démocratie, mais une condition
de son existence, à condition qu'elle soit encadrée par des normes
éthiques et une vigilance critique permanente. |
Les trois piliers
de la rhétorique.
Aristote a identifié
trois principaux moyens de persuasion dans la rhétorique : l'ethos, le
pathos et le logos.
Ethos
(crédibilité).
L'ethos repose
sur la crédibilité ou l'autorité de l'orateur. Un orateur perçu comme
étant honnête, compétent et fiable aura plus de chances de convaincre
son auditoire. Ex. : un médecin parlant de la santé aura plus d'impact
qu'une personne sans formation médicale.
Pathos
(émotion).
Le pathos
utilise les émotions pour influencer l'auditoire. En évoquant des sentiments
tels que la peur, la colère, la compassion ou l'enthousiasme, l'orateur
peut créer un lien émotionnel avec son public. Ex. : un discours décrivant
de manière vivante les souffrances des victimes d'une catastrophe naturelle
pour inciter à faire des dons.
Logos
(logique).
Le logos
fait appel à la raison et à la logique. Il s'appuie sur des faits, des
statistiques, des preuves et des arguments logiques pour convaincre l'auditoire.
Ex. : présenter des données scientifiques pour soutenir un argument en
faveur de la réduction des émissions de carbone.
Les trois moments
de la rhétorique.
Toutes les oeuvres de l'esprit s'accomplissent
par trois opérations successives : la recherche des idées, l'ordre dans
lequel elles doivent se produire et enfin leur expression, de là les trois
parties de la rhétorique : l'invention, la disposition et l'élocution.
A ces trois parties on en joint quelquefois une quatrième, l'action; mais
cette dernière se rapporte seulement à l'art oratoire, tandis que les
trois autres appartiennent à la rhétorique prise dans sa signification
la plus étendue.
L'invention.
L'invention consiste à se faire
d'abord une idée générale du sujet que l'on traite, à rassembler tous
les matériaux qui peuvent et doivent donner de la force à l'argumentation;
elle comprend les preuves, les passions et les moeurs; les preuves traitent
des arguments directs ou indirects; les passions du pathétique et de son
emploi.
La
disposition.
Après ce travail d'invention, il faut
disposer les parties dans un ordre naturel et judicieux, c'est le but de
la seconde partie de la rhétorique, la disposition. Si la fécondité
de l'esprit brille dans l'invention, il faut surtout du jugement dans la
disposition, c'est-Ã -dire dans le plan du discours. Le plan est cet arrangement
méthodique et systématique par lequel l'orateur dispose avec ordre les
grandes comme les plus petites divisions de son discours, démêle les
pensées, les compare, cherche ses idées principales et les idées accessoires,
ainsi que l'ordre dans lequel il doit les présenter; l'ordre et à unité
du plan sont des qualités essentielles.
La disposition donne aussi des préceptes
soir chacune parties que doit avoir un discours, sur l'exorde, la proposition,
la division, la narration, la confirmation,
la réfutation et la péroraison. Ce sont là les six parties que les rhéteurs
admettent comme devant former un discours; mais elles n'entrent pas necessairement
dans tous les discours. La réfutation, par exemple, n'est pas nécessaire
quand la confirmation a été jugée suffisamment bonne; de même l'exorde
et la péroraison ne sa trouvent que dans les grands discours. La partie
véritablement essentielle est la confirmation, c'est-à -dire le preuve
forte et serrée de la vérité de ce que l'on avance.
L'élocution.
Quant à l'élocution, elle est la plus
développée et la plus importante des divisions de la rhétorique; c'est
l'expression de la pensée par la parole, ou, encore, c'est l'art d'exprimer
convenablement les pensées fournies par l'invention. Elle comprend la
théorie du style et des figures. Le style sera, selon les circonstances,
sublime, tempéré ou simple. Quant aux figures, on distingue les figures
de mots, les figures de pensées et les tropes qui tiennent des deux premières.
Les principales figures de mots sont; la périphrase, l'ellipse et l'antithèse.
Parmi les figures de pensées, il faut mettre au premier rang la prosopopée
et l'ironie; les principaux tropes sont la métaphore et la métonymie.
L'action.
Enfin la quatrième et dernière partie
de la rhétorique est l'action, que Cicéron appelle l'éloquence
du corps (semo corporis) et qui comprend les règles du geste et
de la prononciation; c'est l'art de la déclamation. Les principaux auteurs
qui ont traité de la rhétorique sont : Aristote,
Longin,
Cicéron,
QuintIlien,
saint Augustin,
Fénelon,
Rollin, l'abbé
Batteux, Marmontel, Maury et Victor Leclerc.
(TRT / NLI). |
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