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Max
Horkheimer
est un philosophe et sociologue né le 14
février 1895 à Stuttgart dans une famille
juive orthodoxe aisée et conservatrice, était le fils unique de Moritz
et Babetta Horkheimer. Il est mort le 7 juillet 1973 Ã Nuremberg, Ã l'issue
d'un examen médical de routine, et a ét" inhumé au cimetière à Berne.
Son
père était un homme d'affaires prospère qui possédait plusieurs usines
textiles, et il attendait de son fils qu'il reprenne l'entreprise familiale.
Conformément à ce projet, Max fut retiré de l'école en 1910 pour travailler
dans l'usine, où il devint rapidement un jeune manager. Cette période
de sa vie fut marquée par deux rencontres décisives. Il fit la connaissance
de Friedrich Pollock, qui deviendrait son plus proche ami et un collaborateur
académique essentiel, et de Rose Riekher, la secrétaire personnelle de
son père. Bien que Rose fût son aînée de huit ans, chrétienne et issue
d'une classe sociale iplus modeste (ce qui la rendait inacceptable aux
yeux de son père) Max l'épousa en 1926 et resta avec elle jusqu'à sa
mort en 1969. Son parcours industriel fut interrompu en 1917 lorsqu'il
fut appelé à servir pendant la Première
Guerre mondiale, mais il fut finalement réformé pour raison médicale.
Après
la guerre, au printemps 1919, Horkheimer passa son Abitur (baccalauréat)
et s'inscrivit à l'université de Munich.
Il y vécut un épisode singulier : confondu avec le dramaturge révolutionnaire
Ernst Toller, il fut brièvement arrêté et emprisonné. Il poursuivit
ensuite ses études à l'université de Francfort,
où il étudia la philosophie et la psychologie sous la direction de Hans
Cornelius. Il y rencontra Theodor Adorno, de plusieurs
années son cadet, avec qui il tissa une amitié et une collaboration intellectuelle
durables. Après une tentative avortée sur la psychologie
de la Gestalt, il obtint son doctorat en 1922 avec une thèse intitulée
L'Antinomie
du jugement téléologique. Il décrocha son habilitation en 1925 avec
un travail sur La Critique du jugement de Kant comme médiation entre
la philosophie théorique et pratique, ce qui lui permit d'être nommé
Privatdozent
(maître
de conférences non titulaire) l'année suivante.
En
1930, Horkheimer fut promu professeur de philosophie
à l'université de Francfort et, la même
année, fut élu à la tête de l'Institut de recherche sociale (Institut
für Sozialforschung). L'institut était né d'un groupe d'études marxistes
fondé par Felix Weil, et Horkheimer s'attela à en faire une entreprise
académique d'envergure, la transformant d'une école marxiste orthodoxe
en un foyer de recherche sociale hétérodoxe. Il proposa un programme
de recherche collective axé sur des groupes sociaux spécifiques, visant
à intégrer les conceptualisations de Karl Marx
et de Sigmund Freud. Sous sa direction, l'institut
attira des penseurs exceptionnels comme Theodor Adorno, Erich Fromm, Herbert
Marcuse et Leo Löwenthal, formant ce que l'on appellerait
plus tard l'École de Francfort. En 1932,
il devint le rédacteur en chef de la Zeitschrift für Sozialforschung,
la revue de l'institut.
L'arrivée
d'Hitler au pouvoir en 1933, dans un contexte
de violence nazie croissante, contraignit l'institut, en raison de ses
affinités marxistes et de ses liens juifs, à fermer ses portes en Allemagne.
Horkheimer entreprit alors un exil qui le mena d'abord à Genève,
puis à New York l'année suivante. Surprenant
Horkheimer lui-même, le président de l'université Columbia, Nicholas
Murray Butler, accepta d'accueillir l'institut en exil et de lui fournir
un bâtiment. En 1940, Horkheimer obtint la citoyenneté américaine et
s'installa à Pacific Palisades, en Californie.
C'est là , en étroite collaboration avec Theodor Adorno, qu'il écrivit
l'oeuvre majeure Dialectique de la raison (Dialektik der Aufklärung),
publiée en 1947. La même année parut un ouvrage plus accessible présentant
des thèses similaires, Eclipse de la raison (titre original allemand
: Zur Kritik der instrumentellen Vernunft). Parallèlement, de 1942
à 1949, il dirigea la division scientifique de l'American Jewish Committee,
où il lança et organisa une série d'études intitulée Studies in
Prejudice, dont la plus célèbre est The Authoritarian Personality,
une enquête pionnière en psychologie sociale.
•
La
Dialectique de la raison (1944/1947) coécrit par Max Horkheimer et
Theodor W. Adorno pendant leur exil américain, constitue l'un des textes
fondateurs de la théorie critique. L'ouvrage part d'un constat radical
: le projet des Lumières, censé libérer les
êtres humains de la peur et de la domination mythique, a engendré une
nouvelle forme de barbarie. La raison, loin d'être
émancipatrice, s'est transformée en rationalité instrumentale, orientée
vers la maîtrise technique et l'efficacité, au service de systèmes économiques
et politiques oppressifs. Horkheimer et Adorno développent l'idée que
la domination de la nature, au coeur du projet
moderne, implique une domination corrélative des êtres humains, à la
fois sur les autres et sur eux-mêmes. Cette dynamique est analysée Ã
travers des figures mythiques comme Ulysse, interprété
comme prototype du sujet bourgeois, contraint de se discipliner pour survivre.
L'ouvrage introduit également le concept d'" industrie culturelle", qui
désigne la production de masse de biens culturels standardisés (cinéma,
radio, musique populaire) fonctionnant comme un appareil idéologique.
Loin de favoriser l'autonomie, ces formes culturelles produisent conformisme
et passivité, intégrant les individus dans l'ordre existant. Enfin, l'analyse
de l'antisémitisme y occupe une place importante : il est compris non
comme une anomalie, mais comme un produit structurel de la société
moderne, lié à des mécanismes de projection et de rationalisation pathologique,
culminant dans des événements comme l'Holocauste.
•
Eclipse
de la raison (1941/1947) approfondit cette critique en distinguant
deux formes de rationalité : la raison objective et la raison subjective.
La première renvoie à une conception substantielle de la raison, orientée
vers des fins intrinsèques telles que la justice ou le bien commun, héritée
de la philosophie classique. La seconde, devenue dominante dans la modernité,
se réduit à une faculté de calcul des moyens les plus efficaces pour
atteindre des fins données, sans interroger la valeur de ces fins. Cette
mutation entraîne un affaiblissement de la capacité critique de la pensée
: la raison ne peut plus juger des objectifs sociaux ou politiques, mais
seulement optimiser leur réalisation. Horkheimer montre que cette évolution
est liée à l'essor du capitalisme et Ã
la bureaucratisation des sociétés modernes, où l'efficacité devient
le critère suprême. La conséquence est une forme de relativisme
et de nihilisme latent : en l'absence de normes
objectives, les valeurs deviennent interchangeables, et la domination peut
se justifier par sa simple efficacité. L'ouvrage met ainsi en lumière
la crise de la rationalité moderne, qui perd sa dimension émancipatrice
pour devenir un instrument de conservation de l'ordre existant.
Après
la guerre, Horkheimer retourna en Allemagne en 1949 et l'Institut de recherche
sociale rouvrit ses portes à Francfort en 1950. De 1951 à 1953, il fut
recteur de l'université de Francfort. En 1953, il céda la direction de
l'institut à Theodor Adorno, tout en continuant à enseigner jusqu'Ã
sa retraite au milieu des années 1960. Il effectua plusieurs séjours
aux États-Unis comme professeur invité à l'université de Chicago
en 1954 et 1959. Il s'installa à Montagnola, au Tessin, en 1957. |
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