.
-

L'impact de Chicxulub

Il y a 66,043 millions d'années, à la fin du Crétacé, un astéroïde d'environ 11 à 15 kilomètres de diamètre, composé de chondrite carbonée, a percuté la Terre, selon un angle d'environ 45 à 60 degrés, au niveau de l'actuelle localité de Chicxulub, près de Merida, au nord de la péninsule du Yucatán (Mexique), dans une mer peu profonde aux eaux riches en soufre. L'énergie libérée a été absolument colossale, équivalant à 72 tératonnes de TNT, soit plusieurs milliards de fois la puissance de la bombe d'Hiroshima. Cet impact a creusé instantanément un cratère de près de 180 kilomètres de diamètre et de 20 kilomètres de profondeur. En quelques secondes, la croûte terrestre a rebondi, formant un anneau de pics central aujourd'hui enfoui sous des centaines de mètres de sédiments.

L'impact de Chicxulub a généré une onde de choc qui s'est propagée à des vitesses supersoniques, rasant tout sur des milliers de kilomètres à la ronde. Un méga-tsunami, dont les vagues dépassaient potentiellement 1500 mètres de hauteur dans la mer du Golfe du Mexique, a déferlé sur les côtes environnantes, pénétrant profondément à l'intérieur des terres, charriant des débris sur des centaines de kilomètres. Les traces de ce cataclysme se lisent aujourd'hui dans les dépôts chaotiques retrouvés jusqu'au Texas et dans les Caraïbes. Simultanément, l'impact a pulvérisé, fondu et éjecté une quantité titanesque de roches. Des milliers de milliards de tonnes de roches et de sédiments onté étté éjectées dans la haute atmosphère et sur des trajectoires sub-orbitales. Une partie a même été projetée à des vitesses de libération. Les débris incandescents qui sont retombés ont réchauffé la haute atmosphère à des températures extrêmes, créant une impulsion thermique globale qui a déclenché des incendies de forêt continentaux, consumant en quelques heures une immense partie de la biomasse végétale terrestre.

Mais la catastrophe ne fait alors que commencer. Selon le scénario que l'on peut établir, l'impact a lieu sur un plateau riche en évaporites, notamment en gypse et en anhydrite. La vaporisation massive de ces roches libère d'immenses quantités de dioxyde de soufre et de vapeur d'eau dans la haute atmosphère. S'y ajoutent les poussières de roche pulvérisée, les suies des incendies globaux, et les aérosols de carbonates. En quelques heures, un voile opaque et toxique enveloppe la planète, plongeant la surface dans une obscurité quasi-totale pendant plusieurs mois, voire plusieurs années. La photosynthèse est brutalement interrompue, entraînant l'effondrement immédiat de la base des chaînes alimentaires, aussi bien en milieu terrestre que dans les océans. Le refroidissement est radical : les sulfates forment un écran réfléchissant le rayonnement solaire, provoquant un "hiver d'impact" où les températures chutent dramatiquement, possiblement de 20 à 30°C sur les continents. Le choc de Chicxulub a peut-être aussi déclenché les grandes coulées de laves (trapps) du Deccan qui datent de la même époque, les ondes sismiques de l'impact réactivant et réorganisant les réservoirs magmatiques de la province indienne. Un phénomène qui aurait encore accentué le cataclysme.

Dans les océans, les effets sont tout aussi dévastateurs. La retombée des particules riches en soufre acidifie brutalement les eaux de surface, un phénomène qui dissout les coquilles et squelettes calcaires des organismes planctoniques, base de tout l'écosystème marin. Les récifs de rudistes et les vastes communautés d'ammonites, prospères depuis des centaines de millions d'années, disparaissent. Sur les continents, ce ne sont pas seulement les dinosaures non-aviens qui s'éteignent, mais aussi les ptérosaures, les reptiles marins comme les mosasaures et les plésiosaures, ainsi qu'une grande partie de la végétation à graines et des forêts de conifères.

L'après-impact est marqué par un réchauffement dramatique. La vapeur d'eau injectée dans la stratosphère, les émissions de dioxyde de carbone issues de la décarbonatation de la roche calcaire percutée et les suies des incendies finissent par prendre le dessus. Une fois les poussières et les aérosols sulfurés retombés après quelques années, un puissant effet de serre s'installe, élevant les températures de plusieurs degrés au-dessus des moyennes antérieures pour des décennies, voire des siècles. Cet enfer climatique acheva d'éradiquer les espèces survivantes affaiblies, incapables de s'adapter à un environnement alternant entre le gel et la fournaise, la famine et l'acidité.

La disparition de plus de 75 % des espèces de la planète a brutalement réorganisé la vie sur Terre. L'extinction des grands reptiles laisse des niches écologiques entières vacantes. Dans ce monde dévasté et simplifié, les petits mammifères fouisseurs et généralistes, qui avaient pu survivre à l'ombre des géants en se nourrissant de graines et d'insectes, entament une diversification explosive. Les fougères, pionnières et résistantes, colonisent d'abord les paysages calcinés, formant un "pic de fougères" visible dans les sédiments à la frontière Crétacé-Paléogène. Puis, lentement, les forêts de feuillus et les plantes à fleurs se redéploient, ouvrant la voie à l'ascension des mammifères placentaires, des oiseaux modernes et, des millions d'années plus tard, à l'émergence de l'humanité. 

Le cataclysme de Chicxulub n'e pas été seulement une fin, il a été le creuset d'un monde neuf, une parenthèse de terreur absolue qui, en réinitialisant l'histoire du vivant, a rendu possible notre propre existence.

.


[La Terre][Cartotheque][Etats et territoires][Histoire politique]
[Aide][Recherche sur Internet]

© Serge Jodra, 2026. - Reproduction interdite.