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Mario
Augusto Bunge est un physicien
et philosophe des sciences
né le 21 septembre 1919 à Florida Oeste, dans la banlieue de Buenos
Aires (Argentine) et mort à Montréal
(Canada) le le 24 février 2020. Il était
le fils unique d'Augusto Bunge, un médecin et législateur socialiste
argentin d'ascendance germano-suédoise, et de Marie Herminie Müser, une
infirmière allemande ayant quitté l'Allemagne juste avant le début de
la Première Guerre mondiale. Élevé sans
éducation religieuse, il a décrit son enfance dans la périphérie de
Buenos Aires comme heureuse et stimulante sur le plan intellectuel. Très
tôt, il fut exposé au cercle d'amis de son père, ce qui l'encouragea
à lire dans leur langue d'origine, comme l'allemand,
le français et l'italien.
À l'âge de 19 ans, il a fondé l'Universidad Obrera Argentina (UOA),
une école destinée à la formation supérieure des travailleurs et des
militants syndicaux, qui fut plus tard saccagée et fermée par la police
péroniste.
Après avoir hésité
entre la physique, la psychologie et la philosophie, Bunge commença des
études de chimie avant de se tourner définitivement vers la physique
à l'Université nationale de La Plata. Il y obtint son doctorat en sciences
physico-mathématiques en 1952. Il fut l'élève du physicien Guido Beck,
un ancien disciple de Werner Heisenberg, avec
qui il débuta son apprentissage scientifique et publia plusieurs articles
dans des revues prestigieuses comme Physical Review et Nature
au début des années 1940. Durant la seconde moitié des années 1950,
il devint professeur de physique théorique
et de philosophie à l'université de Buenos Aires et à celle de La Plata.
Son premier grand succès international vint avec la publication de Causality:
The Place of the Causal Principle in Modern Science, ouvrage recommandé
par Willard Van Orman Quine, qui avait qualifié
Bunge de "star" d'un congrès philosophique en 1956.
La carrière de Bunge
fut marquée par son engagement politique et les persécutions qu'il subit.
En 1947, il fut expulsé du Parti communiste pour "avoir pris des initiatives
personnelles". En 1951, il fut emprisonné pour avoir encouragé une grève
ferroviaire et défié un décret-loi interdisant les grèves. En 1963,
après la censure idéologique du gouvernement argentin, il fut contraint
à l'exil. Après avoir occupé plusieurs postes de professeur invité
aux États-Unis (Pennsylvanie, Texas,
Delaware, Temple University), il s'installa définitivement à Montréal,
au Canada, en 1966, où il obtint un poste de professeur à l'université
McGill. Il y vécut jusqu'à la fin de sa vie avec son épouse, la mathématicienne
argentine Marta Cavallo, qu'il avait épousée en 1958. En 1981, il devint
Frothingham Professor of Logic and Metaphysics, un titre qu'il conserva
jusqu'à sa retraite en 2009, à l'âge de 90 ans. Il devint citoyen canadien
et vécut à Montréal, tout en conservant son engagement pour l'Amérique
latine.
Bunge fut un penseur
extrêmement prolifique, laissant derrière lui plus de 400 articles et
80 livres. Son oeuvre monumentale est son Traité de philosophie de
base (Treatise on Basic Philosophy), publié en huit volumes
entre 1974 et 1989, qui couvre la sémantique, l'ontologie, l'épistémologie,
la philosophie des sciences et l'éthique dans une perspective systématique
et rigoureuse. Sa philosophie se voulait une synthèse de plusieurs principes
: le réalisme scientifique, le matérialisme, l'émergentisme, le rationalisme
et ce qu'il a appelé le "systémisme" (une voie médiane entre l'holisme
et l'individualisme dans les sciences
sociales). Il a défendu une métaphysique
matérialiste fondée sur la science, une position qu'il a nommée "matérialisme
scientifique" ou "matérialisme systémique". Selon lui, toute réalité
est composée de choses matérielles (ou systèmes) qui possèdent des
propriétés et subissent des changements (événements et processus),
une approche qu'il a également qualifiée d'essentialisme nomologique,
où les lois de la nature sont considérées comme l'essence des choses.
Il était un ardent défenseur de la "philosophie exacte" et un critique
virulent des courants irrationnalistes, de l'existentialisme,
de l'herméneutique, de la phénoménologie
et du postmodernisme, qu'il jugeait stériles.
En dehors du monde
académique, Mario Bunge était surtout connu du grand public pour sa lutte
acharnée contre les pseudosciences. Il considérait la psychanalyse
comme un exemple paradigmatique de pseudoscience et critiquait également
les idées de penseurs comme Karl Popper, Richard
Dawkins ou Daniel Dennett. Bien qu'appréciant certains aspects du rationalisme
critique de Popper, il trouvait celui-ci insuffisant et a formulé sa propre
version du réalisme scientifique. Sur le plan politique, il se définissait
comme un libéral de gauche et un socialiste démocrate, dans la tradition
de John Stuart Mill et de José Ingenieros. Il était
également un partisan de la création d'une Assemblée parlementaire des
Nations Unies. Ses opinions étaient souvent directes
et sans compromis. Dans une interview à 97 ans, il déclarait que "l'adoration
du marché conduit à l'abrutissement collectif" et que "les hommes politiques
ignorants proposent des politiques qui récompensent l'ignorance".
Reconnu internationalement
pour son travail, Mario Bunge a reçu de nombreuses distinctions, dont
la bourse Guggenheim (1971), le Prix Prince des Asturies pour la communication
et les humanités (1982), et a été élu membre de l'Association américaine
pour l'avancement des sciences (AAAS) et de la Société royale du Canada.
Il a également reçu 21 doctorats honorifiques de diverses universités
à travers le monde. Il est décédé en 2020, à l'âge de 100 ans, laissant
derrière lui l'héritage d'un philosophe qui a passé sa vie à construire
un pont solide entre la science et la philosophie. Il était père de quatre
enfants : Carlos Federico, Mario Augusto Julio (de son premier mariage
avec Julia Delfina Molina y Vedia), ainsi que Eric R. et Silvia A., issus
de son mariage avec Marta Cavallo. |
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