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Constance
Le concile de Constance
Constance (Constantia, Konstanz ou Costnitz) est une ville d'Allemagne, sur le Rhin et sur le lac de Constance, à 156 kilomètres au Sud-Sud-Est de Karlsruhe, à 146 kilomètres au Sud-Est de Strasbourg

Belle cathédrale bâtie de 1052 à 1068; c'est une basilique à colonnade, dont le choeur et les transepts ont été rebâtis au XVe siècle; l'ensemble a été restauré au XIXe siècle. Outre la tour gothique pyramidale, on y admire les boiseries du choeur, les portes (1470), la crypte, des tombeaux. C'est dans cette église que siégea le plus souvent le concile. 
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Constance.
Constance (vers 1900).

Citons encore l'église Saint-Etienne gothique du XVe siècle, l'ancien couvent des Dominicains où fut enfermé Huss et où est le tombeau de M. Chrysoloras (et où se tint aussi en partie le concile); les anciens couvents des Franciscains et des Jésuites l'hôtel des marchands, bâti en 1388, dont la grande salle servit de conclave et où Martin V fut élu en 1417; l'auberge où Frédéric Barberousse y signa en 1183 la Paix de Constance, qui reconnaissait l'indépendance des villes lombardes; la demeure de Huss, etc. 

Fondée par les Romains en 378, dit-on, rasée par les Alamans au siècle suivant, Constance fut relevée et l'on y transféra, en 570, l'évêché de Windisch. Cet évêché prospéra; c'était, au Moyen âge le plus grand d'Allemagne, il allait du Neckar au Saint-Gothard, embrassant une grande partie de la Suisse actuelle. II appartenait à l'archevêché de Mayence; le chapitre résidait à Constance, l'évêque à Meersburg. En 780 apparaît la ville de Constance où siégèrent souvent des diètes de l'Empire et des conciles. Ses toiles, célèbres dans l'Europe entière, l'enrichirent. Elle entra en lutte avec ses évêques. Ville d'Empire en 1192, elle entra dans la ligue des villes souabes en 1331. 

Il s'y tint de 1414 à 1418 un célèbre concile oecuménique qui mit fin au grand schisme d'occident en déposant les papes Jean XXII et Benoît XIII, et en nommant Martin V (V. ci-dessous). C'est dans ce même concile que furent jugés et condamnés Jean Huss et Jérôme de Prague.  Le clergé français y était représenté par Pierre d'Ailly archevêque de Cambrai, et par J. Gerson, chancelier de l'université de Paris

Ce concile mit le comble à sa prospérité. Elle embrassa la Réforme, convertie par Blaurer, et s'allia à Zurich et à Berne; à la diète d'Augsbourg, elle affirma ses idées par la Confessio tetrapolitana, présentée le 9 juillet 1530, d'accord avec Lindau, Memmingen et Strasbourg : elle était entrée dans la ligue de Smalkalde, rejeta l'intérim et fut mise au ban de l'Empire  par Charles-Quint (1548). A la fin du XVIe siècle une réaction la livra à la maison d'Autriche et le catholicisme fut rétabli.

Au XVIIe siècle, la décadence de Constance fut complète. L'évêché fut sécularisé en 1803, aboli en 1821, la ville fut cédée en 1805 par l'Autriche au grand-duc de Bade.  Elle a été, quelques décennies plus tard, le centre du mouvement vieux-catholique.

Le concile de Constance

Le Concile de Constance, du 5 novembre 1414 au 22 avril 1418, est le deuxième des conciles dits réformateurs. Il fut convoqué par le pape Jean XXII, qui dut céder aux instances pressantes de l'université de Paris et de l'empereur Sigismond « afin d'établir l'unité de l'Eglise et de réformer l'Eglise dans son chef et dans ses membres ». Il y avait alors trois papes rivaux, Grégoire XII (Angelo Corraro), Benoît XIII (Pedro de Luna) et Jean XXII (Balthasar Cossa), ancien forban et l'un des papes les plus dépravés qui aient jamais occupé le trône pontifical. 

Jean XXII ne se décida à se rendre au concile que sur l'engagement pris par le duc Frédéric d'Autriche de le faire sortir de la ville dès qu'il le demanderait. Le concile fut plus nombreux encore que celui de Pise : 29 cardinaux, 3 patriarches, 33 archevêques, 150 évêques et prélats, plus de 100 abbés, un nombre considérable de professeurs et de docteurs, plus de 500 moines de divers ordres, environ 1800 simples prêtres, des princes et des ambassadeurs, et l'empereur Sigismond, qui vint en qualité de protecteur. Ce monde ecclésiastique traînait à sa suite une foule de valets, d'histrions, de musiciens et de courtisanes; les fêtes, les banquets et les tournois alternaient avec les messes, les processions et les sermons sur la corruption des moeurs. A certains moments, le nombre des étrangers à Constance s'élevait de 50 à 100,000 personnes. 

Le concile était appelé : 

1° à mettre fin au schisme; 

2° à juger les hérésies de Wicleff et de Huss

3° à réformer l'Eglise dans ses chefs et dans ses membres.

Le 28 octobre 1414, Jean XXII fit son entrée solennelle dans la ville de Constance, accompagné d'un brillant cortège et suivi de plus de 1600 chevaux. Il ouvrit le concile dans le Dôme (= cathédrale) le 5 novembre; la première session eut lieu le 16. Les premieres séances furent consacrées à des discussions sur le droit de vote; les nombreux Italiens, accourus à Constance, étaient pour la plupart pauvres, affamés et dévoués à Jean XXII dont les faveurs affermissaient les esprits chancelants et soumettaient les volontés rebelles; leur nombre était plus grand que celui des autres nations réunies. Il était donc à craindre qu'il y eût une majorité favorable au pape Jean et par suite hostile à la réforme de l'Eglise. Pour prévenir ce danger, on convint de ne pas compter les suffrages par tête, mais de voter par nations, les députés de chaque nation formant une unité. Le concile fut donc partagé en quatre nations : italienne, française, allemande et anglaise; plus tard, l'espagnole y fut ajoutée comme cinquième. Chaque nation délibérait séparément, nationaliter; toute délibération adoptée par la nation à la majorité des suffrages était portée devant le concile et débattue conciliariter, en séance plénière; mais là, chaque nation n'avait plus qu'un seul suffrage. 

Ce fut Jean XXII qui présida d'abord les séances, mais il s'éleva tant de plaintes sur les scandales de sa vie, « laquelle, dit Thierry de Niem, renfermait tous les péchés mortels et une multitude d'abominations », qu'on dut songer à l'écarter. On profita de ces accusations pour le sommer d'abdiquer, le menaçant, s'il refusait, « de faire appel contre lui au bras séculier, au nom de l'Eglise universelle ». Ce n'est pas sans peine qu'il s'y résigna. Le 1er mars 1415, il jura solennellement « de donner librement et de bon gré la paix à l'Eglise par une cession pure et simple du pontificat, et de l'exécuter effectivement, selon le concile », mais sous la réserve que Grégoire et Benoît en feraient autant. Bientôt après cependant il s'évada, déguisé en palefrenier, et s'enfuit à Schaffhouse, où il était sous la protection de Frédéric d'Autriche.

II y eut alors un moment de désarroi ; le concile fut sur le point de se dissoudre, car Jean avait ordonné aux cardinaux et aux clercs de sa cour de le rejoindre, sous peine d'excommunication. Mais l'empereur, soutenant énergiquement Gerson, qu'on appelait alors déjà « l'âme du concile », sauva la situation. Le 23 mars, dans un discours célèbre, celui-ci établit la supériorité du concile sur le pape. Aussi l'assemblée arrêta que personne ne pourrait la dissoudre, ni la transférer dans une autre ville, ni la quitter, avant que le schisme fût terminé et la réforme accomplie. Ces principes furent proclames dans la quatrième session (30 mars), à laquelle prirent part tous les cardinaux ainsi que l'empereur et les princes présents à Constance; le cardinal Jourdan des Ursins présidait; François Zabarelli, cardinal de Florence, fit la lecture des articles dont voici le premier et le plus important : 

« Au nom de la très sainte Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit, le sacre synode de Constance, etc., ordonne, statue, décerne et déclare ce qui suit : 1° que ledit concile général, qui représente l'Église catholique militante, a reçu immédiatement de Jésus-Christ une puissance à laquelle toute personne, de quelque état et dignité qu'elle soit, est obligée d'obéir dans tout ce qui appartient à la foi, à l'extirpation du présent schisme et à la réformation de l'Eglise dans son chef et dans ses membres. » 


Le duc d'Autriche fut alois contraint de livrer Jean XXII, qui fut interné à Ratolfzell, à quelques kilomètres de Constance. Dans sa dixième session (14 mai), le concile décida « que ledit seigneur Jean, pape, sera suspens de toute administration de l'Eglise, tant au spirituel qu'au temporel »; entre autres motifs, on mentionne le suivant : « qu'il avait nié opiniâtrement l'immortalité de l'âme ». La destitution fut proclamée publiquement dans la douzième session (29 mai). Le 14 juillet, Grégoire XII abdiqua volontairement et fut reçu par le concile au nombre de ses cardinaux. Mais Benoît XIII refusa de se retirer; le concile le déposa, le 26 juillet 1417, comme schismatique et hérétique.

Les deux premières tâches du concile étaient accomplies : la condamnation de l'hérésie hussite et l'extirpation du schisme. Mais il semble que ces deux actes aient épuisé ses forces, car pour la réforme de l'Eglise, il montra une incapacité singulière; il se divisa aussitôt. Fallait-il d'abord élire un nouveau pape? c'est ce que voulaient les cardinaux; ou commencer par la réforme de l'Église? c'est ce que demandaient Gerson, l'empereur et la nation allemande. Tout l'avenir du concile dépendait de la solution que l'on donnerait à cette question. Pierre d'Ailly fléchit et entraîna ensuite la nation française; les Italiens et les Espagnols ne pouvaient concevoir un concile sans pape. La mort de Robert Hallam, évêque de Salisbury, un des plus zélés partisans de la réforme, brisa la résistance des Anglais; les Allemands, restant isolés, durent accepter la priorité de l'élection. 

Le concile voulut au moins sauvegarder, dans une certaine mesure, l'avenir. Aussi le 9 octobre 1417, il décida que le concile général se réunirait tous les dix ans;
en cas de schisme il s'assemblerait immédiatement et suspendrait les papes de leur administration. Le pape qui serait élu ferait une profession de foi, renoncerait au droit de dépouille sur les prélats décédés et ne déplacerait aucun évêque contre son gré. Dans la session du 30 octobre, on décida, en outre, que le pape ferait, d'accord avec le concile, une réforme de l'Eglise dans son chef et dans ses membres sur les dix-huit articles suivants : 

« 1 ° le nombre, la qualité et la nation des cardinaux ; 2° les réserves du siège apostolique; 3° les annales et les communs services; 4° la collation des bénéfices; 5° la confirmation des élections; 6° les causes qu'on doit porter en cour de Rome ou non; 7° les appellations en cour de Rome; 8° les offices de chancellerie et de pénitencerie; 9° les exemptions et les unions durant le schisme; 10° les commendes; 11° les intermédiats ou revenus disponibles durant la vacance des bénéfices; 12° l'aliénation des biens de l'Eglise romaine; 13° les cas où l'on peut déposer le pape (propter quae et quomodo papa possit corrigi vel deponi);14° l'extirpation de la simonie; 15° les dispenses; 16° les provisions pour le pape et les cardinaux; 17° les indulgences; 18° les décimes. » 
Mais on y ajouta une clause qui rendit vaines les bonnes résolutions qu'on venait de prendre : quand le concile aurait élit une commission de députés des cinq nations pour introduire les reformes conjointement avec le pape, « il sera permis aux autres membres du concile de se retirer avec l'autorisation du pape ». Cette clause décida du sort du concile; on voulait en finir; les pères étaient fatigués et sentaient leur impuissance. 

On décida encore qu'aucun des papes destitués ne pourrait être élu et qu'on adjoindrait, pour l'élection, aux vingt-trois cardinaux, trente membres du concile, six de chaque nation. Le 11 novembre, ce collège élut le cardinal romain Otton de Colonna, qui prit le nom de Martin V. Le nouveau pape ne se pressa pas de réformer l'Eglise. Les Français s'en plaignirent à Sigismond, qui leur répondit : 

« Quand je vous ai pressés de faire la reforme avant l'élection, vous n'y avez pas consenti, vous vouliez avoir un pape avant la réforme; vous l'avez maintenant, adressez-vous à lui. »
Martin V, pour se débarrasser des réclamations, fit des concordats avec les Allemands, les Français et les Anglais; il n'y réussit pas avec les Espagnols; quant aux Italiens, ils étaient d'accord avec lui. Le concordat français, qui ne reconnaissait pas toutes les libertés de l'Église gallicane, échoua devant le Parlement. Quant à la réforme, le pape la renvoya au prochain concile, dont fi annonça la convocation à Pavie dans cinq ans. Avant la fin du concile, Martin V déclara faux, rebelle et condamnable le principe que le concile universel est supérieur au pape et qu'on peut porter devant lui les appels contre les jugements pontificaux. C'était anéantir l'oeuvre principale du concile. 

Le 22 avril 1418, il prononça la dissolution du concile en donnant à tous ses membres l'absolution plénière de leurs péchés. Il quitta Constance en grande pompe; l'empereur Sigismond partit sans bruit, criblé de dettes. 

« Ainsi, dit l'abbé Fleury, finit le concile de Constance, après avoir duré trois ans et demi ; il n'éteignit pas tout à fait le schisme et, pour ce qui regarde la réformation de l'Eglise, qui était l'autre fin qu'on s'était proposée, à peine fut-elle commencée qu'on la remit à un autre temps. »
(Ch. Pfender).
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