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Les langues
Les anciennes
langues mésopotamiennes
et anatoliennes isolées
Dans l'Anatolie et la Mésopotamie anciennes, de nombreuses langues ont coexisté sur de longues périodes, souvent avec des fonctions différentes selon le contexte social, administratif ou religieux. Certaines langues anatoliennes étaient des langues indo-européennes (hittite, lydien, lycien, palaïte, louvite), et certaines langues mésopotéamiennes appartenaient au sémitique oriental (comme l'akkadien, l'éblaïte ou la langue de Mari). Ces langues seront étudiées dans d'autres pages de ce site. On se contentera ici de traiter des langues isolées anciennement parlées dans la région, principalement le sumérien, les langues hourrites (hurrite et urartien) et le hatti.

Le sumérien.
La langue sumérienne fut parlée à Sumer, dans le sud de la Mésopotamie (l'actuel Irak) à partir au moins du IVe millénaire avant notre ère et jusqu'au début du IIe millénaire, où elle fut progressivement supplantée par l'akkadien. Elle conserva cependant jusqu'à la fin de l'Antiquité mésopotamienne un statut prestigieux de langue savante, religieuse et administrative, à l'instar du latin dans l'Europe médiévale.

Sa découverte et son déchiffrement, initiés au milieu du XIXe siècle, ont été rendus possibles grâce à la découverte de listes lexicales bilingues suméro-akkadiennes et à l'étude systématique de la grammaire et du vocabulaire. L'écriture utilisée est le cunéiforme, un système d'origine sumérienne qui évolua des pictogrammes vers des signes syllabiques et conceptuels (logogrammes). Cette écriture fut par la suite adaptée pour noter l'akkadien et d'autres langues du Proche-Orient ancien.

La structure du sumérien présente des caractéristiques particulières. C'est une langue agglutinante : les mots sont formés par l'ajout successif d'affixes (préfixes, suffixes, infixes) à une racine, chacun de ces morphèmes apportant une information grammaticale précise. La langue est de type ergatif : le sujet d'un verbe transitif est marqué différemment (par le cas ergatif) de l'objet d'un verbe transitif et du sujet d'un verbe intransitif (tous deux marqués par le cas absolutif). Ce système diffère profondément des langues accusatives comme le français ou l'akkadien.

Le verbe sumérien est d'une grande complexité. Il porte les marques de la personne et du nombre du sujet et des compléments, organisées selon un schéma précis au sein de la conjugaison. Il exprime aussi des nuances aspectuelles (complétif vs incomplétif) plutôt que temporelles, et possède une riche gamme de modalités. La racine verbale elle-même peut être modifiée par redoublement ou par l'ajout d'infixes pour exprimer des variations de sens.

La langue possède une série de cas grammaticaux, marqués par des suffixes postpositionnels, qui définissent la fonction des noms dans la phrase (ergatif, absolutif, génitif, datif, locatif, etc.). Le nom n'a pas de genre grammatical, mais distingue l'animé de l'inanimé dans certains pronoms et accords verbaux. Il existe également un classificateur nominal, le déterminatif, qui précède le nom pour en indiquer la catégorie (bois, personne, lieu, divinité, etc.).

Le sumérien présente un riche vocabulaire, notamment dans des domaines spécialisés comme l'agriculture, l'hydraulique, l'architecture, la religion et l'administration. De nombreux mots sumériens furent empruntés par l'akkadien. La littérature sumérienne, redécouverte sur des milliers de tablettes d'argile, est d'une immense richesse : elle comprend des mythes (comme celui de la création du monde, Enuma Elish, bien que sa version la plus complète soit en akkadien), des épopées (comme celle de Gilgamesh, dont les premières versions sont sumériennes), des hymnes, des lamentations, des proverbes et de vastes textes de sagesse.

L'étude du sumérien, toujours en évolution, repose sur un corpus textuel colossal qui s'étend sur trois millénaires. Elle permet un accès direct à la pensée et à la culture de la première civilisation urbaine de l'humanité, révélant une vision du monde sophistiquée où les dieux, la nature et les humains étaient intimement liés dans un cosmos organisé. 

Les langues hourrites.
La famille des langues hourrites regroupe des langues parlées dans le Proche-Orient du IIIe au Ier millénaire av. JC, principalement dans le nord de la Mésopotamie, la Syrie du Nord et l'Anatolie orientale. Les deux langues les mieux attestées comme appartenant à cette famille sont le hurrite et l'urartien. D'autres langues ou dialectes de cette famille sont hypothétiques ou peu connus. Bien que les langues hourrites montrent des affinités typologiques avec les langues ouraliennes et caucasiennes selon certaines hypothèses, elles sont généralement considérées comme par rapport aux grandes familles voisines comme les langues sémitiques ou indo-européennes, bien que des contacts prolongés aient produit des emprunts et des influences réciproques, notamment sur l'akkadien et le hittite.

Les langues hourrites se caractérisent par un système morphologique agglutinant, une conjugaison verbale complexe et un lexique riche en termes religieux et administratifs. Elles ont joué un rôle culturel important, notamment par l'influence de la civilisation hurrite sur la mythologie, les rituels et les pratiques diplomatiques de la région, et ont laissé un héritage notable dans les langues et les textes hittites et mésopotamiens. L'étude des langues hourrites repose essentiellement sur des inscriptions cunéiformes, des textes diplomatiques, des tablettes administratives et des transcriptions hurrites par des scribes hittites, ce qui permet de reconstruire partiellement leur phonologie, leur morphologie et leur syntaxe.

Le hurrite.
Le hurrite est une langue de la famille hourrite, parlée principalement dans le nord de la Mésopotamie et en Anatolie orientale à partir du IIIe millénaire av. JC, mais son apogée se situe au IIe millénaire. Le hurrite est attesté par des textes cunéiformes dans des contextes diplomatiques, administratifs et religieux, et il servit de langue de prestige dans certains royaumes comme Mitanni. Le hurrite influença la culture et la langue des Hittites et, dans une moindre mesure, l'akkadien, notamment dans le vocabulaire religieux et rituel.

L'urartien.
L'urartien était parlé dans le royaume d'Urartu (IXe-VIe siècle av. JC) et est attesté par des inscriptions monumentales et des textes administratifs.. Cette langue, bien qu'éloignée chronologiquement et géographiquement, est ordinairement considérée comme apparentée au hurrite, formant un sous-groupe oriental de la famille hourrite. Elle partage avec le hurrite des caractéristiques morphologiques, notamment des systèmes agglutinants de suffixes et des traits syntaxiques comme l'ordre sujet-objet-verbe, bien que sa documentation soit plus limitée. 

Le hatti.
Le hatti, langue parlée dans l'Anatolie centrale avant l'arrivée des Hittites, est également une langue isolée. Son usage remonte au IIIe millénaire av. JC, et il est principalement connu grâce aux textes cunéiformes hatti transcrits par les scribes hittites à partir du IIe millénaire. Le hatti servait surtout dans le contexte religieux et cérémoniel, tandis que l'akkadien et plus tard le hittite étaient utilisés pour l'administration et la diplomatie. Les textes hatti montrent des emprunts aux langues voisines et une influence sur la langue hittite, notamment dans le vocabulaire rituel et mythologique.

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