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Hammurabi

Hammurabi est un roi de Babylone, né vers 1810 avant notre ère dans cette ville, alors une cité de moyenne importance située sur les rives de l'Euphrate, au coeur de la Mésopotamie. Il appartient à la dynastie amorrite qui règne sur Babylone depuis près d'un siècle, une lignée de rois habiles qui ont su naviguer entre les puissants royaumes voisins sans jamais s'imposer comme une force dominante. Son père, Sîn-muballit, gouverne la ville avec prudence, consolidant les murailles, entretenant les canaux d'irrigation et menant quelques campagnes limitées contre les cités rivales. Hammurabi, dont le nom signifie "le dieu Hammu guérit" ou "Hammu est grand", est élevé dans le palais royal, entouré de scribes, de prêtres et de conseillers qui lui enseignent l'art de la guerre, de l'administration et de la diplomatie, ainsi que la vénération des dieux, en particulier Mardouk, le dieu tutélaire de Babylone, dont le temple, l'Esagil, est encore modeste mais appelé à un destin grandiose.

Lorsque Sîn-muballit meurt vers 1792 avant notre ère, Hammurabi monte sur le trône de Babylone. Il est encore jeune, mais il manifeste immédiatement une énergie et une intelligence politique remarquables. À son avènement, la Mésopotamie est un puzzle complexe de royaumes et de cités-États rivaux, dominés par de puissants souverains : au nord, le royaume de Shamshi-Adad Ier, qui a bâti un vaste empire en Haute Mésopotamie; à l'est, le royaume d'Eshnunna, riche et bien organisé; au sud, les cités de Larsa, d'Uruk, d'Ur et d'Isin, qui se disputent l'héritage de Sumer; et plus loin, l'Élam, un voisin redoutable qui intervient régulièrement dans les affaires de la plaine. Hammurabi, pendant les premières années de son règne, se comporte en vassal prudent et en administrateur soucieux du bien-être de son peuple. Il fait creuser des canaux, reconstruire des temples, renforcer les fortifications de Babylone et réorganiser la collecte des impôts. Il promulgue également des remises de dettes, une pratique traditionnelle par laquelle le roi efface les arriérés des paysans endettés et libère ceux qui sont tombés en servitude pour dettes. Ces mesures lui assurent la loyauté de la population et la réputation d'un roi juste, soucieux de l'équité et de la protection des faibles.

Les premières campagnes militaires de Hammurabi sont modestes et ciblées. Il s'empare de quelques villes frontalières, repousse des incursions de nomades et affirme son autorité sur les canaux et les routes commerciales. Mais il comprend que la survie de Babylone dépend d'un jeu d'alliances subtil. Il noue des relations avec Shamshi-Adad, puis avec Zimri-Lim de Mari, un royaume de la moyenne Euphrate qui contrôle les routes commerciales vers la Syrie et la Méditerranée. Les lettres échangées entre Hammurabi et Zimri-Lim, retrouvées dans les archives du palais de Mari, montrent un souverain calculateur, patient, capable de promettre, de temporiser, de menacer et de trahir lorsque les circonstances l'exigent. Pendant plus de vingt ans, Hammurabi évite les guerres dévastatrices et consolide ses forces, tandis que ses rivaux s'épuisent dans des conflits incessants.

Le tournant décisif survient vers 1763 avant notre ère, lorsque Hammurabi décide de briser l'alliance avec Larsa, la grande cité du sud gouvernée par Rîm-Sîn, un roi vieillissant qui a régné pendant plus de soixante ans et qui contrôle Uruk, Ur et une grande partie de la Babylonie méridionale. Hammurabi rassemble une armée puissante, équipée d'armes en bronze, de chars de guerre et d'engins de siège, et marche sur Larsa. La ville, protégée par d'épaisses murailles, résiste plusieurs mois, mais la famine et la maladie finissent par avoir raison de ses défenseurs. Rîm-Sîn est capturé, et Hammurabi fait son entrée triomphale dans Larsa, qu'il épargne et intègre à son royaume. La chute de Larsa marque le début d'une série de conquêtes rapides. En quelques années, Hammurabi s'empare d'Uruk, d'Ur, de Nippur, d'Isin et de tout le sud mésopotamien. Il se tourne ensuite vers le nord et l'est, défait les armées d'Eshnunna, d'Assur et d'Ekallatum, et soumet les royaumes de la moyenne Euphrate, dont Mari, qu'il fait détruire après la trahison de son ancien allié Zimri-Lim. Vers 1755 avant notre ère, Hammurabi règne sur un empire qui s'étend du golfe Persique à la Syrie et du Zagros au désert, unifiant pour la première fois depuis Sargon d'Akkad l'ensemble de la Mésopotamie sous une seule autorité.

Le gouvernement de Hammurabi, une fois la conquête achevée, se caractérise par une attention méticuleuse aux détails administratifs, économiques et religieux. Il ne cherche pas à détruire les institutions locales, mais à les intégrer dans un système centralisé, contrôlé par des gouverneurs nommés et par des fonctionnaires royaux chargés de la collecte des impôts, de l'entretien des canaux et de la justice. Les temples, qui possèdent de vastes domaines et emploient des milliers de personnes, sont placés sous la surveillance du palais, mais Hammurabi leur accorde des privilèges et des offrandes, se présentant comme le serviteur des dieux et le protecteur des sanctuaires. Il fait reconstruire l'Esagil, le temple de Mardouk à Babylone, et élève la ziggourat de la ville, l'Etemenanki, qui deviendra plus tard le modèle de la tour de Babel. En honorant Mardouk, Hammurabi transforme Babylone en capitale religieuse de son empire et prépare l'ascension de ce dieu au sommet du panthéon mésopotamien.

Le monument le plus célèbre du règne de Hammurabi est sans doute le code de lois qui porte son nom, gravé sur une stèle de basalte noir de plus de deux mètres de haut, découverte à Suse en 1901 et aujourd'hui conservée au musée du Louvre. Cette stèle représente Hammurabi debout devant Shamash, le dieu du soleil et de la justice, qui lui remet les insignes du pouvoir, symbolisant ainsi l'origine divine de la loi. Le texte, rédigé en akkadien, comprend un prologue, un épilogue et environ deux cent quatre-vingt-deux articles, couvrant tous les aspects de la vie sociale : le droit de la famille, le mariage, le divorce, l'héritage, l'adoption, l'esclavage, les contrats, les salaires, les prêts, les dépôts, la propriété, les vols, les agressions, les dommages, les accidents, la médecine, l'agriculture, l'élevage, le commerce et la navigation. Le code de Hammurabi n'est pas le plus ancien recueil de lois mésopotamien, mais il est le plus complet et le plus célèbre, et il repose sur le principe du talion, exprimé par la formule "oeil pour oeil, dent pour dent", qui vise à limiter la vengeance privée et à proportionner la peine au délit. Le roi se présente dans l'épilogue comme le "berger" de son peuple, le "roi de justice" choisi par les dieux pour faire régner l'équité, protéger la veuve et l'orphelin et empêcher que le fort n'opprime le faible. Les juges, les gouverneurs et les fonctionnaires sont invités à se référer à cette stèle, exposée publiquement, pour rendre leurs verdicts et apaiser les conflits.

Hammurabi, dans les dernières années de son règne, se consacre à la consolidation de son empire et à la transmission de son héritage. Il fait rédiger des inscriptions commémoratives, creuser de nouveaux canaux, construire des forteresses et des entrepôts, et organiser des fêtes religieuses somptueuses. Il correspond avec ses gouverneurs, donne des instructions précises sur la gestion des récoltes, la répartition des eaux, la mobilisation des corvées et la résolution des litiges. Sa santé décline progressivement, mais il continue de gouverner avec autorité jusqu'à sa mort, vers 1750 avant notre ère, après un règne de plus de quarante ans. Son fils Samsu-iluna lui succède et hérite d'un empire puissant, mais déjà miné par des tensions internes et des menaces extérieures. Les successeurs de Hammurabi ne parviennent pas à maintenir l'unité de l'empire, qui se disloque progressivement sous les coups des Kassites, des Hittites et des révoltes locales. Babylone demeure néanmoins une ville sainte et prestigieuse, et le souvenir de Hammurabi reste vivant pendant des siècles, entretenu par les scribes qui copient ses lois, les prêtres qui vénèrent sa mémoire et les rois qui se réclament de son exemple.

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Dictionnaire biographique
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