 |
Gilgit
est une ville du nord du Pakistan ,
capitale de la région du Gilgit-Balistan revendiquée par l'Inde .
Nichée au coeur du noeud montagneux où se rencontrent les imposants massifs
du Karakoram, de l'Hindou
Kouch et de l'Himalaya, Gilgit se déploie
à 1454 mètres d'altitude sur la rive droite de la rivière qui porte
son nom. Bien que souvent perçue comme une simple étape sur la route
du Karakoram, cette ville se situe à une quinzaine de kilomètres de cet
axe majeur, en contrebas de la vallée de Hunza. Son emplacement est stratégique
depuis des millénaires : elle commande l'accès à d'anciennes routes
menant vers la Chine
par le col de Mintaka, vers l'Inde et vers l'Asie centrale, ce qui en a
fait un carrefour inévitable pour les armées, les commerçants et les
pèlerins.
L'histoire de Gilgit
est un palimpseste de civilisations qui s'y sont succédé, ce qui en fait
un véritable conservatoire des syncrétismes culturels de la route
de la soie. Avant l'islamisation, la région fut un important centre
du bouddhisme, témoignage que l'on peut
encore admirer dans la vallée de Kargah, à quelques kilomètres de la
ville. Une imposante figure de Bouddha, sculptée
à même la falaise au VIIe siècle, veille
sur les lieux avec une sérénité millénaire. Le royaume de Gilgit fut
l'enjeu de la rivalité entre l'empire chinois des Tang
et l'empire tibétain en expansion, une lutte
si intense que la région était considérée comme la porte occidentale
du territoire chinois à protéger à tout prix. Cette époque, où le
général Tang Gao Xianzhi vint s'emparer de la région au VIIIe
siècle, a laissé des traces profondes dans l'imaginaire local, avant
que la région ne devienne un terrain de jeu du Grand Jeu ( Histoire
de l'Asie Centrale) entre les empires russe
et britannique au XIXe
siècle.
Politiquement, Gilgit
occupe une place complexe et singulière au sein du Pakistan. Depuis la
partition des Indes en 1947, la région est sous administration pakistanaise,
mais elle ne fait pas partie intégrante de la fédération pakistanaise.
Elle est régie par un statut hybride, où les habitants se voient refuser
les droits politiques fondamentaux accordés aux citoyens pakistanais de
plein droit. Cette marginalisation politique est exacerbée par une histoire
de violences sectaires, notamment entre chiites
et sunnites, qui ont émaillé l'histoire récente
de la région et continuent de fragiliser son tissu social. Aujourd'hui,
Gilgit est au coeur des enjeux géopolitiques contemporains, notamment
dans le cadre du corridor économique Chine-Pakistan (CPEC), qui fait de
la ville un noeud logistique et économique majeur pour Pékin et Islamabad.
L'économie et l'identité
de Gilgit sont aujourd'hui indissociables de la route du Karakoram depuis
les années 1970, a brisé son isolement séculaire. La ville est devenue
une plaque tournante logistique et commerciale pour les marchandises transitant
entre la Chine et le Pakistan. Cependant, cette manne économique a un
coût humain considérable : la construction de cette voie mythique a coûté
la vie à de nombreux ouvriers. Un cimetière se trouve à l'entrée de
la ville, abritant 88 tombes surmontées de stèles rouges. Aujourd'hui,
l'amélioration de la route du Karakoram et la construction de nouvelles
voies de contournement sont au coeur des débats, oscillant entre la promesse
de désenclavement touristique et la réalité d'une route souvent accidentogène
qui reste une "artère sans coeur".
Cependant, cette
ville millénaire fait face à un défi existentiel contemporain : le changement
climatique. Gilgit est situé dans une région qui se réchauffe deux
Ă trois fois plus vite que la moyenne mondiale. Les glaces qui l'entourent,
véritables châteaux d'eau pour l'Asie du Sud, fondent à un rythme alarmant,
menaçant directement l'approvisionnement en eau de millions de personnes
en aval. Le phénomène des débâcles glaciaires est devenu une menace
récurrente, avec des lacs qui se forment de manière
instable en altitude et qui peuvent libérer soudainement des torrents
de boue dévastateurs pour les villages et les infrastructures. Paradoxalement,
le manque de neige en hiver, comme observé récemment, perturbe le cycle
naturel de recharge des glaciers, provoquant
des pénuries d'eau dès le printemps. Cette crise environnementale, qui
voit les hivers devenir plus secs et les températures augmenter, pousse
les communautés locales et les autorités à développer des stratégies
d'adaptation et à installer des systèmes d'alerte précoce pour tenter
de dompter une nature devenue imprévisible. |
|