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Le Karakoram,
Karakoroum
ou Mouztagh ( = mont de glace) est une chaîne de montagnes qui
relie, du Sud-Est au Nord-Ouest, le Tibet au Pamir,
entre le Turkestan oriental au Nord et
l'Inde
au Sud. Il se lève en arrière de l'Himalaya,
par-delà la dépression où court l'Indus, et il est en moyenne plus élevé
et plus froid que l'Himalaya, avec des cols plus impraticables. Cette chaîne
est longue de 750 km et large de 150 km. Haut de 8615 m, le K2 ou
Mont Godwin Austen ou encore Dapsang, son point culminant, est le second
plus haut sommet du monde, après l'Everest. Il se trouve au Pakistan .
Le Karakoram est également remarquable par grands glaciers,
sur le versant sud. Le versant nord du Karakoram, qui fait face à l'Asie
centrale, est balayé par des vents très froids,
mais secs.
Situé à la confluence
des frontières du Pakistan, de l'Inde, de la Chine
et du Tadjikistan ,
le Karakoram forme la frontière la plus densément glacée de la planète
en dehors des pôles. Son nom même, d'origine turque, signifie Gravier
noir, une évocation poétique et juste pour ces étendues de roches sombres
et de débris morainiques qui dominent ses abords. Tandis que l'Himalaya,
son voisin méridional, capte l'imaginaire avec le toit du monde qu'est
l'Everest, le Karakoram se distingue par une concentration inégalée de
démesure. C'est ici que se dresse le K2, second sommet du monde mais premier
par sa difficulté et sa dangerosité, un pyramidon de roche et de glace
qui tue plus d'alpinistes qu'il n'en sacre. Sur une distance d'Ã peine
500 kilomètres, cette chaîne aligne quatre des quatorze sommets dépassant
les 8000 mètres, dont le Gasherbrum I et II, et abrite la plus longue
concentration de glaciers de moyenne latitude, avec le glacier
du Baltoro, véritable autoroute de glace, et le glacier du Biafo, qui
forme avec le Hispar un couloir de glace de plus de 100 kilomètres.
Cette immense machine
à glace est le produit d'une collision tectonique toujours active, où
la plaque indienne continue de s'enfoncer sous la plaque
eurasienne, soulevant ces masses rocheuses à un rythme soutenu. La géologie
y expose des métamorphites, des granits et des
schistes d'une beauté austère, sculptés par
une érosion glaciaire d'une grande puissance.
Les rivières qui en descendent, notamment l'Indus,
captent ces eaux de fonte pour former l'un des systèmes hydrologiques
les plus importants d'Asie, mais c'est un environnement aride, paradoxalement.
La mousson indienne, qui verdit l'Himalaya, meurt
ici avant d'arriver, laissant le Karakoram dans une sécheresse relative.
Pourtant, ce sont les gigantesques glaciers, vestiges des ères glaciaires
et alimentés par les chutes de neige hivernales et les avalanches, qui
dominent le paysage, avançant comme des fleuves de glace lente à travers
des vallées en U profondément entaillées.
Les populations humaines,
principalement d'origine tibétaine, baltie et wakhi, se sont installées
dans les rares vallées accessibles, comme le Hunza, la vallée de la Shigar
ou le Nagar, à des altitudes où une agriculture en terrasses, irriguée
par des canaux ingénieux datant de plusieurs siècles, parvient à prospérer.
Ces populations ont développé une culture structurée autour de la famille,
de la communauté et d'une tradition d'hospitalité face à un isolement
géographique longtemps total. Leur univers est rythmé par les saisons,
les travaux des champs et la menace constante des aléas naturels, des
éboulements aux crues glaciaires soudaines. C'est un monde où l'histoire
se lit aussi à travers les traces du passé, avec des forteresses en ruine
comme le fort de Baltit qui surplombe Karimabad, témoignant des anciens
royaumes et des routes de la soie, car le
Karakoram fut un carrefour stratégique, un passage difficile mais vital
entre l'Asie centrale et le sous-continent indien.
L'accès à ce bastion
a été révolutionné par la construction de la route du Karakoram (KKH),
qui suit en partie l'ancienne route de la soie, reliant le Pakistan Ã
la Chine à travers des cols vertigineux comme le Khunjerab à près de
5000 mètres. Cette artère a brisé l'isolement séculaire, apportant
des échanges économiques mais aussi des pressions environnementales et
une modernisation rapide. Pour les alpinistes et les trekkeurs du monde
entier, le Karakoram reste un domaine où l'approche est déjà une expédition.
Marcher sur le glacier du Baltoro, au milieu d'un cirque de tours de granit
comme les Trango Towers ou face au gigantesque mur du K2, procure une sensation
d'immensité et de confrontation avec l'élémentaire que peu d'autres
lieux sur Terre peuvent offrir. C'est un univers de verticalité, où la
fragilité humaine est mesurée à chaque instant, dans le silence des
séracs qui s'effondrent ou sous la menace des tempêtes qui peuvent durer
des jours.
Aujourd'hui, le Karakoram
est un terrain d'étude essentiel pour la glaciologie, car il présente
un comportement paradoxal par rapport au changement
climatique : contrairement à la plupart des glaciers himalayens, certains
des siens sont stables, voire avancent, un phénomène appelé anomalie
du Karakoram que les scientifiques tentent encore de percer, impliquant
des mécanismes complexes de couverture de débris, de régimes de précipitations
et de températures. Ce statut en fait un laboratoire à ciel ouvert pour
comprendre l'avenir des ressources en eau de l'Asie centrale. Pourtant,
ce géant de roche et de glace reste fragile, soumis à la pression des
infrastructures, du tourisme de masse naissant et des conflits géopolitiques
des régions qu'il chevauche. |
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