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État du Mexique
Campeche
L'État du Campeche (Estado Libre y Soberano de Campeche) est un des Etats fédérés du Mexique. Situé dans la région sud-est du Mexique, il occupe la partie occidentale de la péninsule du Yucatán et est bordé au nord et à l'est par l'État du Yucatán, au sud-est par le Quintana Roo, au sud par le Guatemala et l'État du Tabasco, et à l'ouest par le golfe du Mexique. Sa population, concentrée principalement dans les villes de Campeche (la capitale) et Ciudad del Carmen, cst d'environ 900 000 habitants -2025) et sa superficie totale est de 57 924 kilomètres carrés, ce qui en fait l'un des États les moins densément peuplés du pays, mais richement diversifié sur le plan géographique. Le tissu humain est donc intimement lié à un territoire encore largement dominé par la nature.

Le relief du Campeche est essentiellement plat, typique des terrains karstiques de la péninsule du Yucatán. Le paysage est dominé par de vastes plaines calcaires, légèrement ondulées, avec très peu de reliefs élevés. Le point culminant se trouve au sud, dans la Sierra Alta, près de la frontière avec le Guatemala, mais il reste modeste par rapport aux montagnes d'autres régions du pays. Cette configuration géologique favorise la présence de nombreux cénotes, dolines et rivières souterraines, caractéristiques de la zone karstique.

Le climat du Campeche est principalement tropical, avec une saison des pluies qui s'étend de mai à octobre. Les températures sont généralement élevées tout au long de l'année, oscillant entre 25 et 35 °C. Le taux d'humidité est également important, particulièrement pendant la saison humide. Les zones côtières peuvent être affectées par des ouragans provenant du golfe du Mexique et de la mer des Caraïbes.

La façade maritime du Campeche s'étend sur plus de 500 kilomètres le long du golfe du Mexique. Cette côte est parsemée de lagunes côtières, de mangroves et d'estuaires, et forme un écosystème riche en biodiversité. Le littoral joue un rôle économique vital grâce à la pêche, à l'extraction de pétrole offshore et à un tourisme en croissance. L'île de Carmen, où se trouve la ville de Ciudad del Carmen, est un point stratégique majeur dans cette dynamique littorale.

Le couvert végétal du Campeche est principalement constitué de forêts tropicales humides et semi-humides, bien que certaines zones aient été déboisées pour l'agriculture ou l'élevage. La réserve de biosphère de Calakmul, classée au patrimoine mondial de l'Unesco, est l'un des plus grands blocs de forêt tropicale en Amérique du Nord et constitue un sanctuaire pour de nombreuses espèces endémiques et menacées, comme le jaguar et le tapir.

Le Campeche est relativement pauvre en rivières de surface à cause de sa nature karstique, mais quelques cours d'eau comme le río Candelaria, le río Palizada et le río Champotón marquent son paysage et jouent un rôle important dans l'agriculture locale. De nombreuses zones humides et marécageuses se trouvent également dans les régions côtières, ajoutant à la richesse écologique de l'État.

Quelques-unes des principales villes de l'Etat de Campeche

• Campeche (San Francisco de Campeche), la capitale,  est la ville la plus emblĂ©matique de l'État. SituĂ©e sur la cĂ´te du golfe du Mexique, elle se distingue par son centre historique colonial bien conservĂ©, ceinturĂ© par des remparts construits aux XVIIe et XVIIIe siècles pour se dĂ©fendre contre les attaques de pirates. Ce patrimoine a valu Ă  la ville d'ĂŞtre classĂ©e au patrimoine mondial de l'Unesco en 1999. Campeche est un centre administratif et culturel majeur, avec une forte prĂ©sence de musĂ©es, d'universitĂ©s, et de bâtiments civils anciens. Elle a su prĂ©server une atmosphère tranquille, combinant architecture coloniale, traditions festives comme le Carnaval et une vie moderne en croissance modĂ©rĂ©e.

• Ciudad del Carmen est la deuxième ville en importance, située sur l'île du même nom dans la lagune de Términos. Ancien village de pêcheurs, elle a connu un essor spectaculaire à partir des années 1970 avec la découverte de gisements pétroliers en mer. Elle est aujourd'hui un pôle stratégique de l'industrie pétrolière mexicaine, abritant de nombreuses entreprises de services énergétiques, des infrastructures portuaires et une main-d'oeuvre spécialisée. Cette expansion rapide a conduit à une urbanisation massive et à des défis en matière de logement, de mobilité et d'environnement. Malgré son orientation industrielle, la ville conserve une importance culturelle locale, notamment avec les fêtes en l'honneur de la Vierge del Carmen, très vénérée dans la région.

• Champotón, située au sud-ouest de la capitale, est une autre ville d'intérêt. Elle a une forte tradition agricole et de pêche, tout en ayant un passé historique marqué par la résistance contre les conquistadors espagnols. Le nom de la ville vient d'une bataille célèbre en 1517, où les Mayas infligèrent de lourdes pertes aux troupes de Francisco Hernández de Córdoba. Aujourd'hui, Champotón est un centre de production agroalimentaire et un lieu paisible, apprécié pour ses plages et sa gastronomie locale.

• Escárcega est une ville située à l'intérieur des terres, au carrefour des routes et lignes ferroviaires reliant le sud-est du Mexique. Elle s'est développée comme un noeud logistique et de transport dans la seconde moitié du XXe siècle, notamment grâce à la construction de routes traversant les zones forestières de la région. Elle est aujourd'hui un centre agricole, commercial et de services important, desservant les zones rurales environnantes. Sa croissance est liée à son rôle stratégique plutôt qu'à un héritage historique, ce qui en fait une ville au développement plus fonctionnel qu'artistique ou culturel.

• Calkiní, au nord de l'État, est une ville chargée d'histoire coloniale et préhispanique. Elle fut un important centre maya avant la conquête, et devint par la suite un bastion missionnaire franciscain. Elle conserve de nombreux vestiges architecturaux, notamment l'église San Luis Obispo et des bâtiments coloniaux en pierre. Elle se distingue aussi par ses traditions artisanales et sa forte identité culturelle maya. Calkiní est aujourd'hui une ville calme, mais marquée par un riche patrimoine historique et religieux.

• Hecelchakán, située entre Campeche et Calkiní, est une ville de taille moyenne dont l'économie repose principalement sur l'agriculture, l'élevage et la production de maïs. Son nom vient du maya et signifie « lieu de repos du vent », en référence à son climat relativement tempéré. Hecelchakán possède également des sites archéologiques mineurs à proximité, ce qui en fait un point d'intérêt pour les passionnés d'histoire locale.

• Hopelchén est une autre ville intérieure notable, connue pour sa forte population d'origine maya et mennonite. Elle joue un rôle central dans l'agriculture régionale, notamment la culture du maïs, du miel et du tournesol. Les Mennonites installés depuis plusieurs décennies y ont contribué à l'essor de pratiques agricoles mécanisées, ce qui a transformé le paysage et l'économie locale.

Histoire.
Avant l'arrivée des Espagnols, la région était occupée par plusieurs cités-États mayas puissantes, notamment Calakmul, qui rivalisait avec Tikal (dans l'actuel Guatemala) pour la suprématie dans le bassin mésoaméricain. Calakmul fut l'un des centres politiques et militaires les plus importants de la période classique maya (250–900 ar. JC). La région de Campeche regorge encore de sites archéologiques majeurs comme Edzná, Becán, Balamkú et Xpuhil, qui témoignent d'une civilisation complexe.

À l'arrivée des Espagnols au XVIe siècle, la ville de Can Pech (aujourd'hui Campeche), située sur la côte, était un important port maya. En 1540, les conquistadors espagnols menés par Francisco de Montejo le Jeune s'emparèrent de la ville après une forte résistance indigène. Le nom Campeche est dérivé de l'ancien toponyme maya Ah-Kin-Pech, signifiant "le lieu du seigneur soleil et du serpent". La colonisation entraîna la réorganisation du territoire, l'introduction de la religion catholique, l'esclavage et des épidémies qui décimèrent la population autochtone.

Durant la période coloniale, Campeche devint un port stratégique de la Nouvelle-Espagne. Il servait à l'exportation de produits comme le bois de teinture (palo de tinte), très recherché en Europe, ainsi que du sel, du miel et des peaux. Cependant, cette prospérité attira les pirates, et la ville de Campeche fut fréquemment attaquée aux XVIIe et XVIIIe siècles. En réaction, les Espagnols construisirent une série de fortifications, dont des bastions et un mur d'enceinte qui subsistent encore aujourd'hui. Ces fortifications valent à la ville son inscription au patrimoine mondial de l'Unesco.

Après l'indépendance du Mexique en 1821, Campeche fit initialement partie de l'État du Yucatán. Cependant, des tensions politiques et économiques entre Campeche et la ville de Mérida (capitale du Yucatán) provoquèrent une série de conflits. Ces tensions culminèrent avec la sécession du Campeche en tant qu'État autonome en 1857. Cette séparation fut motivée par le désir de contrôle économique local, notamment sur le port et les ressources agricoles.

Au cours du XIXe siècle, Campeche fut également affecté par la guerre des Castes (1847–1901), un conflit majeur dans la péninsule du Yucatán, où les Mayas se révoltèrent contre les élites criollas (descendants d'Européens). Bien que les combats les plus violents aient eu lieu dans le Quintana Roo et le Yucatán, les répercussions se firent sentir dans les zones rurales de Campeche, où les tensions ethniques et sociales persistaient.

Au XXe siècle, Campeche connut une lente modernisation. La mise en place d'infrastructures, notamment ferroviaires et portuaires, permit une meilleure intégration à l'économie nationale. L'événement le plus marquant du XXe siècle fut la découverte, dans les années 1970, de vastes gisements de pétrole offshore dans la baie de Campeche. Cela transforma radicalement l'économie de l'État, en particulier dans la région de Ciudad del Carmen, qui devint un centre névralgique pour l'industrie pétrolière mexicaine, dirigée par la société publique Pemex.

Cependant, cette richesse soudaine ne profita pas équitablement à toute la population. De nombreuses communautés rurales et indigènes restèrent marginalisées, et la dépendance à l'économie pétrolière posa de nouveaux défis environnementaux et sociaux. Au cours des dernières décennies, des efforts ont été déployés pour diversifier l'économie, promouvoir le tourisme culturel (notamment autour des sites mayas) et protéger l'environnement, en particulier les zones naturelles comme la réserve de Calakmul.

Quelques-uns des principaux sites archéologiques de l'Etat de Campeche

• Calakmul est sans doute le site le plus emblĂ©matique de Campeche, inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco. Ancienne capitale d'un royaume maya rival de Tikal, Calakmul Ă©tait un centre politique majeur entre 500 et 900 ap. JC. Il s'Ă©tend sur plus de 70 km² et comprend plus de 6000 structures recensĂ©es. Sa structure la plus imposante est la Structure II, une des plus grandes pyramides mayas connues. SituĂ© au coeur de la RĂ©serve de biosphère de Calakmul, le site se trouve  immergĂ© dans une jungle dense et vivante, ce qui lui confère une ambiance très particulière.

• Becán, un autre site majeur, se distingue par ses systèmes de fortification rares dans l'architecture maya : il est entouré d'un fossé défensif – d'où son nom, qui signifie « chemin creux » en maya. Habité dès 550 av. JC., il a atteint son apogée entre 600 et 800 ap. JC. Les structures massives, les passages voûtés et les palais à plusieurs niveaux témoignent d'une complexité urbaine rare. Le site était probablement un centre administratif.

• Edzná, situé non loin de la capitale de l'État, se caractérise par une grande plateforme cérémonielle où trône le Temple des Cinq Étages. Ce bâtiment pyramidal monumental, haut de plus de 30 mètres, combine influences Puuc et Río Bec. Edzná fut un centre politique et hydraulique majeur, avec un système d'irrigation complexe utilisant des canaux et des réservoirs qui permettaient l'agriculture intensive dans une région au climat saisonnier.

• Hochob, bien que plus modeste en taille, est renommĂ© pour son architecture de style Chenes, reconnaissable Ă  ses façades richement dĂ©corĂ©es de masques en stuc reprĂ©sentant Itzamná, divinitĂ© suprĂŞme du panthĂ©on maya. Les bâtiments ici servaient probablement Ă  des fonctions religieuses et 

cérémonielles. Sa façade zoomorphe évoque une entrée dans la bouche d'un monstre céleste, une iconographie qui symbolisait l'accès à l'inframonde.

• Xpuhil (Xpujil) est un autre site notable du style Río Bec, caractérisé par ses tours factices à fausses escaliers. La structure I est la plus connue, dotée de trois tours massives symétriques qui créent une illusion d'élévation. Ce style unique et expressif, parfois qualifié de théâtral, semble refléter des ambitions esthétiques plus que pratiques.

• Chunhuhub et El Hormiguero sont deux sites secondaires mais importants pour la compréhension du style Río Bec. À Hormiguero, la structure II impressionne avec son portail zoomorphe et ses tours élancées. Ces cités étaient probablement des centres administratifs locaux sous la domination d'entités plus puissantes comme Calakmul.

• Dzibilnocac, situé dans le sud de l'État, offre une belle illustration de l'architecture Chenes. Il possède une structure cérémonielle avec une série de pièces voûtées et un décor sculpté riche. Bien que moins bien conservé, le site présente des éléments précieux pour l'étude des dynamiques sociales régionales à la fin de la période classique.

• Itzamkanac est un site important historiquement, bien qu'archéologiquement peu spectaculaire. Il aurait été la dernière capitale des Itza avant la conquête espagnole et l'endroit où le conquistador Hernán Cortés fit exécuter le dernier roi aztèque, Cuauhtémoc.

• La Réserve archéologique de Petén, qui englobe plusieurs de ces sites, forme l'un des plus grands ensembles mayas au monde. Encore peu étudiée dans son ensemble, elle renferme probablement de nombreux vestiges inconnus, enfouis dans la jungle.

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Dictionnaire Territoires et lieux d'Histoire
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