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L'invention de l'imprimerie
à caractères mobiles
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L'invention de l'imprimerie à caractères mobiles, qui a si puissamment favorisé en Europe la diffusion des idées à partir de la seconde moitié du XVe siècle, figure au premier plan des éléments qui signalent le passage du Moyen Âge à la Renaissance. Cet art typographique n'a pas été créé tout d'une pièce ni par un seul inventeur. D'abord, il s'agit d'une réinvention, puisqu'il était déjà connu en Corée auparavant; ensuite, pour ce qui est de l'Europe, il a subi des phases très lentes qui ont duré pendant plusieurs générations. Dès le XIVe siècle, les fabricants de cartes à jouer avaient imaginé de graver sur des planches de bois les images à reproduire, au lieu de les dessiner une à une sur des feuilles de carton, ou de les découper sur des patrons. Les procédés employés par l'imagerie existèrent donc avant ceux de la typographie proprement dite. 
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Monument de Gutenberg, à Francfort (gros plan).
Monument de Gutenberg, à Francfort.
Le monument de Gutenberg, à Francfort. Source : The World Factbook.

De la fabrication des cartes, la xylographie ou gravure en bloc, précurseur nécessaire de l'imprimerie, s'étendit bientôt et tout naturellement à celle des images des saints et des pieuses légendes, et donna naissance aux deux riches confréries des tailleurs de bois et des peintres de lettres ou ymagiers. Ensuite, on grava, sur des blocs de bois, des mots, des phrases, des paragraphes, pour en tirer un grand nombre de copies; et l'on en arriva au point où les Chinois étaient déjà parvenus depuis vingt siècles. Le plus célèbre des ouvrages qui furent imprimés par ce procédé est la grammaire d'Aelius Donatus (Elie Donat), où tout écolier apprenait à bégayer les premiers éléments de la latinité et qui fut reproduite à profusion par la xylographie; ce qui fait que l'on comprend, sous le nom générique de Donats, tous les rares exemplaires des ouvrages quelconques publiés à la même époque par le même procédé. La Biblia pauperum (= Bible des pauvres), si répandue à la fin du Moyen Âge, était imprimée de la même façon, probablement en Hollande ou peut-être en Allemagne, d'où les libraires la dispersaient dans toute l'Europe.

L'honneur d'avoir vu naître l'art de reproduire les écrits au moyen de caractères mobiles a été revendiqué par Mayence, Strasbourg et Haarlem. La dernière de ces villes attribue cette invention à l'un de ses habitants, nommé Coster. Les deux autres villes, d'accord pour en rapporter toute le mérite à Gutenberg, se disputent seulement sur une question de priorité, prétendant chacune avoir été témoin des premières applications de cette industrie. Gutenberg,  de fait, est celui qui a réuni - et de loin - le plus de suffrages, mais on verra que ses droits ne sont pas incontestables. Les études souvent passionnées qui ont été publiées sur cette question d'origine, par les chercheurs de tous les pays, ont eu pour effet de jeter le doute sur des résultats qu'on croyait acquis et que la tradition avait depuis longtemps consacrés. Un savant archiviste de Mayence, Bodmann, se voyant accusé de négligence pour n'avoir trouvé aucun document nouveau sur Gutenberg, est même allé jusqu'à en fabriquer plusieurs qui ont naturellement trompé quelques érudits. On s'explique après cela qu'il soit difficile d'arriver à la vérité et qu'à la faveur de cette incertitude une quinzaine de villes aient pu revendiquer l'honneur d'avoir été le berceau de cette découverte. Répétons, comme nous l'annoncions au commencement, que nous prenons ici le mot imprimerie dans son sens le plus restreint, c.-à-d. comme désignant l'art de reproduire un texte quelconque, à un nombre plus ou moins grand d'exemplaires, à l'aide de caractères mobiles, de la presse et d'une encre spéciale. Ce sont là, en effet, les trois choses dont la découverte a constitué l'imprimerie. Nous laissons, par suite, de côté, les impressions tabellaires, qu'elles aient été faites avec des planches de bois ou des planches de métal. Il est parlé des impressions de cette sorte aux articles xylographie et gravure.

L'inventeur de l'imprimerie est donc celui qui, le premier, s'est servi de caractères mobiles et a imaginé d'opérer le tirage du texte ainsi composé, au moyen d'une presse. La découverte d'une encre spéciale a dû précéder l'emploi de la presse, mais on conçoit que cette découverte ait été relativement facile. La recherche de cet inventeur a été poursuivie par une double voie. D'un côté, on a réuni les témoignages laissés par les contemporains ou par des personnages d'une autorité plus ou moins grande; de l'autre, on a étudié les premières productions de l'art nouveau pour en fixer la date et en déterminer l'auteur. Cette dernière voie ne pouvait conduire à des résultats rapides et nets. Les premiers imprimeurs ont, en effet, travaillé dans le plus grand mystère; et comme ils avaient, en outre, la préoccupation de donner à leurs volumes les apparences des manuscrits, ils n'y ont inséré aucun renseignement sur leur personne ou sur le lieu et la date de leur travail. Aussi peut-on dire que la découverte de l'imprimerie a été dominée, dans une certaine mesure, par une idée déshonnête. Le temps a fait justice de la plupart des prétentions auxquelles nous avons fait allusion plus haut. La discussion est aujourd'hui restreinte entre Mayence et Haarlem, c.-à-d. entre Gutenberg et L. Coster. On trouvera dans les pages correspondantes une revue des témoignages divers qui ont été rapportés sur chacun d'eux, ainsi que les principaux faits de leur biographie.

Dès lors que l'imprimerie fut créée, cette nouvelle industrie enrichit rapidement l'heureux Schoiffer, mais elle eut contre elle tous ceux qui étaient intéressés à conserver l'ancienne routine, les copistes, les enlumineurs, etc. Telle était la fureur et le crédit de ces réactionnaires que Nicolas Jenson, envoyé par Louis XI à Mayence pour y étudier l'art nouveau (1462), n'osa revenir en France et se fixa à Venise, où il
inventa, vers 1469, le caractère dit romain, qui remplaça bientôt l'ancien caractère imité des manuscrits gothiques. Pendant que Louis XI cherchait à doter la France d'une industrie si pleine d'avenir, l'imprimerie reçut une impulsion bien plus puissante de ses implacables ennemis. Adolphe de Nassau ayant surpris la ville de Mayence, en 1462, se fit l'instrument de la haine des copistes en défendant d'imprimer à l'avenir dans celte ville. Il indemnisa le vieux Gutenberg en lui accordant une pension. Mais les ouvriers imprimeurs, loin d'abandonner leur art, le transportèrent dans les lieux où il n'était pas connu, et de cet événement mémorable date la fameuse dispersion dont toute l'Europe profita. Udalric, Han, Suvenbeim, Arnold Pannarts se rendirent à Rome où on les logea dans le palais des Maximes. Jean de Spire et Vandelein se fixèrent à Venise; Sixte Rufinger s'établit à Naples, Philippe de Lavagna à Milan; Jean de Cologne à Strasbourg, ainsi que Mentheim. En 1469 seulement, trois ouvriers mayençais, Ulric Gering, Martin Krantz et Michel Friburger importèrent l'imprimerie à Paris; ils ouvrirent un atelier en pleine maison de Sorbonne et imprimèrent, dès 1470, en caractères romains, une rhétorique de Fichet (Ficheti Rhetoricarum), un Florus et plusieurs autres incunables. Ils eurent bientôt pour rivaux Pierre Cesaris (1473), Pasquier Bonhome (1476), qui imprima le premier livre français, les Chroniques de France, et Antoine Vérard, qui se fit l'éditeur spécial et pour ainsi dire exclusif des livres nationaux.

Les premiers imprimeurs qui vinrent d'Allemagne à Paris furent d'abord traités de sorciers, parce que le peuple, habitué à l'incorrection des livres recopiés par les scribes, ne pouvait comprendre comment on arrivait sans sortilège à produire, en si grand nombre, des textes expurgés. Il fallut l'intervention du roi Louis XI pour empêcher le Parlement et l'Université de faire pendre Gering, ses associés et les libraires qui mettaient en vente ses ouvrages. On prétend même que Fust, l'associé de Gutenberg, fut arrêté à Paris. L'imprimerie rouennaise date de 1473, époque où Pierre Maufer, natif de Rouen, mit au jour dans cette ville Alberti Magni de lapidibus et mineralibus. On vit paraître à Lyon, en 1478, les Pandectes médicinales de Mathaeus Sylvaticus; la même année fut imprimé à Genève le Traité des Anges du cardinal Ximénès. En 1486, parut à Abbeville la Cité de Dieu de saint Augustin, traduit par Raoul de Presles, en 1375 (2 vol. in-fol.). Vers la même époque, Jean de Vestphalie mit au jour, à Louvain, Petrus Crescentius de agricultura. En 1489, Gerard Leeuw publia, à Anvers, Ars epistolaris Francisci Nigri. Peu après, Amerbach, imprimeur à Bâle, imagina le caractère appelé saint-augustin. William Caxton, mercier de Londres, créa la première imprimerie anglaise en 1470; Alde Manuce s'établit à Venise en 1494, et inventa, vers 1543, le caractère aldin ou italique. 

Vers 1490, un fondeur allemand, Heilman, établi à Paris, fit les premiers poinçons de la bâtarde ancienne. Nicolas Grandjon, imprimeur à Lyon, grava, en 1556, les poinçons de l'écriture française connue depuis sous le nom de civilité. L'imprimerie, protégée par Louis XII, se  développa encore sous le règne de François Ier. Mais ce dernier, poussé par la Sorbonne, crut pouvoir arrêter le progrès par un édit. Il défendit (13 janvier 1533) d'imprimer dans son royaume; un édit qui fut rapporté l'année suivante et il n'en resta d'autre souvenir que le titre de Proscripteur de l'imprimerie, donné au roi par plusieurs historiens. La barbare exécution d'Etienne Dolet ne forme pas une tache moindre pour la mémoire du roi gentilhomme. Sous ses successeurs, on continua d'étrangler, de pendre, de brûler vifs ou de fouetter les imprimeurs accusés d'avoir propagé quelque hérésie. Parmi les imprimeurs qui s'illustrèrent pendant cette période, nous citerons; outre ceux dont nous avons déjà parlé : Bade, Bomberg, Camusat, de Colines, Commelin, Cramoisy, Crespin, les Elzévir, les Estienne, Froben, Gravius, Gryphius, Hervagius, les Juntes, Maire, Mentel, Millanges, les Morel, Moret, Nivelle, Oporin, Palliot, Patisson, Plantin, Quentel, Thori, Vascosan, Vitré, les Wechels, etc. Les premiers imprimeurs étaient en même temps fondeurs et libraires, quelquefois même graveurs, auteurs et correcteurs. Parmi les imprimeurs plus modernes, nous rappellerons les Baskerville, les Didot, les Bodoni, etc. La machine à papier continu et la stéréotypie, deux inventions de la famille Didot, puis, au tout début du XXe siècle, l'offset et l'héliogravure, ont fait de l'imprimerie une puissance restée sans rivale jusqu'à l'évènement des médias électroniques. (T. / C.).

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