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La dynastie mandchoue des Tsing (Qing)

Dynastie des Tsing (en transcription pinyin : Qing ). - La dynastie des Tsing ou plus exactement Ta-Tsing (c.-à-d. la Très Pure) est la dynastie mandchoue qui régna sur la Chine jusqu'en 1911. Elle fut la vingt-deuxième et dernière de cet empire. Elle succéda à celle des Ming en 1644, et comprit dix empereurs. 

NB. - Les noms en transcription pinyin sont écrits en italiques

Choen-tche  ou Choun-tchi (Shunzhi) (1644-1662), proclamé empereur par les Mandchous (Les Toungouses) qui venaient de s'emparer de Pékin, n'avait que sept ans; ce furent ses quatre oncles qui formèrent le conseil de régence et gouvernèrent sous la présidence du prince Tse-tching-oang. Ce prince parvint à soumettre assez facilement la plupart des provinces du Nord et du Centre, mais les provinces maritimes lui opposèrent une sérieuse résistance. Quand il mourut, en 1651, Choen-tche, déclaré majeur, prit en main les rênes du gouvernement et dut continuer la lutte sur mer contre les Chinois rebelles. Le pirate Tching-tching-kong, qui combattait pour le prince de Koueï, le dernier représentant de la famille des Ming, désolait de plus en plus les côtes et restait imprenable; cependant, le prince de Koueï ayant été fait prisonnier dans le Yun-nan par le fameux général Ou-san-koueï et peu après mis à mort, Tching-tching-kong cessa d'infester les côtes, se replia sur Formose (Taiwan), en chassa les Portugais, s'y établit en 1662 et y mourut. La politique de Choen-tche fut celle d'un sage; il laissa persister tous les anciens usages et n'apporta dans son vaste empire que deux modifications importantes : la première consista à placer à la tête de chacun des six ministères deux présidents au lieu d'un seul, l'un chinois, l'autre mandchou; la seconde fut de contraindre tous ses sujets à se raser le devant de la tête, à la manière tartare, et à porter les cheveux tressés en une longue natte pendante, en signe de soumission; ces deux usages se sont perpétués jusqu'au début du XXe siècle, mais le second ne s'implanta que difficilement, et beaucoup de Chinois préférèrent mourir plutôt que d'obéir à cet ordre. La plupart des souverains de l'Asie envoyèrent des ambassades à la cour de Choen-tche ; la Russie et la Hollande suivirent même cet exemple en 1656, mais les envoyés de ces deux puissances, ayant refusé de se conformer au cérémonial de la cour chinoise, ne furent pas reçus. On prétend que Choen-tche avait un goût très marqué pour les sciences et qu'il aurait placé à la tête du tribunal des mathématiques le P. Adam Schall, jésuite allemand, auquel on devrait l'établissement de l'astronomie européenne en Chine. Sur la fin de son règne, Choen-tche s'éprit de la femme d'un des grands de sa cour; quand elle mourut, il en conçut un si profond chagrin qu'il prit aussitôt l'habit des bonzes. Atteint de la petite vérole, il mourut, après quelques jours de maladie, à l'âge de vingt-quatre ans.

Kang-hi (Kangxi) (1662-1722), fils de Choen-tche. Né en 1653, mort en 1722, il monta sur le trône à 8 ans (1661), et commença à gouverner par lui-même à 13. Son long règne ne fut troublé que par quelques expéditions contre les Mongols, dans lesquelles il eut l'avantage. Il encouragea et cultiva lui-même les sciences et les arts, protégea les jésuites et autorisa l'exercice de la religion chrétiennepar un édit (1692). Kang-hi a composé, entre autres ouvrages, des Maximes pour le gouvernement des États et des Instructions morales pour son fils et successeur.

Yong-tcheng (Yongzheng) (1723-1735), quatrième fils de Kang-hi, débuta en faisant emprisonner son frère aîné qui commandait une armée en Tartarie et en qui il crut voir un rival; il exila ensuite un autre de ses frères nommé Yesaké, ambitieux sans valeur, ainsi que le missionnaire portugais Morao, son chef de parti, et, plus tard, les fit périr tous les deux. Cet empereur est surtout connu pour la persécution violente qu'il fit aux prêtres catholiques; ayant appris que Sou-nan, son oncle maternel, avait embrassé le christianisme, il le dépouilla de ses titres et l'envoya avec sa famille en disgrâce; seuls quelques missionnaires, dont la présence était nécessaire à Pékin, purent rester dans cette ville; tous les autres furent relégués à Macao. Laborieux, très actif, Yong-tcheng tint les rênes du gouvernement d'une main ferme; il se montra bon pour son peuple en maintes occasions, notamment en 1725, après des pluies torrentielles qui détruisirent entièrement les récoltes, et, en 1730, après un tremblement de terre qui causa les plus grands ravages; pour encourager l'agriculture, il accorda le titre de mandarin du huitième degré au laboureur le plus estimé de chaque canton. Il mourut néanmoins, peu regretté de ses sujets, le 7 octobre 1735. Ce prince publia une instruction aux gens de guerre, intitulée les Dix Préceptes, et commenta les seize maximes de l'Édit sacré de Kang-hi. Les Dix Préceptes ont été traduits en français par Amiot; les maximes et le commentaire l'ont été en anglais par William Milne.

Kien-long ou Khian-loung (Qianlong), fils de Yong-tcheng. Il monta sur le trône en 1736, réprima en 1755 une révolte des Tartares et soumit à sa domination toute la Tartarie jusqu'à la Perse. Se sentant vieux, il abdiqua en 1795 en faveur de son fils. Kien-long défendit en 1753 l'exercice de la religion chrétienne dans ses États. Ce prince cultivait les lettres avec succès; il forma une bibliothèque de 600000 volumes. il avait composé entre autres écrits, un Éloge de la ville de Moukden, que le P. Amiot a traduit en français, Paris, 1770.

Kia-king (Jiaqing) (1796-1820), né en 1759, mort en 1820. Il était le dix-septième fils de l'empereur Kien-long, qui abdiqua en sa faveur en 1796. Ce prince, dans un état d'ivresse presque continuel, eut un règne très agité. En 1818, à la suite d'une grande révolte causée par la famine, Kia-King fit mettre à mort une foule de séditieux. On tenta par deux fois de l'empoisonner et, en 1818, le premier eunuque, Lin-King, l'eût renversé du trône, sans le fils de Kia-King. Sous son règne, le débordement du fleuve Jaune, en 1818, causa la mort de plus de 100 000 personnes. Kia-King persécuta les missionnaires catholiques, et fut toujours hostile aux influences étrangères.

Tao-kouang (Daoguang) (1821-1850), deuxième fils de Kia-king, né en 1782, succéda à son père. Son règne fut des plus agités; en 1828, il se rendit maître d'un soulèvement qui s'était produit dans les provinces d'Ili, sous l'instigation d'un officier du Turkestan, ce qui eut pour résultat de rattacher plus intimement le Tibet à l'empire; de 1831 à 1833, il dut lutter contre une nouvelle insurrection qui éclata à Formose (Taiwan) et parmi les montagnards du Kouang-toung. Mais l'événement le plus important de son règne fut la guerre qu'il soutint contre l'Angleterre, à partir de 1839, au sujet de l'importation de l'opium, et qui se termina par le traité de Nankin, du 29 août 1842; le traité de Wanghia, conclu avec les États-Unis, le 3 juillet 1844, et celui de Wam-pou, conclu avec la France, le 24 octobre de la même année, permirent à ces deux puissances d'établir en Chine de nouveaux consulats et d'y faire librement le commerce. En 1847, on vit apparaître à Pékin un nommé Toung Sinyouang, chef de la secte des adorateurs du Dieu unique, qui fut aussitôt arrêté; le 20 mars 1848, Hong Siu-tsouen, qui devint plus tard le chef des insurgés chinois connus sous le nom de Taïping, ayant obtenu sa liberté, tous deux s'installèrent dès lors dans la province de Kouang-si et préparèrent, avec l'aide de plus de trente associations secrètes, l'insurrection qui devait entraîner la Chine dans une longue suite de guerres intestines; cette insurrection n'éclata que sous le règne suivant. Tao-kouang qui, au début de son règne, avait chassé les missionnaires catholiques de Pékin, se montra, sur la fin, assez tolérant pour les chrétiens; les relations commerciales y gagnèrent et donnèrent d'heureux résultats. Ce prince réorganisa les ministères et fit paraître, à partir de 1815, un annuaire impérial ainsi que plusieurs encyclopédies et grandes collections littéraires et scientifiques. Il mourut le 25 février 1850.

Hien-foung (Xianfeng) (1850-1861), né en 1831, mort en 1862. Il succéda à son père Tao-kouang en 1850. Dès son arrivée au pouvoir, il s'adonna à une vie de débauche, et faillit être victime d'un assassinat. Croyant à un complot, il fit aussitôt décapiter un grand nombre de hauts dignitaires. Pour se procurer de l'argent, Hien-Foung vendit les dignités publiques et créa un monopole pour le commerce de l'opium. C'est sous son règne qu'eut lieu la grande révolution des Taïping, et, en 1856, l'expédition franco-anglaise contre la Chine, qui se termina par les traités de Tien-Tsin (1858 et 1860) et l'entrée des alliés à Pékin, en 1860, après leur victoire à Pali-Kao. Au cours de ces événements, Hien-Foung s'était réfugié en Mongolie, puis en Mandchourie, et ce fut son frère, le prince Kong, qui dut négocier avec les alliés. Il mourut peu après, usé par la débauche, et eut pour successeur son fils aîné Toung-tche, sous la régence de sa mère.

Toung-tche ou Toung-tchi (Tongzhi), littéralement Union dans l'ordre) (1861-1875), fils de Hien-foung, né en 1856, mort en 1875. Il n'avait que cinq ans lorsqu'il fut appelé, le 21 août 1861, à succéder à son père Hien-foung. Il fut déclaré majeur en 1873. Les luttes contre les Taïping et les musulmans, l'intervention des étrangers en Chine, la création de l'arsenal de Fou-Tchéou (1867), le massacre de Tien-Tsin (1870), les nombreux traités conclus avec les puissances européennes et l'établissement définitif des légations à Pékin, constituent les principaux événements de ce règne.

Kouang-su (Guangxu) (1815), né à Pékin en 1872. Fils du prince Chun, petit-fils de l'empereur Tao-Kouan, il a porté, jusqu'à son avènement, en 1875, le nom de Tsai-tien. Le pouvoir a été exercé, au cours de sa longue minorité (1875-1889), par l'impératrice douairière Tseu-hi (Tsou-Hsi; Cixi), dont la politique xénophobe amena, dès 1884, le conflit avec la France au sujet du Tonkin. Après 1889, l'influence de Tseu-hi est restée considérable, en raison de la débilité physique et de l'incapacité politique du jeune empereur. Après la guerre du Japon, terminée par le traité de Simonoséki, et la concession aux étrangers de nombreuses voies ferrées et lignes télégraphiques, destinées à ouvrir la Chine à l'influence et au commerce européens, la vieille impératrice a repris par un véritable coup d'État (1897) la réalité du pouvoir, et la réaction xénophobe qui a suivi, couronnée par le soulèvement des Boxers, peut-être encouragés par le pouvoir impérial, a amené, en 1900, l'intervention de l'Europe, du Japon et des États-Unis, et l'occupation militaire de Pékin par les puissances.

Siuan T'ong (Xuantong) ou Pou-yi (Puyi). - Né en février 1906, mort en octobre 1967. Il est monté sur le trône en 1908 (il avait donc deux ans) et a été empereur jusqu'en 1912, date de la procclamation de la République de Chine. En 1934, lors de la création en Mandchourie par les Japonais du Manchuoko (Manzhuguo),  il prit pendant onze ans le titre d'empereur de cet État fantoche (Les Toungouses). Après 1945, il a vécu en Chine sans titre et occupa, entre 1964 et sa mort, des fonctions consultatives au sein de la République populaire. (A. Thomas).

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Dictionnaire biographique
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