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Les
Chinois
mentionnent les Tibétains, auxquels ils donnent le nom de Kiang
ou de Si-Kiang (Kiang occidentaux), depuis le règne d'Ou-Ouang 1122-1116
av. J.-C.). Chaque clan ou famille était désigné par
le nom du père et de la mère. Selon les récits légendaires,
les clans étaient très nombreux et ne reconnaissaient aucun
supérieur; il n'y avait ni prince ni sujet. Cet état ne persista
pas; les plus forts imposèrent leurs lois aux faibles. La réunion
de plusieurs familles forma des tribus; on en mentionne environ une vingtaine.
Les Tibétains ont toujours été pour les Chinois des
voisins très turbulents. Sous la conduite d'un général
nommé Chao-ho, ils entreprirent en 160
de J.-C. une guerre contre la Chine ,
ils furent vaincus et refoulés à 2000 li des frontières;
ils firent une nouvelle guerre en 253.
Les
royaumes
L'histoire chinoise
du IVe
au VIIe
siècle cite plusieurs royaumes
(liste ci-dessous), soit qu'ils connussent mieux les régions tibétaines,
soit parce que plusieurs de ces royaumes se formèrent à cette
époque. Les deux plus importants furent celui des Tangouts et celui
des Tou-fan, à partir duquel allait se former l'empire Tibétain.
On peut faire remonter cet empire au commencement de la période
Me-kha-gya-tso, laquelle commence en 622
de J.-C. C'est peut-être l'ère de l'hégire que les
Tibétains adoptèrent, nous ne savons pas au juste à
quelle époque.
-
T'ou-kou-houn.
Le royaume T'ou-kou-houn.
Un prince tartare, T'oukou-houn, vers 322,
s'empara du territoire entre Si-ning et le fleuve Jaune, le Koukou nor
et le Tsadam; il soumit les Tibétains, s'établit dans ce
pays avec les familles tatares qui l'avaient suivi. Il forma un royaume
qui fut conquis par les Toufan après avoir duré de 312
à 665.
Une grande partie de la population était tibétaine. Les Pa-nag
et les Go-mi demeurent aujourd'hui dans ce territoire.
T'ang-tch'ang.
Le royaume de T'ang-tch'ang
était à l'Ouest du Sse-tchouen, vers Ta-tsien-lou. Son premier
souverain régnait vers 457.
On compte neuf princes dans cette dynastie; le dernier, en 564,
fut vaincu par les Pe-tcheou (Tcheou septentrionaux) qui gouvernaient dans
le Nord de la Chine
de 557
à 581
de J.-C.
Teng-tchi.
Le royaume Teng-tchi,
à l'Ouest du précédent vers Bat'ang, était
gouverné par des rois. Ils envoyèrent en 481
une ambassade en Chine .
Leur prince, en 554,
perdit la couronne et s'enfuit chez les Ouei qui régnaient alors
dans le Nord de la Chine.
Les
Pe-lan.
Les Pe-lan demeuraient
à l'Ouest des Tangouts, dans le pays des Nyam-tcho, des Tao-rong-pa
et les Etats du Nantchen-gya-tcho. Ils députèrent, en 564,
des ambassadeurs en Chine .
Ils avaient 10000 hommes de troupe; ils furent attaqués en 638
par Srong btsan-sgam-po. |
Les
To-mi.
Les To-mi, limitrophes
à l'Ouest des précédents, habitaient les Etats qu'occuperont
plus tard les Hor-tsi-gyab-pé-ko. Ils étaient déjà
en 632
sous la domination des Tou-fan.
Les
Si-li.
Les Si-li sont au
Sud du royaume Tou-fan, dans le Tsang méridional, aux environs de
Ta-chi-Ihoun-po; ils comptaient 50 000 familles et habitaient des villes
et des bourgs; vu leur éloignement de la Chine ,
celle-ci ne les connut qu'en 646,
sous les T'ang, lorsque des ambassadeurs furent
envoyés en Chine.
Tch'ang-kié-po.
Les Tch'ang-kié-po,
au Sud-Ouest du Si-li, sur les confins du Népal ,
étaient nomades et vivaient au milieu des montagnes. On comptait
dans ce pays une armée d'environ 2000 hommes.
Yang
t'oung.
Les grands et les
petits Yang t'oung habitaient le Tsang occidental et le Ngari; ils étaient
nomades et avaient une armée de 80 000 à 90 000 hommes; ils
envoyèrent une ambassade en Chine
en 641.
Les Tou-fan les soumirent en 680.
Po-liu.
Les grands et les
petits Po-liu habitaient à l'Ouest des Yang t'oung : c'étaient
les gens du La-dag. Les petits Po-liu demeuraient dans le Baltistân
(Petit-Tibet) actuel. |
Le royaume des
Tangouts.
Les Tangouts vivaient
à l'Est du Hoang-ho et formèrent le noyau du royaume de Si-Hia
ou des Hia occidentaux. Compris entre le Sse-tchouen au Sud, la ville de
Khamil au Nord, le Fleuve jaune à l'Ouest et le Koukounor. Aujourd'hui
encore les Tangoutes vivent au Nord du Tibet dans le bassin supérieur
du Hoang-ho. La tribu des Kara-Tangoutes habite le pays de Koukou-nor et
le long du Yang-tsé-Kiang supérieur. Ils sont bouddhistes .
Les Tangoutes (Tang-hiang des Chinois) étaient de la famille des
Tibétains ou Kiang; du IIIe
au Ve siècle,
ils étaient sous la domination des Kiang occidentaux. Ils occupaient
au VIe
siècle le pays s'étendant
à l'Est à Lin-thao, près de Ti-tao, et à Sining,
dans la province chinoise du Kansou; à l'Ouest jusqu'à Ye-hou.
Les tangouts étaient divisés en huit tribus; quelques-unes
se soumirent en 581
à la Chine ,
en particulier la tribu Thou-po qui était la plus importante. Les
autres restèrent indépendantes jusqu'au milieu du VIIe
siècle; elles tombèrent
sous la domination de Srong-btsan-sgam-po.
L'empereur chinois
Hi-tsong, de la dynastie des T'ang, donna le commandement
de la province de lia à Sse-Kong qui était originaire de
la tribu des Thou-po; le gouverneur châtia le fameux chef des insurgés
Hoangtch'ao. Aussi l'empereur lui conféra-t-il, comme nom de famille
celui de Li. En 967,
Li-Ke-joui obtint de l'empereur chinois de la dynastie des Song
le titre de roi de Hia pour son défunt père Li-i-hing. En
979,
Li-Kikiun, ayant appris que l'empereur du Song allait faire la guerre aux
Han
du Nord, se mit du parti de ces derniers. Il mourut sur ces entrefaites.
Les Chinois furent victorieux; aussi Li-Ki-p'ung,
frère du précédent prince, céda aux Chinois
quatre provinces. Son neveu Li-Ki-tsien se retira en 982
à Ti-Kin-tse avec ses partisans; il épousa une princesse
du pays du Kithan ,
et s'unit à ce peuple.
Les Chinois
envoyèrent alors une armée pour le châtier, mais ils
ne purent le vaincre. Quelques années après, LiKi-tsien vint
(996)
se soumettre à l'empire de Milieu. Il reçut le titre de Tchao-pao-Ki,
et on lui donna cinq provinces celles du Hia, de Soei, de Yu, d'Iu, de
Tsing. Son fils Li-teming fut nommé par les Khitan
roi des Grands Hia. Il était très versé dans la doctrine
bouddhique
ainsi que dans les ouvrages chinois. Ce n'est qu'en 1032
que l'empereur des Song lui conféra le titre
de roi de Hia ou plutôt qu'il le reconnut comme souverain. C'est
à partir de cette époque que les Chinois font commencer le
royaume de Si-hia. On compte onze rois qui régnèrent pendant
196 ans :
Tai-tsong
(Li-Te-ming)
King-tsong
(Li-Yuan-hao)
I-tsong
(Li-Leang-tso)
Hoei-tsong
(Li-Ping-tchang)
Tchon-tsong
(Li-Kien-choun)
Jen-tsong
(Li-Jen-hiao)
Hoan-tsong
(Li-Toun-you)
Hian-tsong
(Li-Ngan-tsuan)
Chen-tsong
(Li-Tsoun-Ki)
Hien-tsong
(Li-te-wang)
Li-hien |
1004
1032
1049
1068
1087
1140
1194
1206
1211
1223
1226 |
Ces souverains eurent
à soutenir des guerres avec leurs voisins et s'agrandirent successivement.
Ils possédaient la province Chen-si, le pays d'Ordos, le territoire
jusqu'à la ville de Khamil et les monts Ho-lan-chan au Nord et à
l'Ouest jusqu'au Kouknor; les princes donnèrent à leur peuple
une constitution et empruntèrent aux Chinois
leur littérature. Un de ces souverains, Yuan-ho, inventa vers 1037
une écriture nationale avec l'aide du savant Ye-li-jenjong qui était
peut-être d'origine khitan .
Les Si-Hia furent plusieurs fois attaqués par les Mongols
qui s'emparèrent, en 1227,
de la capitale de ce royaume et prirent le roi Li-hien et le mirent à
mort. Ce fut la dernière victoire de Gengis-Khan
qui mourut quelques mois après. Le royaume de Si-Hia ou Tangout
fut ainsi détruit et passa aux mains des Mongols. Marco
Polo, le célèbre voyageur vénitien, visita cette
contrée quelques années plus tard.
On a plusieurs inscriptions
en caractères si-hia : 1° la stèle de Leang-tcheou, dans
le Kan-sou, porte une inscription chinoise sur une des faces datée
de 1094
et sur l'autre une inscription si-hia ; 2° sur la porte de Kiu-Yoaq-Koan,
il y a les inscriptions si-hia de l'année 1345,
deux d'entre elles sont en langue et en écriture si-hia et les deux
autres sont en écritures différentes : sanscrit, tibétain,
mongol
en caractères de Phags-pa, ouigour si-hia et chinois. On possède
aussi plusieurs pièces de monnaies imitées des Chinois
avec des caractères si-hia.
Le royaume de
Tou-fan.
Le royaume de Toufan
ou Tou-fan ou Tufan, au Sud des précédents, était
le plus puissant royaume du Tibet et occupait le pays de Lha-sa (Lhassa )
et la province d'Ou. La généalogie tibétaine nomme
les princes de Tou-fan rois de Yarloung, du nom d'un petit affluent du
Dzang-po dont la vallée est une des plus pittoresques et des plus
peuplées du Tibet. Ce royaume ne tarda pas à soumettre la
plupart des autres à sa loi; ses chefs, entreprenants et audacieux,
obligèrent les États vaincus à faire cause commune
avec elle contre ceux qui lui résistaient encore. Le roi des Tou-fan,
le «-tsanpu-»
(celui qui est homme et héros) s'adjoignait un certain nombre de
collaborateurs, qui l'aidaient dans la direction des affaires, commandaient
les troupes en son absence, ou portaient ses messages à l'ennemi,
et décidaient avec lui de la paix ou de la guerre. Les Tufan se
heurtèrent de bonne heure au Céleste Empire ;
maintes fois ils atteignirent sa capitale et le mirent en péril.
On place le premier roi des Tou-fan au milieu du Ier
siècle avant notre ère.
Le
mythe des origines. - A l'origine de la première dynastie des
Tou-fan nous trouvons une légende. Trois descendants de Bouddha
avaient déjà exercé le pouvoir lorsque survint le
maître prédestiné. C'était le fils d'un prince
apparenté au Fils du Ciel, d'après la version chinoise; au
souverain de Patna, selon l'histoire hindoue .
Des prodiges avaient accompagné sa naissance; il était venu
au monde avec des cheveux bleu azur, des dents d'une blancheur éblouissante;
une fine membrane réunissait les doigts de ses mains. Son père
voulut le perdre en le faisant exposer sur la montagne. Mais des bergers
le recueillirent, l'élevèrent, et lui prédirent les
plus hautes destinées. Alors, il apparut en vainqueur, soumit quatre
tribus tumultueuses, et, habile politique autant que puissant guerrier,
il domina tout le pays. Ce personnage est appelé en quelque endroit
Seger-Sandalitou.
Les faits de la vie
de Seger-Sandalitou ne comportent aucune date, et après lui les
récits légendaires se poursuivent avec vingt et un rois,
qui apparaissent et disparaissent sans laisser dans l'histoire autre chose
que le vague souvenir de leurs noms. Encore ces noms sont-ils très
discutés. Il semble toutefois que, vers 250
av. J.-C., l'un d'eux, un certain
Nyaktritsanpo, aurait joui dans le Tibet d'un grand prestige. A la fin
de cette période obscure, on aperçoit le brillant Lathatori,
fort apprécié des historiens bouddhistes ,
qui fit la guerre aux Chinois et voulut le
bien de son peuple (331-373).
Vers 460
règne un certain Guyan-btsan, de la tribu des Tatars. Et c'est gNam-ri-srong-btsan,
le vingt-neuvième souverain, qui fonda l'empire tibétain
en resserant vers 622
les tribus éparses.
L'Empire
tibétain (622 à 842)
A partir de 622,
gNam-ri-srong-btsan (Namri-srong-btsan) étendit les limites de son
royaume jusqu'à l'Inde ,
à gNya-zhur à l'Ouest. Sous son règne la médecine
et l'arithmétique furent apportées de la Chine. Il mourut
en 629.
Srong-btsan-sgam-po (Srong-tsans-gampo) (630-650),
son illustre fils, nous dit la tradition, introduisit le bouddhisme
et l'écriture de l'Inde, fonda Lhassa ;
il épousa deux femmes, une princesse du Népal
et une princesse chinoise. Il s'empara du
royaume des Tangouts et des Pe-lan; et il envahit l'Inde centrale.
-
|
Les religions
du Tibet
Il
y a (ou il y a eu) au Tibet deux religions bien différentes : celle
qui est connue sous le nom de bon ou de bon-po et le bouddhisme
tibétain ou lamaïsme.
La
religion bon-po doit être fort ancienne; selon l'abbé Desgodins,
il en est fait mention au Tibet 250 ans avant notre ère. Les bon-po
reconnaissaient un dieu créateur qui s'est uni à un principe
divin féminin. De ces deux principes sont sortis les petits dieux,
les humains et le monde. Ils voyaient une divinité dans tous les
phénomènes de la nature. Beaucoup de lacs, de montagne étaient
l'objet de vénération et revêtaient un caractère
divin. Une divinité très répandue était le
Vent-cheval (loungsta); les bon-po professaient particulièrement
le culte des ancêtres et celui des lares domestiques, chaque maison
avait sa divinité. Cette religion avait certains rapports avec celle
des anciens mongols et tatares. Les prêtre
bon-po étaient souvent ermites, d'autres habitaient dans des couvents
ou vivaient au milieu de la population laïque; ils n'étaient
pas soumis au célibat et portaient les cheveux longs; ils étaient
avant tout sorciers et nécromants.
La
religion bon-po a conservé jusqu'à l'époque contemporaine
un grand nombre d'adhérents, surtout dans le Tibet oriental; ils
ont longtemps dominé dans le Po-youl; Dzog-tchen-gon-pa était
le plus important de leurs monastères dans le Nord-Est. La plupart
de leurs livres s'imprimaient dans ce couvent. Mais depuis l'importation
du bouddhisme
au Tibet, le bon-po s'est effacé pour se diluer d'une certaine manière
dans la nouvelle religion. Il est resté dans la trame de la religion
populaire, comme sorte de réservoir de croyances et de pratiques
conservées à la marge du bouddhisme strito sensu. Le bouddhisme
au Tibet a même emprunté ouvertement à l'ancienne religion
certaines pratiques, surtout celles qui sont demandées par le peuple,
comme les cérémonies bon-po envers les morts.
Selon
Grénard, ceux des anciens tibétains qui sont restés
le plus longtemps attachés au bon-po se faisaient passer pour des
bouddhistes
hérétiques et non pour des infidèles. Ainsi les pratiques
religieuses des bon-po parurent-elles différer peu de celles des
bouddhistes tibétains; ils employaient la formule « Om,
ma-té-men ya-sa-lé-do! » au lieu de celle «-Om
mani padmé hum!
» des bouddhistes; ils avaient de même
le fameux moulin à prières, mais au lieu de le faire tourner
de droite à gauche comme les bouddhistes, ils le faisaite tourner
de gauche à droite.
Le
bouddhisme ,
que l'on appelle ici lamaïsme, religion indienne, fut introduit
au Tibet sous le roi Srong-btsan-sgam-po vers l'année 632
de J.-C., mais il ne commença à fleurir qu'avec le célèbre
Padma Sambava, docteur indien, sous le règne du « Khri Srong-lde-btsan
» (755 à 780 de J.-C.). Le bouddhisme tibétain
est très proche du bouddhisme tel qu'il existait en Inde
du temps de Hiouen thsang, voyageur chinois
qui visitait ce pays vers 635 de J.-C. On avait la crainte des démons,
on invoquait le génie protecteur Vadjrapâni, on adorait l'Adi-Bouddha,
les Dhyâni-Bouddhas, Avalôhiteçvara. Les mêmes
croyances sont répandues aujourd'hui dans le Tibet.
La
religion bouddhique ne s'occupe guère des laïques; les bouddhistes
sont des moines qui ont renoncé à tous désirs et ont
entrevu les quatre vérités. Le bouddhisme
tibétain se fait remarquer par la constitution de son clergé,
les lamas, dont dérive le nom cette forme de bouddhisme;
historiquement son influence a été éminemment politique. |
Mang-srong-mang-bstan
(650-679)
conquit le royaume T'ou-kou-houn. Il devint très puissant, prit
aux Chinois quatre places importantes du
Turkestan
oriental.
Gung-btsan (679-703),
fils du précédent, avait huit ans lorsqu'il fut élevé
au trône. Le pouvoir fut confié au régent Kin-ling.
On soumit les Yang t'oung et on prit tous les pays des Kiang ou Tibétains.
Sa domination s'étendait à l'Est aux villes chinoises Liang
(dans le Kan-sou), Sungp'an et Mou (dans le Sse-tchouen), Soui (dans le
Yun-nan); au midi, à l'Inde ;
à l'Ouest, à Koutche, à Kashgar et à Khotan ;
au Nord jusqu'aux Turcs. Ce vaste empire,
qui touchait Khoraçan d'après les historiens arabes, était
à cette époque à son apogée. Gung-btsan, à
sa majorité, prit les rênes du gouvernement; il témoigna
de la méfiance au régent, celui-ci se tua de chagrin. Gung-btsan
périt dans une expédition contre le Népal
et l'Inde.
Gung-srong-'du-rje,
son fils, monta sur le trône en 703,
il n'avait que sept ans. Les Tibétains s'emparèrent de Ferghana,
firent une alliance avec les Arabes qui faisaient la guerre dans le Mawarannahar.
Ce souverain épousa une princesse chinoise.
Khri-lde-gtsug-brtan-mes-ag-ts'homs
meurt en 755.
Sous son règne on traduisit plusieurs ouvrages sanscrits en tibétain.
Il eut une guerre avec la Chine
au sujet de Bolor qui était allié des Tibétains; les
Chinois furent victorieux.
Khri-srong-Ide-bstan
(755-780).
Le bouddhisme
fut alors très florissant. Les Tibétains continuèrent
la guerre contre la Chine ,
prirent Si-ngan-fou, la capitale; ils furent repoussés.
Mu-Tu-Khri-bstan-po
(780-797).
Il était très dévoué au bouddhisme .
Trois
fois il força les riches à partager leurs biens avec les
pauvres.
Sad-na-legs (798-816),
fils du précédent (selon les historiens chinois,
il succéda à son frère qui n'avait régné
qu'un an). Il fit la guerre aux Turcs Cha-to.
Ral-pa-chan (816-838)
fit un traité avec la Chine
et, pour en perpétuer la mémoire, on érigea un monument
sur lequel on grava le texte du traité; le monument existe encore
à Lhassa .
Ral-pa-chan, très adonné au bouddhisme ,
fit réunir les ouvrages bouddhiques, traduits en tibétain,
en deux grandes collections : le Kandjour et le Tandjour.
gLang-dharma (838-842),
frère du précédent, entreprit une violente persécution
contre le bouddhisme ,
il fut assassiné; le Tibet fut pendant plusieurs années en
révolution.
Les deux fils de
gLang-dharma divisèrent entre eux l'empire, il n'y eut plus que
de petits princes.
Les
principautés (842-1260)
Ol-srung, fils aîné
de gLang-dharma, eut la partie occidentale du Tibet; à sa mort,
ses deux fils se partagèrent l'héritage paternel. IDe-dpal-khor-btsan,
son fils aîné, eut aussi deux fils.
Skyid-lde-nyi-ma-mgon,
fils aîné du précédent, hérita du Ngari
et fonda Purang; ses trois fils se partagèrent aussi sa principauté;
le troisième, IDe btsun-mgon, eut la province de Sankar (partie
occidentale du Ngari), ses descendants se succédèrent pendant
vingt et une générations. Sous le règne d'un de ses
successeurs, Byang-chhub-od, le pandit indien
Atisha, qui réforma le bouddhisme ,
vint dans son royaume. A cette époque (1025),
les Tibétains adoptèrent le cycle de soixante ans. La période
Mekha gya tsho finit en 1024.
Khri-bkra-skis-brtsegs-pa-dpal,
le second fils de lDedpal-khor-btsan, eut trois fils; le second Od-lde,
eut quatre fils, le troisième de ses quatre fils, Khri-chhung, fut
roi de Ou; il eut onze successeurs. Ces princes favorisaient aussi le bouddhisme ;
sous le septième de ces rois vivait au Tibet le célèbre
Sakya-Pandita, qui naquit en 1180.
L'histoire donne
peu de renseignements sur les princes orientaux descendants du second fils
de gLang-dharma. On mentionne en 1015
le prince Ku-szu-lo qui fit la guerre au roi des Hia ou Tangouts. Son troisième
successeur Hia-tching se soumit à la Chine
et se fit bonze en 1102.
Une partie de l'empire tibétain tomba aux mains du roi de Yun-nan
et des Ouigours ( Turks);
l'ancien Tangout redevint un royaume puissant à partir de 967,
sous le sceptre de Like-joui, originaire de la tribu Thou-po des Tangouts.
Le Tibet était,
comme on le voit, divisé entre beaucoup de petits princes, puisque
tous ces souverains partageaient leur territoire entre leurs fils. Lorsque
les Mongols entrèrent vers 1254
dans le Tibet, ils eurent beaucoup de difficultés à réduire
cette nation. Leurs chefs, Siuntato et Yntali, se défendirent vaillamment;
ils ne se soumirent que lorsqu'ils se virent épuisés. Les
Mongols firent encore en 1275
une autre expédition contre les Tibétains.
Les
princes lamas
Koubilaï,
khan des Mongols, en 1260,
donna au lama P'ags-pa, supérieur du couvent sakya (au Sud-Ouest
de Ta-chi lhoun po, dans le Tsang), l'autorité temporelle sur treize
districts de Ou et de Tsang, et sur les provinces de Kham et d'Amdo. Ses
successeurs se sont succédé jusqu'au XXe
siècle comme souverains, mais leur
territoire a été beaucoup diminué au fil du temps.
Le premier empereur
Ming,
en 1368,
partagea le Tibet en plusieurs divisions territoriales. La Chine
n'intervint plus dans les affaires des chefs tibétains. On créa
en 1403
six grands lamas princes et d'autres lamas avec différents titres.
A la mort de ces grands dignitaires, leur titre passait à un de
leurs disciples. Tous ces lamas appartenaient à la secte rouge.
Ils payent un tribut à la Chine. Ces princes n'eurent aucun démêlé
sous les Ming (1368-1628)
avec l'empire du Milieu, mais les chefs des tribus se révoltèrent
en 1530;
soixante chefs se soumirent, seize furent vaincus.
-
Le
Potala, sur une colline qui domine Lhassa.
(Cliquez
sur l'image pour l'agrandir).
Les dalaï-lamas.
Tsong-kha-pa
(1355-1417),
le réformateur du bouddhisme
tibétain ou de la secte jaune, fonda en 1407
le grand monastère de dGa-ldan, à 4 lieues à l'Est
de Lhassa .
dGe-hdun-grub-pa,
son disciple, qui descendait des anciens rois du Tibet et prince héréditaire
de Fan, fonda en 1445
le monastère de Ta-chi-lhoun-po, dans le Tsang; il fut le supérieur
de son monastère et réunit ainsi le pouvoir spirituel au
pouvoir temporel qu'il tenait par sa naissance. C'est le premier dalaï-lama.
Il passe, de même que ses successeurs, pour une incarnation du Boddhisatva
Avalôkiteçvara.
dGe-hdun rgya-mtsho
(1474-1540),
deuxième dalaï-lama, refusa d'aller voir l'empereur de Chine
Ou-tsong des Ming.
bSod-nams rgya-mtsho
(1541-1586),
troisième dalaï-lama. La Mongolie
et d'autres pays reconnurent sa suprématie spirituelle. Aussi beaucoup
de princes lamas de la secte rouge embrassèrent la secte ,jaune.
Yon-tan-rgya-mtsho
(1587-1614),
quatrième dalaï-lama.
Nag-dvang blo bzang
rgya-mtsho (1615-1682),
cinquième dalaï-lama. A cette époque, une partie du
Tibet occidental appartenait au khan Tsan-pa. Sous prétexte qu'il
tyrannisait ses sujets et nuisait à la secte des bouddhistes
jaunes, le ti-pa (vice-roi du dalaï-lama), aidé par le prince
des Eleuthes ( Mongols)
lui fit la guerre, s'empara de sa principauté. On bâtit le
monastère de Po-ta-la (Potala ),
près de Lhassa ,
en 1643.
Le dalaï-lama vint y demeurer; on donna le monastère Tachi-lhoun-po
avec un territoire à un lama qui eut le titre de Pang-tchen rin-po-tche
(panchen-lama). Ses successeurs restèrent les souverains de cette
principauté. On chassa les bouddhistes rouges. Le dalaï-lama
alla à Pékin
en 1653.
L'empereur de la dynastie mandchoue ne lui donna
que des titres honorifiques. Le dalaï-lama mourut en 1682.
Le ti-pa cacha sa mort pour nommer avec le khan
des Eleuthes un autre dalaï-lama. La Chine
voulut déjouer ces intrigues. Le khan La-tsang fit tuer le ti-pa
en 1705,
et de concert avec l'empereur ils nommèrent lu sixième dalaï-lama.
Les Mongols ne voulurent pas le reconnaître et choisirent un dalaï-lama
qu'ils disaient être la seule véritable incarnation de la
divinité.
Rin-tchhen-tshangs
dvyangs rgya-mtsho (1681-1708),
sixième dalaï-lama, d'après
la liste tibétaine.
bLo bzang skal ldan
rgya-mtsho (1708-1758),
septième dalaï-lama. Le khan des
Eleuthes( Mongols)
envahit le Tibet entre à Lhassa,
s'empara du Potala .
La Chine
intervint. En 1728
et 1751,
il y eut des révolutions intérieures. La Chine envoya des
ambassadeurs pour protéger le dalaï-lama. Le Tibet fut mis
sous la suzeraineté de la Chine. C'est de cette époque (1751)
que date l'organisation du gouvernement qui dura jusqu'à la fin
de l'époque impériale.
bLo bzanq hjam dpal
ryga-mtsho (1758-1805),
huitième dalaï-lama; aidé
par la Chine ,
il soutint une guerre contre le Népal .
Lung rtogs rgya mtsho
(1805-1815),
neuvième dalaï-lama.
Tshul khrims rgya
mtsho (1815-1837),
dixième dalaï-lama, fut empoisonné par le vice-roi de
Lhassa .
mkthas grub rgya
mtsho (1837-1856),
onzième dalaï-lama, fit chasser les abbés Huc et Gabet
six semaines après leur arrivée à Lhassa
en 1846.
Phrin las rgya mtsho
(1856-1875),
douzième dalaï-lama; il y eut
en 1863
une insurrection peu importante.
Tub-bstan rgya-mtsho,
treizième dalaï-lama, né en 1876,
mort en 1933,
fut installé en 1877. Le
téléphone et l'électricité font leur apparition
au Tibet à cette époque. Les Anglais aussi, qui craignent
une expansion de la puissance russe
dans la région et envoient une expédition militaire qui prend
possession de Lhassa
en 1904,
obligeant le dalaï-lama à fuir quelque temps en Mongolie. Mais
surtout, c'est à l'époque du treizième dalaï-lama
que cesse, en même temps tombe la dernière dynastie impériale
(1911),
le protectorat chinois
qui existait depuis 1720.
Et, malgré les accords que lui a fait signer l'Angleterre
et qui établissent une sorte de nouveau protectorat, le Tibet se
trouve dans les faits indépendant jusqu'en 1949
(la déclaration officielle d'indépendance eut lieu, de concert
avec la Mongolie, en 1913).
Le treizième
dalaï-lama introduisit des réformes afin d'équilibrer
les pouvoirs entre les fonctionnaires civils, que rongeait la corruption,
et les moines, qui, eux, furent ramenés à une plus grande
discipline. Des impôts furent mis en place, ainsi qu'une police et
une armée, dans un premier temps entraînée par les
Britanniques ,
et qui eut à combattre contre les chefs de guerre chinois des provinces
voisines. Cette politique réformiste, et surtout l'apparition des
impôts, fit naître des dissensions avec le numéro deux
du régime, le panchen-lama, qui dut s'exiler en Chine .
Après la mort,
en 1934,
du treizième dalaï-lama, une régent
est désigné,
Reting Rimpoche, qui amorce un rapprochement
avec la Chine.
Tenzin rgya-mthsho
(Tenzin Gyatso), né en 1935,
devient officiellement le quatorzième dalaï-lama en 1940,
au cours d'une cérémonies au cours ont été
invités des officiels chinois. En 1950,
Tenzin Gyatso prend officiellement ses fonctions de chef de l'Etat.
Mais la même année, les troupes de la Chine
communiste, qui s'étaient déjà emparées du
Tibet oriental l'année précédente, prennent possession
de Lhassa .
Le Tibet sera officiellement annexé à la République
populaire en 1957.
La Chine n'a cessé depuis lors de mener une politique de sinisation
du Tibet et de lutter contre le pouvoir du clergé bouddhiste. Après
une tentative d'insurrection, le quatorzième dalaï-lama et
les hauts dignitaires du clergé de Lhassa ont du fuir le pays en
1959,
vite suivis par 80 000 Tibétains. Tenzin Gyatso vit depuis en exil
à Dharamsala, au Nord de l'Inde ,
où il a constitué un gouvernement tibétain, appelé
Administration centrale du Tibet. Il a reçu en 1989
le Prix Nobel de la paix. (Ed. Specht). |
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