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L'astéroïde '(2)
Pallas est l'un des corps les plus énigmatiques et les plus extrêmes
de la ceinture principale. Découvert le 28 mars 1802 par Heinrich Wilhelm
Olbers
depuis son observatoire à Brême, il fut le deuxième astéroïde jamais
identifié, un an seulement après la découverte de Cérès
par Giuseppe Piazzi .
À l'époque, ces deux objets furent d'ailleurs considérés comme de véritables
planètes, une classification qui perdura pendant plusieurs décennies
avant que l'afflux de nouvelles découvertes ne mène à la création de
la catégorie des astéroïdes. Son nom rend hommage à Pallas Athéna,
la déesse grecque de la sagesse, de la guerre stratégique et des arts.
Pallas est un véritable
géant de la ceinture d'astéroïdes, se classant troisième en termes
de taille et de masse, derrière Cérès et Vesta.
Son diamètre moyen est d'environ 513 kilomètres, ce qui en fait un objet
à peine plus petit que Vesta, mais sa masse est significativement inférieure,
estimée à environ 2,04.1020 kilogrammes,
soit environ 70 % de la masse de Vesta pour un volume presque équivalent.
Cette densité moyenne peu élevée, autour de
2,9 g/cm3, indique une composition interne qui n'est pas celle
d'un corps entièrement différencié avec un noyau métallique massif
comme Vesta, mais plutôt un mélange plus poreux de silicates
et de glaces d'eau, peut-être partiellement différencié.
C'est un astéroïde de type B, une sous-classe des astéroïdes carbonés
de type C, mais encore plus primitif. Sa surface est incroyablement sombre,
avec un albédo géométrique d'environ 0,10 Ã
0,15, ce qui signifie qu'il ne réfléchit qu'entre 10 et 15 % de la lumière
solaire qu'il reçoit. Cette surface, étudiée par spectroscopie, semble
être constituée de silicates hydratés, de minéraux argileux
et de composés organiques complexes qui n'ont subi que très peu de transformations
thermiques depuis la formation du Système
solaire. Pallas est donc un témoin exceptionnellement bien conservé
des matériaux primordiaux du disque protoplanétaire.
Cependant, ce qui
rend Pallas véritablement unique, ce sont les caractéristiques extrêmes
de son orbite et de sa rotation. Pallas possède
l'orbite la plus inclinée de tous les grands corps de la ceinture principale.
Son plan orbital est incliné de près de 34,9 degrés par rapport à l'écliptique,
le plan de l'orbite terrestre. Pour donner un ordre d'idée, c'est une
inclinaison supérieure à celle de la planète
naine Éris et comparable à celle de nombreux objets
transneptuniens. Cette orbite est également très excentrique pour
un corps de cette taille, avec une valeur d'environ 0,23. Autrement dit,
sa distance au Soleil varie considérablement au cours de son année, qui
dure 4,62 années terrestres. Il s'approche jusqu'à 2,13 unités astronomiques
au périhélie et s'éloigne jusqu'Ã
3,41 unités astronomiques à l'aphélie,
traversant ainsi une grande partie de la largeur de la ceinture d'astéroïdes.
Cette orbite extrême est un véritable casse-tête pour les modèles dynamiques
de la formation planétaire et suggère que Pallas a connu une histoire
mouvementée, peut-être fortement influencée par des résonances
orbitales avec Jupiter. Atteindre Pallas
avec une sonde spatiale est un défi
technologique majeur, bien plus complexe que pour Cérès ou Vesta, en
raison de l'énorme quantité d'énergie nécessaire pour modifier l'inclinaison
d'un vaisseau spatial afin qu'il corresponde à cette orbite.
Comme si son orbite
n'était pas assez singulière, sa rotation est tout aussi exceptionnelle.
L'axe de rotation de Pallas est extrêmement incliné, à tel point que
l'astéroïde est pratiquement couché sur son orbite. Les estimations
les plus récentes indiquent une obliquité d'environ 80 degrés, ce qui
signifie que son axe de rotation est presque parallèle au plan de son
orbite autour du Soleil. C'est une configuration similaire à celle de
la planète Uranus. Par conséquent, les saisons
sur Pallas doivent être d'une brutalité inimaginable. Pendant une moitié
de son année, qui dure 4,6 années terrestres, un pôle est constamment
exposé au Soleil tandis que l'autre est plongé dans une nuit glaciale
continue, avant que la situation ne s'inverse radicalement pour les 2,3
années suivantes. Un jour sur Pallas, c'est-à -dire une rotation complète
sur lui-même, dure environ 7,8 heures, une période relativement standard
pour un corps de cette taille.
La forme de Pallas,
révélée par des observations détaillées notamment grâce au télescope
spatial Hubble et au Very Large Telescope, est loin d'être sphérique.
C'est un corps nettement aplati, de forme ellipsoïdale irrégulière.
Son apparence est profondément marquée par un gigantesque bassin d'impact
situé près de son équateur. Ce cratère, d'un
diamètre d'environ 400 kilomètres, soit près de 80 % du diamètre de
l'astéroïde lui-même, est l'une des plus grandes structures d'impact
connues dans le Système solaire interne par rapport à la taille du corps
qui la porte. Il témoigne d'une collision cataclysmique avec un autre
corps de près de 100 kilomètres de diamètre qui a bien failli désintégrer
complètement Pallas. Cet impact est très probablement à l'origine de
la famille d'astéroïdes Pallas, un groupe de plusieurs centaines de petits
corps partageant des caractéristiques orbitales et spectrales similaires,
des fragments arrachés à Pallas lors de cet événement. L'impact a également
pu contribuer à l'obliquité extrême de son axe de rotation. Malgré
cette violence, Pallas n'a jamais atteint l'équilibre hydrostatique; la
gravité n'a pas suffi à effacer les cicatrices de ce cataclysme et Ã
lui donner une forme sphérique, le disqualifiant ainsi du statut de planète
naine selon les critères stricts de l'Union Astronomique Internationale. |