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État du Mexique
Oaxaca
L'État d'Oaxaca est situé au sud du Mexique. C'est l'un des territoires les plus diversifiés du pays sur le plan géographique, culturel et écologique. Il s'étend sur environ 93 757 km², ce qui en fait le cinquième plus grand État mexicain par sa superficie. Oaxaca est bordé par le golfe de Tehuantepec au sud, offrant un vaste littoral sur l'océan Pacifique, ce qui contribue à son climat varié et à ses écosystèmes côtiers uniques. Il partage des frontières terrestres avec les États de Puebla et Veracruz au nord, Chiapas à l'est, et Guerrero à l'ouest.

Le relief de l'État est principalement montagneux. Trois grandes chaînes de montagnes traversent Oaxaca : la Sierra Madre del Sur, la Sierra Atravesada (extension de la Sierra Madre de Chiapas), et la Sierra Madre Orientale. Ces formations donnent lieu à un terrain très accidenté, où les altitudes varient considérablement, depuis le niveau de la mer jusqu'à 3700 mètres (Cerro Nube). Cette topographie accidentée a favorisé l'isolement historique de nombreuses communautés indigènes, ce qui explique la richesse et la préservation des langues et traditions locales.

Oaxaca compte également plusieurs vallées importantes, notamment la vallée centrale de Oaxaca, qui regroupe les principales villes comme la capitale Oaxaca de Juárez. Ces vallées sont fertiles et traversées par des rivières saisonnières, ce qui permet une agriculture diversifiée malgré un climat parfois aride. La région est aussi parcourue par plusieurs rivières plus importantes comme le Río Atoyac et le Río Papaloapan, qui irriguent les terres et soutiennent l'agriculture locale.

Le climat est très divers en raison des différences d'altitude et de la proximité de la mer. On y trouve des climats tropicaux humides dans la région de l'isthme de Tehuantepec, des climats tempérés dans les vallées centrales, et des climats plus frais en altitude. L'isthme de Tehuantepec, qui relie l'océan Atlantique à l'océan Pacifique, est une région stratégique et aussi très venteuse, ce qui en fait un site important pour les projets d'énergie éolienne.

La biodiversité d'Oaxaca est remarquable : l'État abrite environ 50 % des espèces végétales connues du Mexique, 40 % des oiseaux et 30 % des mammifères. La richesse écologique d'Oaxaca est liée à ses nombreux microclimats et à sa géographie fracturée. On y trouve des forêts tropicales humides, des forêts de pins et de chênes, des zones semi-désertiques et de vastes mangroves le long des côtes.

Plus de 16 groupes ethniques autochtones cohabitent dans l'État. Parmi eux : les Mixtèques dans les hautes terres arides, les Zapotèques dans les vallées centrales, les Chatinos et Amuzgos dans les régions côtières, ou encore les Mazatèques dans les zones montagneuses du nord.

Quelques-unes des principales villes de l'Etat d'Oaxaca

• Oaxaca de Juárez, la capitale de l'Etat, est la ville principale et le coeur administratif, politique et culturel de l'État. Fondée en 1532 sur les anciennes terres zapotèques de Huaxyacac, elle est aujourd'hui classée au patrimoine mondial de l'Unesco en raison de son centre historique colonial exceptionnel et de la richesse de ses traditions artisanales. C'est également un important centre universitaire, artistique et touristique. La ville conserve une forte identité indigène et constitue un carrefour de communautés rurales qui y convergent pour les marchés, les fêtes religieuses et les manifestations culturelles.

• Salina Cruz, au sud-est de la capitale de l'Etat, l'un des principaux ports de la côte Pacifique. Située dans l'isthme de Tehuantepec, cette ville s'est développée au début du XXe siècle avec la construction du chemin de fer interocéanique, et elle conserve aujourd'hui un rôle stratégique dans le transport maritime, notamment pour le commerce du pétrole et des conteneurs. Elle est aussi un centre industriel et militaire, avec une base navale importante. Malgré cela, son développement reste contrasté en raison de déséquilibres sociaux et environnementaux.

• Tehuantepec, non loin de Salina Cruz, est un centre culturel majeur, surtout connu pour ses traditions zapotèques matriarcales. Elle fut historiquement un noeud commercial de première importance grâce à sa position entre les deux océans et son accès au fleuve Tehuantepec. La ville conserve une identité indigène très marquée, et les femmes y jouent un rôle social et économique central. Elle est également célèbre pour ses fêtes traditionnelles et ses vêtements colorés.

• Juchitán de Zaragoza, au nord de l'isthme, est l'un des centres politiques et culturels les plus emblématiques de l'identité zapotèque contemporaine. Réputée pour son activisme politique, son organisation sociale communautaire et son ouverture envers la diversité des genres (notamment les muxes, personnes du troisième genre dans la culture zapotèque), Juchitán incarne une forme de résistance culturelle moderne. La ville est aussi un carrefour économique dans la région, bien qu'elle ait été gravement touchée par le séisme de 2017.

• Tuxtepec, plus au nord, est la principale ville de la région de la Cuenca del Papaloapan, près de la frontière avec l'État de Veracruz. Elle

est un pôle agro-industriel important, spécialisé dans la canne à sucre, les bananes et l'élevage. Son économie est fortement liée aux industries agroalimentaires, aux grandes exploitations et aux échanges fluviaux. C'est également une ville multiculturelle, influencée par les populations afro-mexicaines, nahuas, chinantèques et mazatèques.

• Huautla de Jiménez, dans les montagnes du nord, est une ville à la fois isolée et célèbre. Berceau du peuple mazatèque, elle a été rendue célèbre par la guérisseuse Maria Sabina dans les années 1950 pour sa tradition chamanique liée aux champignons hallucinogènes. Huautla est perchée dans une région de forêts brumeuses et profondes vallées, et elle conserve des pratiques culturelles ancestrales, souvent transmises de manière orale.

• San Pedro Pochutla est une ville située sur la côte Pacifique, entre les stations balnéaires de Puerto Escondido et Huatulco. Elle joue le rôle de centre administratif et de carrefour pour les communications côtières. Bien que relativement petite, elle constitue un lien logistique important pour les communautés rurales et les touristes en transit.

• Puerto Escondido, quant à elle, est devenue l'une des villes côtières les plus dynamiques de l'État. Autrefois un petit village de pêcheurs, elle est aujourd'hui une destination touristique internationale réputée pour ses plages de surf, en particulier la plage de Zicatela. La ville a connu une croissance rapide, attirant à la fois des touristes étrangers, des artistes et des entrepreneurs locaux. Son développement s'est fait souvent en marge des grandes politiques d'aménagement de l'État.

• Santa María Huatulco, un autre pôle touristique majeur, ville voisine du parc national et du complexe balnéaire de Bahías de Huatulco. Contrairement à Puerto Escondido, Huatulco a été développé de manière planifiée par le Fonds National de Promotion du Tourisme (FONATUR) dans les années 1980. Elle combine des infrastructures modernes avec des projets de durabilité environnementale et attire un tourisme plus haut de gamme.

• Miahuatlán de Porfirio Díaz est une ville des vallées méridionales, historiquement connue pour avoir été le théâtre d'une victoire décisive de Porfirio Díaz contre les troupes impérialistes en 1866. Elle joue aujourd'hui un rôle local dans l'économie agricole et comme centre de services pour les communautés zapotèques et mixes des montagnes voisines.

Histoire.
Le territoire oaxaquénien est habité depuis plus de 10 000 ans, et il a vu l'émergence de certaines des civilisations les plus importantes de la Mésoamérique. Parmi elles, les Zapotèques et les Mixtèques ont laissé un patrimoine archéologique, artistique et linguistique considérable.

Les Zapotèques furent parmi les premiers à organiser une société urbaine complexe, notamment dans la région des vallées centrales. Leur capitale, Monte Albán, perchée sur une montagne dominant la vallée d'Oaxaca, fut un centre politique, religieux et militaire majeur entre environ 500 av. JC. et 800 ap. JC. C'est là que fut inventée une des plus anciennes écritures mésoaméricaines et un calendrier sophistiqué. Après le déclin de Monte Albán, les Mixtèques, établis dans les montagnes au nord-ouest, prirent une importance croissante. Ils développèrent une culture raffinée, notamment dans les arts picturaux et les codex, et s'installèrent progressivement dans certaines zones zapotèques, souvent par alliances ou conquêtes.

À l'arrivée des Espagnols au XVIe siècle, Oaxaca était une mosaïque de royaumes et de populationsindigènes indépendantes, ce qui compliqua sa conquête. Hernán Cortés lui-même fut attiré par la richesse de la région et s'appropria la vallée de Oaxaca comme marquisat personnel. La colonisation espagnole entraîna l'évangélisation rapide de la région, avec l'arrivée des dominicains, franciscains et jésuites, qui construisirent de nombreux monastères et églises dans les vallées et les montagnes. Toutefois, en raison de la géographie montagneuse et de la forte cohésion communautaire indigène, une partie importante des populations réussit à préserver ses langues, ses institutions locales (comme les systèmes d'usos y costumbres), et une autonomie culturelle partielle.

Pendant la période coloniale, Oaxaca resta une région d'arrière-pays, peu intégrée à l'économie extractive principale de la Nouvelle-Espagne, ce qui favorisa la conservation de ses structures communautaires et freina l'implantation massive d'haciendas coloniales, fréquentes dans d'autres régions. Les communautés indigènes conservèrent souvent la possession de leurs terres communales, bien qu'elles fussent soumises à des impôts et à des tributs à la Couronne.

Au XIXe,  siècle, plusieurs figures majeures de l'histoire nationale sont originaires de cet État, en particulier Benito Juárez, un Zapotèque nĂ© Ă  San Pablo Guelatao, qui devint prĂ©sident du Mexique et incarna les rĂ©formes libĂ©rales et laĂŻques et la rĂ©sistance contre l'intervention française. Son ascension politique symbolise la possibilitĂ© d'une mobilitĂ© sociale dans un pays encore très marquĂ© par le colonialisme raciste et social. Oaxaca fut Ă©galement le théâtre de luttes entre conservateurs et libĂ©raux, notamment pendant la RĂ©forme et la Guerre des Trois Ans.

Pendant la Révolution mexicaine, bien que Oaxaca ne fût pas un foyer d'insurrection majeur comme le nord du pays ou Morelos, elle connut néanmoins des soulèvements agraires et des conflits liés à la terre, au pouvoir local et à la marginalisation persistante des peuples indigènes. Tout au long du XXe siècle, Oaxaca allait être caractérisée par une forte tension entre l'État central, souvent perçu comme extérieur, et les communautés locales qui cherchaient à préserver leur autonomie politique, culturelle et territoriale.

L'après-révolution vit l'installation d'un système politique autoritaire dominé par le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI), qui maintint un contrôle étroit sur les communautés oaxaquéniennes tout en cooptant leurs dirigeants traditionnels. Toutefois, cette domination politique fut constamment contestée, souvent par des mouvements indigènes, des organisations de base, ou des enseignants. L'un des épisodes les plus marquants et récents a été le soulèvement de l'APPO (Assemblée populaire des peuples de Oaxaca) en 2006, une révolte sociale déclenchée par une grève d'enseignants qui évolua en une mobilisation massive contre le gouvernement autoritaire de l'État. Ce mouvement, bien que réprimé violemment, révéla au niveau international la vitalité politique des organisations civiles oaxaquéniennes et leur rejet des abus de pouvoir.

Aujourd'hui, l'Etat d'Oaxaca continue d'incarner une singularitĂ© historique au Mexique : c'est l'un des rares États oĂą une majoritĂ© significative de la population s'identifie comme indigène, parle une langue native, et vit selon des traditions communautaires anciennes. 

Quelques-uns des principaux sites archéologiques d'Oaxaca

• Monte Albán, ancienne capitale de la civilisation zapotèque, est le site archéologique le plus emblématique. Fondé vers 500 av. JC sur une montagne artificiellement nivelée, le site domine la vallée centrale de Oaxaca. Il comprend des pyramides, des temples, des tombes richement décorées, des stèles sculptées (comme les Danzantes), un observatoire et des terrains de jeu de balle. Monte Albán fut un centre politique, religieux et astronomique d'une importance capitale durant plus de mille ans.

• Mitla est le deuxième grand site préhispanique de l'État, situé à l'est de la vallée de Oaxaca. Contrairement à Monte Albán, qui symbolise le pouvoir étatique zapotèque, Mitla fut un centre religieux et funéraire. Sa particularité réside dans ses mosaïques de pierre uniques en Mésoamérique, formant des motifs géométriques complexes incrustés dans les murs des palais et des tombeaux. Mitla fut utilisé par les Zapotèques puis les Mixtèques, et certains de ses édifices datent de la période postclassique (900–1521). Ce site révèle une grande maîtrise architecturale et une symbolique religieuse profondément enracinée.

• Yagul, situé non loin de Mitla, est un site fortifié construit sur une colline. Il comprend un grand patio central, des temples, un terrain de jeu de balle et le plus grand complexe résidentiel connu de la région : les « cuevas » ou grottes, utilisées à la fois comme habitations, lieux de culte et tombes. Yagul montre la transition entre les sociétés zapotèques classiques et les entités politiques postclassiques plus fragmentées.

• Zaachila, aujourd'hui un village vivant, fut autrefois un centre politique important des Zapotèques postclassiques. Le site comprend des tombes monumentales, dont certaines ont révélé des fresques et des offrandes mixtèques, attestant de la fusion culturelle entre Zapotèques et Mixtèques. Bien que partiellement fouillé, Zaachila reste un site actif de recherche et de mémoire vivante, où la population locale participe à la préservation du patrimoine.

• Lambityeco, tout près de Tlacolula, est un site plus modeste en taille mais essentiel pour comprendre l'évolution de la société zapotèque. Il est célèbre

pour ses bas-reliefs en stuc représentant des dignitaires et ses systèmes de drainage complexes. Il illustre une organisation urbaine raffinée et une hiérarchie sociale visible dans l'architecture résidentielle.

• Dainzú est un site préclassique et classique situé au pied des montagnes qui bordent la vallée d'Ocotlán. Il présente une série de reliefs représentant des joueurs de balle, ce qui suggère une fonction rituelle majeure du sport dans la culture zapotèque. On y trouve également des temples, des plateformes et des tombes intégrées dans la pente naturelle, démontrant une adaptation du bâti au relief.

• San José Mogote, au nord de la vallée de Oaxaca, remonte à 1500 av. JC et est l'un des plus anciens établissements urbains connus de la région. Il s'agit d'un site fondamental pour l'étude de la naissance de l'État zapotèque. On y a retrouvé les premières traces d'écriture mésoaméricaine, des monuments cérémoniels et des habitations qui révèlent une stratification sociale très précoce. Ce site marque la transition entre les sociétés agricoles néolithiques et les cités-États mésoaméricaines.

• Atzompa, récemment ouvert au public, est une extension résidentielle et cérémonielle de Monte Albán, située sur une colline voisine. Elle comprend un grand complexe de temples, des patios et un terrain de jeu de balle remarquablement bien conservé. Atzompa illustre l'expansion territoriale de Monte Albán et la manière dont les élites contrôlaient les zones périphériques.

• Huamelulpan, situé dans la région de la Mixteca Alta, est un centre urbain mixteco-zapotèque important durant la période classique. Il est remarquable pour ses pyramides, ses stèles et ses tombes, et il a joué un rôle dans le commerce entre les hautes terres et la côte pacifique. C'est aussi un lieu de production artistique où l'on a retrouvé de nombreuses céramiques polychromes.

• Monte Negro, un autre site mixtèque peu connu, est situé sur une crête escarpée et comprend des structures défensives, des places publiques et des édifices cérémoniels. Il reflète l'organisation politique des petites cités-États de la Mixteca pendant le postclassique, et sa localisation stratégique suggère un contrôle régional sur les voies commerciales.

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Dictionnaire Territoires et lieux d'Histoire
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