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La
Kasaï
(Kassaï ou Kasayi) est un afluent du Congo.
Prenant sa source sur le plateau de Bié, au centre de l'Angola,
la rivière Kasaï entame un long périple de plus de 2150 kilomètres
avant de rejoindre le fleuve Congo. Dès sa naissance,
à une altitude avoisinant les 1300 mètres, son cours s'oriente vers l'est
sur environ 400 kilomètres avant de bifurquer brusquement vers le nord.
Cette section sert de frontière naturelle entre l'Angola et la République
démocratique du Congo (RDC), un passage spectaculaire où la rivière
creuse des vallées profondes et se fraie un chemin à travers une succession
de rapides et de chutes d'eau imposantes. Poursuivant sa route, elle s'enfonce
au coeur du bassin congolais, où elle traverse des villes clés telles
que Tshikapa et Ilebo, avant de changer à nouveau de direction pour s'écouler
vers l'ouest sur ses derniers 450 kilomètres.
C'est à Kwamouth,
à environ 200 kilomètres en amont du Pool Malebo, que la Kasaï achève
son parcours en se jetant dans le fleuve Congo, dont elle est le principal
affluent méridional. Son bassin versant, une vaste étendue de près de
885 000 kilomètres carrés couvrant une partie de l'Angola et de la RDC,
représente à lui seul environ un quart des ressources en eau douce du
pays. Cette gigantesque artère est alimentée par un réseau de tributaires
majeurs, parmi lesquels la Kwango, la Sankuru et la Lulua, qui contribuent
à sa puissance. À son embouchure, son débit moyen atteint environ
11 500 mètres cubes par seconde, un volume qui représente près d'un
cinquième de celui du fleuve Congo, ce qui la place parmi les dix plus
grands affluents du monde.
Les biomes du bassin
de la Kasaï varient de la savane tropicale en
amont à la forêt tropicale humide en aval, avec
des températures restant chaudes tout au long de l'année. Les précipitations
annuelles y sont significatives, de l'ordre de 1000 Ã 1500 mm, et dictent
le régime hydrologique de la rivière. Des études ont mis en évidence
des fluctuations marquées de ce régime sur la période 1940-1999, avec
une tendance générale à la baisse et des variations cycliques sur des
échelles de temps allant de 2 à 16 ans, principalement influencées par
les précipitations. Plus récemment, des modélisations climatiques ont
prévu une possible diminution du débit moyen annuel de la rivière d'ici
la fin du siècle, avec des conséquences potentielles sur la production
hydroélectrique et la disponibilité de l'eau.
La Kasaï abrite
un écosystème riche, particulièrement dans
les zones de forêt équatoriale qu'elle traverse. Ses eaux sont un sanctuaire
pour de nombreuses espèces de poissons, dont
des mormyridés, des cichlidés, et le redoutable tigre-goliath (Hydrocynus
goliath), un prédateur pouvant atteindre 1,5 mètre de long et peser 50
kilogrammes. Sur ses berges, la végétation luxuriante, composée de graminées
comme le Saccharum spontaneum et de nombreux arbres, joue un rôle important
dans la prévention de l'érosion.
Axe de vie et de
développement, la Kasaï est d'une importance économique capitale pour
les populations locales. Historiquement utilisée pour le commerce, elle
reste aujourd'hui une voie de navigation essentielle, permettant le transport
de marchandises et de personnes, notamment sur le tronçon fluvial de 820
kilomètres entre Kinshasa et Ilebo. Ses plaines
alluviales fertiles favorisent une agriculture prospère de maïs,
de manioc et de riz, tandis que son sous-sol recèle
l'une des plus riches concentrations de diamants au monde, approvisionnant
une part significative du marché, à commencer par celui de la Belgique.
Cette manne économique a toutefois un coût environnemental considérable.
En août 2021, une
catastrophe écologique majeure a frappé la rivière lorsqu'une entreprise
minière angolaise, Catoca Mining, a provoqué une pollution massive aux
eaux usées. Les eaux de la Kasaï et de sa rivière-affluent, la Tshikapa,
se sont teintées de rouge, entraînant la mort de poissons et d'hippopotames,
et affectant près d'un million de personnes avec des milliers de cas de
maladies diarrhéïques et cutanées. Cet événement a mis en lumière
la fragilité de cet écosystème face aux pressions minières, malgré
les initiatives judiciaires et diplomatiques pour obtenir réparation. |
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