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ĂŽles Paracel
Paracel Islands

16 30 N, 112 00 E
Les îles Paracel, appelées Xisha Qundao en chinois et Hoàng Sa en vietnamien, constituent un archipel de l'ouest de la mer de Chine méridionale. Situées à environ 330 kilomètres au sud-est de la province chinoise de Hainan et à quelque 400 kilomètres à l'est de Da Nang au Vietnam, ces îles occupent une position stratégique dans l'une des routes maritimes les plus fréquentées du monde. Elles couvrent une superficie terrestre très limitée — moins de 8 km² — mais sont entourées d'un vaste espace maritime.

Ces îles ne sont pas habitées par des populations civiles permanentes, à l'exception de quelques travailleurs civils chinois encadrés par l'armée. Leur importance tient bien moins à leur valeur intrinsèque qu'à leur potentiel d'extension des zones économiques exclusives (ZEE) et à leur valeur militaire dans une région de plus en plus contestée. L'archipel occupe un carrefour crucial de la mer de Chine méridionale, par lequel transitent chaque année plusieurs milliers de milliards d'euros de marchandises. Son occupation confère à la Chine une profondeur stratégique et une capacité de projection maritime renforcée. C'est également un point d'ancrage pour ses revendications plus larges dans la région, symbolisées par la “ligne en neuf traits”. Les Paracel sont donc au coeur des tensions régionales entre la Chine, le Vietnam, les États-Unis et d'autres puissances maritimes.

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Carte des îles Paracel.
Carte des îles Paracel. Source : The World Factbook.
(Cliquer sur l'image pour afficher une carte plus détaillée).

L'archipel se compose de plus de 130 petites îles, récifs, atolls, bancs de sable et cayes, répartis principalement en deux groupes : le groupe Amphitrite (nord-est) et le groupe Crescent (sud-ouest). Les îles sont d'origine corallienne, généralement basses, sans eau douce permanente, et peu hospitalières pour l'habitat humain. Certaines sont submergées à marée haute, et beaucoup sont partiellement ou totalement artificialisées à des fins militaires.

Le groupe Amphitrite comprend notamment l'île Woody (Yongxing Dao en chinois), la plus grande de l'archipel, avec une superficie d'environ 2,1 km². Elle abrite une base militaire chinoise, un aérodrome, des infrastructures portuaires, une centrale électrique, et même un petit hôpital. Cette île est le centre administratif de ce que la Chine appelle la "ville de Sansha", une entité municipale créée en 2012 pour gouverner les îles Paracel, Spratleys, et les eaux environnantes, bien qu'elle soit non reconnue internationalement.

Le groupe Crescent, situé plus au sud-ouest, est constitué d'îles comme Pattle, Money, Robert, Duncan, et Drummond. C'est dans cette partie que le Vietnam maintenait autrefois une présence jusqu'à sa défaite militaire face à la Chine en 1974, lors de la bataille des Paracel. Depuis cette date, la totalité de l'archipel est sous contrôle effectif de la République populaire de Chine, bien que le Vietnam continue d'en revendiquer la souveraineté, tout comme Taïwan.

Les récifs autour des Paracel forment un écosystème marin complexe. Les eaux qui entourent les îles sont riches en biodiversité, avec des coraux, des poissons tropicaux, des crustacés et d'importants stocks de poissons pélagiques. Toutefois, les constructions militaires et les dragages massifs ont significativement altéré les fonds marins, avec des conséquences écologiques notables.

La région des Paracel est soumise à un climat tropical de mousson, chaud et humide, avec une saison des typhons active de juillet à octobre. L'environnement y est dur : peu de végétation naturelle, pas de rivières, sol sablonneux ou rocheux, et forte exposition aux vents marins. La logistique d'approvisionnement est essentielle pour maintenir une présence humaine permanente, principalement militaire.

Histoire des îles Paracel.
Situées au cœur de la mer de Chine méridionale, ces îles stratégiques ont été progressivement intégrées dans les sphères d'influence des puissances régionales, bien avant l'époque coloniale, mais leur importance géopolitique moderne a émergé au XXe siècle.

Des archives vietnamiennes attestent que les dynasties Nguyễn organisaient déjà des expéditions vers les Paracel dès le XVIIe siècle. Ces expéditions, appelées Hoàng Sa đội (la flottille de Hoàng Sa), avaient pour mission de cartographier, collecter des ressources et marquer la souveraineté vietnamienne sur ces îles. Des documents officiels vietnamiens du XVIIIe siècle décrivent ces missions maritimes régulières et les cartes d'époque mentionnenent les îles Paracel comme relevant de l'administration impériale. Ces éléments constituent aujourd'hui le fondement des revendications historiques du Vietnam.

Du côté chinois, des récits remontant à la dynastie Tang mentionnent également les îles comme des repères maritimes fréquentés par des pêcheurs et commerçants chinois. Toutefois, la Chine impériale n'a jamais exercé une administration effective continue sur l'archipel jusqu'au XXe siècle. Les premières cartes chinoises montrant les Paracel comme territoire national datent essentiellement de la fin de la période Qing ou de la République de Chine au début du XXe siècle.

Au cours du XIXe siècle, les puissances coloniales européennes commencent à s'intéresser à la région. La France, en tant que puissance coloniale de l'Indochine, hérite des revendications vietnamiennes sur les Paracel. En 1932, la France officialise l'annexion des îles au nom du protectorat d'Annam et installe une garnison sur l'île Pattle. Elle y maintient une présence intermittente jusqu'à la Seconde Guerre mondiale. Pendant la guerre, l'Empire du Japon occupe l'archipel et s'en sert comme base stratégique, notamment pour surveiller la navigation dans la mer de Chine méridionale.

Après la capitulation japonaise en 1945, la Chine nationaliste (République de Chine) envoie des troupes pour occuper les îles, mais les Français reprennent possession de la zone à partir de 1946. Lorsque le Vietnam recouvre son indépendance, le Sud-Vietnam (République du Vietnam) hérite des revendications françaises et maintient une petite garnison dans les îles du groupe Crescent, tandis que la République populaire de Chine, proclamée en 1949, occupe celles du groupe Amphitrite à partir de 1956.

La situation reste relativement stable jusqu'en janvier 1974, date à laquelle un affrontement armé éclate entre les forces navales du Sud-Vietnam et celles de la Chine. À l'issue de la bataille, la Chine prend le contrôle de l'ensemble de l'archipel après avoir coulé ou endommagé plusieurs navires sud-vietnamiens. Cet épisode marque un tournant : la Chine installe une présence militaire permanente sur les îles, et le Vietnam, désormais réunifié en 1975, continue de revendiquer l'archipel, sans pouvoir y accéder.

Depuis cette prise de contrôle, la Chine n'a cessé de renforcer son emprise sur les îles Paracel. Dans les années 1980 et 1990, elle construit des installations militaires, puis dans les années 2010, elle intensifie les travaux d'infrastructure sur l'île Woody, notamment l'allongement d'une piste d'atterrissage et la mise en place de systèmes radar, de batteries anti-aériennes et de zones résidentielles pour le personnel civil et militaire. En 2012, elle crée officiellement la "ville de Sansha" pour administrer les îles Paracel, Spratleys et les zones maritimes environnantes, conformément à sa doctrine de la ligne en neuf traits.

La ligne en neuf traits (ou ligne des neuf virgules) désigne une frontière maritime revendiquée par la Chine dans la mer de Chine méridionale. C'est une en forme de U composée de neuf segments, tracée unilatéralement par la République de Chine (avant 1949) et reprise par la République populaire de Chine, qui la considère comme une limite symbolisant ses revendications historiques sur les îles et les ressources de la région (îles Paracel, Spratly, Météores, etc.). Cette ligne est contestée par plusieurs pays riverains (Vietnam, Philippines, Malaisie, etc.), car elle est jugée vague et excessive par la communauté internationale, notamment en raison de son non-respect des conventions maritimes internationales (comme la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer, UNCLOS). En 2016, un tribunal international a estimé que ces revendications manquaient de base légale, mais la Chine a rejeté ce verdict.
Le Vietnam, de son côté, n'a jamais renoncé à sa revendication. Il continue de protester formellement contre chaque initiative chinoise dans la région, y compris les exercices militaires ou les visites de hauts responsables chinois. Le différend se double d'une lutte diplomatique dans les enceintes internationales, notamment auprès des Nations Unies et de l'ASEAN.

Les États-Unis, sans revendiquer ces îles, contestent les prétentions territoriales chinoises et y mènent régulièrement des opérations de "liberté de navigation", qui ont suscité plusieurs incidents militaires. D'autres pays comme Taïwan revendiquent également l'archipel, bien que leur présence soit uniquement symbolique.

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