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Graciela Hierro

Graciela Hierro est une philosophe née à Mexico en 1928, et morte le 30 octobre 2003 à Mexico, des suites d'un cancer. Elle laisse derrière elle une oeuvre qui comprend neuf livres individuels, dont De la domesticación a la educación de las mexicanas (1989), Ética de la libertad, et de nombreuses anthologies fondatrices comme La naturaleza femenina (1989) et Perspectivas feministas (1993) et, grâce à elle, il est désormais impensable d'organiser un congrès national de philosophie au Mexique sans y inclure des tables rondes sur les études de genre.

Elle grandit dans une famille académique, catholique et traditionnelle qui la destine d'abord à devenir secrétaire bilingue et à se consacrer à la maternité. Elle termine sa préparation au lycée à l'Universidad Femenina de Adela Formoso, une institution qui lui permet de rompre avec le chemin que la société patriarcale mexicaine trace pour elle. Mariée jeune et mère de cinq enfants, elle fait le choix audacieux de poursuivre des études supérieures tout en élevant sa famille, arrivant à l'université avec ses bébés à ses côtés. Son parcours universitaire à la Facultad de Filosofía y Letras de l'Universidad Nacional Autónoma de México (UNAM) s'étend sur une dizaine d'années, durant lesquelles elle obtient sa maîtrise puis son doctorat en philosophie en 1982. À l'UNAM, elle a la chance d'étudier auprès de figures intellectuelles majeures telles que José Gaos, Adolfo Sánchez Vázquez, Eduardo Nicol, Fernando Salmerón et Luis Villoro, qui lui enseignent que la philosophie est une discipline rigoureuse alliant réflexion théorique et praxis humaniste.

Dès 1972, Hierro commence une longue carrière de professeure à la Facultad de Filosofía y Letras de l'UNAM, où elle enseigne pendant plus de trente ans l'introduction à la philosophie, l'éthique et la philosophie de l'éducation. C'est en 1978 qu'elle franchit une étape décisive pour l'institutionnalisation de la pensée féministe au Mexique : elle fonde l'Asociación Filosófica Feminista, affiliée à la Society for Women in Philosophy (SWIP) des États-Unis, qui devient un espace unique de réflexion et de lutte politique. L'année suivante, en 1979, elle organise une table ronde intitulée La naturaleza femenina lors du IIIe Colloque national de philosophie, un événement qui marque l'inauguration officielle de la philosophie féministe comme champ légitime de recherche dans le pays. Cette initiative audacieuse lui permet de poser les bases d'un changement de paradigme : elle invite les femmes à se penser par elles-mêmes afin de devenir pleinement propriétaires de leur corps, de leurs plaisirs et de leurs productions.

Le travail de Graciela Hierro prend une ampleur institutionnelle considérable en 1992, lorsqu'elle devient la fondatrice et la première directrice du Programa Universitario de Estudios de Género (PUEG) de l'UNAM, une organisation académique créée par le recteur José Sarukhán qu'elle dirige jusqu'à sa mort. À partir de cette position, elle contribue activement à l'ouverture de centres d'études de genre dans de nombreuses autres universités du pays, faisant rayonner la perspective féministe dans tout le système éducatif mexicain. Elle est également membre du Sistema Nacional de Investigadores et participe à des groupes de recherche internationaux, dont le groupe Las Reinas qu'elle fonde pour réfléchir spécifiquement au processus de vieillissement des femmes.

Au coeur de sa réflexion philosophique se trouve la question de la condition féminine, qu'elle aborde à travers le prisme de l'éthique. Sa thèse de doctorat, publiée sous le titre Ética y feminismo en 1985, constitue l'ouvrage fondateur de sa pensée. Elle y expose comment les femmes sont historiquement considérées comme des êtres-pour-les-autres (seres-para-otros), définies par une double morale patriarcale qui interprète la différence biologique sexuelle comme fondement d'une hiérarchie sociale. Hierro développe alors le concept de genre comme outil descriptif des conditions inégales produites par cette assignation culturelle : le genre est un système de hiérarchie sociale qui constitue la sexualisation du pouvoir, où l'expérience féminine est liée à la nature et à l'immanence par la procréation, tandis que l'expérience masculine devient le paradigme du contrôle et de la transcendance. Elle soutient que la perspective de genre permet une prise de conscience de la situation d'oppression et que la philosophie féministe offre l'unique alternative théorique cohérente à la pensée patriarcale.

C'est dans son dernier ouvrage, La ética del placer publié en 2001, que Hierro condense l'aboutissement de son projet éthique. S'inspirant de la lecture de Michel Foucault, d'Épicure, de John Stuart Mill, de Simone de Beauvoir et de Sor Juana Inés de la Cruz, elle propose une "éthique féministe du plaisir" qui comporte deux dimensions : une dimension critique, qui questionne le rôle asymétrique assigné aux femmes, et une dimension créatrice ou propositionnelle. Elle distingue clairement une logique patriarcale du pouvoir, fondée sur un modèle autoritaire de relations sociales, d'une logique féministe du plaisir qui mène à un hédonisme éthique éclairé et à un modèle coopératif. Pour Hierro, la liberté n'est pas un état mais une praxis : elle consiste à exercer sa condition de personne pour agir en situation d'égalité, ce qui passe nécessairement par l'appropriation de son propre corps et de ses plaisirs. Cette appropriation du corps féminin, ce qu'elle appelle l'empowerment (autonomisation) comme autarquie épicurienne, implique que les femmes aient un contrôle total sur leur corps, la jouissance de leur sexualité et la régulation de leur fécondité, rompant ainsi avec le système patriarcal.

Sa devise personnelle, empruntée au féminisme de la deuxième vague, est lo personal es político : elle vit cette conviction en transformant sa propre existence en une lutte quotidienne pour l'égalité. En 2000, elle publie ses mémoires sous le titre Gracias a la vida, où elle raconte son enfance, son adolescence et sa maturité avec l'ambition de montrer qu'"une vie qui n'est pas réfléchie ne mérite pas d'être vécue". Cet ouvrage reçoit la même année le premier prix du concours DEMAC pour les femmes qui osent écrire leur histoire. 

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Dictionnaire biographique
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