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José Gaos

José Gaos y González-Pola est un philosophe espagnol né le 26 décembre 1900 à Gijón (Espagne).  Il a laissé une oeuvre immense et a eu une influence décisive sur la philosophie du monde hispanique, ayant su inventer une voie originale entre l'héritage européen et la réalité américaine.

Gaos grandit principalement dans la maison de ses grands-parents maternels dans les Asturies, avant de rejoindre le reste de sa famille à Valence à l'âge de quinze ans. Cette même année, il découvre la philosophie à travers un ouvrage de Jaime Balmes, dont l'historicisme radical influencera durablement sa pensée. Il est l'aîné d'une fratrie de neuf enfants, parmi lesquels on compte l'actrice Lola Gaos ainsi que les poètes Alejandro et Vicente Gaos. Après des études à l'Université de Valence, il intègre l'Université centrale de Madrid, où il obtient sa licence en 1923 puis son doctorat en 1928, avec une thèse sur le psychologisme chez Husserl qui lui vaut un prix exceptionnel. Durant cette période, il se forme auprès des figures majeures de la philosophie espagnole que sont José Ortega y Gasset, Manuel García Morente et Xavier Zubiri, devenant un membre éminent de ce que l'on appelle l'École de Madrid. Il se considérait lui-même comme le disciple le plus proche et le plus fidèle d'Ortega, qu'il voyait quotidiennement.

Sa carrière académique en Espagne débute comme professeur de philosophie à l'Institut national de León, puis il enseigne la logique et la théorie de la connaissance à l'Université de Saragosse à partir de 1930. En 1933, il est nommé professeur à l'Université de Madrid, où il donne notamment un cours d'introduction à la philosophie. Membre du Parti socialiste ouvrier espagnol depuis 1931, il s'engage résolument aux côtés de la République pendant la guerre civile espagnole. En octobre 1936, il est élu recteur de l'Université de Madrid, atteignant ainsi le sommet de sa carrière universitaire espagnole. Il est également nommé commissaire général du Pavillon de la République espagnole à l'Exposition internationale de Paris en 1937. Mais la défaite républicaine le contraint à l'exil : en août 1938, il embarque pour le Mexique, où il arrive en passant par La Havane. En février 1939, le régime franquiste le destitue officiellement de sa chaire par une ordonnance ministérielle qui l'accuse, comme d'autres intellectuels républicains, d'avoir une "conduite pernicieuse pour le pays". Il n'est jamais retourné vivre en Espagne, son absence étant considérée comme un acte de dignité et un symbole de l'opposition au franquisme.

Arrivé au Mexique, José Gaos ne se considère pas comme un "exilé" mais forge le concept de transterrado pour qualifier sa situation, estimant qu'il n'a pas quitté sa patrie pour une terre étrangère mais qu'il s'est simplement déplacé vers une autre terre de sa patrie spirituelle. Cette notion reflète sa conviction que les patries sont avant tout des esprits imprégnés d'histoire, par-delà les frontières territoriales. Il obtient la nationalité mexicaine le 10 juillet 1941. Dès son arrivée, il est accueilli par La Casa de España (qui deviendra plus tard El Colegio de México) et entame une carrière de professeur à l'Université nationale autonome de Mexico (UNAM), où il enseigne jusqu'à sa mort. Il est nommé docteur honoris causa par l'UNAM en 1953. Son influence sur la philosophie mexicaine est considérable : il forme des générations d'étudiants et participe à la fondation du groupe Hiperión, aux côtés de penseurs comme Leopoldo Zea, Luis Villoro, Emilio Uranga ou Alejandro Rossi, qui deviendront des figures majeures de la philosophie latino-américaine.

L'oeuvre de José Gaos est protéiforme et se déploie sur trois fronts principaux : la traduction, l'enseignement et la création philosophique. Il est l'un des plus grands traducteurs de philosophie allemande en langue espagnole, ayant notamment réalisé la première traduction espagnole de L'Être et le Temps de Martin Heidegger, ainsi que des oeuvres majeures de Hegel, Kant, Fichte, Husserl, Scheler et Kierkegaard. Pour Gaos, la traduction n'était pas une simple activité technique mais une forme d'appropriation et de transmission de la pensée, qui prolongeait son travail de professeur. Sa réflexion personnelle est largement consacrée à ce qu'il nomme la filosofía de la filosofía, une métaphilosophie qui interroge la nature même de l'activité philosophique. Il soutient que philosopher est un acte personnel, voire autobiographique, qui ne saurait prétendre à une objectivité absolue. Influencé par la phénoménologie de Husserl et l'existentialisme de Heidegger, il développe une anthropologie philosophique originale, qui étudie ce qui fait l'originalité de l'humain dans des essais comme Dos exclusivas del hombre: la mano y el tiempo (1945). Son oeuvre posthume Del hombre (1970) complète la réflexion entamée dans De la filosofía (1962), les deux ouvrages s'éclairant mutuellement dans une structure circulaire.

Au-delà de la métaphysique, José Gaos a joué un rôle fondamental dans l'institutionnalisation de l'histoire des idées en Amérique latine. Il est l'un des premiers à prendre au sérieux la philosophie produite dans le sous-continent et à en entreprendre l'étude systématique, avec des ouvrages comme El pensamiento hispanoamericano (1944) ou Antología del pensamiento en lengua española en la edad contemporánea (1945). Il encourage ses disciples, à commencer par Leopoldo Zea, à poursuivre ce travail de reconnaissance d'une pensée proprement latino-américaine, affranchie de la simple imitation des modèles européens. Pour Gaos, la philosophie en langue espagnole avait une dimension éminemment politique et devait contribuer à la libération intellectuelle du continent. Sa conception historiciste et circonstancialiste, héritée d'Ortega y Gasset, le conduit à penser que toute philosophie est inséparable du contexte historique et culturel dans lequel elle émerge, et que la tâche du philosophe est donc aussi de prendre conscience de sa propre situation.

La fin de sa vie est marquée par deux retraits volontaires, qui témoignent de son intransigeance morale. En 1966, à la suite d'un conflit universitaire qui aboutit à la démission du recteur de l'UNAM, Ignacio Chávez, Gaos quitte l'université, ne pouvant "se sentir moralement compatible avec une communauté universitaire incapable d'exiger des réparations pour les outrages commis contre le recteur". Malgré les demandes de ses proches, il refuse de revenir sur sa décision, comparant cette situation à son départ d'Espagne. Il continue cependant son travail au sein d'El Colegio de México. Le 10 juin 1969, José Gaos préside l'examen de fin d'études de l'un de ses derniers étudiants dans l'amphithéâtre principal d'El Colegio de México. À 18h 55, alors qu'il vient de signer le premier des procès-verbaux, il s'effondre, inconscient, et meurt à 19h 05. 

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