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Santiago
Castro
Gómez est un philosophe
né à Bogotá, en Colombie,
en 1958. Il commence ses études de philosophie
à l'Université Santo Tomás de Bogotá, où il est notamment membre du
Groupe de Bogotá. Il poursuit son parcours académique en Allemagne,
obtenant une maîtrise en philosophie à l'Eberhard-Karls-Universität
de Tübingen avant de décrocher un doctorat
avec les plus grandes distinctions à la Johann Wolfgang Goethe-Universität
de Francfort-sur-le-Main.
Pendant
vingt-cinq ans, Santiago Castro-Gómez est professeur de philosophie politique
à la Pontificia Universidad Javeriana de Bogotá, tout en menant des recherches
à l'Institut Pensar, qu'il dirige également. Il occupe par ailleurs des
postes de professeur invité dans plusieurs universités prestigieuses,
notamment l'Université Duke, l'Université de Pittsburgh et l'Université
Goethe de Francfort.
Sa
pensée se situe au carrefour de la sociologie,
de l'anthropologie, des études culturelles et de la philosophie politique,
abordant des problématiques relevant de la théorie critique, de la pensée
décoloniale et de la philosophie politique. Il est reconnu comme une figure
majeure du groupe Modernité/Colonialité, un cercle de théoriciens critiques
latino-américains formé au début du XXIe
siècle aux côtés de penseurs comme AnÃbal Quijano,
Walter Mignolo, Enrique
Dussel ou Ramón Grosfoguel. Ses principales influences incluent, outre
ses collègues du groupe M/C, les penseurs de l'École
de Francfort, Friedrich Nietzsche, Michel
Foucault et Gilles Deleuze.
L'un
des concepts centraux de son oeuvre est celui de l'hybris du point zéro,
qu'il développe dans son ouvrage éponyme publié en 2005. Il y critique
la prétention de la science moderne à se poser en observateur impartial
et universel, un point de vue qui ne serait en réalité qu'une construction
épistémique propre à la modernité européenne
et qui a justifié une violence épistémique envers d'autres formes de
savoir lors de la colonisation des Amériques.
Pour lui, la déclaration de Descartes "Je
pense, donc je suis" (cogito) incarne ce moment
où les Européens blancs s'installent comme les arbitres uniques de la
connaissance et de la vérité.
Castro
Gomez est l'auteur de très nombreux ouvrages, dont plusieurs ont été
traduits en anglais. En 1996, il publie CrÃtica de la razón latinoamericana,
un texte fondateur qui propose une critique des écoles de pensée dominantes
en Amérique latine. Suivent La hybris del punto cero. Ciencia, raza
e ilustración en la Nueva Granada en 2005, Tejidos OnÃricos. Movilidad,
capitalismo y biopolÃtica en Bogotá en 2009, et les deux tomes de
Historia de la gubernamentalidad en 2010 et 2016, où il analyse
les concepts de raison d'État, de libéralisme
et de néolibéralisme chez Michel Foucault. En 2015, il publie Revoluciones
sin sujeto, une critique du penseur Slavoj Zizek et de l'historicisme
postmoderne. Plus récemment, ses livres
El tonto y los canallas (2019) et La rebelión antropológica
(2022) témoignent de la continuité de sa production philosophique. |
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