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Jéricho
(en hébreu, "lieu odorant") est une ville de la Palestine,
d'une haute antiquité, appelée aussi la ville des Palmiers. Elle se niche
au fond de la vallée du Jourdain, en Palestine, à environ 28 kilomètres
au Nord-Est de Jérusalem et non loin de
l'extrémité nord de la mer Morte. Sa situation géographique est déterminante
: entourée de montagnes à l'ouest, qui marquent la limite avec le désert
de Judée, et bordée par la vallée fertile du Jourdain à l'est, elle
bénéficie d'un microclimat désertique, caractérisé par une chaleur
intense et une aridité écrasante la majeure partie de l'année. Pourtant,
son existence même, depuis des millénaires, dépend d'une ressource vitale
et rare dans cette région : l'eau douce. Des sources pérennes jaillissent
ici, la plus célèbre étant Ein es-Sultan, connue aussi sous le nom de
source d'Élisée. Ces sources abondantes permettent l'irrigation et transforment
l'environnement immédiat en une oasis luxuriante, verdoyante de palmiers
dattiers, de bananiers et d'autres cultures adaptées, contrastant fortement
avec le paysage aride environnant. Cette combinaison unique d'altitude
extrêmement basse, de climat désertique et de disponibilité d'eau explique
en grande partie pourquoi Jéricho est considérée comme l'une des plus
anciennes, sinon la plus ancienne, ville habitée en continu au monde.
Son histoire se perd
dans les brumes du temps, plongeant ses racines il y a plus de dix mille
ans. Les fouilles archéologiques menées sur le site de Tel es-Sultan,
le tell (colline artificielle formée par l'accumulation de ruines) qui
marque l'emplacement de la cité antique, révèlent des strates d'occupation
humaines remontant au Néolithique précéramique.
Dès cette époque lointaine, vers 9000 av. JC, une communauté sédentaire
s'établit, attirée par les sources. Au Néolithique précéramique A
(PPNA), on voit apparaître des structures d'habitation rondes et massives,
ainsi qu'une impressionnante fortification en pierre, la célèbre Tour
de Jéricho, une structure conique de près de 9 mètres de haut, dont
la fonction (défensive, rituelle ou astronomique) fait toujours l'objet
de débats parmi les spécialistes. Cette période témoigne d'une organisation
sociale complexe et des débuts de l'urbanisme. Le Néolithique précéramique
B (PPNB) voit l'agglomération s'étendre, les maisons deviennent rectangulaires,
et on observe des pratiques funéraires et artistiques plus élaborées.
À l'Âge
du Bronze, Jéricho devient une ville fortifiée importante dans la
région. Des murs imposants protègent l'agglomération, témoignant de
sa prospérité et de la nécessité de se défendre. La ville connaît
plusieurs destructions majeures au cours de cette période. L'une d'elles,
survenue à la fin de l'Âge du Bronze moyen, vers 1550 av. JC, est d'une
ampleur considérable et correspond à peu près à l'époque où, selon
la mythologie biblique, les murs de Jéricho tombent devant les Israélites
guidés par Josué. Si l'archéologie confirme
bien la destruction des fortifications à cette période, les détails
et la cause exacte (tremblement de terre, siège, etc.) font l'objet de
recherches et d'interprétations variées, et la corrélation directe avec
l'épisode biblique reste un sujet de discussion académique. Après cette
destruction, la ville est réoccupée, mais son importance décline pendant
l'Âge du Fer.
Jéricho renaît
de ses cendres et connaît de nouvelles périodes de prospérité sous
différentes dominations. À l'époque hellénistique puis romaine, elle
devient une résidence d'hiver appréciée. Hérode
le Grand, roi de Judée sous patronage romain, y fait construire un
somptueux complexe palatial avec thermes et jardins, dont les vestiges
sont visibles aujourd'hui à Tulul Abu al-'Alayiq. Le Nouveau Testament
mentionne le passage de Jésus à Jéricho. Sous
l'Empire byzantin, la région est christianisée,
et plusieurs monastères sont fondés dans les environs, notamment le monastère
de la Tentation (Deir Qurantul), accroché à la falaise qui surplombe
la ville, traditionnellement identifiée comme la montagne où Jésus jeûna
et fut tenté.
La conquête musulmane
apporte de nouvelles influences. La période omeyyade
(VIIe-VIIIe
siècles) est marquée par la construction du magnifique palais de Khirbat
al-Mafjar, souvent appelé le Palais de Hisham, situé juste au nord de
la ville moderne. Ce complexe de palais, de mosquée et de thermes est
un chef-d'œuvre de l'architecture et de l'art islamiques primitifs, célèbre
pour ses mosaïques et ses stucs sculptés, même s'il ne fut jamais entièrement
achevé et fut endommagé par un tremblement de terre peu après sa construction.
Au cours des siècles
suivants, Jéricho connaît des périodes de déclin et de renouveau sous
les Ayyoubides, les Mamelouks,
puis l'Empire Ottoman. Son importance
réside principalement dans son oasis et sa position stratégique sur les
routes commerciales. Au XXe siècle, après
la Première Guerre mondiale, elle fait
partie du Mandat britannique sur la Palestine. Après la guerre de 1948,
elle passe sous contrôle jordanien, accueillant de nombreux réfugiés.
Depuis la Guerre des Six Jours en 1967, la ville est occupée par Israël.
Aujourd'hui, Jéricho est une ville sous le contrôle administratif de
l'Autorité Palestinienne (Zone A selon les accords d'Oslo),
jouant un rôle économique régional basé sur l'agriculture de l'oasis
(notamment les dattes de variété Medjool) et le tourisme, attiré par
son histoire millénaire et ses sites archéologiques. |
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