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Almazan
est une ville d'Espagne
à 27 kilomètres au Sud-Ouest de Soria, sur
le Duero .
Son nom, hérité de l'occupation arabe, Al-Fahsan (= le fortifié) annonce
d'emblée son destin de place stratégique, un rôle qu'elle a endossé
durant des siècles. Perchée à 960 mètres d'altitude, cette commune
de plus de 5400 habitants est aujourd'hui la deuxième ville la plus peuplée
de la province, un titre qui n'entame en rien l'authenticité de son héritage
médiéval.
Bien avant la période
musulmane, la région était habitée, et les Romains
eux-mêmes l'avaient surnommée Adnumantia ( = près de Numance),
en raison de sa proximité avec la célèbre ville celtibère. Mais c'est
véritablement au Moyen Âge que la ville forge son identité. Conquise
par les chrétiens au XIe siècle, reprise
brièvement, puis définitivement intégrée au royaume de Castille par
Alphonse VI en 1098, elle devient un
point d'appui majeur de la Reconquista.
Sa position de ville frontière, d'abord entre mondes musulman et chrétien,
puis entre les royaumes de Castille et d'Aragon,
lui vaut un destin royal.
Pendant des décennies,
Almazán est bien plus qu'une simple forteresse. Elle est une Cour, un
lieu de pouvoir, de négociations et d'intrigues. C'est ici que l'infant
Alphonse de la Cerda établit sa capitale à la fin du XIIIe
siècle pour contester le trône de Castille. En 1375, la ville est le
théâtre de la signature d'un traité de paix crucial entre Pierre
IV d'Aragon et Henri II de Castille,
un accord qui scelle notamment le mariage de leurs enfants et pose une
pierre angulaire vers l'unification future des deux royaumes. Les Rois
Catholiques eux-mêmes, Isabelle et Ferdinand, y séjournent à plusieurs
reprises, faisant d'Almazán une étape de leur cour itinérante. Cette
effervescence politique attire de grandes figures, comme le chevalier français
Bertrand Du Guesclin, Ã qui la ville est
offerte en récompense, ou encore le roi déchu Jacques IV de Majorque,
qui y trouve refuge et y meurt.
Pénétrer dans Almazán,
c'est d'abord franchir ses impressionnantes murailles, érigées entre
les XIIe et XIIIe
siècles et encore remarquablement conservées. Elles enserrent le cœur
historique de la ville de leur ceinture de pierre, ponctuée de portes
monumentales. La Puerta de la Villa, avec ses deux puissantes tours cylindriques,
et la Puerta del Mercado, flanquée de ses tours prismatiques, sont les
gardiennes les plus emblématiques de cet héritage. En suivant le chemin
de ronde, on arrive au "Rollo de las Monjas", un imposant donjon cylindrique
qui surplombe le Duero et offre une vue saisissante sur la rivière et
les jardins en contrebas.
Au cœur de ce dispositif
défensif, la Plaza Mayor constitue le salon de la ville. Elle est dominée
par deux édifices majeurs. D'un côté, le Palais des Comtes d'Altamira,
également connu sous le nom de Palais des Hurtado de Mendoza. Cette demeure
seigneuriale des XVe et XVIe
siècles,
mêlant gothique isabélin et Renaissance,
arbore une élégante galerie qui offre une vue plongeante sur le Duero,
reliant ainsi le pouvoir à la géographie. De l'autre côté de la place
se dresse l'église de San Miguel, un chef-d'œuvre de l'art roman du XIIe
siècle déclaré Monument National. Son architecture est un étonnant
syncrétisme : une abside romane, une coupure centrale hispano-musulmane
et une abside légèrement déviée pour mieux épouser le terrain. Un
bas-relief unique représentant le martyre de Thomas
Becket orne l'une de ses parois.
La richesse patrimoniale
d'Almazán ne s'arrête pas là . Il faut arpenter ses ruelles pour découvrir
d'autres joyaux, comme l'église romane de Nuestra Señora de Campanario,
avec ses trois absides d'origine, ou l'église de San Vicente, transformée
aujourd'hui en salle culturelle. Non loin de là , le Couvent de la Merced,
de style baroque, garde un secret précieux : il abrite les tombes du célèbre
dramaturge du Siècle d'or espagnol, Tirso de Molina,
qui y mourut en 1648. L'église de San Pedro, plus tardive (XVIIIe
siècle), ajoute une touche de classicisme avec son style herrerian. La
ville sait aussi rendre hommage à ses illustres enfants, comme Diego LaÃnez,
né à Almazán en 1512 et deuxième supérieur général de la Compagnie
de Jésus, dont une statue trône sur la place principale.
Mais Almazán est
une ville vivante, qui n'a pas oublié de conjuguer son passé au présent.
La vie moderne s'y déploie harmonieusement. La ville s'étend de l'autre
côté du Duero, accessible par un spectaculaire pont médiéval à treize
arches, désormais doublé d'une passerelle piétonne moderne et ondulante
qui crée un dialogue architectural entre les époques. Sur les berges
aménagées, le Parque de la Arboleda invite à la promenade et abrite
un surprenant musée de sculptures en plein air, où les œuvres d'artistes
contemporains dialoguent avec la nature et les vieilles pierres des remparts
.
Cette vitalité s'exprime
aussi dans ses traditions. La ville vibre au rythme de ses fêtes, véritables
marqueurs d'identité. En mai, la fête de San Pascual Bailón et du Zarrón,
déclarée d'intérêt touristique régional, anime les rues. Un personnage
grotesque vêtu de peaux de bêtes, le Zarrón, poursuit les habitants
avec une vessie de porc, dans une atmosphère de carnaval médiéval unique
. En septembre, c'est un tout autre spectacle qu'offre la Bajada de
Jesús Nazareno: une procession nocturne et émouvante où l'image
du saint patron est descendue de son église jusqu'à son ermitage, portée
par la ferveur populaire. Enfin, les papilles ne sont pas en reste avec
le Concours International de Pinchos et Tapas Médiévales, qui invite
chaque année à un voyage gustatif dans le temps à travers les bars de
la ville. |
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